dimanche
19
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Jean-Pierre Filiu

Jean-Pierre Filiu

Entretien avec Jean-Pierre Filiu

L’historien Jean-Pierre Filiu, spécialiste entre autres des mouvements djihadistes, analyse le succès de l’Etat islamique en Irak à la lumière du contexte régional.

Selon Mediapart: «si tous les regards sont aujourd’hui braqués sur l’Irak, pour lui «la clef de la défaite djihadiste» se trouve en réalité en Syrie où une « dynamique révolutionnaire » continue, malgré tout, d’exister».  Les propos de Jean-Pierre Filiu, publiés le 21 août 2014 sur Mediapart, ont été recueillis par Lucie Delaporte, François Bonnet et Edwy Plenel.

A la suite de cet entretien, les lectrices et lecteurs pourront lire une note ayant trait à l’utilisation des gaz chimiques, il y a un an, en Syrie et au sens de l’opération de diversion combinée de Moscou et des Etats-Unis. (Rédaction A l’Encontre)

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Les victoires fulgurantes de l’État islamique ont pris de court le monde entier. Que savons-nous exactement de cette organisation, de ses projets, de son fonctionnement ?

L’État islamique, c’est la victoire posthume de Zarkaoui sur Ben Laden. Une victoire d’où la dimension de classe n’est pas absente. Zarkaoui a été le chef, jusqu’à sa mort en 2006, de la branche irakienne d’Al-Qaida, d’où est issu l’État islamique. C’était à l’origine un petit truand. Ce voyou repenti et tatoué avait un rapport au pouvoir, à la violence beaucoup moins éthéré que Ben Laden. Ben Laden nourrissait une vision du djihad globalisée et abstraite, alors que celle de Zarkaoui est, elle, ancrée dans un territoire très précis: la «Grande Syrie», «Bilad el-Cham», et l’Irak.

C’est d’ailleurs ce qui rend cette organisation si inquiétante pour quelqu’un qui, comme moi, a travaillé sur les mouvements apocalyptiques. Car ce territoire est dans l’eschatologie musulmane – les récits sunnites et chiites s’emboîtent sur ce point – la terre de la «Grande bataille», celle de la fin du monde. Tout combat qui s’y déroule vaut mille combats ailleurs. Cela en devient terriblement attractif pour les apprentis djihadistes.

Pour les sunnites, le retour du Madhi [«le guide attendu»] se réalisera sur ce territoire. Il devra y combattre le Dajjal (le Faux Prophète ou l’Antéchrist), et tout se terminera par la victoire sur les ennemis de l’Islam qui seront soit convertis soit massacrés. Ces superstitions populaires font sens même pour les volontaires acculturés qui vont là-bas.

Il y a de la part de l’Etat islamique un opportunisme apocalyptique. Les chefs de guerre – sans forcément y croire eux-mêmes – savent que convoquer ces mythes fonctionne parfaitement pour attirer des recrues. Zarkaoui l’avait compris et Baghdadi s’inscrit dans cette continuité.

Qui est Baghdadi, ce calife autoproclamé de l’État islamique

On sait assez peu de choses sur Baghdadi. C’était un cheikh de village, un peu médiocre sans doute, mais doté néanmoins d’une culture islamique bien supérieure à la moyenne des djihadistes. Il a notamment cette capacité à faire des prêches que n’avaient ni Ben Laden ni aujourd’hui Zawahiri [celui qui a succédé à Oussama ben Laden en mai 2011 à la tête d’Al-Qaida]. Dans le chaudron irakien, Baghdadi est aussi rapidement devenu un militaire aguerri.

Il a géré son organisation de manière stalinienne, avec des purges sanglantes et répétées. Ce qui fait qu’il a aujourd’hui une phalange totalement à sa main, dévouée et fanatisée d’environ 20’000 hommes sur le terrain.

