
Par Noor Alyacoubi
Noor Alyacoubi, 27 ans, traductrice et coordinatrice médias dans un centre de recherche, n’a pas quitté Gaza depuis les premiers jours de la guerre entre le Hamas et l’État hébreu. La jeune femme rend compte à «L’Orient-Le Jour» du quotidien dans l’enclave depuis le cessez-le-feu.
À Gaza, les histoires se ressemblent, par centaines de milliers. Elles ne peuvent être toutes racontées. Mais parfois, une histoire sort du lot et résume à elle seule le poids de tant d’autres.
Je suis tombée sur les appels à l’aide de Mohammad Abou Ouda en parcourant Instagram. Dans une courte vidéo, il demandait de l’aide, espérant que quelqu’un, quelque part, puisse attirer l’attention sur l’aggravation de son état de santé. Sa voix était calme, faible, saccadée; il arrivait à peine à parler. Son message était simple : il avait besoin d’un traitement qui n’est plus accessible à Gaza.
Âgé de 31 ans, ce père de famille vit avec les conséquences de graves blessures depuis février 2024. Dans l’une de ses vidéos, il explique qu’il a été blessé alors qu’il tentait de rejoindre sa voiture – sa seule source de revenus – en vue de fuir avec sa famille au moment où les chars israéliens avançaient vers leur domicile dans le quartier d’al-Amal, à Khan Younès, dans le sud de Gaza.
Lorsqu’il est revenu à lui, ses dents lui sont tombées dans les mains, son nez était fendu, sa mâchoire brisée, son corps et ses yeux remplis d’éclats d’obus. Avec personne à proximité capable de l’atteindre ou de lui porter secours, Mohammad a compris qu’il devait se battre seul pour survivre. Il a commencé à ramper vers l’Hôpital européen, parcourant près de sept kilomètres malgré ses blessures.
Les médecins ont par la suite diagnostiqué chez lui un empoisonnement causé par l’explosion. Depuis, il souffre de graves et complexes complications, notamment d’une insuffisance rénale et d’ulcères gastriques. Il continue en outre de souffrir d’une perte d’audition, de douleurs nerveuses, d’infections, de difficultés à mâcher et de graves problèmes digestifs.
Son état de santé l’empêche de retrouver une vie normale. Mohammad ne peut plus travailler pour subvenir aux besoins de sa famille ni assumer ses responsabilités quotidiennes en tant que mari et père. Même les tâches routinières, comme transporter des bidons d’eau jusqu’à son abri – une corvée quotidienne essentielle pour la plupart des familles à Gaza en raison des pénuries d’eau persistantes –, peuvent aggraver ses douleurs. Il ne lui est plus possible de parcourir de longues distances à pied.
Récemment, Mohammad a renouvelé ses appels en ligne face à sa situation qui s’est encore dégradée. Malgré le cessez-le-feu, il ne peut accéder à des soins médicaux adéquats ni acheter les médicaments nécessaires, faute de disponibilité et de prix abordables. Il n’a pas non plus obtenu l’autorisation de se faire transférer hors de Gaza pour y recevoir des soins, ce qui le laisse pris en étau entre une maladie qui s’aggrave et des options de traitement limitées.
En partageant son histoire, Mohammad espère attirer l’attention sur son cas et avoir une chance de recevoir un traitement spécialisé indisponible dans la bande de Gaza. Sa réalité reflète celle à laquelle sont confrontées de nombreuses autres personnes. Malgré un soi-disant cessez-le-feu, d’innombrables personnes continuent de subir des souffrances profondes et souvent invisibles. Parfois, la guerre ne finit pas. Elle se poursuit simplement de manière plus discrète, plus intime. (Publié par L’Orient-Le Jour le 26 mars 2026)

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