Un portrait de l’extrême droite au Portugal: CHEGA

Ventura surgit… (Couverture de Visao le 20 décembre 2020)

Par Adriano Campos

En 2019, le Portugal était un pays à part dans l’ordre international, au moins dans un domaine. Au terme de quatre années de gouvernement minoritaire du Parti socialiste – qui avait écarté la droite du pouvoir grâce à une coalition parlementaire avec le Bloc de gauche et le Parti communiste, la fameuse «geringonça» –, l’extrême droite restait marginale dans la politique portugaise. Même après le Brexit, la première élection de Donald Trump aux États-Unis et celle de Jair Bolsonaro au Brésil, face à la montée des partis d’extrême droite dans plusieurs pays d’Europe, il y avait peu de signaux indiquant que l’«exception portugaise» allait prendre fin.

Au cours des deux premières décennies du siècle, le paysage parlementaire portugais a fait preuve d’une stabilité remarquable. Le Parti socialiste et le Parti social-démocrate (membre du Parti populaire européen-PPE) se sont succédé au gouvernement en tant que parti le plus largement voté. Quant au parti le plus à droite, le CDS-PP (démocrates-chrétiens), il a atteint des scores avoisinant les 10%, tandis que le Parti communiste et le Bloc de gauche ont recueilli, à eux deux, 20% des voix. Dans un pays profondément inégalitaire, déchiré par la crise financière et le plan d’austérité de la troïka (2011-2014) [1], la relance des revenus et le rebond économique opérés par la «geringonça», associés au fait que le Portugal compte alors un faible nombre d’immigré·e·s, carburant habituel de l’extrême droite, laissaient peu de marge à des changements fondamentaux dans le paysage politique. C’est dans ce contexte, lors des élections législatives d’octobre 2019, qu’André Ventura a été élu député unique sous la bannière de son parti nouvellement créé, CHEGA [«ça suffit!»].

Son entrée au Parlement et la croissance du parti

André Ventura, âgé de 43 ans, est un fonctionnaire issu d’un milieu modeste et dont le parcours scolaire a été fortement marqué par le conservatisme catholique. Parallèlement à son parcours au sein du PSD, où il est resté plusieurs années jusqu’à sa démission en 2018, il a tenté de gravir les échelons par divers voies. Il avait envisagé de suivre une carrière ecclésiastique, a publié des romans qui n’ont rencontré aucun succès; il est devenu un commentateur sportif connu sur une chaîne de télévision et n’a pas obtenu mieux qu’une troisième place aux élections municipales, en tant que candidat du PSD à la mairie de Loures, commune périphérique de la capitale portugaise[2]. Lors de cette campagne électorale, Ventura a testé le thème qu’il allait mettre en avant lors des élections européennes et législatives: la romophobie. Au Portugal, on estime que la communauté rom représente entre 0,4% et 0,6% de la population, mais elle est victime de diverses formes de racisme et de discrimination. L’agressivité de la campagne de Ventura contre la communauté rom a même conduit à la rupture avec le CDS-PP, partenaire de coalition du PSD lors de sa candidature à Loures.

En 2018, déjà hors du PSD, Ventura a mis à profit la visibilité acquise pour lancer le «mouvement CHEGA», qui s’est traduit par la coalition «BASTA» lors des élections européennes de 2019[3].En tant que tête de liste de la coalition, Ventura s’est distingué au cours de cette campagne en défendant la prison à perpétuité, la castration chimique pour les pédophiles, la réduction du nombre de députés, le renforcement des frontières et, bien sûr, l’attaque contre la communauté rom, qu’il a qualifiée de «dépendante des aides sociales». Quelques mois plus tard lors des législatives d’octobre 2019, 22’053 voix (2% de la circonscription électorale du district de Lisbonne) ont suffi pour qu’André Ventura soit élu premier et unique député du parti CHEGA, récemment légalisé, à l’Assemblée de la République.

