
Par Antonio Louca
La grève générale du 3 juin a paralysé un nombre important d’entreprises et de services. Il existe une prise de conscience très répandue parmi la classe laborieuse que «le paquet» comprenant des dizaines de lois sur le droit du travail représente une menace mortelle pour son avenir.
Le secteur du tourisme a été durement touché par l’annulation de nombreux vols dans les aéroports de Lisbonne, Porto et Faro; les transports publics ont été paralysés dans les grandes villes, à l’exception des services minimaux assurés par les bus et de quelques liaisons ferroviaires entre le centre et la périphérie de Lisbonne; les écoles ont été paralysées en pleine période d’examens et les hôpitaux publics n’ont fonctionné que pour les urgences. La grande nouveauté a été une importante mobilisation du secteur privé, nettement supérieure à celle observée lors de la grève générale de décembre 2025 [voir à ce sujet le dossier publié sur ce site en date du 15 décembre 2025: https://alencontre.org/europe/portugal/portugal-dossier-la-greve-generale-complique-les-plans-du-gouvernement.html ], avec des taux de participation que la CGTP (Confédération générale des travailleurs du Portugal) a estimés à 100% pour des entreprises telles que Sovena [producteur et conditionneur d’huile] et Cimpor [ciment], à 95% pour Bosch et à 88% pour Glavidro [industrie du verre].
La classe laborieuse ne s’est pas laissée séduire par les sirènes qui tiennent pour acquis le rejet du «paquet» lors du vote parlementaire. La grève précédente, en décembre, avait eu suffisamment de force pour contraindre le parti néofasciste Chega à changer sa position de vote et à annoncer qu’il s’opposerait à l’adoption du projet porté par le gouvernement (en minorité) de la droite conservatrice. Mais le revirement de Chega était et reste l’une de ses nombreuses manœuvres opportunistes, et personne ne peut compter sur le fait qu’il maintienne sa position. Il fallait poursuivre la lutte, et l’appel à la nouvelle grève générale, malgré tous les reports et les hésitations de la CGTP, a offert à la classe laborieuse l’occasion d’exprimer sa position. Et cette occasion a été saisie avec détermination.
Outre le rejet des illusions quant à l’issue incertaine du vote parlementaire, la classe ouvrière a résisté à l’effet hautement démobilisateur de l’intervalle de cinq mois entre la grève générale de décembre et celle de juin. Pendant ce temps, les patrons et le gouvernement ont négocié au sein de l’instance connue sous le nom de «Concertation sociale» avec la centrale social-démocrate UGT (Union générale des travailleurs), en excluant la CGTP, majoritairement communiste. Cette dernière, exclue des négociations, n’a pas profité de ce temps pour se mobiliser dans les entreprises en alertant sur le danger que représentait le projet gouvernemental et a tergiversé jusqu’à convoquer une nouvelle grève générale pour le 3 juin.
Lorsque l’intransigeance du gouvernement a contraint l’UGT elle-même à refuser de conclure un accord sur le paquet de mesures, la CGTP a eu une occasion en or de promouvoir des assemblées dans les entreprises afin d’entraîner l’UGT à se joindre à la grève. En effet, même sans cette pression venue de la base, plusieurs syndicats de l’UGT ont donné le feu vert à leurs adhérents pour qu’ils se joignent à la grève de la centrale rivale. Cependant, la CGTP a préféré lancer un appel vertical en soulignant le caractère «jaune» de l’UGT et en évitant d’ouvrir la boîte de Pandore d’un processus d’assemblées généralisé, potentiellement capable de donner une continuité à la lutte dans les semaines et les mois à venir.
L’absence d’assemblées s’est traduite par une répartition très inégale des piquets de grève. Dans de nombreux lieux de travail, la bureaucratie syndicale a laissé les matinées libres pour que les grévistes restent chez eux ou aillent à la plage, et s’est contentée d’appeler à des manifestations l’après-midi dans chaque ville. Ainsi, des lieux de travail ayant une grande tradition d’assemblées et de piquets se sont retrouvés privés des deux. La coïncidence – loin d’être fortuite – de la grève avec un jour férié le lendemain, et avec un vendredi propice à un pont, a aggravé de manière exponentielle la démobilisation. À Lisbonne, la manifestation organisée dans l’après-midi a attiré moins de monde que celle de décembre 2025.
Le 3 juin 2026, la classe ouvrière a marqué des points grâce à une grève puissante. Mais il n’existe ni stratégie ni direction garantissant la défaite du paquet de mesures sur la législation du travail. Nous sommes encore loin de pouvoir définir une stratégie et de construire une direction. (Publié sur Huelladelsur.ar le 5 juin 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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