A la mort de Ben Laden, en mai 2011, il refuse de prêter allégeance à son successeur Zawahiri et il affiche sa volonté d’indépendance. Il veut s’enraciner et créer son «Etat islamique » dont la «constitution» ne mentionne que des devoirs, et aucun droit, sur des dizaines de pages. Il avait déjà condamné en février 2011 les révolutionnaires d’Égypte – en déclarant «impies» leurs revendications de pluralisme – alors que Zawahiri, le nouveau chef d’Al-Qaida, tentait, lui, de les récupérer.

Comment 20’000 hommes peuvent-ils mettre en échec les forces kurdes, une armée irakienne de près d’un million de soldats ?

La prise de Mossoul en juin 2014 constitue pour l’Etat islamique un véritable tournant. L’arsenal américain laissé par l’armée irakienne est colossal, tout comme le contrôle des infrastructures pétrolières constitue un véritable trésor de guerre.

On a d’ailleurs repris leur terminologie en parlant de «l’Etat islamique» – c’est une grande victoire pour eux – mais il faut comprendre que cet «Etat» n’est qu’une machine de guerre qui se nourrit de sa propre progression. S’ils ont besoin que les infrastructures continuent à fonctionner, et paient pour cela ceux qui s’en occupent (ou les contraignent par la terreur), c’est uniquement pour alimenter la machine de guerre. Il n’y a chez eux aucune place pour la dissidence. On le voit dans le récent massacre de 700 membres d’une tribu sunnite à Deir Ezzor. Seule l’idéologie compte pour eux. La vie n’a aucun prix. Je pense que ce caractère totalitaire, à terme, les condamne. Mais en attendant, je n’ose imaginer les dégâts.

En quoi l’essor de l’État islamique en Irak s’articule avec ce qui se passe en Syrie?

Il faut comprendre que Baghdadi, lorsqu’il prend la tête de son «Etat islamique» en 2010, ne contrôle pratiquement plus aucune base territoriale en Irak. Il a une implantation clandestine à Mossoul et, grâce aux ralliés de l’ancien parti Baas, il a accès à certaines caches d’armes du régime de Saddam Hussein. Il peut ainsi continuer à perpétrer des attentats à Bagdad. Dans la province d’Anbar, qui fut longtemps le fief de Zarqaoui, il doit se replier face aux milices sunnites anti-djihadistes dites du Réveil (Sahwa). La Syrie va alors devenir comme une base arrière pour l’Etat islamique.

Bachar al-Assad, confronté en mars 2011 au déclenchement d’une contestation pacifique en Syrie, va tout faire pour favoriser les djihadistes qu’il estime être, à juste titre, les pires ennemis des révolutionnaires. C’est pourquoi les services syriens libèrent des détenus djihadistes et laissent grandir le Front Nosra, qui n’est que le prolongement en territoire syrien de l’Etat islamique.

La révolution, confrontée à des massacres de plus en plus importants, passe progressivement à la lutte armée en Syrie. Mais, sans vision claire de cette militarisation, elle tombe d’une certaine manière dans le piège d’Assad. Les djihadistes valorisent dans ce contexte leur expérience de la guérilla antiaméricaine et leur armement lourd. Les révolutionnaires syriens qui se battent contre Bachar al-Assad sous-estiment le machiavélisme de Baghdadi: il s’empare à leurs dépens de la première capitale provinciale «libérée», Raqqa, et il y proclame en avril 2013 son «Etat islamique en Irak et au Levant ».

En Irak, l’intifada sunnite vient de commencer contre le gouvernement de Bagdad. L’Etat islamique se bat alors sur les deux fronts syrien et irakien, et cette dynamique lui est très favorable, car aucun acteur en Irak et en Syrie n’a sa vision régionale. Ainsi, quand les troupes de Baghdadi investissent la ville stratégique de Fallouja, dans la province d’Anbar, les bombardements indistincts de l’armée font que toutes les forces locales se coalisent avec les djihadistes.

