mercredi
23
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Marcelo Aguilar

Le refus de la proposition de réforme des retraites du gouvernement de Michel Temer a mobilisé un million de Brésiliens et a réussi à coaliser le mécontentement populaire.

«Aujourd’hui le Brésil s’est réveillé avec un petit effluve de grève générale», criait une femme depuis un des nombreux camions qui accompagnaient la mobilisation à São Paulo. Cette mobilisation a réuni mercredi 15 mars 2017 plus de 200’000 personnes et a été la plus importante du Brésil. Il faut dire que les mobilisations de ce mercredi contre la réforme des retraites – auxquelles ont participé environ un million de personnes dans l’ensemble du pays, avec des grèves dans plusieurs secteurs dirigés par les enseignants – ont été une sorte coup d’essai en vue d’une grève générale contre le gouvernement de Michel Temer.

Les protestations ont commencé très tôt, lorsque 2000 travailleurs ruraux et urbains ont occupé le ministère des Finances à Brasilia. La popularité de Michel Temer [ex-vice-président sous Dilma Rousseff et placé à la présidence le 31 août 2016] à est en train de s’évaporer. Le projet de réforme du système de retraite a réussi ce que même le processus d’impeachment (destitution) contre l’ex-présidente Dilma Rousseff n’avait pas pu obtenir: à savoir à unifier tous les courants syndicaux et les secteurs de la gauche. Même des secteurs qui avaient soutenu l’impeachment tels que Força Sindical, un syndicat dirigé par le député fédéral Paulinho da Força (São Paulo), du parti Solidaridade [parti fondé en 2012 qui se présenta pour la première fois aux élections générales en 2014].

Il faut dire que l’application de la réforme implique la négation du droit à la retraite des secteurs les plus pauvres. Entre autres, le projet de Temer – qui a lui pris sa retraite à 55 ans [mais, après avoir été procureur de l’Etat de São Paulo, il fut sans cesse député fédéral PMDB de São Paulo, puis vice-président de 2011 à 2016] – fixe l’âge de la retraite à 65 ans aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Toutefois, le point le plus contestable de la réforme est que pour obtenir une retraite complète il faudra 49 ans de contributions, soit 19 ans de plus qu’actuellement. L’argument du gouvernement est que c’est là «la seule voie possible pour sauver le système de l’effondrement». Mercredi, Temer expliquait: «La société brésilienne comprend peu à peu qu’il faut soutenir le projet», ce qui démontre l’ampleur de son isolement.

Pour Joao Paulo Rodrigues, de la direction générale du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), «l’objectif du coup (le jugement politique contre Dilma Rousseff) était d’introduire ces réformes et imposer un ajustement fiscal». Et il a expliqué à Brecha: «Cela fait partie de ce qui a été convenu et ils vont aller jusqu’au bout, puisque avec un gouvernement illégitime et une majorité parlementaire pour l’approuver c’est le meilleur moment.» Ricardo Gebrim, dirigeant de Consulta Popular [structure mise en place par le MST dès 1997], groupe qui fait partie du Frente Brasil Popular (qui regroupe aussi le Parti des travailleurs, le Parti communiste du Brésil et le Parti socialiste brésilien), a indiqué à Brecha que la destitution de D. Rousseff offrait une opportunité inédite au marché d’«impulser un système de retraite devenant privé, de s’assurer un accès privatisé au pétrole et aux gisements et une privatisation du secteur énergétique». C’est la raison pour laquelle «une mesure comme celle-ci, malgré le fait qu’elle soit anti-populaire, vaut la peine pour le pouvoir en place, d’autant que ce gouvernement illégitime ne prétend pas être réélu», a-t-il ajouté. Pour Joao Paulo Rodrigues, cette mobilisation des travailleurs «est la plus unifiée de ces dernières cinq années» et constitue «le premier pas vers une grève générale qui aura beaucoup de soutien populaire».

Cette mobilisation a deux nouveaux aspects: d’une part, elle a unifié les travailleurs de tous les secteurs, indépendamment de leur courant idéologique, et, d’autre part, elle a attiré des personnes qui n’étaient pas descendues dans la rue pour manifester contre l’impeachment de Dilma Rousseff.

Pendant ce temps, au Congrès, près de 150 propositions de modifications du projet de réforme ont été présentées, aussi bien par l’opposition que par les élus qui soutiennent le gouvernement. Des initiatives sont en train de tenter de freiner le projet. S’ils y parviennent, estime Gebrim, «cela fragilisera beaucoup le gouvernement, car les secteurs du capital financier et de la bourgeoisie comptent sur le gouvernement issu du coup (contre Dilma Rousseff) pour qu’il applique ces mesures, qu’ils savent être absolument anti-populaires, et si le gouvernement n’y parvient pas, il n’y aura aucune raison de le soutenir.» Selon Gebrim, si cela se passe, «l’effondrement du gouvernement Temer va s’accélérer». (Article publié dans l’hebdomadaire Brecha (Montevideo) en date du 17 mars 2017; traduction A l’Encontre)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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