mercredi
13
décembre 2017

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La Brèche

Des étudiants, à Hong Kong, occupe un magasin Uniqlo

Des étudiants, à Hong Kong, occupe un magasin Uniqlo

Par Nicole Vulser

Les conditions de travail en vigueur chez certains sous-traitants asiatiques des géants mondiaux de l’habillement (H&M, Inditex/Zara, Gap, Fast Retailing) sont à nouveau montrées du doigt. Cette fois-ci, le japonais Fast Retailing, la maison mère d’Uniqlo, est accusé par une ONG de Hongkong de recourir à deux usines, dans le sud de la Chine, dans lesquelles les conditions de travail sont jugées indignes et dangereuses pour la santé des salariés.

L’Association des étudiants et universitaires contre les agissements répréhensibles en entreprise (Sacom) a publié, mardi 13 janvier 2015, les résultats d’une enquête au sein de Pacific Textiles et de Luenthai Garment, situées à Panyu, dans la province de Guangdong. Elle assure que les salariés y sont «sous-payés, travaillent trop et dans des conditions dangereuses».

Sacom est connue pour avoir dénoncé les méthodes utilisées par le taïwanais Foxconn (qui travaille, entre autres, pour Apple) ou certains fournisseurs de Disney. Son rapport intervient alors que Fast Retailing a annoncé son intention d’ouvrir une centaine de magasins Uniqlo en Chine chaque année dans les dix ans à venir. Le groupe japonais fait aujourd’hui fabriquer 70% de ses collections en Chine, le reste provient du Vietnam, du Bangladesh et d’Indonésie.

«134 heures supplémentaires par mois»

Les deux usines paient leurs employés «environ un tiers du salaire moyen pratiqué dans cette province», assure l’ONG, qui avait appelé, lundi 12 janvier, à une manifestation devant le principal magasin d’Uniqlo de Hongkong. Les salariés sont obligés d’effectuer en moyenne 134 heures supplémentaires par mois chez Pacific Textiles et 122 heures mensuelles chez Luen Thai (Dongguan Tomwell Garment Co.). Sacom donne l’exemple d’une salariée qui repasse entre 600 et 700 chemises par jour, travaillant jusqu’à 14 heures, pour 0,29 yuan (0,05 dollar) l’unité. L’association, qui dénonce « un management très autoritaire », affirme que ces usines ont négligé la sécurité, mettant les salariés en danger».

Le rapport cite également «des températures extrêmement élevées, jusqu’à 42 degrés l’été; des eaux usées inondant le sol, des installations dangereuses, une aération défectueuse avec un air ambiant chargé de poussières de coton, des odeurs irritantes et de hauts risques de voir se produire des problèmes électriques». Un employé est décédé en juin 2014 à la suite d’une électrocution, liée à une machine à coudre posée sur un sol mouillé. Ce que dément Fast Retailing. Les enquêteurs de Sacom ont vu des salarié•e•s tomber de leur chaise en manipulant les machines à tricoter».

L’enquête a été menée entre juillet et novembre 2014 par des membres de Sacom cachés et infiltrés dans ces usines dont Uniqlo est le principal client. Une première investigation a été menée entre juillet et août 2014. Elle a permis de découvrir des dysfonctionnements qui ont ensuite été validés quand Sacom et l’ONG japonaise Human Rights Now y sont retournés fin septembre. Le quotidien South China Morning Post de lundi 12 janvier précise que ces deux sites de confection (filiales de groupes cotés à Hongkong) sont des fournisseurs importants d’Uniqlo.

Introduire une «journée de repos» par semaine

La direction de Fast Retailing a reconnu une partie des faits mardi 13 janvier et a annoncé jeudi 15 janvier des mesures immédiates pour y remédier. «Nous avons conduit sur-le-champ une enquête interne» a indiqué le groupe. Ce dernier a demandé à Dongguan Tomwell Garment «l’enregistrement intégral des heures effectuées par les salariés, une réduction du temps de travail et un ajustement des capacités de production dès février». Le commanditaire lui demande aussi d’améliorer les conditions de sécurité au travail, d’interdire les punitions et de mettre en place des élections syndicales en mars.

Chez Pacific Textiles, le groupe japonais présidé par le milliardaire Tadashi Yania exige une journée de repos par semaine, une amélioration des conditions de travail (température, humidité), le port de vêtements de protection et des contrôles sur la pollution de l’air. Le commanditaire assurait dès mardi 13 janvier être prêt à arrêter de travailler avec ces usines si aucun progrès n’était réalisé dans de très brefs délais. C’est peu dire que la maison-mère d’Uniqlo doit réagir fermement pour éviter de voir son image ternie. Il est pourtant difficile de lui donner un réel crédit. Selon le site Quartz, un représentant d’Uniqlo venait visiter l’usine de Luenthai. (Le Monde, 16 janvier 2015, p.5)

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[1] Uniqlo a commencé l’externalisation de la fabrication de vêtements en Chine dans les années 1990 et sa réputation était en grande partie intacte. Uniqlo dispose à Hong Kong, de 23 magasins. Les 134 heures supplémentaires par mois dans la firme Pacific Textiles s’ajoutaient aux 12 heures journalières. Les salarié•e•s Luen Thai devaient effectuer jusqu’à 112 heures supplémentaires par mois. Pacific et Luen Thai ont refusé de commenter le rapport de Sacom. (Rédaction A l’Encontre, source South China Morning Post, 16 janvier 2015, article de Danny Lee)

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