A-t-on sous-estimé les djihadistes de l’État islamique? Pourquoi, selon vous, la clé du conflit régional se trouve aujourd’hui en Syrie plus qu’en Irak?

Abou Bakr al-Baghdadi

Abou Bakr al-Baghdadi

L’aveuglement de ces dernières années va être chèrement payé. On a regardé ailleurs au moment où on aurait dû prendre des décisions qui sont toujours douloureuses, imparfaites mais qui auraient, au moins, correspondu à l’ampleur de l’enjeu. Il y a tout juste un an, l’abstention occidentale face au carnage chimique de Damas a ouvert un boulevard aux djihadistes.

Les révolutionnaires syriens, qui n’avaient pas sollicité d’intervention étrangère, se sont sentis totalement abandonnés lorsque les frappes aériennes annoncées par Washington n’ont finalement jamais été déclenchées. C’est ce sentiment d’impuissance tout autant que de trahison qui a fait le jeu des djihadistes. Car la propagande de Baghdadi, elle, ne cessait de marteler que l’ONU, l’Amérique et l’Europe étaient liguées contre les musulmans, laissant Assad et la Russie les massacrer.

Les Occidentaux ont certes fourni quelques armes, mais juste assez pour éviter la liquidation de la résistance, et jamais suffisamment pour renverser le rapport de force. Assad et ses alliés ont conservé le contrôle absolu de l’espace aérien. Nous n’avons finalement pas voulu choisir entre les deux monstres, prétendant qu’aider les révolutionnaires ferait le jeu des djihadistes, et aujourd’hui nous avons livré la Syrie à ces deux monstres, Assad et les djihadistes.

Je n’ai jamais cru à une issue militaire en Syrie. Si j’étais partisan de frappes ciblées après les bombardements chimiques de Damas, c’était pour favoriser justement un règlement politique, en amenant tous les Syriens patriotes à se dissocier d’un régime criminel. Le défi de la dictature syrienne demeure entier.

Face à la menace djihadiste, la dynamique révolutionnaire n’existe plus aujourd’hui qu’en Syrie, elle avait d’ailleurs au début de cette année permis de refouler l’Etat islamique hors d’Alep et de sa région. En Irak, après onze ans d’occupation américaine et de guerre civile, je crains que les gens ne se battent plus que sur des bases ethniques ou communautaires. C’est pourquoi la clé de la défaite djihadiste se trouve bien plus en Syrie qu’en Irak.

Où en est justement la rébellion syrienne? Alep est aujourd’hui menacée d’encerclement par les djihadistes.

Alep a beaucoup souffert de la campagne gouvernementale de bombardement aux « barils » (des containers de TNT bourrés de grenailles) qui a fait au moins deux mille morts depuis le début de l’année. Je souligne que Bachar al-Assad a ainsi pilonné une ville qui s’était débarrassée des milices djihadistes, démontrant bien que sa cible demeure les révolutionnaires, plutôt que les partisans de Baghdadi.

J’ai séjourné à l’été 2013 dans la partie «libérée» (révolutionnaire) d’Alep, qui comptait alors plus d’un million d’habitants. Elle n’en abrite plus que moins de 300’000 du fait de la dévastation des «barils», perpétrée dans l’indifférence générale. Aujourd’hui, ce sont les djihadistes qui veulent prendre leur revanche sur Alep, dont ils menacent de couper l’approvisionnement via la Turquie.

Des corps, mains menottées et yeux bandés, retrouvés dans un centre de l'EIIL, le 8 janvier 2014, à Alep

Des corps, mains menottées et yeux bandés, retrouvés dans un centre de l’EIIL, le 8 janvier 2014, à Alep

Les révolutionnaires syriens se battent sur deux fronts, contre la dictature et contre les djihadistes, dans des conditions hallucinantes. S’ils ne jouissaient pas d’un authentique soutien populaire, ils auraient été balayés depuis longtemps. Ce qui tient fondamentalement le choc, ce sont des résistances de quartier ou de village, ce sont les gars du coin qui se battent. C’est pour cela qu’ils ne supportaient plus les djihadistes, ces étrangers qu’ils avaient accueillis comme des frères, et qui ont voulu leur apprendre ce qu’était l’Islam.

