mercredi
25
avril 2018

A l'encontre

La Brèche

Accidents dans la construction - Valdirene de l'entreprise Seara-Cargill

Par Charles-André Udry

Le 12 février 2007, le président Luiz Inacio Lula da Silva a signé un décret qui réduit la cotisation pour la prévoyance sociale versée par les entreprises dénombrant un nombre d’accidents du travail se situant en dessous de la moyenne nationale ! Une vraie conquête…, entre autres pour le patronat.

En effet, le secrétaire des Politiques de Prévoyance Sociale, Helmut Schwarzer – qui dépend du Ministère du Travail et de l’Emploi – venait d’indiquer l’augmentation importante du nombre d’accidents du travail en 2005. Le total dépassait les 500 mille, avec 2700 morts.

Ce chiffre est largement sous-estimé. Ne sont pas prises en compte de nombreuses morts dans le secteur agricole et dans le dit informel, qui de la sous-traitance aux travaux les plus périlleux du genre «auto-emploi».

De plus, les séquelles des accidents – handicapé·e·s plus ou moins grave à vie – ne sont pas mentionnées dans le document de la CUT que nous avons à disposition, bien que l’INSS (Institut national de sécurité sociale) ait établi une statistique en ce domaine su la période 2000 à 2004.

Toute l’orientation d’Helmut Schwarzer se résume dans ces phrases: «L’objectif est de faire que les employeurs perçoivent que l’investissement dans la prévention des accidents du travail n’est pas un coût.»

Cette sentence social-libérale est prononcée sur les ondes de Radiobras au moment où la législation du travail est totalement assouplie pour les petites entreprises ! Ni une activité de prévention partant des expériences propres des travailleurs et travailleuses – qui ne s’assimile pas à des ordres et interdictions venus d’en haut – ni la création de Comités Hygiène et Santé, de type syndical, dans les entreprises, de toutes les tailles, ne sont au centre des préoccupations de ce gouvernement se réclamant du Parti des travailleurs (PT). D’ailleurs il y a conformité en la matière avec une nouvelle législation syndicale qui vise à enlever tout pouvoir reconnu aux secteurs syndicaux de base (d’entreprise) à l’avantage d’une délégation aux directions centrales de syndicats, en particulier les fédérations de la CUT.

Une loi dans la jungle de la sous-traitance

Comme dans de nombreux pays, c’est le secteur de la construction qui connaît le plus grand nombre d’accidents. Ici encore, il est possible de saisir, derrière le discours du gouvernement Lula, le sens profond de sa politique. Au moment où il constate le nombre effarant d’accidents du travail dans le secteur de la construction, le gouvernement décrète que, en lieu et place de la Communication d’Accident de Travail (CAT) émise par les patrons – avec l’arbitraire que cela impliquait – entrera en vigueur, dès le 1er janvier 2008, un système qualifié ainsi: «Facteur Accidentel de Prévoyance (FAP).

Il s’agit, en substance, d’un indicateur du nombre d’accidents par entreprise. Plus le nombre est élevé (par rapport à la moyenne !), plus la cotisation patronale que l’entreprise versera à la prévoyance sociale augmentera: elle pourra varier de 0,5 % à 6 % du salaire. Actuellement, les entreprises versent entre 1 % et 3 %.

Il aura fallu attendre cinq ans de gouvernement Lula (2003 à fin 2007) pour qu’une mesure aussi élémentaire entre, légalement, en vigueur. Jusqu’à maintenant, le travailleur ou la travailleuse malade, accidentée devait fournir la preuve des raisons de sa maladie contractée au travail ou de son accident en s’adressant au médecin de l’entreprise ou à celui de l’INSS. Dorénavant le / la salarié·e ayant subi un accident ou ayant contracté une maladie pourra la faire reconnaître sur la base d’une liste établie, en relation avec chaque profession, selon une classification internationale reconnue.

Tout cela est bien beau. Toutefois, comme le reconnaît le président de la Confédération nationale des travailleurs de l’industrie de la construction et du bois (Conticom), Waldemar Pires de Oliveira, «sur les chantiers, l’informel [les travailleurs non déclarés, sans couverture sociale, parfois immigrés ou «immigrés de l’intérieur; de ce pays-continent qu’est le Brésil] dépasse les 70 %».