Avec des scores électoraux encore très faibles dans les autres circonscriptions, la visibilité parlementaire de Ventura a été le moteur principal de la croissance d’un parti encore en formation. Selon le journaliste Miguel Carvalho[4], on peut identifier trois noyaux constitutifs de la direction initiale de CHEGA. En premier lieu, on trouve d’anciens militants et dirigeants de diverses constellations de la droite portugaise. De Diogo Pacheco de Amorim, ancien dirigeant du sinistre MDLP[5], à António Tânger Corrêa, diplomate lié au CDS-PP, en passant par des dirigeants de premier plan tels que Pedro Pinto, Rui Paulo Sousa et Gabriel Mithá Ribeiro, tous anciens militants du PSD. En second lieu, on trouve un groupe de dirigeants évangéliques, avec une forte proportion de citoyens brésiliens, très actifs dans l’expansion territoriale du parti et dans la campagne sur les réseaux sociaux, sous la houlette de Lucinda Ribeiro [dirigeante des évangéliques néo-pentecôtistes de Chega, elle est également active dans les groupes négationnistes du Covid-19]. Enfin, un ensemble hétérogène de dirigeants, ayant des liens avec le mouvement ZERO[6], issus de l’IRA[7], membres d’associations de parents, d’enseignants, d’infirmiers, de nombreux professionnels qui n’ont pas réussi à obtenir des postes dans la fonction publique, entre autres réalités de ce qu’on appelle le «bas clergé» de CHEGA.

Que défend CHEGA?

D’abord le parti, ensuite le programme. La base programmatique de CHEGA n’a jamais été la priorité de Ventura et de sa direction. Outre les mesures déjà énoncées, présentées dans le but de provoquer un choc et de se démarquer à droite des droites traditionnelles, CHEGA a soumis aux premières élections un programme profondément néolibéral, proposant la réduction des impôts, la diminution du «poids de l’État» dans l’économie et la privatisation des services publics, parmi d’autres mesures. Cette dimension de son programme a connu un revirement rapide, André Ventura s’étant prononcé au Parlement contre la privatisation de la compagnie aérienne nationale (TAP), en faveur de l’augmentation des retraites et du soutien de l’État aux politiques en faveur de la natalité. La «souplesse d’esprit» de Ventura est d’ailleurs l’une de ses caractéristiques.

Dans sa thèse de doctorat, soutenue en 2013, Ventura critiquait le «populisme pénal», «l’expansion excessive des pouvoirs policiers» et la «stigmatisation des minorités», en contradiction flagrante avec ce qui allait devenir le discours public du député nouvellement élu de CHEGA.

Le parcours programmatique sinueux de CHEGA met toutefois en évidence certaines propositions récurrentes, qui le rapprochent de ses homologues européens d’extrême droite. On retrouve, dans son discours et ses propositions, une tendance antisystème permanente, élaborée à partir de l’idée de la lutte contre la corruption généralisée, ainsi que de la dénonciation d’une «démocratie viciée» par «les mêmes de toujours» qui gouvernent le Portugal depuis le 25 avril 1974. À l’éloge des forces de sécurité, CHEGA ajoute une réponse répressive consistant en un alourdissement des peines pour les crimes graves, tout en exposant sans vergogne sa tsigano-phobie et son islamophobie[8]. En matière d’immigration, Ventura recourt à la formule des «bons immigrés», les Brésiliens, et des «mauvais immigrés», les citoyens originaires des pays de l’Indo-Asie. La lutte contre «l’idéologie du genre», quant à elle, a occupé une place centrale dans la campagne électorale de 2024, tandis que se multipliaient les références à la défense des droits des femmes, menacés, selon le parti, par l’augmentation du nombre d’immigrés, qui dégraderaient les services publics et aggraveraient l’insécurité.