C’est sur cette résistance populaire qu’il faut s’appuyer plutôt que de palabrer dans des conférences internationales, à Genève ou ailleurs. Barack Obama, pour justifier sa passivité en Syrie, vient d’affirmer que l’on ne peut pas construire une armée sur d’anciens docteurs et sur des paysans. Son contresens est total, car ce sont justement ces civils en armes qui tiennent tête à Bachar al-Assad depuis trois ans. Cette incompréhension s’inscrit aussi dans une incapacité plus large à voir le monde arabe en devenir, à faire confiance aux peuples de la région.

L’intervention militaire ne saurait à cet égard être une solution en soi. Il faut relever ce défi dans sa globalité, comme l’a avec clairvoyance proposé François Hollande. Dans le même esprit, il faut à tout prix une coopération russo-américaine face au défi djihadiste. La menace de l’Etat islamique est devenue tellement monstrueuse qu’elle mérite de mettre de côté les contentieux du moment pour la traiter en priorité et collectivement.

Avec le recul sur ce qui s’est passé en Irak, en Libye, ne pensez-vous pas, quand même, que c’est ce mode d’intervention occidental qui rajoute du désordre au désordre et fait le lit des monstres?

Il n’y a plus aujourd’hui de bonnes solutions. Mais si vous jugez une éventuelle intervention en Syrie par rapport à ce qui s’est passé en Libye, la Libye par rapport à l’Irak et l’Irak par rapport à l’Afghanistan… vous n’allez jamais vous en sortir. Les djihadistes sont toujours en avance d’une guerre et nous toujours en retard d’une. Actuellement, on est en train de réfléchir à la façon d’intervenir en Irak alors que l’enjeu est en Syrie, le seul théâtre où l’on peut espérer défaire durablement les djihadistes.

En ne choisissant pas, nous avons eu les dictateurs et Al-Qaida: les deux faces du même monstre. Il y a aujourd’hui deux pôles alternatifs de résistance qu’il faut soutenir: en Irak, c’est le Kurdistan de Barzani, même si on doit espérer qu’il y ait un jour un fonctionnement moins clanique, et en Syrie, les révolutionnaires d’Alep, qui luttent, je le rappelle, sur deux fronts.

Il faut ajouter que s’il y a aujourd’hui intervention – et encore une fois je ne crois pas à un règlement militaire en soi –, elle ne sera pas réalisée au nom de la «protection» de tel ou tel groupe.

Comment jugez-vous l’action de la diplomatie française?

Je ne peux que saluer la cohérence de la position française sur la Syrie, qui a été sabotée par le coup de frein d’Obama aux frappes l’an dernier. Cette cohérence se retrouve aujourd’hui sur l’Irak avec le rôle pionnier de Laurent Fabius au sein de l’Union européenne, dont l’impuissance collective aurait sans cela été accablante. Si on a aujourd’hui une résolution sous chapitre VII à l’ONU, c’est bien grâce à l’action de la France. Là-dessus, chapeau. Sur la séquence kurde, je considère que Fabius a réalisé pratiquement un sans-faute.

Sur Gaza, je suis nettement plus troublé. Le discours de solidarité trop longtemps affiché avec Israël au sommet de l’Etat a justement produit cette «importation» du conflit israélo-palestinien que l’on prétendait éviter. Et la pire des «importations», une importation du ressentiment, un refus profond du «deux poids deux mesures» tel que je ne l’avais jamais perçu à ce point. L’évolution récente du langage officiel doit impérativement se traduire dans les faits, avec une initiative française en faveur de la levée du blocus de la bande de Gaza, car ce blocus imposé à 1,8 million de femmes et d’hommes est en soi un acte de guerre.

