lundi
27
mars 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Geraldo Doca et Junia Gama

Selon l’OIT (Organisation internationale du travail), le programme «Bolsa Familia» [une allocation universelle d’assistance introduite en 2004 par le gouvernement Lula] et les mesures de contrôle ne parviennent pas à vaincre le travail dégradant. Le Brésil fait face à un esclavage sans fin.

Le principal programme de transfert de richesse du gouvernement, la «Bolsa Familia» et les mesures de surveillance n’ont pas été suffisantes pour éradiquer le travail esclave du Brésil. Une étude rendue publique le 25 octobre 2011 par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a tracé, pour la première fois, le profil des victimes du travail esclave dans le pays. Elaborée à partir du témoignage de 121 travailleurs sauvés de leur situation entre 2006 et 2007, l’étude a montré le bas niveau scolaire de ces personnes et le manque d’actions menées permettant de créer des opportunités dans les régions qui fournissent le plus de main-d’œuvre de ce type.

Dans 67% des familles de travailleurs libérés [d’une situation de travail considérée comme relevant de l’esclavage], il y avait des enfants et des adolescents, ce qui faisait que 28% (presque un tiers) d’entre eux étaient au bénéfice de la «Bolsa Familia». L’enquête a également révélé que presque 60% des travailleurs libérés dans le pays avaient déjà été «esclavisés» auparavant et que les mesures de surveillance et de «répressions» du gouvernement avaient à peine réussi à faire libérer le 12,6% des travailleurs soumis à ces conditions, selon les chiffres du Ministère du Travail.

L’enquête a montré qu’il existait au Brésil une forte relation entre le travail esclave et le travail des enfants: 92,6% du total des interviewés ont commencé à travailler avant l’âge de 16 ans. En moyenne, à l’âge de 11,4 ans, presque 40% des enfants travaillaient déjà avant.

Selon Luiz Antonio Machado, coordinateur du projet de l’OIT pour combattre le travail esclave au Brésil, le programme «Bolsa Familia» aide certes à réduire la vulnérabilité des travailleurs, parce qu’il améliore l’alimentation des familles, mais, en lui-même, il n’évite pas que les chefs de ces familles doivent se soumettre à des conditions de travail dégradantes, avec restriction de liberté, ce qui est un élément caractéristique du travail esclave.

Machado affirme donc que le programme «Bolsa Familia» est insuffisant et que les mesures de contrôle [par une administration spécifique] ne parviennent pas à couvrir tout le pays, même pas les Etats connaissant la plus forte concentration d’irrégularités.

Le secteur de l’agropécuaire concentre le travail esclave

Machado a indiqué que l’indice élevé de récurrence – à savoir que le 59,7% des personnes libérées avaient déjà été en situation d’esclavage antérieurement – était dû au manque d’alternatives, au fait que dans les régions rurales il ne restait aux travailleurs sans qualification que le « travail au forfait» [à la tâche], qui n’exigeait du travailleur rien d’autre que sa force physique. Selon Machado, il est donc également nécessaire d’investir dans des campagnes de conscientisation menées fréquemment afin d’encourager les travailleurs eux-mêmes à effectuer un dépôt de plainte. Dans la majorité des cas, ceux-ci sont libérés à la fin de leur «tâche», sans recevoir un revenu en relation avec le «forfait» pré-établi!

Le salaire moyen déclaré par ces travailleurs était de 1,3 salaire minimum, sachant que 40% d’entre eux ont indiqué être l’unique source de revenu de la famille. Ces familles avaient, en moyenne, 2,4 enfants.

Machado défend la nécessité d’actions complémentaires permettant de rendre les politiques plus effectives. Parmi ces actions possibles: stimuler la création d’emplois sur le lieu d’habitation des travailleurs et leur offrir des cours de qualification professionnelle.

Selon l’enquête, 85% des travailleurs interviewés, au-delà du fait qu’ils avaient un niveau scolaire extrêmement bas (analphabètes et/ou ayant moins de quatre ans d’étude), n’avaient jamais suivi de cours de qualification. Cependant, 81,2% ont déclaré qu’ils aimeraient bien suivre un cours, principalement les plus jeunes (95,2% des moins de 30 ans). Leurs préférences allaient aux domaines de la mécanique automobile, des voitures en général, de la construction civile (maçon, plombier, peintre) et de l’informatique.

Les Etats du Maranhão,de Paraíba et du Piauí sont des exportateurs de main-d’œuvre esclave vers les autres Etats. C’est de ces Etats que provenaient la plupart des travailleurs libérés dans les Etats de Goiás (88%) et du Pará (47%). Dans les Etats du Mato Grosso et de Bahia, 95% de ces travailleurs étaient originaires de la région même.