La sous-traitance à plusieurs échelons – trois, quatre, cinq – et l’existence d’entreprises boîtes aux lettres – comme le nécessite ce système en poupées russes – rendent plus qu’improbable l’efficacité d’un fonctionnement semi-administratif propre à un tel décret. De plus, la politique de privatisation (sous la forme de la participation-public-privée), qui touche la ligne 4 du métro de São Paulo, aboutit à des conditions de travail (pression pour tenir les délais dans des chantiers complexes et dangereux) entraînant des accidents en cascade. Au travers de ce genre d’accord (PPP), le public (soit les impôts des salariés) finance le privé. Et les sept morts, lors de la troisième semaine de mars 2007, sur le chantier de la ligne 4 symbolisent tragiquement le dédain patronal avec lequel la force de travail est usée et utilisée.

Après le secteur de la construction, le taux d’accident le plus élevé intervient dans la filière de la production du sucre et de l’alcool de canne à sucre. Une description des conditions de travail dans cette branche – où règne encore, dans certains endroits, le travail-esclavagiste pour dette – n’a pas besoin d’être faite dans le détail, pour que l’on puisse imaginer l’inertie et / ou l’impossibilité de combattre, sans intervention directe des travailleurs et travailleuses, les politiques patronales menaçant la vie et la santé des travailleurs. Un combat qui doit être appuyé par des syndicats et d’autres mouvements ainsi que des associations.

Y compris le secteur médico-hospitalier figure en «bonne place» parmi ceux identifiés comme comptant un nombre important d’accidents et de maladies liés à l’environnement du travail. Il ne s’agit pas seulement des maladies nosocomiales (infection contractée en milieu hospitalier), mais aussi des diverses atteintes à la santé propres aux conditions de travail (lever des malades, leur transport, la sécurité de l’environnement, le stress, etc.).

Les transnationales de l’intensification du travail

L’intensification du travail devient un facteur important d’accidents et de maladies. Le Syndicat des métallurgistes de l’ABC – banlieue de Sao Paulo où Lula a fait ses premières armes de syndicaliste – dénonçait, début février 2007, le nombre d’accidents qui intervenait dans l’entreprise Mahle Metal Leve. Il mettait en cause les rythmes de travail et de la vétusté de certaines machines (chaudière ayant explosé avec un jet de produit chimique ayant une température de 420 degrés centigrades).

Ne croyez pas que les petites entreprises brésiliennes sont les seules «productrices» d’accidents et de maladies professionnelles. Les grandes transnationales (voir article ci-dessous sur Carrefour) participent largement à la croissance de la statistique, derrière laquelle sont des êtres humains qui souffrent.

Un exemple nous est fourni par l’usine Volkswagen de Taubaté. Cette ville qui se trouve à 95 kilomètres du littoral nord de Sao-Paulo et à 40 kilomètres de Campos di Jordão, considérée comme la «Suisse brésilienne». L’usine VW ne respectait pas les pauses prévues dans le département de la câblerie. La direction, face aux réclamations syndicales (commission d’entreprise), a suspendu un représentant syndical, fin février 2007. Cette répression traduit l’ambiance actuelle dans le secteur automobile et, plus généralement, dans l’industrie qui invoque «la concurrence internationale» pour justifier la péjoration des conditions de travail; ce que font tous les patronats de chaque pays dans le monde.

L’industrie agroalimentaire est une des branches où les accidents du travail et les maladies professionnelles font nombre. Dans la ville deForquilhinha, au sud de l’état de Santa Catarina, (dont la capitale est Florianopolis), la transnationale Cargill – une des firmes les plus puissantes à l’échelle mondiale dans l’agroalimentaire (du grain à la viande) – opère une usine de poulet. Il s’agit de Seara-Cargill qui figure parmi les plus grandes exportatrices de viande de poulet du Brésil.

Seara-Cargill possède une réputation qui défie la concurrence. En 2005, elle a fait opposition à une enquête, liée à un Pacte promu en mai 2005 par l’Organisation internationale du travail (OIT), sur la non-utilisation du travail-esclave dans le processus de production de la viande de poulet.

Seara-Cargill défie l’exclamation de Charlie Chaplin dans les Temps Modernes: «Je ne suis pas une machine. Homme, c’est ce que je suis.» L’entreprise s’oppose à l’utilisation d’autres médecins que ceux compromis avec la firme pour soigner des ouvrières et des ouvriers tombant malades ou qui sont accidentés dans le cours d’un travail très pénible: conditionner de la viande de poulet.

