Etats-Unis. Les incendies provoquent la mort de centaines de milliers d’oiseaux migrateurs

Par Julia Conley

Selon des biologistes, la mort en masse de telles quantités d’oiseaux, une des plus considérables dans l’histoire récente du Sud-Ouest des Etats-Unis, est due à une combinaison de facteurs – tous liés à la crise climatique.

Des scientifiques affirment que dans différents États, et notamment au Nouveau-Mexique, au Texas et dans le Colorado, des milliers d’oiseaux migrateurs ont été trouvés morts ces dernières semaines pendant que l’Ouest américain fait face à des incendies de forêt qui ont ravagé des millions d’acres en quelques jours.

La Doctoresse Martha Desmond, professeure de biologie à la New Mexico State University (NMSU), a déclaré au Guardian que leur mort, détectée pour la première fois à la fin du mois d’août, est une «tragédie nationale».

«J’en ai trouvé plus d’une dizaine sur une bande de terrain de deux kilomètres devant ma maison», a-t-elle déclaré au quotidien. «Voir cela, ramasser ces corps en comprenant qu’il s’en trouve tant sur une si vaste étendue, est profondément douloureux.»

Allison Salas, étudiante diplômée de la NMSU, a rapporté sur Twitter que son université travaillait avec le US Fish and Wildlife Service (USFWS – Service de la faune et de la pêche) pour comprendre les causes d’une mortalité que les ornithologues attribuent à la fumée des feux de forêt ainsi qu’à la sécheresse dans le Sud-Ouest.

«Le fait que nous trouvions des oiseaux mourant par centaines comme s’ils étaient tombés du ciel est extrêmement alarmant», a déclaré Allison Salas au Guardian. « La quantité de carcasses que nous avons trouvées m’a littéralement donné froid dans le dos. »

Les chercheurs affirment que ces oiseaux sont principalement des oiseaux migrateurs – comme les fauvettes, les hirondelles et les moucherolles – qui quittent chaque année le Canada et l’Alaska pour l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, lorsque le temps se refroidit. Les espèces sédentaires ne semblent pas affectées.

En se basant sur le grand nombre d’oiseaux morts trouvés dans la région depuis le 20 août – lorsque le premier groupe a été trouvé à White Sands Missile Range, dans le sud du Nouveau-Mexique – les ornithologues estiment que les oiseaux seraient morts par milliers. Martha Desmond a déclaré au Las Cruces Sun News que «des centaines de milliers, voire des millions, d’oiseaux migrateurs» pourraient avoir perdu la vie.

Après avoir quitté le Canada, les oiseaux migrateurs doivent s’arrêter tous quelques jours pour se nourrir, se désaltérer et se reposer. Les scientifiques pensent qu’en raison des incendies de forêt qui ravagent la côte Ouest, les oiseaux ont peut-être été poussés vers les zones désertiques du Nouveau-Mexique – qui a souffert de la sécheresse – où la nourriture et l’eau sont rares.

Les changements dans l’habitat nordique des oiseaux, causés par le réchauffement de la planète, ont peut-être également poussé les oiseaux à commencer leur migration plus tôt cette année, avant d’avoir pu constituer les réserves de graisse qui leur sont nécessaires pour leur long voyage.

«Nous les attaquons de tous côtés», a déclaré Allison Salas au Guardian. «Si nous ne faisons rien pour protéger leur habitat, nous allons perdre un grand nombre de populations de plusieurs espèces.»

Desmond a déclaré au site WBUR qu’en arrivant dans le Sud-Ouest frappé par la sécheresse, «beaucoup d’oiseaux arrivant du nord ont probablement été pris au dépourvu».

Depuis le 20 août, deux doctorants de l’Université du Nouveau-Mexique ont découvert 305 oiseaux morts dans la partie nord de l’État et ont lié les décès à la famine. Trish Cutler, biologiste de la faune à White Sands Missile Range, a déclaré à KOB, une chaîne de télévision locale à Albuquerque, que «quelques centaines» d’oiseaux morts ont été trouvés sur un terrain de tir de l’armée la semaine dernière, d’ordinaire leur nombre n’y dépasse pas la demi-douzaine pendant ce laps de temps.

Le Dr Andrew Farnsworth du Cornell Lab of Ornithology a déclaré au New York Times que les incendies de forêt ont considérablement dégradé la qualité de l’air dans l’Ouest, et que ce facteur a pu contribuer à leur mort.

«Cette année est différente des autres années», a déclaré Farnsworth au Times. «Nous avons eu beaucoup d’étés chauds, mais très peu d’étés ont connu cette combinaison d’incendies à large échelle et de grande chaleur due à la sécheresse.»

Les défenseurs de la justice environnementale sur les réseaux sociaux ont dénoncé le «désastre écologique» identifié dans le Sud-Ouest.

«Les signes sont partout», a tweeté Erin Brockovich, l’avocate des consommateurs. «Mère Nature en a assez de nous, et qui peut lui en vouloir?» (Article publié sur le site Common Dreams en date du 16 septembre 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

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