
Par Melvin Goodman
George W. Bush a menti au sujet de l’Irak et d’armes de destruction massive inexistantes pour entrer en guerre en 2003. Donald Trump a menti au sujet d’une «menace imminente» de l’Iran pour entrer en guerre en 2026. Il n’y a rien de nouveau à cela, compte tenu de la désinformation qui a été utilisée pour justifier les guerres américano-mexicaine et hispano-américaine au XIXe siècle, ainsi que la guerre du Vietnam au XXe siècle.
Il est toutefois intéressant de comparer les réactions ambiguës et chauvines des médias grand public qui justifient la guerre et prédisent des dénouements favorables. Certains ont remis en question l’attaque de 2003 contre l’Irak et sa justification. Ils sont aujourd’hui curieusement peu critiques et soutiennent généralement la guerre.
Les pires exemples viennent du New York Times. Son principal apologiste israélien, Bret Stephens, estime, comme on pouvait s’y attendre, que «Trump et Netanyahou ont rendu service au monde» car «il est impossible d’imaginer une paix au Moyen-Orient sans la fin du régime [iranien]». Bret Stephens attribue à Trump le mérite d’avoir restauré «la dissuasion et, ce faisant, rendu la diplomatie plus efficace». Il attribue à Trump le mérite d’être «entré en guerre pour faire progresser les valeurs démocratiques» et loue Trump et Netanyahou pour avoir rendu «au monde libre un service courageux et historique»!
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La position de Bret Stephens n’est pas surprenante. Il fait l’éloge de Trump parce que celui-ci a donné, au fil des ans, à Israël tout ce qu’il a demandé: le transfert de la capitale à Jérusalem, la reconnaissance du plateau du Golan comme faisant partie d’Israël, le soutien de l’ambassade des Etats-Unis aux Juifs «américains» qui occupent illégalement des terres en Cisjordanie, la complicité dans la guerre génocidaire d’Israël à Gaza et l’autorisation donnée aux colons israéliens et aux Forces de défense israéliennes de s’emparer de villages arabes en Cisjordanie. La liste est longue, et elle est désormais couronnée par une campagne militaire conjointe américano-israélienne qui va aggraver le chaos et l’instabilité au Moyen-Orient et dans le golfe Persique.
Il est plus surprenant que Steven Erlanger, correspondant diplomatique en chef du New York Times, qui a couvert plus de 100 pays et remporté deux prix Pulitzer [en 2002 et 2017], publie autant d’idées absurdes que celles qu’il a avancées. Erlanger affirme que la réponse de l’Iran, à savoir attaquer les Etats du Golfe, était la «meilleure chance pour Téhéran de raccourcir la guerre», car elle «pourrait inciter le monde arabe à faire pression sur les États-Unis et Israël pour qu’ils mettent fin à leur campagne». Y a-t-il une raison de croire que les Etats arabes sont en mesure de «faire pression» sur Trump et Netanyahou?
Erlanger affirme que l’Iran n’aura plus «l’énergie ni les ressources nécessaires pour s’ingérer dans la région», ce qui «ouvrira de nouvelles perspectives pour le Liban et les Palestiniens». Il suggère même qu’«un nouveau gouvernement plus modéré pourrait prendre le pouvoir en Israël après les élections de cette année.» Il est plus probable qu’un gouvernement encore plus à droite émerge en Israël, mais quoi qu’il en soit, il n’y a aucune raison de croire qu’Israël favorise la stabilité au Liban (ou en Syrie d’ailleurs) ou la souveraineté des Palestiniens. Depuis trois décennies, la politique de Netanyahou consiste à maintenir l’instabilité dans le monde arabe afin de justifier son incapacité à faire avancer la «cause de la paix» ou à négocier une solution à deux États avec les Palestiniens.
George Will, chroniqueur au Washington Post, dans un article publié dans le WP, adhère également à l’idée que la campagne américano-israélienne est «nécessaire pour commencer à rétablir une condition indispensable à un monde plus pacifique: à savoir la crédibilité de la dissuasion américaine». Il attribue même aux Etats-Unis le mérite de «se préparer à aider, à distance, la renaissance politique de l’Iran». En d’autres termes, une guerre inutile et illégale contre l’Iran serait la condition préalable à la paix au Moyen-Orient et dans le golfe Persique, ainsi qu’à la stabilité en Iran.
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Il est plus probable que les États-Unis souffriront des conséquences de cette guerre tant au niveau national qu’international. Le fait que Trump et Netanyahou, tous deux mégalomanes, aient uni leurs forces est tout simplement terrifiant. Les résultats les plus probables sont l’émergence de gouvernements plus radicaux en Iran et en Israël, ainsi que la poursuite du désordre politique aux Etats-Unis. En ce qui concerne l’Iran, il n’existe aucune opposition organisée en mesure de prendre le pouvoir aux Gardiens de la révolution.
Bien sûr, le message le plus obscur vient de Trump lui-même. Il a demandé aux Gardiens de la révolution de «déposer les armes» et a déclarer que «le fier peuple iranien [devait] prendre le contrôle de son gouvernement lorsque nous en aurions fini. Il vous appartiendra de le prendre. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations!» Les Gardiens de la révolution ont récemment tué des milliers d’Iraniens et d’Iraniennes qui manifestaient.
Qui recevra les armes des Gardiens? Et comment le «peuple fier» prendra-t-il le pouvoir? [Plus probable que Trump négocie un accord avec Ali Larijani et un secteur des Gardiens. Réd.] (Article publié sur le site de Counterpunch, en date du 4 mars; traduction par la rédaction A l’Encontre)
Melvin A. Goodman est chercheur principal au Center for International Policy et professeur de sciences politiques à l’université Johns Hopkins. Ancien analyste de la CIA, Goodman est l’auteur, en autres, de American Carnage: The Wars of Donald Trump (Opus Publishing, 2019) et Containing the National Security State (Opus Publishing, 2021).

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