Ainsi, en juin 2006, Jaime da Silva Mata, âgé de 22 ans, a été renvoyé de l’unité de Forquilhinha suite à une absence pour maladie. Le secrétaire du syndicat, Celio Elias, déclarait: «La Seara-Cargill agit comme si les travailleurs étaient ses esclaves et ils ne disposent pas du droit de prendre soin de leur santé en dehors de l’entreprise.» Il ajoute: «Cette pratique est en vigueur dans toutes les unités de cette transnationale portant atteinte, ainsi, à la santé de nombreux travailleuses et travailleurs; arrivant de la sorte à remettre sur le marché du travail des travailleurs mutilés et invalides.»

La réaction des salarié·e·s de Sera-Cargill, au milieu de l’année 2006 traduisait fort bien cette situation: ils manifestèrent avec le mot d’ordre: «Mettre fin à une usine qui produits des blessés.»

Les troubles musculo-squelettiques et les lésions pour travaux répétitifs et intensifs sont parmi les deux maladies professionnelles les plus courantes dans la production de viande avicole. Cela n’empêche pas la transnationale

Cargill de refuser de payer les frais d’une intervention chirurgicale qu’a dû subir une employée travaillant depuis 11 ans dans le même département: Valdirene Joao Gonçalves da Silva. Elle désossait des poulets. L’entreprise s’est défaussée de toute obligation après que le chirurgien a affirmé que les possibilités de la travailleuse de retrouver la mobilité de son avant-bras et de sa main gauche ne s’élevaient qu’à 60 %. Cargill voulait du 100 %.

La douleur de Valdirene est constante. Elle ne peut se nourrir, étant donné sa médication, et pèse 45 kilos. Selon le syndicat, l’entreprise fournit des informations sciemment erronées à l’INSS et se refuse de remplir la CAT (Communication d’accident de travail).

Face à une telle arrogance de Seara-Cargill, qui s’appuie sur une position de pouvoir social et économique dominante, le combat pour «la santé au travail» ne sera pas conduit à bien à partir des mesures qui seront appliquées dès le premier janvier 2008.

Dans des entreprises comme Seara-Cargill s’impose ce que Marx nommait: le despotisme d’entreprise. L’armée de chômeurs et chômeuses exerce sa pression, mise à profit par le Capital. A cela s’ajoute le manque d’initiatives syndicales pédagogiques, à la base et sur la durée, ce qui est certes difficile mais plus que nécessaire.

Dès lors, sachant que des milliers de travailleuses et travailleurs attendent devant la porte de la fabrique ou du chantier, le patronat sait qu’il peut remplacer à pied levé les accidenté·e·s… qui, de plus, ne «coûtent rien». Les considérations concernant les «conditions de travail», étalées sur les sites, relèvent des discours propagandistes des dites «ressources humaines». Un «notion» qui renvoie, de fait, à celle de force de travail utilisable, durant un temps donné, contre un salaire, de la manière dont le capital l’exige, cela afin d’ assurer sa mise en valeur

Se battre effectivement pour la «santé au travail» revient à contrebattre la logique du capital

Fin février 2007, une étude a été publiée au Brésil portant sur les douleurs provoquées par des efforts répétés et les troubles musculo-squelettiques (TMC). Sur 118’000 cas examinés par la Prévoyance sociale entre 2001 et 2006, 70 % relevaient de maladies professionnelles de ce type.

Or, en moyenne, 5000 cas par année ont débouché sur un statut d’invalidité, selon le spécialiste Ricardo Lontra.

Cette statistique ne concerne que les salarié·e·s disposant d’un livret de travail (impliquant un enregistrement auprès de la Prévoyance sociale). Or, 50 % des salarié·e·s se trouvent dans le «secteur informel», pas couvert. De plus, la fonction publique n’était pas prise en compte par l’étude.

Enfin, dans les tendances de créations d’emploi, la proportion d’emplois «informels» dans le total des emplois créés est en croissance, au Brésil comme dans le reste de l’Amérique latine. D’ailleurs, de 1995 à 2005 (dernière statistique), le chômage des jeunes n’a fait que croître. Une étude de l’IBGE (Institut Brésilien de Géographie et de Statistique), publiée sous la direction de Marcio Pochman, économiste de l’université de Campinas (UNICAMP), indique que sur 100 jeunes qui sortent du système scolaire, 55 restent au chômage.

