Ukraine. Solidarité syndicale internationaliste avec les mineurs du Donbass

Capture d’écran: Kyv Independent 2025

Par Sian Norris

Une mission d’aide organisée par la Campagne de solidarité avec l’Ukraine s’est récemment déroulée dans le Donbass, à la suite d’un appel urgent lancé par la NGPU (Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine) pour obtenir des fournitures de première nécessité. Nous publions ici un compte rendu de l’écrivaine et militante Sian Norris, qui faisait partie de la délégation, financée grâce à la solidarité directe des syndicats britanniques – GMB, UNISON, UNITE, NAUTILUS, UCU, PCS et NASUWT. La mission a livré des véhicules et du matériel pour l’hiver indispensable aux membres de la NGPU qui défendent la ville de Pokrovsk et les positions sur le front de Zaporijia. En outre, un important chargement de fournitures médicales, financé par le PCS (Public and Commercial Services Union) et le NASUWT (The Teachers Union), a été remis au Syndicat libre des travailleurs/travailleuses de la santé de la région de Zaporijia pour les centres de stabilisation d’urgence.

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Après un long voyage, nous sommes arrivés à Pavlohrad tard dans la nuit du 24 février – jour du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Sur la route ce matin-là, à 9 heures, la circulation s’est arrêtée à Ternopil tandis que les conducteurs sortaient de leurs voitures pour se tenir debout, en silence, et se souvenir des héros/héroines tombé·e·s au combat.

Yuriy Kryvoruchko, qui dirige le syndicat NGPU (Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine) à Pavlohrad, nous a accueillis pour un délicieux petit-déjeuner et un café bien mérités, avant de nous emmener en ville où nous avons déposé l’aide. Ce fut l’occasion de revoir de vielles et vieux amis comme Anatoly, qui dirige une unité paramilitaire chargée du sauvetage des mineurs, ainsi que de rencontrer de nouveaux camarades.

Nous avons acheminé deux camions remplis de matériel humanitaire, notamment des sacs de couchage et des fournitures médicales, ainsi que deux groupes électrogènes Ecoflow qui se sont révélés indispensables aux Ukrainien·nes pendant cet hiver rigoureux. Les camions et l’aide humanitaire devaient ensuite être acheminés vers Pokrovsk et Zaporijia, afin de venir en aide aux soldat·es et au personnel médical dans le Donbass.

Pavlohrad est désignée comme une ville de héros, avec une forte communauté minière qui travaille sans relâche pour maintenir l’éclairage public, alors même que la Russie attaque sans cesse les infrastructures énergétiques. Le travail du syndicat des mineurs a changé depuis le début de l’invasion à grande échelle. Outre la lutte pour les droits des travailleurs/travailleuses, le syndicat vient désormais en aide aux familles de mineurs déplacées par la guerre, notamment celles qui ont fui les territoires occupés ou qui ont été évacuées des villes et villages proches du front et situés dans la zone de combat.

Nous avons pu entrevoir le sort de ces familles lors de notre visite dans un centre de «stabilisation» ou de transit pour personnes déplacées à l’intérieur du pays. Secourues et évacuées par de courageuses et courageux bénévoles, les familles et les personnes âgées arrivant au centre étaient souvent effrayées, désorientées et le cœur brisé d’avoir été chassées de leur foyer. Le NGPU et le KVPU (Confederation of Free Trade Unions of Ukraine) soutiennent les mineurs et les familles de mineurs déplacés en leur apportant une aide financière, un soutien psychologique et une aide à la recherche d’un logement. L’administration locale, que nous avons visitée plus tard dans la journée, dispose désormais d’une unité chargée de venir en aide aux personnes déplacées, qui représentent actuellement un quart de la population de Pavlohrad.

Il s’agit de familles qui fuient une zone de combat qui ne cesse de s’étendre, l’utilisation croissante des drones FPV(First Person View) transformant des lieux autrefois sûrs en cibles. Pour protéger Pavlohrad et les villes environnantes de ces armes meurtrières, un «tunnel anti-drones» de 100 km – constitué de filets recouvrant les routes – a été construit en trois semaines. Il n’est pas encore achevé. Il devra être rallongé, et les bénévoles s’affairent pour s’assurer que les routes et les civils soient protégés par ces kilomètres de filets.

