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La Brèche

RDC. Joseph Kabila remanie la hiérarchie militaire

Publié par Alencontre le 17 - juillet - 2018

Photo datant de juin 2017

Par Colette Braeckman

Le président Joseph Kabila [République démocratique du Congo] n’est pas un homme à prendre des risques. Quelle que soit la décision qu’il annoncera d’ici le 8 août 2018 dans son discours devant les deux Chambres réunies – se représenter ou non? –, il entend bien verrouiller le système afin que le pouvoir n’échappe pas à la majorité présidentielle et surtout afin de ne pas être à la merci d’une «surprise» sur le plan militaire.

C’est dans ce but qu’a déjà été créé le FCC (Front commun du Congo), une plateforme pro-Kabila que l’historien Elikia M’Bokolo [1944] vient de rejoindre. Mais c’est surtout pour s’assurer de la fidélité de l’armée qu’a été opéré le dernier remaniement de la hiérarchie militaire, annoncé ce week-end.

Sage précaution: l’annulation, le 30 juin dernier, du défilé militaire prévu pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance avait suscité différentes interprétations, car la répression des manifestations des chrétiens en début d’année avait suscité de la grogne au sein de l’armée.

Le remaniement actuel représente un sévère verrouillage de l’institution militaire: des généraux plus âgés ou formés en Europe ont été mis à la retraite, le général Didier Etumba (un ancien de l’Ecole royale belge militaire) a été nommé conseiller militaire du chef de l’Etat tandis que le général Denis Kalume a été envoyé à Moscou comme ambassadeur. En revanche, les nouveaux promus, qui tiennent en main l’institution militaire, ont toute la confiance du chef de l’Etat et partagent avec lui de bien lourds secrets.

La nomination du général John Numbi au poste d’inspecteur général de l’armée représente la plus remarquable des nominations: suspendu durant huit ans après avoir été tenu pour responsable de l’assassinat [en 2001, à l’âge de 46 ans] de Floribert Chebeya, le fondateur de «La Voix des sans voix», l’ancien chef de la police nationale qui s’était retiré au Katanga devient inspecteur général de l’armée après avoir été réhabilité voici quelques mois. Le général Numbi, un homme réputé méthodique et inflexible, sera chargé de superviser le fonctionnement de l’ensemble de l’armée.

Il faut noter que cet homme fort du Katanga avait entretenu naguère des relations de confiance avec le général rwandais James Kabarebe. En outre, son nom avait été cité lorsqu’en 2016 le milicien Gédéon s’était rallié au président Kabila et que les combattants de ce chef de guerre avaient contribué à réprimer la révolte des Kasaïens [suite à l’éclatement du Kasaï-occidental, le Kaasï, au centre du pays, est, depuis 2015, devenu province de la RDC; le Kasaï a été marqué par des conflits armés depuis août 2016 et touché une malnutrition aiguë].

Un autre Katangais fait partie du verrou sécuritaire: le général Célestin Mbala Munsense, qui remplace le général Etumba à la tête de l’armée congolaise, est lui aussi un proche de Kabila, dont il fut longtemps le chef d’état-major particulier.

La nomination du général Gabriel Amisi dit «Tango Four» révèle elle aussi le verrouillage du système: cet ancien rebelle issu des Mai Mai devient le numéro deux des FARDC – les forces armées nationales – au titre de chef d’état-major adjoint, chargé des opérations et du renseignement. Après avoir été proche de Laurent Nkunda, l’ancien dirigeant d’une rébellion soutenue par le Rwanda, «Tango Four » a laissé de mauvais souvenirs dans l’est du Congo et en particulier à Kisangani où il prit part à la guerre dite des Six Jours en juin 2000.

Depuis lors, toujours très proche de Kabila, le général Amisi a exploité des mines dans l’est du pays et investi dans le Vita Club, un club de football très populaire à Kinshasa.

Ce train de nominations représente un message politique sans ambiguïté qu’exprimait voici peu un autre général proche du président, Delphin Kahimbi, en charge du renseignement militaire: «Nous sommes arrivés au pouvoir par la force. Que ceux qui souhaitent l’alternance sachent qu’ils ne l’obtiendront ni par les élections ni par des manifestations pacifiques, mais en faisant la même chose que nous.» Le Comité des laïcs chrétiens, qui annonce une nouvelle série de manifestations pacifiques en août prochain, sait à quoi il peut s’attendre. (Article publié dans le quotidien Le Soir, daté du 17 juillet 2018)

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