Le conflit à Gaza est d’autant plus grave que, pour la première fois, une offensive israélienne en territoire palestinien est, de fait, soutenue par l’essentiel des régimes arabes, à l’exception notable du Qatar. C’est une formidable aubaine pour Baghdadi qui peut recruter dans le monde arabe et au-delà, en capitalisant sur l’indignation suscitée par les massacres de Gaza.

Enfin, je serais intéressé à mieux comprendre notre politique envers la Turquie. Je ne vois pas comment on peut lutter contre les filières djihadistes si l’on n’a pas de coopération forte avec les services turcs, puisque tous les djihadistes passent par la Turquie pour aller et revenir. Les dispositions juridiques et policières adoptées en France face à la menace djihadiste sont efficaces dans le cadre hexagonal, mais on n’est ni dans l’anticipation dans le temps, ni la projection hors de nos frontières.

Vous êtes en effet très alarmiste sur la dynamique djihadiste et le risque terroriste. Pourquoi ?

Je suis très inquiet car, depuis un quart de siècle que je travaille sur ce phénomène, je n’ai jamais vu cela. La densité de la mobilisation djihadiste, son inscription dans l’espace et dans la durée est sans précédent. Baghdadi, du fait de son trésor de guerre de plus d’un milliard de dollars, a de quoi perpétrer aujourd’hui l’équivalent de mille attentats du «11 septembre». Les djihadistes sont capables, comme organisation totalitaire, d’affecter une partie de leurs ressources à un projet à long terme, et donc au recrutement, à la planification, voire à l’implantation de cellules dormantes.

Il y a bien sûr la propagande sur Internet qui est largement amplifiée par les médias occidentaux. A cet égard, le martyre de James Foley [le journaliste américain décapité par les assassins de l’Etat islamique] était absolument prévisible. Il avait été précisément kidnappé [en Syrie] pour être sacrifié dans des circonstances comme celles d’aujourd’hui, avec un impact médiatique aggravé par la barbarie de cet assassinat. Il faut aussi à cet égard rendre hommage aux autorités françaises qui ont œuvré inlassablement pour ne laisser aucun compatriote aux mains de l’Etat islamique.

La recrue étrangère chez Baghdadi doit, sous peine de sanctions, recruter elle-même trois ou cinq personnes. Donc cette personne envoie des messages sur les réseaux sociaux pour vanter son expérience et inviter à la rejoindre. C’est pourquoi la progression du recrutement djihadiste est exponentielle. On observe d’ailleurs maintenant une émigration familiale avec des femmes qui font des genres de «guide du routard», bourrés d’indications pratiques, pour familles djihadistes.

L’autre force de cette propagande, c’est son insistance sur la notion de butin, ghanima. C’est quelque chose qui parle beaucoup aux voyous ici et ailleurs. Si c’est pour le djihad tu peux braquer, tu peux faire une escroquerie à la carte de crédit, aux prêts à la consommation, etc. Sur place, on leur propose de se «payer sur la bête», par exemple lors des expulsions de chrétiens, de yésidis ou lors des liquidations «pour l’exemple».

L’appât du butin est un puissant incitatif à l’embrigadement djihadiste. Ma pire crainte est que ces «volontaires» occidentaux, mal formés militairement, ne servent pas à grand-chose sur place aux commandos djihadistes. Ils vont donc en renvoyer un certain nombre en Europe pour perpétrer des actes terroristes, sur le modèle de Mehdi Nemmouche et de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Ils savent bien qu’en Europe le climat est dégradé et xénophobe, avec un risque réel d’escalade raciste en cas d’attentat communautaire. Le projet de Baghdadi est de prendre en otages les musulmans en Europe comme il l’a fait en Irak et en Syrie. (21 août 2014)

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Syrie. Il y a un an: «Un modèle de diversion et de cynisme diplomatique»

Rédaction A l’Encontre

Le 25 août 2013, face à la mort et à leurs morts

Le 25 août 2013, face à la mort et à leurs morts

Il y a un an, une attaque chimique faisait environ 1500 morts dans la région de Damas. L’événement a conduit à l’élimination proclamée, sous contrôle international, du stock de gaz militaire que possédait le régime de Bachar el-Assad. Ce dernier a en revanche échappé aux frappes dont les Occidentaux ont agité la menace dans les jours qui ont suivi l’attaque.