Anatoly, accompagné d’Andrii, conseiller municipal et ancien mineur, nous a emmenés visiter le centre de formation où les secouristes acquièrent les compétences nécessaires pour faire face aux conditions dangereuses à l’intérieur d’une mine et secourir les personnes piégées sous terre. Comme tant d’autres lieux en Ukraine, le centre sert également d’abri. Les opérations de sauvetage sont extrêmement dangereuses: comme nous l’a expliqué l’un des membres de l’équipe, en cas d’incendie, les pompiers peuvent reculer. Dans une mine, on ne peut qu’avancer. Le plus grand danger provient de l’accumulation de gaz hautement inflammables.

De là, nous avons enfilé nos casques et nos gilets pare-balles, puis nous nous sommes rendus en voiture sur le site où 12 personnes, pour la plupart des mineurs mais aussi une femme qui travaillait dans une station-service voisine, ont été tuées par une attaque de drone russe. Les drones ont frappé leur bus alors qu’ils quittaient leur poste. Cela nous a brutalement rappelé la violence et le danger quotidiens auxquels sont confrontés les mineurs.

Notre étape suivante nous a menés à l’école locale, où nous avons pu voir les abris souterrains dans lesquels les élèves peuvent passer toute la journée à étudier et à apprendre. Un groupe d’élèves, tous vêtus de leurs vyshyvankas [vêtement orné de motifs brodés riches en histoire – NdT], nous a accueillis en récitant un poème qu’elles et ils avaient appris. Leur courage et leur résilience étaient remarquables et profondément émouvants. Les enfants sont les victimes oubliées de cette guerre: séparés de leurs pères, elles et ils perdent des êtres chers et sont privés d’une enfance normale. Elles et ils grandissent sous la menace des drones, des roquettes et des missiles, étudiant sous terre dans des conditions joyeuses, mais exiguës. Et pourtant, elles et ils sont déterminés à apprendre, pleins de rêves, d’ambitions, de rires et d’intelligence.

Kryvyi Rih se trouve à trois heures de route de Pavlohrad, et nous y arrivons par une journée froide et grise. La température est d’environ -4°C, mais la «température ressentie» est de -7°C, et les coupures d’électricité sont quasi constantes. Notre hôtel n’a pas de générateur, et pendant une nuit glaciale, nous vivons ce que les Ukrainiens et Ukrainiennes ont enduré tout l’hiver: des températures négatives, sans lumière ni chauffage. Et il faisait pourtant plus chaud que pendant la majeure partie de l’hiver, où le thermomètre est descendu jusqu’à -25°C.

Nous avons rencontré nos camarades du Mouvement social (Sotsialniy Rukh), qui nous ont fait visiter la ville, notamment le palais de justice détruit par un tir de missile. Notre guide, Sasha, connaissait une personne tuée lors de l’attaque.

Le soleil fait son apparition après une nuit glaciale, et Kryvyi Rih est magnifique sous ce ciel bleu. Snezhana Oleksu, du Mouvement social, nous emmène à l’école où elle enseigne et où les enfants suivent leurs cours dans un abri souterrain en raison d’une alerte aérienne. Elle nous présente ensuite ses élèves d’anglais, âgés de 7 à 14 ans, et nous avons pris beaucoup de plaisir à les aider à mettre en pratique leurs compétences linguistiques.

Snezhana explique que «Sotsialniy Rukh se concentre sur la protection des droits sociaux et du travail en temps de guerre. Le mouvement défend les travailleurs/travailleuses, promeut la justice sociale et surveille les changements dans le droit du travail susceptibles d’avoir un impact négatif sur les salarié·e·s. Il soutient également des initiatives humanitaires et sensibilise la communauté internationale aux conséquences sociales de la guerre en Ukraine.»

Au cours de la rencontre, nous écoutons les témoignages de jeunes qui participent aux réunions et aux activités de solidarité. Cela leur procure un sentiment d’appartenance à une communauté et leur offre l’occasion de s’amuser, de se faire des ami·e·s et de découvrir de nouvelles idées. Elles et ils ont participé à des cours d’autodéfense, à des excursions et à des discussions sur la politique. C’est tellement inspirant de voir une jeune génération déterminée à forger un nouvel avenir pour l’Ukraine, un avenir fondé sur la justice, les droits et l’égalité.

Ce sont des enfants et des jeunes qui rêvent d’un ciel paisible, du retour de leurs pères, du calme, de pouvoir aller à l’école tous les jours, de pouvoir rentrer chez elles et chez eux dans leurs villes qui sont aujourd’hui sous occupation russe. Elles et ils ont besoin de notre solidarité, de notre attention et de notre soutien. Mais surtout, elles et ils ont besoin qu’on se souvienne d’elles et d’eux. Nous ne devons pas oublier l’Ukraine. (Article publié et traduit par Didier Epsztajn)

 

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