En 2005, le nombre de jeunes sans emploi a augmenté de 107 % par rapport à 1995, pour la tranche d’âge allant 15 à 24 ans. Pour les autres tranches d’âge de la population, la hausse du chômage ou du sous-emploi a crû de 90,5 % durant ces dix ans. Parmi les jeunes, ce sont les jeunes femmes qui sont frappées le plus par le non-emploi. Cette situation nourrit nombre de travaux «informels», de «petits boulots» dont les dangers sont nombreux, y compris dans le domaine du travail domestique.

Contre ce type de maladies professionnelles – sans même parler de l’amiante dont les effets cancérigènes sont démontrés depuis fort longtemps, produit encore utilisé au Brésil et une des sources significatives de maladies professionnelles au Brésil – ce ne sont pas quelques adaptations de la place de travail ou la distance en relation à «une moyenne» augmentant la cotisation sociales.

Dans des conditions de travail comme celles régnant au Brésil – et de plus en plus dans l’ensemble des pays de la périphérie et du centre, malgré des différences – les questions que se posent les firmes transnationale est la suivante: «On arrive pas à mesurer le résultat de la santé: qu’elle est la contribution de la santé au résultat de l’entreprise ? Quels objectifs fixer ? Comment la mesurer ?; l’effet utile de la santé sur le résultat de l’entreprise est invisible (les liens santé-trésorerie, santé-facteur clef du succès, etc. sont hélas peu démontrés.»

Qui parlent ? Deux «éminents» professeurs de l’Université de Lausanne (Suisse). L’un, Fabien de Geuser, enseignant à l’Ecole des Hautes études commerciales (HEC); l’autre, Alain-Max Guénette, professant à la Haute école de gestion, Institut du Management (L’AGEFI, supplément gestion, 26 mars 2007).

Il y a là, l’étalage d’une reconnaissance involontaire de la concentration «attentive» du capital sur ce qui est mesurable, c’est-à-dire sur les résultats issus de l’extraction de la plus-value (du temps de travail non-payé, volé). Il en découle, logiquement et physiologiquement, une négligence pour ce qui a trait aux conditions de travail (hors du champ de la productivité mesurable) et à leurs répercussions sur la santé des salarié·e·s.

Dès lors, seule une remise en question, à la racine, du modèle de productivité du travail exigé par le genre d’accumulation du capital (rentabilité enjointe par les investissements effectués et le service de dividendes plus haut que jamais aux actionnaires) peut déboucher sur un respect de la santé et de la dignité des salarié·e·s.

Ce questionnement du type de productivité nécessite, d’une part, une intervention directe des travailleurs (un contrôle ouvrier que l’on peut décliner de manières diverses) et, d’autre part, une incursion décidée dans la propriété privée, concentrée, qui doit déterminer aussi bien les choix productifs (produire quoi ? pour qui ? comment ?) que les choix productifs socio-écologiques. Les organisations de la gauche radicale – dans leurs divers champs d’activités – se devraient, à partir de ces questions fort concrètes, de dégager cette perspective d’ensemble.

*****

Au magasin Carrefour de Uberlândia*,
la main droite d’un jeune homme de 22 ans vaut 2700 dollars

Par Leonardo Severo**

Le groupe Carrefour est devenu un leader de la distribution dans le monde. Il occupe la deuxième place à l’échelle mondiale et la, première en Europe. Il développe quatre formats principaux de magasins alimentaires: les hypermarchés, les supermarchés, le maxidiscompte et les magasins de proximité. Le groupe Carrefour compte aujourd’hui plus de 12000 magasins exploités en propre ou en franchise. Carrefour est la première chaîne transnationale européenne à s’être implantée au Brésil, en 1975, sous la dictature militaire. En Chine, Carrefour est présent dès 1995. La chaîne est présente dans 29 pays. L’Europe, l’Amérique latine et l’Asie sont les trois zones d’implantation du groupe. L’accent est mis sur le Brésil, la Colombie, l’Argentine, la Chine, l’Indonésie, la Turquie, la Grèce, la Pologne, outre les anciens pays de l’UE. Carrefour développe une relation avec les producteurs locaux pour détenir une position de monopsone (acheteur unique ou essentiel). En 2005, son chiffre d’affaires, hors taxes, consolidé s’est élevé en 2005 à 75,4 milliards d’euros (contre 72,7 en 2004). Le résultat net s’est monté en 2005 à 1807 millions d’euros. (Réd. A l’Encontre)

Cinq mille reais (2’700 dollars). C’est la somme offerte par le magasin Carrefour pour indemniser son employé Diego Nunes Marra, âgé d’à peine 22 ans, pour la perte totale de sa main droite au cours d’un accident de travail. La mutilation s’est produite au supermarché d’Uberlândia, alors que Diego venait d’être transféré du secteur des fruits et légumes vers celui de la boucherie. Il n’a bénéficié d’aucune formation et, exposé au hachoir de viande sans aucun équipement de protection, le jeune homme a été blessé le 18 janvier 2006.

