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août 2017

A l'encontre

La Brèche

Brésil. Grève du métro de São Paulo

Publié par Alencontre le 9 - juin - 2014
Assemble des grévistes du métro le 8 juin 2014

Assemblée des grévistes du métro le 8 juin 2014

En fin d’après-midi du dimanche 8 juin 2014, les travailleurs du métro de São Paulo, lors d’une assemblée générale, ont voté la poursuite de la grève initiée le 5 juin. Et cela malgré les mesures de répression de la police, placée sous les ordres du gouverneur de l’Etat de São Paulo, Geraldo Alckmin, membre du Parti social-démocrate du Brésil (PSDB) et la décision du Tribunal régional du travail (TRT) adoptée le dimanche 8 juin. La politique de Geraldo Alckmin est intensément soutenue par les médias brésiliens, contrôlés pour l’essentiel par le groupe O Globo. Altino  Prazeres, président du syndicat des travailleurs du métro et militant du Parti socialiste des travailleurs unifié (PSTU), a expliqué devant l’assemblée des grévistes que lors des grandes grèves dans l’ABC Paulista (1978-1982), sous la dictature militaire, la victoire avait été obtenue grâce à la détermination des grévistes, à la solidarité étendue et au défi lancé à des décisions de justice illégitimes. Paulo Pasin, président de la Federação Nacional dos Metroviários (Fenametro), a affirmé devant l’assemblée des grévistes: «La seule façon de faire face à la peur et de gagner réside dans une lutte de tous, unie.»

L’assemblée des travailleurs du métro et le syndicat de São Paulo ont envoyé une lettre demandant que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, intervienne dans la négociation entre eux, d’un côté, et la direction de l’entreprise ainsi que le gouvernement de l’Etat de São Paulo. Cette grève est un véritable test. Si les grévistes obtiennent satisfaction, c’est un précédent à quelques jours de l’ouverture du Mondial. Et leur exemple peut être suivi par d’autres secteurs de salarié·e·s et des mouvements sociaux. Nous publions ci-dessous l’appel à la solidarité internationale lancé par le syndicat des travailleurs du métro de São Paulo.

Les troupes de choc contre les grévistes du métro à Sao Paulo

Les troupes de choc contre les grévistes du métro à Sao Paulo

La brutalité répressive du pouvoir de l’Etat et d’une justice qui lui est soumise s’explique par l’enjeu de la grève du métro de la mégalopole. Ici, la FIFA n’est pas qu’une observatrice de ce conflit: elle exige aussi le calme. Ce d’autant plus qu’éclatent dans le même temps les «affaires de corruption» – que tout le monde pressentait – liées à l’attribution du Mondial de 2022 au Qatar en décembre 2010. La construction de stades dans ce pétro-émirat – construction qui intéressait de grandes sociétés françaises et allemandes, déjà engagées dans la région – ne pouvait se faire qu’au prix de centaines de morts de travailleurs immigrés, dont tous les droits les plus élémentaires sont niés. Tout cela ne pouvait que ternir l’image de la machine à cash qu’est la FIFA. Dès lors, des grands sponsors liés à elle pour des années veulent éviter la contamination. Ainsi, Sony affirme attendre que la FIFA «respecte ses principes éthiques d’intégrité». La formule laisse-t-elle entendre que cela était le cas précédemment? Adidas s’inquiète «de la tenue négative du débat public autour de la FIFA qui n’est bonne ni pour le football, ni pour la FIFA, ni pour ses partenaires». Visa (cartes de crédit) fait dans la même tonalité.

Les membres du Comité exécutif de la FIFA – gouvernement mondial du football qui s’est réuni les 7 et 8 juin à São Paulo – n’ont pas besoin du métro pour se déplacer à São Paulo. Au même titre que les dominants de la capitale, l’hélicoptère est à leur service. La Coupe du monde – dans le proclamé et réclamé paradis du football, le Brésil – ne suffira pas forcément à transformer une grande partie des travailleurs et des mouvements sociaux en stricts spectateurs de matches. La dynamique engagée depuis juin 2013 et confirmée sous diverses formes au cours des deux derniers mois fait de ces derniers des acteurs plus confirmés d’une transformation de leurs conditions de vie et de travail. (Rédaction A l’Encontre)

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Appel urgent depuis le Brésil:
nous avons besoin de votre solidarité

Par Altino Prazeres, président du syndicat des travailleurs du métro de São Paulo

Travailleurs du métro de São Paulo: intensifier la lutter, défendre le droit à la grève, empêcher tout type de sanction, négociations maintenant!