Au sein de ce programme, tiré du manuel de l’extrême droite internationale, il existe des nuances nationales. Jusqu’à récemment, Ventura flirtait avec le passé colonial portugais, tout en refusant de s’associer à la nostalgie salazariste[9].Défendre les droits des anciens combattants de la guerre coloniale et des «rapatriés»[10] – tout en niant toute responsabilité de dédommagements du Portugal envers les pays colonisés – fut le maximum auquel parvint le leader de CHEGA. À la fin de l’année 2025, cependant, Ventura a déclaré: «Je suis un démocrate, et je le suis vraiment, par nature. Mais il y a une expression que l’on entend souvent et qui, en fait, a du sens. En effet, il ne fallait pas un Salazar, il en fallait trois. Car le pays est tellement gangrené par la corruption, l’impunité et la délinquance qu’il aurait fallu trois Salazar pour remettre de l’ordre.»[11] Depuis cette déclaration, Ventura s’efforce de créer une polarisation accrue autour de thèmes historiques, en dénonçant les «excès révolutionnaires» de 1974/75, qu’il assimile aux persécutions et aux emprisonnements politiques de la période dictatoriale.

Qui dirige et finance Chega?

André Ventura et CHEGA, le parti d’un seul homme? Cette question a été posée à maintes reprises, tant Ventura fait l’objet d’une attention médiatique et politique intense et s’impose comme le leader incontesté de CHEGA. En effet, rares sont les figures internes capables de rivaliser avec la popularité du chef. Rita Matias, députée [depuis mars 2022] de 27 ans et figure de proue des réseaux sociaux du parti, a connu une ascension fulgurante et est aujourd’hui une personnalité nationale. Pedro Pinto, chef de file parlementaire, et Pedro Frazão [catholique pratiquant], vice-président de CHEGA et député ultraconservateur, ont eux aussi atteint un niveau de notoriété populaire significatif, mais rien qui ne soit comparable à la célébrité d’André Ventura. Ce sont des heures interminables de présence à la télévision et sur les réseaux sociaux, auxquelles s’ajoute un véritable réseau physique de propagande publique.

La force et le rôle central d’André Ventura, dirigeant suprême du parti, contrastent avec les contradictions et les faiblesses du parti. Depuis sa fondation en 2019, entre les rejets des statuts approuvés lors du congrès et l’invalidation d’élections internes, CHEGA a déjà été saisi six fois par la Cour constitutionnelle. Au niveau municipal, la désorganisation politique est telle que, depuis les élections locales de 2021, CHEGA a déjà perdu 20 conseillers municipaux, qui se sont désaffiliés du parti ou ont démissionné de leur poste. Au Parlement également, les scandales s’accumulent, avec un député accusé de vol de bagages dans les aéroports et un autre condamné pour diffamation aggravée.

«Le Portugal n’est pas le Bangladesh».

La fragilité de CHEGA s’est également fait sentir dans les promesses non tenues de mobilisations sociales annoncées par Ventura. Outre le projet avorté de création d’un nouveau réseau syndical[12], le parti a organisé diverses manifestations, avec des revendications variées: «Contre l’immigration incontrôlée», «Contre la présence de Lula da Silva au Portugal», «Contre l’interdiction de CHEGA». Aucune n’a réussi à atteindre les effectifs escomptés

Si l’organisation fait défaut, le coffre-fort, lui, ne fait pas défaut. D’un petit parti financé par son noyau dur dirigeant à un parti disposant de millions d’euros sur ses comptes bancaires, il n’y avait qu’un pas. Dès 2020, les principaux bailleurs de fonds de CHEGA ont été identifiés: ils vont des banquiers et des marchands d’armes [par exemple João Maria Bravo propriétaire de l’entreprise d’armement Sodarca] aux membres des familles d’entrepreneurs les plus fortunées et aux actionnaires de groupes de médias. Symbole de cet univers, César do Paço est un millionnaire luso-américain [propriétaire de Summit Nutritionals International], lié à l’univers trumpiste et à l’extrême droite internationale. Il est devenu l’un des bailleurs de fonds et parrains politiques les plus connus d’André Ventura, contribuant à apporter une assise financière, des contacts internationaux et une légitimité médiatique à la croissance de CHEGA. Grâce à l’augmentation des subventions publiques obtenue par la progression électorale et à la consolidation de ce réseau de donateurs, l’argent est aujourd’hui une préoccupation moindre pour CHEGA.

