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28
janvier 2020

A l'encontre

La Brèche

2020: l’année de l’effondrement pour Gaza

Publié par Alencontre le 3 - janvier - 2020

Une famille palestinienne, le 31 décembre 2019, cherche à se réchauffer. Elle «vit« dans le camp de réfugiés de Khan Younis dans le sud de la Bande de Gaza. (Crédit: AP Photo/Khalil Hamra)

Par Gideon Levy

Le temps passe vite: c’est comme ça que ça se passe, quand on fait la fête [voir l’illustration ci-contre pour saisir le sens]. Il y a huit ans, en 2012, les Nations Unies ont publié un rapport intitulé «Gaza en 2020. Un endroit vivable?». La réponse est contenue dans le corps du rapport: non. Non, à moins que des mesures ne soient prises pour le préserver.

Aucune mesure réelle n’a été prise, mais les prévisions de ce rapport, déjà sinistres, n’ont pas non plus été confirmées. La situation est bien pire qu’il ne l’avait prévue.

Le 1er janvier 2020, l’année de la «fin» pour Gaza a commencé. Au 1er janvier, 2 millions d’êtres humains vivent dans un endroit qui n’est pas habitable, pas vivable.

Il y a un Tchernobyl à Gaza, à une heure de Tel-Aviv. Et Tel-Aviv n’est pas perturbée par cela. Le reste du monde non plus. La presse de la dernière décennie a traité de tout le reste, mais pas de la catastrophe humanitaire dans l’arrière-cour d’Israël. Une catastrophe dont Israël, avant tout, est responsable.

En lieu et place d’avoir reconnu la responsabilité de les [les Palestiniens] avoir expulsés et de les avoir menés à Gaza en 1948 [voir à ce propos l’ouvrage d’Ilan Pappe Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008] et de tenter de compenser ainsi que de se racheter pour ce qui a été fait, par le biais d’une réhabilitation et d’une assistance, Israël continue de poursuivre les politiques de 1948 d’une manière différente: une cage au lieu de l’expulsion, la prison au lieu du nettoyage ethnique, le siège (le blocus) au lieu de la spoliation.

Il est peu probable qu’il y ait beaucoup d’autres régions du monde où les catastrophes durent sans interruption depuis plus de 70 ans. Et tout cela est le produit d’actes humains malveillants. La mémoire de Gaza aurait dû nous hanter jour et nuit. Au lieu de cela, Gaza est oubliée. Seul le tir d’une roquette Qassam est capable de nous rappeler qu’elle existe.

Lorsque le rapport de l’ONU a été rédigé, le taux de chômage à Gaza était de 29%. Huit ans se sont écoulés et maintenant, selon la Banque mondiale, le taux de chômage y a atteint un taux inimaginable de 53%; et de 67% chez les jeunes.

Quelqu’un peut-il comprendre cela? Soixante-sept pour cent de chômage. Est-ce que quelqu’un peut imaginer ce qu’est une telle vie, alors qu’une grande majorité des jeunes n’ont ni présent ni avenir?

Le Hamas est le coupable. Le Hamas est coupable de tout. Et Israël? De rien. Quelle répression, quel déni et quel lavage de cerveau cela nécessite-t-il? Quels mensonges, quelle inhumanité et quelle cruauté? Un pays qui a envoyé des missions de sauvetage au bout du monde est révoltant d’indifférence face au désastre qu’il a créé à sa frontière, et aggrave même la situation.

Environ la moitié des habitants de la bande de Gaza vivent avec moins de 5,50 dollars par jour. En Cisjordanie occupée, en comparaison, seuls 9% de la population subsistent avec une telle somme.

Le Hamas est coupable. Comme s’il avait imposé le siège! Il entrave les exportations, les importations, les lieux d’emploi. Il tire sur les pêcheurs de Gaza. Il empêche les cancéreux de recevoir des traitements médicaux. Il a bombardé Gaza, tuant des milliers de civils et détruisant d’innombrables maisons. C’est évident!

Le rapport de l’ONU de 2012 prévoyait qu’en 2020, Gaza aurait besoin d’au moins 1000 médecins de plus. Mais dans la bande de Gaza de 2020, 160 médecins sont partis au cours des trois dernières années. Tous ceux qui le peuvent partent.

Une jeune chirurgienne de l’hôpital Shifa de Gaza, le Dr Sara al-Saqqa, a déclaré au Guardian, la semaine dernière, qu’elle gagnait 300 dollars pour 40 jours de travail. Si elle ne devait prendre soin de sa mère âgée, elle serait partie, elle aussi.

Et le pire est à venir. Quatre-vingt-dix-sept pour cent de l’approvisionnement en eau de Gaza est impropre à la consommation, comme le prévoit le rapport de l’ONU. Au total, 100’000 mètres cubes d’eaux usées se déversent chaque jour dans la Méditerranée, qui est aussi notre mer. Ashkelon [«ville balnéaire» au nord de «Bande de Gaza»] se baigne dans les eaux usées de Gaza, mais cela ne dérange personne non plus.

Trois ans après la publication du rapport de l’ONU, les Nations Unies ont publié leur rapport pour 2015. La guerre israélienne de 2014 contre Gaza, l’Opération «Bordure protectrice», a déraciné un demi-million de personnes de leurs foyers et a laissé Gaza anéantie. Mais cela aussi n’a provoqué rien de plus qu’un grand bâillement. Puis vint le rapport de 2018, cette fois de la Banque mondiale: «L’économie de Gaza était dans un état critique». Qu’ils étouffent! Israël est aux côtés de Naama Issachar, la jeune femme israélienne qui est emprisonnée en Russie [depuis avril 2019, sous l’accusation de «détention de drogue», selon The Times of Israël cette détention a donné lieu à des négociations au plus haut niveau] et a été transférée dans une autre prison. (Article paru dans le quotidien Haaretz en date du 2 janvier 2020; traduction par la rédaction A l’Encontre)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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