Selon l’OIT, le secteur de l’agropécuaire continue d’être le secteur à plus forte concentration de travail esclave, surtout dans les fazendas de canne à sucre et de production d’éthanol (Etat du Pará), dans les plantations de riz (Etat du Mato Grosso), dans les cultures de café, de coton et de soja (Etat de Bahia), ainsi que dans la culture de tomates et de canne (Etats du Tocantins et de Maranhão).

Selon l’enquête, l’«engagement» se fait, dans la majorité des cas, par le réseau de relations personnelles; les «chats» [les intermédiaires] et les bureaux fonctionnant comme des agences d’emploi apparaissent en second lieu. En troisième lieu , l’«opération» se passe dans des hôtels, des pensions ou des locaux publics, dans des gares (routières et ferroviaires) ou dans la rue.

Le concept de travail esclave pointé par l’OIT comprend, au-delà des conditions précaires (manque de logement, d’eau potable et de sanitaires, par exemple), la privation de liberté et la surveillance par des hommes armés, la difficulté d’accès aux fazendas et des dettes contractées de manière forcée par les travailleurs pour payer leur alimentation et les outils utilisés pendant leur service [ce qui réduit le revenu salarial à la part congrue].

Le Ministère du Travail a fait savoir qu’il ne pourrait commenter cette étude en raison de l’absence du responsable du domaine du contrôle. (Traduction A l’Encontre)

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*Article publié dans le quotidien O Globo le 26 octobre 2011 ; un quotidien peu «progressiste».

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Vingt mille esclaves dans le pays

Par Junia Gama

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a fait paraître le 25 octobre 2011 un profil du travail esclave rural au Brésil, indiquant que 81% des personnes vivant dans des conditions analogues à l’esclavage étaient noires, jeunes et de bas niveau scolaire. L’étude a été faite sur la base d’entretiens avec des personnes libérées, d’ «intermédiaires» [qui «approvisionnent» les patrons] les et d’employeurs dans des fazendas du Pará, du Mato Grosso, de Bahia et de Goiás entre 2006 et 2007.

Au-delà de la prédominance des travailleurs noirs, le document indique qu’environ 93% de ces personnes avaient commencé leur vie professionnelle avant l’âge de 16 ans, ce qui constitue du travail d’enfants, et que presque 75% parmi eux étaient analphabètes. L’étude montre également que la majorité des employeurs et des intermédiaires, lesdits « chats », étaient eux blancs.

Pour le coordinateur du programme de lutte contre le travail esclave de l’OIT, Luiz Machado, tout cela reflète la condition de vulnérabilité de la population la plus pauvre face au travail esclave, une population qui est composée majoritairement de noirs. «Cela constitue une trace de l’exploitation coloniale», considère-t-il. Le fait de n’avoir pas fréquenté d’écoles dans l’enfance est aussi considéré par le coordinateur comme étant un inducteur, «un organisateur» du problème. «Le travail des enfants nuit aux possibilités futures et facilite le chemin vers le travail esclave. Les personnes sans scolarité n’ont pas de possibilités

Le Ministère Public du Travail (MPT) estime quant à lui que près de 20 mille personnes sont soumises au travail forcé ou dégradant au Brésil aujourd’hui. Depuis 1995, plus de 40 mille travailleurs ont été libérés dans le pays, pays qui s’est engagé par un accord international à éradiquer la pratique d’ici à 2015. La coordinatrice nationale de Combat contre le Travail esclave du MPT, Débora Tito, avance que les politiques sur ce thème se sont concentrées sur ce qu’elle nomme la «pédagogie de la bourse» [référence au programme de la «bourse familiale» qui est de nature essentiellement assistantialiste].

Pour elle, il faut affronter le problème en infligeant des amendes élevées et en insérant les noms des employeurs fautifs dans des listes noires afin qu’ils cessent d’obtenir des financements de la part les banques. «Nous devons rendre cette pratique économique invivable, pour que les fazendeiros cessent d’économiser sur le dos de la dignité du travailleur», a affirmé Débora Tito. Celle-ci ajoute que bien que la peine permettant de punir un employeur ayant recours au travail esclave soit de deux à huit années de prison, il existe peu de condamnations [pour ne pas dire aucune] dans le pays. (Traduction A l’Encontre)

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* Article publié dans Correio Braziliense, le 26 octobre 2011 (quotidien gratuit)

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