Qui vote pour CHEGA?

Depuis sa fondation en 2019, CHEGA s’est présenté à deux élections européennes, quatre élections législatives, deux élections municipales et cinq élections régionales (régions autonomes de Madère et des Açores). André Ventura s’est présenté deux fois à l’élection présidentielle, obtenant 11,9% en 2021, puis 23,52% (premier tour) et 33,17% (deuxième tour) en 2026. Actuellement, le parti compte 59 députés (sur 230) à l’Assemblée de la République, 2 députés européens, 1940 élus municipaux et 8 députés régionaux. Au vu de ces chiffres, et à l’instar de ce que l’on cherche à analyser dans d’autres pays, parvenons-nous à savoir qui vote pour CHEGA?

Les études sur la sociologie électorale de CHEGA suivent deux voies. La première repose sur des sondages (survey-based), dans lesquels les électeurs et électrices du parti sont identifiés et analysés à partir de variables sociodémographiques, telles que le niveau d’éducation, le genre et l’âge. La seconde est une approche territoriale, centrée sur l’analyse par communes et régions, cherchant à corréler des indicateurs structurels avec l’évolution électorale de CHEGA, tels que le revenu moyen, le nombre de délits, le nombre d’immigrés, l’accès aux services publics ou l’offre de logements.

La première approche nous fournit des données plus fiables et moins exposées aux variations conjoncturelles. Dans leur majorité, les électeurs de CHEGA sont des hommes, âgés de moins de 55 ans, sans études supérieures. Les groupes qui manifestent le plus de réticence à voter pour CHEGA sont les personnes âgées, les femmes et celles qui ont fait des études supérieures. Il existe, bien évidemment, une forte contagion transversale dans la croissance électorale du parti. Entre les élections de 2024 et 2025, par exemple, la croissance a été très marquée chez les femmes âgées de 25 à 34 ans, sans formation supérieure[13].

Dans la deuxième approche, nous constatons qu’il existe une corrélation entre le nombre de voix en faveur de CHEGA et le revenu mensuel moyen par habitant d’une commune, le niveau de perception de la sécurité publique et l’accès à certains services publics. Plus les territoires sont pauvres, peu sûrs et mal desservis par les services publics, plus le vote en faveur de CHEGA est important. Cette corrélation n’existe plus lorsqu’il s’agit de l’offre de logements à vendre ou à louer, étant donné que la grave crise de l’accès au logement au Portugal touche aujourd’hui l’ensemble des territoires. Elle ne se vérifie pas non plus en ce qui concerne le nombre de résidents étrangers sur un territoire donné. Le facteur immigration, qui est perçu différemment de l’augmentation de la population de résidents étrangers originaires de pays plus riches que le Portugal, apparaît davantage comme une variable transversale que territoriale[14]. Non seulement Ventura, mais l’ensemble de la droite a réussi à remporter la bataille des idées qui identifie l’augmentation du nombre d’immigrants comme la cause universelle de tous les problèmes auxquels le pays est confronté: de la compression salariale à la pénurie de logements, en passant par la dégradation des services publics.

Un trumpisme quelque peu contrit et les réseaux internationaux

Depuis la fondation du parti, André Ventura s’est efforcé d’assurer l’intégration de CHEGA dans le réseau international de l’extrême droite européenne et atlantiste. La proximité avec Santiago Abascal (VOX), Marine Le Pen (Rassemblement National), Viktor Orbán (Fidesz) et Matteo Salvini (Lega) n’a toutefois pas effacé les positions plus atlantistes et pro-européennes du parti, qui reste pro-OTAN et critique envers Poutine. Parallèlement aux liens avec la famille Bolsonaro (Brésil), la relation avec Donald Trump et l’univers MAGA est devenue une référence politique particulièrement centrale.

