
Par Navruz Baum
Après que les membres de l’UAWD [Unite All Workers for Democracy – courant syndical d’opposition au sein d’UAW] eurent imposé l’inscription de cet amendement à l’ordre du jour du Congrès constitutionnel, les délégués de l’UAW ont voté en faveur du désinvestissement des 400’000 dollars que le syndicat détenait – selon ses propres données – en obligations israéliennes. Cela marquait une victoire après des décennies de mobilisation de la base. Navruz Baum nous en fait ici le récit. (Tempest)
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Allant à l’encontre d’une tendance vieille de plusieurs décennies consistant à mettre de côté les questions de solidarité internationale et à faire taire la cause de la libération de la Palestine, les délégués à la 39e Congrès constitutionnel de l’UAW, à Détroit, dans le Michigan, ont voté le 18 juin 2026 en faveur du désinvestissement des obligations israéliennes. L’UAW détiendrait au moins 400’000 dollars dans ces investissements. Les délégués de Unite all Workers for Democracy (UAWD), le mouvement de lutte des classes de l’UAW, représentant des membres de l’UAW à travers tout le pays, ont mené cette initiative de désinvestissement.
Les membres de l’UAW se battent depuis plus de cinquante ans pour que les cotisations ne soient plus investies dans des obligations israéliennes. Dans les années 1970, le Caucus [regroupement] des travailleurs arabes de l’UAW a organisé des piquets de grève lors d’événements de l’UAW. Ainsi, en 1974, il a fait grève et s’est mobilisé en vue du Congrès constitutionnel de l’UAW pour exiger ce désinvestissement. Les travailleurs et travailleuses ont redoublé d’efforts après que l’État d’apartheid a intensifié son génocide après octobre 2023.
L’UAWD s’est développée et s’est organisée pour faire avancer un programme de lutte des classes consistant en des amendements statutaires, fondé sur ses principes de militantisme de la base, de démocratie ouvrière et de contrôle du lieu de travail, de solidarité internationale de la classe travailleuse et d’indépendance politique. Ce programme comprend une version renforcée de l’amendement sur le désinvestissement visant à mettre fin à la complicité de l’UAW avec le génocide israélien et à mettre un terme aux guerres impérialistes. Les membres de l’UAWD ont présenté cet amendement lors d’assemblées générales dans plusieurs sections locales à travers le pays. Les membres des sections locales 869, 1115, 2320, 2325 et 7902 ont voté en faveur de l’envoi de différentes versions de cet amendement au congrès.
La direction de l’UAW avait initialement exclu de l’ordre du jour du congrès la question du désinvestissement. Le mercredi 17 juin, Olga Karounos, membre de l’UAWD et employée des services juridiques à New York, a déposé une motion visant à faire adopter l’amendement de la commission. 147 délégués se sont prononcés en faveur de cet amendement, dépassant ainsi les 128 voix requises pour inscrire l’amendement à l’ordre du jour. L’amendement a été débattu et adopté par le congrès le jeudi 18 juin, par 321 voix pour et 287 contre. Un précédent vote du comité exécutif de l’UAW sur le désinvestissement avait échoué le 3 mai 2024. Ce vote faisait suite à une pression soutenue des travailleurs et travailleuses ainsi qu’aux demandes d’action sur cette question formulées par plusieurs sections locales du syndicat.

Depuis sa création en 2004, Labor for Palestine a mené la lutte au sein du mouvement syndical des Etats-Unis pour respecter le piquet de grève du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) dirigé par les Palestiniens. Labor for Palestine a organisé des manifestations et présenté des résolutions au sein de l’UAW et dans diverses fédérations du mouvement syndical. Par ailleurs, bon nombre des membres de l’UAWD qui ont porté l’amendement sur le désinvestissement sont également des membres de longue date de Labor for Palestine.
Plus tôt dans la journée du mercredi 17 juin, Mike Davis, originaire de l’Ohio, membre de l’UAWD et ouvrier spécialisé dans la fabrication de pièces détachées, a déposé une motion visant à soumettre à l’assemblée l’amendement pro-palestinien le plus convaincant. Outre le fait d’imposer le désinvestissement, l’amendement de l’UAWD intitulé «Mettre fin à la complicité avec le génocide israélien et les guerres impérialistes» aurait soutenu les travailleurs qui se mettent en grève pour interrompre les flux d’armes vers Israël, fixerait des critères d’approbation pour les responsables politiques et romprait les liens avec l’organisation syndicale de l’apartheid, l’Histadrut [Fédération générale des travailleurs de la Terre d’Israël, élément constitutif de l’Etat, créé en 1920]. 69 délégués se sont prononcés en faveur de la motion de Mike Davis, un nombre insuffisant par rapport aux 128 voix requises.