Après avoir sans assistance aucune laissé le travailleur et sa famille accumuler des dettes à la pharmacie et survivre grâce à un salaire minimum payé pas l’INSS et à l’aide de proches, la multinationale a concédé à Diego ce chèque honteux qui lui a été envoyé vendredi passé (23).

ABANDON – «Je suis révolté par l’assistance que j’ai reçue. Ou mieux, par le manque d’assistance. Je suis marié, j’ai un fils de dix mois et je pense beaucoup à ce que le futur de celui-ci va être. Avant j’étais toujours fauché, mais il ne manquait jamais de nourriture sur la table, ni de fruits ni de couches pour mon fils. Maintenant… même pour me coiffer de la manière qui plaît à ma femme j’ai besoin d’aide, pour boutonner ma chemise aussi… C’est absurde de penser que pour Carrefour ma main droite vaut cinq mille reais», a déclaré Diego. Celui-ci participe actuellement à São Paulo au Séminaire organisé par le Secrétariat des Relations Internationales de la CUT, à travers le projet Action Face aux Multinationales CUT / FNV, et par la Confédération Nationale des Travailleurs du Commerce et des Services (Contracs) qui organise les réseaux de travailleurs de Wall-Mart et de Carrefour.

Diego raconte que l’unique préoccupation réelle dont l’entreprise a fait preuve à son égard s’est manifestée le jour de l’accident. «J’étais en train d’agoniser de douleur en hurlant, parce que ça faisait vraiment très mal. C’est alors qu’une infirmière de Carrefour est arrivée en disant qu’il fallait crier moins fort, parce que je faisais peur aux clients. Elle m’a donné un bandage pour couvrir ma main et c’est tout. Comme je commençais à perdre beaucoup de sang et que personne de l’entreprise n’arrivait pour me secourir, je me suis donc rendu avec l’aide de deux collègues à l’Hôpital du Triângulo, où j’ai alors été opéré. Je n’ai reçu aucun téléphone, ni du directeur ni de personne. Même pas pour prendre des nouvelles. Je me suis senti rejeté, comme si j’étais un rien du tout».

JOIE – Un bon employé qui servait tout le monde avec le sourire au rayon des fruits… Diego se souvient que c’était toujours lui qui était choisi pour mettre le feu aux promotions, pour faire exploser les ventes. «Après le secteur des FLV (fruits, légumes et verdure), ils m’ont mis d’abord au «merchandising», puis de là ils m’ont flanqué à la boucherie, sans aucune formation. Ils me parlaient toujours d’une augmentation dont je n’ai jamais vu la couleur. Puis, le 16 janvier, alors que je reprenais le travail après un premier accident où je venais de perdre un morceau du majeur de la main gauche, ils m’ont remis à la boucherie. Le 18, un client m’a demandé de lui découper un certain morceau de viande en trois portions de 500 grammes chacune. J’ai alors demandé à mon collègue de quelle viande il s’agissait: il me l’a montrée et m’a dit de la couper de telle façon. Fort bien. La machine s’est alors bloquée et je suis allé chercher le morceau de viande. Le morceau s’est alors détaché, a giclé au mur et est tombé au sol, alors que ma main entrait directement à l’intérieur du hachoir. Maintenant je ne prévois pas de retourner au travail, je suis en train de faire de la rééducation et d’attendre le résultat de l’action en Justice.

Au cours des premiers jours, on m’a promis une prothèse, de l’assistance et tout mais… Je suis en train de me battre pour que personne ne passe jamais plus à travers quoi je suis passé, pour que le travailleur soit respecté dans ses droits».

Depuis l’accident, le Syndicat des Employés de la Vente de Uberlândia donne assistance et conseils à Diego dans sa lutte pour la justice et la dignité. La formation du réseau syndical des travailleurs de Carrefour renforcera le niveau d’organisation et de mobilisation de cette catégorie de personnel sur son lieu de travail et contribuera à ce que les crimes de cette nature ne restent plus impunis. (Traduit par A l’Encontre)

* Uberlândia se trouve dans l’état de Minais Gerais.

** Journaliste travaillant pour la CUT (Centrale unique des travailleurs)

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