Cet alignement a atteint son apogée en janvier 2025. Ventura s’est réjoui de l’invitation à la cérémonie d’investiture de Trump et a participé au rapprochement de l’extrême droite européenne avec le projet MEGA – Make Europe Great Again – promu par des personnalités telles qu’Elon Musk. Lors du sommet de Madrid en février 2025, des dirigeants tels que Santiago Abascal, Le Pen et Orbán ont fait l’éloge de Trump, de ses politiques anti-immigration et de son soutien à Israël.

Cependant, les droits de douane de Trump, les tensions autour du Groenland et de l’OTAN ainsi que l’escalade militaire en Iran ont rapidement créé des difficultés pour l’extrême droite européenne et portugaise. Au Portugal, Ventura a tenté de se démarquer partiellement au plan politiquesde cet alignement, en critiquant la hausse des prix des carburants et en défendant des «mesures de rétorsion commerciale» contre les États-Unis, désignant Giorgia Meloni comme la nouvelle figure de proue à suivre.

Quel avenir pour CHEGA et l’extrême droite au Portugal?

L’avenir de CHEGA dépendra fortement de sa capacité d’organisation, du rôle qu’il jouera lors des prochaines élections législatives et de l’évolution internationale de l’extrême droite. Dans tous ces domaines, des incertitudes subsistent.

Comme nous l’avons vu, il y a peu de signes d’une organisation capable d’ancrer le parti dans la société. Même des secteurs qui, par le passé, ont été essentiels à son ascension jouent aujourd’hui un rôle secondaire, comme c’est le cas des dirigeants évangéliques. Les liens de certains dirigeants de CHEGA avec des groupes néonazis et ultranationalistes sont devenus plus évidents et rien n’indique qu’une transition significative de cadres de la droite traditionnelle vers le parti de Ventura soit sur le point de se produire. Tout cela peut, bien sûr, changer à l’avenir.

Le rôle que devra jouer CHEGA dans les jeux politiques portugais sera plus complexe. Actuellement, l’AD (coalition entre le PSD et le CDS-PP) gouverne avec une majorité relative au Parlement, bénéficiant de l’abstention du Parti socialiste lors du vote du budget de l’État et du vote favorable de CHEGA pour approuver des propositions telles que la restriction de l’entrée des immigrants. Si le Parti socialiste maintient sa politique de soumission passive, l’AD pourrait gouverner jusqu’en 2029, année où se tiendront de nouvelles élections législatives. Le plan d’André Ventura consiste à contraindre le PSD à former un gouvernement avec CHEGA sur la base d’un accord de majorité parlementaire, car les sondages indiquent que la somme des partis situés à gauche du parti de l’actuel Premier ministre, Luís Montenegro, ne dépasse pas 40%. Il se pourrait même que le Parti socialiste arrive en tête des suffrages et qu’une pression énorme s’exerce en faveur de la formation d’une «coalition de droite», avec le PSD, CHEGA et le Parti libéral.

Pedro Passos Coelho, Premier ministre du PSD pendant la période de la troïka, a joué un rôle central dans le débat politique, puisqu’il est devenu le principal défenseur d’un accord avec CHEGA, laissant entrevoir la possibilité de son retour à la tête de son parti si ce scénario s’avérait le plus plausible. Certains secteurs du Parti socialiste et du PSD proposent la solution d’un «bloc central», entre les deux partis, comme alternative à ce scénario.

L’évolution électorale de CHEGA dépendra également beaucoup de ce qui se passera en Europe et dans le monde, ainsi que de la capacité de la gauche à s’imposer dans la lutte contre l’extrême droite. La défaite d’Orbán et la réélection éventuelle de Lula, au Brésil (octobre 2026), sont deux éléments importants pour l’affaiblissement de CHEGA, auxquels s’ajoute l’érosion significative de ses liens avec Trump. À gauche, le chemin est sinueux. À deux reprises, l’appel anti-Ventura s’est traduit par une logique de «vote utile» en faveur de figures du Parti socialiste, donnant une majorité absolue à António Costa en 2022 et la présidence de la République à António José Seguro en 2026, avec des résultats très défavorables pour les forces se situant à gauche du PS. (Mai 2026, traduction rédaction A l’Encontre)

Notes

[1] Le terme «troïka» désigne l’ensemble des trois entités qui ont imposé de sévères mesures d’austérité: le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne.