La version plus radicale de l’amendement de l’UAWD aurait permis aux travailleurs de l’industrie de l’armement aux États-Unis de prendre des mesures pour mettre fin à l’acheminement d’armes vers Israël, en leur garantissant la protection de leur emploi et de leur salaire pendant une grève ou s’ils faisaient l’objet de représailles. Le désinvestissement de l’UAW témoigne du potentiel d’une plus grande combativité et d’actions de solidarité syndicale au sein du mouvement syndical des Etats-Unis, alors qu’au sein de la classe ouvrière du monde entier de vastes secteurs se sont mobilisés contre la politique génocidaire. Le mouvement pro-palestinien aux États-Unis a obtenu le désinvestissement des fonds d’investissement publics dans le Michigan, le Minnesota, la Caroline du Nord et la ville de New York. Des travailleurs enBelgique, en France, en Grèce, au Maroc, en Espagne, en Italie, en Suède et ailleurs ont même refusé de charger des armes et des cargaisons à destination d’Israël.
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Les délégués de l’UAWD ont également présenté au congrès des amendements visant à lutter contre les licenciements et contre l’ICE (U.S. Immigration and Customs Enforcement’s). La direction de l’UAW a également exclu ces résolutions de l’ordre du jour, et les délégués de l’UAWD ont demandé qu’elles soient débattues. Ces amendements, ainsi que l’amendement pro-palestinien plus ferme, menaçaient de perturber la production et les accords patronat-syndicats qui garantissent la paix sociale.
L’amendement de l’UAWD visant à lutter contre les licenciements par le partage du travail obligerait les négociateurs de l’UAW à négocier des dispositions de partage du travail, en répartissant le travail disponible sur l’ensemble de l’unité de négociation au lieu de priver certains travailleurs/travailleuses de leur emploi. La résolution souligne que «des milliers de membres de l’UAW ont récemment été licenciés chez John Deere [tracteurs notamment], Stellantis, General Motors, Ultium [batteries et moteurs électriques] et dans de nombreux sites IPS [ingénieurie]». Le mardi 16 juin, Margie Thornton, membre de l’UAWD et employée des services juridiques du Colorado, a déposé une motion visant à soumettre cet amendement au vote en séance plénière. 62 délégués se sont levés pour l’appuyer, mais ce nombre n’a pas atteint les 128 requis.
L’amendement de l’UAWD visant à abolir l’ICE et à lutter contre les attaques de l’État contre les travailleurs aurait impliqué la tenue d’assemblées générales pour discuter d’une grève en cas d’attaques de l’ICE dans la région. La section locale 2325 de l’UAW a déjà mis en place une structure similaire. Le mardi 16 juin, Andrew Eichen, partisan de l’UAWD, a déposé une motion visant à soumettre cette proposition au vote de l’assemblée plénière. 162 délégués se sont levés pour l’appuyer, dépassant ainsi le seuil requis de 128 voix. Le groupe «United» de Shawn Fain [élu comme courant de gauche en mars 2023] – conjointement à l’ancien «Administration Caucus» qui a dirigé l’UAW par une répression de haut en bas pendant des décennies – s’est mobilisé contre cette résolution lors de sa réunion du mercredi matin [Shawn Fain visait un deuxième mandat et avait besoin du conservateur Administration Caucus]. Comme c’est le cas depuis des années, les délégués ont été exhortés à assister à la réunion du caucus pour entendre les recommandations des plus hauts dirigeants de l’UAW s’ils souhaitent s’assurer de futurs emplois au sein du personnel de l’UAW. L’amendement a fait l’objet d’un débat et a finalement été rejeté par vote le jeudi 18 juin, à la suite de discours passionnés sur l’importance de renforcer la capacité de la classe ouvrière à paralyser la production par des grèves politiques.
Ce congrès constitutionnel était la deuxième à laquelle participait l’UAWD, et la première depuis la scission de l’UAWD l’année dernière, à la suite de la tentative infructueuse d’une faction d’anciens dirigeants de dissoudre l’organisation. Lors du Congrès de 2022, l’UAWD a présenté trois amendements issus des commissions, une première dans l’ère moderne pour le cadre historiquement antidémocratique des congrès de l’UAW. L’amendement de l’UAWD visant à faire débuter le calcul de l’indemnité de grève dès le premier jour de grève, au lieu du huitième jour, a été adopté à l’unanimité après que la haute direction de l’UAW eut tenté de le bloquer par des manœuvres procédurales. (. (Article publié par Tempest le 26 juin 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
Unite all Workers for Democracy (UAWD) est le mouvement de lutte des classes au sein de l’UAW. Les membres de l’UAWD à travers le pays se sont organisés au sein de leurs sections locales pour soumettre des amendements axés sur la lutte des classes à la Convention et se sont présentés comme délégués de leurs sections locales.

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