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Iran. Derrière la «réforme», la crise

Publié par Alencontre le 24 - février - 2014
L'ayatollah Ali Khamenei (gauche) et le président Hassan Rohani

L’ayatollah Ali Khamenei (gauche) et le président Hassan Rohani

Par Echo d’Iran

Pour une majorité d’électeurs et électrices, l’élection présidentielle (de juin 2013) a été l’occasion d’infliger un camouflet au Guide Ali Khamenei, premier personnage de la République Islamique d’Iran et de prendre une revanche sur la réélection frauduleuse d’Ahmadinejad en 2009.

Ainsi, Hassan Rohani s’est imposé à la surprise générale et dès le premier tour, face aux candidats dits «principalistes» ou fondamentalistes proches du Guide. Présenté comme «modéré», Rohani a été de 1982 à 1988 un membre influent du Conseil suprême de défense et dès 1989 Secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, un des principaux organes répressifs du régime. Il a été également le négociateur en chef sur le dossier nucléaire sous la présidence de Khatami entre 2003 et 2005. Membre du Conseil des experts, une des plus hautes instances du pays, Rohani est un homme du sérail, garant des institutions dictatoriales de la République islamique.

Pour le régime, ces élections devaient être une vitrine de l’adhésion populaire à la République islamique. La «victoire» d’Ahmadinejad en 2009, l’irruption dans la rue d’un vaste mouvement de contestation que le pouvoir a écrasé et le bilan désastreux des années Ahmadinejad ont réduit les marges de manœuvre du pouvoir.

Cependant, comme à l’accoutumée, le scrutin s’est déroulé sous contrôle. Seuls ceux qui reconnaissent les institutions de la République islamique peuvent se présenter. Et encore! Ainsi parmi les 800 actes de candidature, le régime en a retenu 8. Au passage, les candidatures de Rahim Mashaie (dauphin d’Ahmadinejad) et de Rafsandjani (un des hommes clés de la République islamique) ont été refusées.

Dans ce contexte, la population a voté pour le candidat qui apparaissait le moins lié aux fondamentalistes. Ainsi, Saïd Jalilli, principal négociateur iranien sur le dossier nucléaire, et Ali Akbar Velayati, conseiller personnel du Guide en matière de politique étrangère, ont été lourdement battus.

La division du camp fondamentaliste (pas moins de 6 candidats) et le ralliement du candidat «réformateur» ont certes favorisé la victoire de Rohani. Pourtant cette élection est paradoxale. En réalité, le Guide et les Gardiens de la Révolution ont dû laisser faire. Ils entendent tirer parti de la situation en interne et sur le plan international. Ils comptent sur Rohani pour désamorcer un temps les tensions internationales autour du programme nucléaire, pour éloigner le spectre d’une intervention militaire israélienne contre les sites nucléaires et pour obtenir un allégement des sanctions commerciales et économiques. Sur le plan intérieur, le régime entend utiliser la victoire de Rohani comme une soupape alors que la jeunesse et une grande partie de la population souhaitent en finir avec la République islamique.

Mais cela indique avant tout que la crise de régime s’est accentuée sous le dernier mandat d’Ahmadinejad (2009-2013). En effet, après avoir marginalisé le camp dit «réformateur», les proches du Guide se sont entre-déchirés. Ces quatre dernières années ont été marquées par les tensions incessantes entre Khamenei et Ahmadinejad. La crise au sommet traverse l’appareil d’Etat et le corps des Gardiens de la Révolution dont la direction a considérablement renforcé son emprise sur l’économie.

Cette crise de régime s’exacerbe à mesure que le pays s’enfonce dans le marasme social et économique. Avec plus de 60% de chômage chez les jeunes, l’explosion des licenciements et une inflation à 40% le mécontentement social est profond. Mécontentement qui se traduit notamment par des grèves ouvrières toujours réprimées. A cela s’ajoute évidemment la nature dictatoriale de la République islamique qui tend à réduire tous les espaces de libertés. Dans ce contexte, le caractère parasitaire des Gardiens de la Révolution qui contrôlent près de 40% de l’économie iranienne et le détournement de la rente pétrolière par les tenants du pouvoir contribuent largement au rejet de ce régime et aux divisions de sommet.

Dans le système politique et institutionnel de la République islamique, le pouvoir est détenu par le Guide, son bureau et par les Gardiens de la Révolution. De la politique étrangère (soutien à la dictature de Bachar el-Assad en Syrie), en passant par le dossier nucléaire, la redistribution des ressources, tout est sous contrôle. Seule l’irruption des couches populaires, des travailleurs et de la jeunesse pourra mettre fin au régime dictatorial et réactionnaire de Téhéran. Les peuples d’Iran saisiront toutes les possibilités pour mettre fin au règne de la Mollahrchie. Ils ont besoin de notre soutien! (Article publié dans le n° 16 d’Echo d’Iran, Bulletin d’informations sur le mouvement ouvrier en Iran)

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