Vous êtes nombreux à avoir été les témoins des mobilisations en cours au Brésil, où se déroulent des grèves et des manifestations de travailleurs et travailleuses ainsi que d’organisations populaires exprimant leur indignation face à la Coupe du monde, ses dépenses somptuaires et la corruption qui en découle, tout cela pour satisfaire les intérêts des entreprises transnationales et de la FIFA [Fédération Internationale de Football Association, dont le siège est situé dans le canton de Zurich].

A la veille de l’ouverture de cette Coupe, le 12 juin, des secteurs de la population s’engagent dans des luttes concrètes afin d’obtenir la réalisation de leurs revendications. Ces dernières portent sur l’augmentation des salaires, sur les droits pour le logement, de meilleurs services publics (éducation, santé). Ils ont dénoncé la répression et la criminalisation des mouvements sociaux.

En ce moment, les travailleurs du métro de São Paulo sont à leur cinquième jour d’une grève. Elle a commencé le jeudi 5 juin. Ces travailleurs transportent 4 millions de passagers dans la ville où sera proclamée l’ouverture de la Coupe. Cette grève est dès lors des plus importantes, raison pour laquelle le gouvernement – de l’Etat de São Paulo et le gouvernement fédéral – a décidé qu’elle devait être défaite à n’importe quel prix. Il cherche à y mettre un terme ainsi qu’à empêcher que les mobilisations s’accroissent dans les jours à venir.

La justice brésilienne, travaillant main dans la main avec le pouvoir gouvernemental, celui du grand capital et de la FIFA, a déclaré, aujourd’hui le 8 juin, que la grève était illégale. Elle a exigé que les travailleurs du métro retournent immédiatement au travail. Il a ordonné l’imposition d’une amende quotidienne de 250’000 dollars US contre le syndicat s’il n’applique pas cette décision.

Cette décision du Ministère de la justice autorise le gouvernement à licencier les grévistes, ce qui est contraire à tous leurs droits en tant que citoyens et travailleurs.

Nous comptons sur le soutien et la solidarité de toutes les centrales syndicales brésiliennes qui organisent des initiatives de soutien à la grève.

Le syndicat et les travailleurs ont décidé de poursuivre la grève, malgré les ordres du gouvernement, afin de défendre leurs revendications ainsi que pour garantir leur droit à la grève.

Nous avons besoin de soutien et de solidarité. Envoyez des messages aux adresses e-mail ci-dessous, postez des photos sur les réseaux sociaux, diffusez cet appel sur vos listes et sur les sites internet, etc.

– Soutien total aux travailleurs du métro de São Paulo!
– Pour l’application des revendications des travailleurs du métro!
– En défense du droit de grève!
– Non à la répression, aucune sanction!
– Que le gouverneur de l’Etat de São Paulo Geraldo Alckmin négocie!

Les messages de solidarité, etc. doivent être envoyés aux mails suivants:

sindicato@metroviarios-sp.org.br

imprensa@metroviarios-sp.org.br

cc : dirceutravesso1@gmail.com

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1 commentaire

  1. Appel urgent depuis le Brésil: nous avons besoin de votre solidarité | Cercle La brèche dit:

    […] À quatre jours du début de la Coupe du monde, les travailleurs du métro à Sao Paulo sont toujours en grève (grève initiée le matin du 5 juin).  Ils revendiquent «l’augmentation des salaires, les droits pour le logement et de meilleurs services publics (éducation, santé)». Bien que la répression de la police n’a pas tardé et que la grève a été juge illégale par le Tribunal régional du travail (TRT), sa poursuite a été décidée par le travailleurs en occasion d’une assemblée générale qui a eu lieu dimanche 8 juin dans l’après-midi. Nous publions ci-dessous l’appel à la solidarité internationale lancé par le syndicat des travailleurs du métro de São Paulo. Pour plus d’informations à propos de l’état actuel de la grève nous renvoyons nos lecteurs à l’introduction à l’appel parue sur le site A l’Encontre en date 9 juin 2014. […]

    Ecrit le 10 juin, 2014 à 2014-06-10T07:41:17+00:000000001730201406

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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