mardi
22
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Pavlos Fyssas

Pavlos Fyssas

Une semaine à peine s’est écoulée depuis le meurtre de sang-froid, le 17 septembre 2013, du militant antifasciste Pavlos Fyssas (qui est également un musicien de hip-hop) par un membre du parti néonazi Aube Dorée. Le militant antifasciste a reçu un coup de couteau directement au cœur sous les yeux de dizaines de personnes alors que des policiers qui observaient ont refusé d’intervenir. Cet assassinat survient seulement cinq jours après l’attaque meurtrière d’Aube Dorée contre des membres du Parti communiste grec (KKE), qui ne faisaient que coller des affiches dans le quartier populaire du Pirée. Ce n’était pas une attaque individuelle. Cela devient la règle. De nombreux meurtres racistes se sont déroulés au cours des dernières années, la plupart ciblant des immigré·e·s et des militants antifascistes.

Sous le choc de la réunion prochaine du président du Parlement grec, Evángelos Meïmarákis (membre de la Nouvelle Démocratie –  le parti du Premier ministre Antonis Smaras –  et ancien ministre de la Défense), avec le consulat de Grèce à Genève, jeudi 26 septembre, nous voulons exprimer notre colère contre tous ceux qui ont ciblé nos vies, la politique d’austérité du gouvernement, l’état de répression ainsi que contre les néonazis d’Aube Dorée.

Nous voulons rappeler que ce sont les politiques néolibérales – accompagnées de l’imposition des mémorandums (plans d’austérité imposée par la Troïka: BCE, UE et FMI) – du gouvernement qui ont abouti à la vente des richesses du pays ainsi que de son secteur public (privatisations), à la fermeture des hôpitaux, des écoles, des universités (l’Université nationale Kapodistrian d’Athènes, la première université de Grèce et des Balkans) et qui ont porté atteinte à la liberté d’expression (la fermeture d’ERT, la chaîne publique de télévision et de radio qui a suscité une mobilisation massive).

La propagande gouvernementale est simple, dans la mesure où elle utilise les médias du grand capital, ceux-là mêmes qui ont apporté leur soutien au gouvernement au cours de nombreuses années. Les taux de chômage ont explosé, pour atteindre 28% de la population active et plus de 60% parmi les jeunes (entre 15 et 24 ans) alors que le taux de pauvreté officiel atteint 20,1% (ce qui signifie qu’une personne sur cinq vit en dessous du niveau de pauvreté). En outre, l’accès au système de santé public (3 millions de personnes – au minimum – ne peuvent ne disposent plus de couverture d’assurance-maladie); plus d’un million de travailleurs et travailleuses n’ont pas été payés depuis 3 à 12 mois ; les procédures d’expropriation de logement et d’expulsion pour non-paiement de la dette hypothécaire ou des loyers vont s’accélérer d’ici la fin de l’année et surtout dès le début 2014. Ces mêmes politiques ont depuis de nombreuses années dégradé les conditions d’utilisation et de reproduction de la force de travail en Grèce, bouleversant tous les droits du travail, alors que les salaires ont dégringolé à des niveaux aussi bas que 500 euros par mois (comme salaire minimum de base).

Au même moment, nous assistons à la mise en œuvre de politiques utilisées par des régimes totalitaires, comme la mobilisation de travailleurs en grève (ce qui signifie l’interdiction du droit démocratique à faire grève), l’application de pratiques de «tolérance zéro» ainsi que la création de camps de concentration pour les immigré·e·s (des endroits qui réveillent la mémoire des camps nazis datant de la Seconde Guerre mondiale). Toutes ces politiques ont favorisé l’expansion du fascisme dans la société et causé l’explosion des taux électoraux de l’organisation paramilitaire (Aube Dorée), dont les activités sont restées impunies tout au long de ces années sous le regard tolérant de chaque gouvernement, ainsi permit-il à celle-ci de devenir l’amortisseur parfait de la colère et de la rage des citoyens provoquées par le désastre humanitaire infligé par le gouvernement et la Troïka. L’Etat a trouvé là un allié parfait dans son œuvre d’imposition des politiques les plus cruelles de ces trente dernières années.

Après l’assassinat de Fyssas, même des articles publiés dans des journaux sous influence gouvernementale parlent des connivences entre Aube Dorée et les unités des forces spéciales de la police ainsi que de son financement par les personnes qui contrôlent les plus grands médias ainsi que les plus importantes entreprises (le grand capital) en Grèce.

La bande de meurtriers a choisi les dates de leurs attaques à bon escient. Il est suspect qu’alors que les enseignant·e·s sont menacés de congédiement et que plus de 90% d’entre eux sont partis en grève le 16 septembre, alors que les travailleurs d’autres secteurs (hospitaliers, travailleurs municipaux) ont rejoint le combat, le néonazisme a choisi de jouer le seul rôle pour lequel il est connu depuis 70 ans: il n’est rien d’autre que de faire taire toute voix qui s’exprime librement.

Nous condamnons les tentatives du gouvernement et des médias de mettre sur un pied d’égalité les attaques meurtrières des néonazis avec les manifestations combatives et les luttes du peuple contre les politiques d’austérité des mémorandums. Nous exigeons la punition et la mise en accusation des meurtriers néonazis ainsi que de ceux qui sont responsables de leur avoir donné les moyens de réaliser leurs crimes hideux. Nous condamnons également ceux qui dominent nos vies en nous soumettant à des dilemmes impossibles et à la peur, nous condamnons les politiciens du gouvernement et les médias corrompus, les banquiers et le grand capital. En lieu et place de l’exploitation et de la barbarie, nous choisissons la voie de la résistance et de la solidarité.

La mort de Pavlos Fyssas ne doit pas être vaine. Elle doit renforcer notre résolution  combattre le fascisme et à participer à la lutte des travailleurs contre le gouvernement, contre la troïka et contre Aube Dorée. Nous n’attendons pas à ce que le gouvernement, qui soutient sans vergogne et manipule Aube Dorée, à renoncer à son activité criminelle.

Les assassins de la démocratie doivent être renvoyés à l’histoire.

Nous pourrons ainsi vivre sans peur, nous pourrons vivre ainsi librement et avec dignité.

Action antifasciste grecque de Genève (Greek Antifascist Action)
gaa-geneva@googlegroups.com
https://www.facebook.com/greekantifascistactiongeneva

Initiative soutenue par le MPS-Mouvement pour le socialisme, Gauche anti-capitaliste (premiers signataires)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire





FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org