Un an plus tard, cette opération est terminée. «Il n’est pas possible d’exclure totalement que la Syrie ait pu garder quelques stocks d’agents chimiques militaires, note Olivier Lepick, spécialiste des armements chimiques et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Par ailleurs, on l’a vu au cours des derniers mois, le régime n’a pas hésité à utiliser un agent industriel toxique, du chlore en l’occurrence, pour mener des attaques qui s’apparentent à des attaques chimiques, en tout cas au regard du droit international et du droit de la guerre.».

«Pour une fois qu’on a bien voulu mettre un peu de pression au régime syrien, rien n’a été fait. Bachar el-Assad a même cru qu’il était redevenu à un moment donné un interlocuteur au niveau de la scène internationale, rappelle Naïm Kossayer, porte-parole de la Coalition nationale syrienne, l’opposition en exil. Finalement, le peuple syrien commence à croire de moins en moins aux dits idéaux du monde libre que représente l’Occident». (Source : RFI)

Et les armes non-chimiques continuent de tuer en masse: selon les rapports les plus pertinents le nombre de victimes s’élève à 180’000. A cela s’ajoute – si ce verbe fait sens ici – des centaines de milliers de traumatisé·e·s – physiques et psychologiques – à vie, des millions de réfugié·e·s, des villes détruites. Un massacre qui se perpétue et sur lequel le silence plane, au moment où les liens diplomatiques sont tissés à nouveau avec le bourreau de Damas, au nom de la «stabilité régionale». Voilà les «valeurs occidentales».

François Hollande, dans un entretien accordé au Monde, confesse: «S’il y avait eu une réaction des grandes puissances à la hauteur de l’utilisation des armes chimiques, nous n’aurions pas été face à ce choix terrible entre un dictateur et un groupe terroriste alors que les rebelles méritent tout notre soutien.» Quel soutien? Celui discuté lors des Conférences fantomatiques de Genève?

Dans Le Monde du 20 août 2014, il est souligné, à juste titre, que : «les Etats-Unis n’ont toujours pas achevé la destruction de leurs propres armes chimiques, plus de vingt ans après avoir signé la convention internationale prohibant leur possession… L’arrangement russo-américain à l’origine de la résolution 2118 de l’ONU n’a pas ralenti la course à l’abîme de la Syrie.»

Plus important: «En un an, pas moins de 70’000 Syriens ont été tués, portant le total des morts à près de 180’000. Moyennant le renoncement à un arsenal largement anachronique, Bachar Al-Assad a réalisé le coup parfait: il a évité une intervention militaire occidentale qui aurait pu lui être fatale, ou, du moins, entamer sa suprématie et relancer l’insurrection. En contrepartie, il a conservé ses véritables armes de destruction massive: les barils d’explosifs et les missiles Scud qui anéantissent des quartiers entiers d’Alep, les avions de chasse qui visent les hôpitaux ou les files d’attente devant les boulangeries, ces colonnes de chars qui démolissent tout ce qui bouge à Homs. Des armes dites «conventionnelles», mais mille fois plus dévastatrices que ne l’a jamais été le sarin en Syrie.» […] «Le compromis de 2013 entre Washington et Moscou n’avait pas tant pour but de priver Damas de ses armes chimiques que d’empêcher les groupes djihadistes de s’en emparer. Il restera dans les annales comme un modèle de diversion et de cynisme diplomatique. »

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