Air France. La violence de la classe des affaires

Pierre Plissonnier, directeur des vols long-courriers (Roissy, 5 octobre 2015)
Pierre Plissonnier, directeur des vols long-courriers (Roissy, 5 octobre 2015)

Par Léon Crémieux

Le chœur des fidèles du MEDEF (Organisation patronale) se dresse en soutien à la Direction d’Air France et aux «pauvres dirigeants violemment agressés», après les images du DRH, Xavier Broseta s’enfuyant torse nu du siège d’Air France.

Un vrai réflexe de classe de Pécresse (du parti les Républicains), Emmanuel Macron (Ministre de l’Economie du gouvernement Valls, ancien de la banque Rothschild&Cie), François Hollande, Manuel Valls (Premier ministre depuis mars 2014), Alain Vidalies (secrétaire d’Etat aux Transports)… avec le soutien de la CFDT, CGC…

Tous ces gens-là ne ressentent pas un tel émoi devant les travailleurs et travailleuses dont les salaires sont bloqués, les postes supprimés, les carrières professionnelles brisées et maintenant menacés de licenciement. Un déchirement bien plus grave que celui de la chemise (même de chez Boss [marque qui a assuré les costumes d’officiers de l’armée du IIIe Reich]) d’un DRH (Directeur des Ressources Humaines).

Il n’est guère étonnant que les mêmes qui pleurent sur le pauvre DRH n’aient guère d’état d’âme pour ânonner la rengaine de la Compagnie qu’il faudrait sauver, de l’archaïsme des syndicats, de la violence fruste des salarié·e·s trop bêtes pour comprendre les mutations économiques nécessaires que veulent mettre en œuvre leurs intelligents dirigeants.

Salarié·e·s rassemblés et mobilisés

Environ 3000 salariés, personnel au sol et navigants, souvent en uniforme, ont manifesté le 5 octobre devant le siège d’Air France, pour protester contre le plan présenté par la Direction: nouvelle suppression de 2900 emplois, soi-disant à cause de l’intransigeance du syndicat des pilotes. Les manifestants ont fait sauter les barrières d’accès au siège, écarté les CRS et ont envahi le CCE [Comité central d’Entreprise]. Alexandre de Juniac, le PDG du Groupe, n’avait pas daigné être présent. Celui d’Air France, Frédéric Gagey, s’était vite enfui… avec le secrétaire de la CGC (Confédération générale des cadres). Le DRH Xavier Broseta et le responsable de l’activité Long-Courrier, Pierre Plissonnier, qui voulaient aussi partir sans répondre aux salarié·e·s ont été hués. Suprême violence, M. Broseta a perdu sa chemise dans la bousculade [1] et s’est enfui en escaladant les barrières avec le responsable du Long Courrier.

Sale plan de vol

La Direction a annoncé «d’ici 2017», 2900 suppressions d’emplois et 10% de baisse d’activité essentiellement en Asie. Mais, pendant ce temps-là de nouvelles fréquences sont ouvertes sur plusieurs destinations. Derrière toute cette mascarade, le seul but de ces annonces est de développer la croissance en détruisant encore des centaines d’emplois, les accords collectifs et d’augmenter la marge financière d’une compagnie qui se porte bien!

La Direction veut économiser 1 milliard d’euros sur une masse salariale de 7,5 milliards. La compagnie gagne mois après mois des parts de marché, remplit ses avions à un taux record de 90% et maintient le prix de ses billets même quand le prix du kérosène a baissé de moitié. Après avoir supprimé 8000 emplois, bloqué les salaires et largement dégradé les conditions de travail, c’est à une vraie défaite frontale qu’Alexandre de Juniac veut arriver pour instaurer une rentabilité à deux chiffres. Il joue un plan à la Thatcher pour briser durablement la combativité des salariés et asseoir des syndicats «responsables» menant une politique de collaboration.

Refuser une défaite définitive

La première cible est le personnel navigant technique (les pilotes), avec une grande mise en scène médiatique: plusieurs semaines de négociations où la barre a été mise volontairement très haut par la Direction, de manière clairement provocatrice: exiger 100 heures de vol (équivalent à 200 heures de travail) de plus par an pour le même salaire. La Direction, vu l’échec des négociations, annonce quelques fermetures de lignes… et la suppression de 300 postes de pilotes. Mais, en cas de signature, grâce aux gains de productivité, la Direction annonçait aussi 300 suppressions de postes! La Direction veut une défaite du syndicat majoritaire, le SNPL (Syndicat National des Pilotes de Ligne) qui vient de refuser le 30 septembre de mettre sa signature au bas de l’accord. La presse et le gouvernement dénoncent ces «privilégiés qui vont faire couler la compagnie».

La défaite des pilotes est nécessaire pour parachever le deuxième volet de l’attaque : les 14’000 hôtesses et stewards. Le but est là aussi d’obtenir de 15 à 20% de gain de productivité, par une augmentation des heures de vol, la diminution des jours de repos et des repos en escale, une diminution des compositions équipage dans les avions. Deux sur trois des syndicats représentatifs viennent, comme les pilotes de refuser la signature à la baisse de leur accord collectif.

Ensuite le but sera d’enfoncer le clou par de nouvelles attaques contre les personnels au sol (30’000 salariés), avec le soutien de la CGC et de la CFDT (au moins…). Ces deux syndicats ne cessent de répéter que, si les pilotes ne signent pas l’accord, il y a aura des milliers de licenciements au sol. Une façon de dédouaner la Direction des attaques déjà prévues, contre les salariés des escales de province, Marseille et Bastia en tête, Orly et CDG (Charles De Gaulle) ensuite.

Plan A ou plan B, la Direction compte bien supprimer encore des milliers d’emplois!

Loin d’un dialogue social qui ne laisse la parole et toutes les décisions qu’aux employeurs, seule la mobilisation peut faire reculer un patronat toujours plus exigeant pour le seul bénéfice des actionnaires. Le gouvernement, loin d’être une aide dans ce combat, est bien évidemment au côté de la Direction.

Le plan d’Air France, essentiellement basé sur la division des salariés était bien rodé, et très largement relayé par les grands médias. Mais les salariés en se mobilisant ce lundi toutes catégories de personnels confondues ont montré qu’ils n’étaient pas dupes! La manifestation massive du 5 octobre montre qu’une réaction unitaire s’est mise sur pied, facilitant la résistance actuelle des syndicats des navigants. Pour l’instant cette intersyndicale résiste à l’offensive déchaînée des médias. De nouvelles échéances de mobilisation seront nécessaires pour maintenir et améliorer ce rapport de forces. (6 octobre 2015)

Léon Crémieux est syndicaliste Sud-aérien et membre du NPA

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[1] Olivier Besancenot@olbesancenot 2900 suppressions d’emplois. Sans-culottes 1/ Sans-chemises 0.

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