mardi
31
mars 2020

A l'encontre

La Brèche

Par China Labour Bulletin

La majorité du personnel médical des hôpitaux chinois est composée de femmes et, lors de l’épidémie de coronavirus (Covid-19), ce sont les femmes qui ont été en première ligne dans la lutte pour contenir l’épidémie.

A Shanghai, plus de 90% des infirmières et 50% des médecins qui luttent contre l’épidémie sont des femmes, selon un rapport, du 2 mars 2020, de la Fédération des femmes de Shanghai. Et dans le Hubei, la province au centre de l’épidémie, on estime à 100’000 le nombre de femmes qui travaillent en première ligne du personnel de santé.

Trop souvent, cependant, leur travail a été sous-estimé et peu a été fait pour assurer leur sécurité. Des milliers de professionnels de la santé ont été infectés par le Covid-19 au cours des deux derniers mois, d’abord parce que les autorités hospitalières n’ont pas pris les précautions adéquates, puis en raison de la surcharge de travail et de l’épuisement.

A Wuhan, ce n’est que lorsque le nombre de cas confirmés a atteint 59 que l’infirmière Guo Qin et ses collègues ont reçu des combinaisons de protection. Il était alors trop tard. Guo Qin avait été exposée au virus par son travail de prélèvement d’échantillons de sang et d’expectorations. Le 12 janvier 2020, elle a eu de la fièvre et son infection a été rapidement confirmée. Ce même jour, cependant, les autorités affirmaient toujours qu’il n’y avait pas d’infection parmi les travailleurs/travailleuses de la santé et qu’il n’y avait pas de preuve évidente d’une infection de personne à personne. Après s’être rétablie fin janvier, Guo Qin a dû reprendre le travail en raison du manque de personnel dans tous les hôpitaux de Wuhan.

Les infirmières auxiliaires, dont beaucoup sont des migrantes rurales d’âge moyen, sont encore plus menacées que les médecins et les infirmières diplômées, en raison de la qualité inférieure des équipements de protection fournis et du manque d’installations de traitement à leur disposition. Une infirmière auxiliaire, Chen Cuilan, qui travaillait à l’hôpital central de Wuhan depuis de nombreuses années, a déclaré à Caixin que dès qu’elle a été confirmée avec le Covid-19, elle a été obligée de quitter le service.

Cependant, Chen n’a pas pu retourner dans sa chambre d’hôpital à cause du risque de propagation de l’infection. Avec de nombreux collègues, elle a été obligée de dormir dans la rue pendant trois jours avant de trouver une place dans l’un des abris de quarantaine de la ville. La majorité des infirmières auxiliaires dans la situation de Chen s’inquiètent maintenant de l’endroit où elles resteront une fois leur période de quarantaine terminée, car les hôpitaux où elles travaillent et vivent sont encore pleins de patients atteints de Covid-19.

Les longues heures de travail sous une pression intense et le manque d’équipement de protection ont également eu des conséquences sur la santé mentale du personnel médical. La télévision centrale chinoise a rapporté qu’environ 30% des 1596 infirmières de l’hôpital Renmin de l’université de Wuhan souffraient de dépression et d’anxiété.

Outre les professionnels de la santé, les femmes travaillant dans les communautés et les agents sanitaires ont également joué un rôle essentiel dans la lutte contre la Covid-19. Même dans l’industrie du bâtiment, dominée par les hommes, les femmes ont été en première ligne pour construire des hôpitaux d’urgence à Wuhan. Lors de la construction des hôpitaux de Huoshenshan et Leishenshan, par exemple, les femmes étaient responsables du recrutement, de la préparation des matériaux et de la conception des structures. Plusieurs de ces femmes ont utilisé leurs plateformes personnelles sur les médias sociaux pour faire connaître leur rôle, par ailleurs inaperçu, dans l’industrie de la construction. «En travaillant avec des masques et des casques, personne ne se soucie de votre sexe», a fait remarquer une assistante ingénieure.

Malgré leur rôle essentiel dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, les travailleuses ont souvent été négligées par les autorités chinoises et les médias officiels. La Fédération des syndicats de Wuhan, par exemple, a publié une liste de 13 «travailleurs modèles nationaux» dans la lutte contre le Covid-19: seuls quatre d’entre eux étaient des femmes.

A la veille de la Journée internationale de la femme, le 8 mars 2020, il est essentiel que la contribution des travailleuses soit reconnue par le gouvernement et leurs employeurs et que les syndicats commencent à prendre leur responsabilité de protéger les travailleuses beaucoup plus sérieusement en cette période critique.

Comme nous l’avons noté dans notre article sur le site web chinois consacré aux travailleuses de l’assainissement, du nettoyage, les syndicats locaux ont jusqu’à présent été incapables de répondre aux besoins urgents des travailleuses de ce secteur à Pékin et Guangzhou. (Article du Labour China Bulletin publié en date du 3 mars 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

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Coronavirus. «On doit s’attendre à l’ouragan»

L’émission «Arrêt sur images» de Daniel Schneidermann – une émission à laquelle le site alencontre.org pense qu’il est opportun de s’abonner – a été mise gratuitement, ce 14 mars 2020, sur Youtube «en raison de son utilité sociale». Deux médecins «qui parlent vrai» interviennent. François Salachas, le neurologue qui avait interpellé Emmanuel Macron lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière (Paris). Il souligna alors l’urgence liée à la pandémie et un fait d’évidence: la mise à niveau de l'hôpital nécessitera de gros moyens humains et financiers. Et Philippe Devos, intensiviste au CHC de Liège, président de l'Association belge de syndicats de médecins (Abysm). A voir, à partager: utile pour comprendre et réfléchir. (Rédaction A l’Encontre)

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