[2] Rui Gomes da Silva, avocat, ancien dirigeant du PSD et commentateur télévisé influent lié au Benfica, le plus grand club de football du pays, a joué un rôle important dans l’ascension initiale d’André Ventura en lui ouvrant la voie à la télévision en tant que commentateur sportif, ce qui lui a permis d’acquérir une notoriété nationale et de développer le style agressif et polarisant qu’il a ensuite utilisé en politique.

[3] La coalition BASTA, créée pour les élections européennes de 2019, a été le premier projet électoral dirigé par André Ventura et a servi de tremplin à la croissance ultérieure du CHEGA. Regroupant le Parti populaire monarchique et d’autres petits courants conservateurs et nationalistes d’une influence politique limitée, elle a recueilli 1,59% des voix.

[4] Carvalho, Miguel (2024), Por Dentro do CHEGA: a face oculta da extrema-direita em Portugal, Lisboa: Penguin.

[5] Le Mouvement démocratique de libération du Portugal (MDLP) était une organisation clandestine d’extrême droite créée en 1975, pendant le processus révolutionnaire portugais, dans le but de lutter contre la gauche et la montée en puissance du Parti communiste après le 25 avril. Lié à des milieux conservateurs et à des militaires anticommunistes, le MDLP a été associé à des attentats à la bombe et à des actions violentes contre des organisations de gauche durant cette période.

[6] O Movimento ZERO est un mouvement informel créé par des membres de la Police de sécurité publique en 2018, axé sur la défense de meilleures conditions pour les forces de sécurité et marqué par un discours sécuritaire et antisystème.

Depuis la fondation de CHEGA, plusieurs dirigeants et partisans du parti ont eu des liens avec O Movimento ZERO, tandis qu’André Ventura a cherché à s’imposer comme le principal représentant politique des revendications policières et du programme «loi et ordre».

[7] O Intervenção e Resgate Animal (IRA) est un groupe créé en 2016 dédié au sauvetage d’animaux victimes de maltraitance. Il s’est fait connaître par le style médiatique et le caractère militarisé de ses interventions.

[8] CHEGA a présenté un projet de loi visant à interdire le port de la burqa et d’autres vêtements dissimulant le visage dans les lieux publics. La proposition a été approuvée en première lecture au Parlement en octobre 2025, grâce aux votes favorables de la droite parlementaire, mais elle n’est pas encore entrée en vigueur.

[9] Avant CHEGA, l’éloge de la dictature d’António de Oliveira Salazar et de Marcelo Caetano (1926-1974) se limitait principalement à de petits groupes d’extrême droite, aux ultraconservateurs et aux milieux nationalistes liés à la mémoire de l’Estado Novo (salazariste).

[10] On estime qu’entre 500’000 et 800’000 Portugais sont rentrés au Portugal après la décolonisation, entre 1974 et 1976, en provenance du Cap-Vert, de Guinée-Bissau, de São Tomé-et-Príncipe, d’Angola et du Mozambique.

[11] Entretien accordé à la chaîne de télévision SIC, le 24 octobre 2025.

[12] André Ventura a annoncé à plusieurs reprises son intention de créer une centrale syndicale proche de CHEGA, présentée comme une alternative aux deux centrales existantes, la CGTP-IN et l’UGT, qu’il accuse d’être dominées par la gauche.

[13] Deux politologues ont étudié ces données de manière particulièrement approfondie: Pedro Magalhães (www.pedro-magalhaes.org); Vicente Valentim (2024), O fim da vergonha:como a direita radical se normalizou,, Lisboa: Gradiva.

[14] Carvalho, João; Ruedin, Didier (2025). « Enough of what? Changes in support for Chega between 2019 and 2025, » SocArXiv, Center for Open Science.

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