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avril 2020

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La Brèche

France. Une journée au cœur des manifestations du 5 décembre

Publié par Alencontre le 5 - décembre - 2019

Rédaction d’Alternatives économiques

A Paris, Lyon, ou encore Valence, des milliers de manifestants ont fait entendre leur opposition au projet de réforme des retraites, et plus largement à plusieurs orientations prises par le gouvernement. 

«Je ne suis pas particulièrement contre le principe de la retraite par points [1]. Mais tout le monde sent bien qu’il y a anguille sous roche.» Dans un brouillard lyonnais matinal et glacial, Elodie, 24 ans, qui travaille dans le secteur du jeu vidéo, a marché ce matin au côté de milliers de salarié·e·s, fonctionnaires, indépendants, retraités, ou encore étudiants.

A 100 kilomètres plus au sud, grosse affluence aussi à Valence, la préfecture de la Drôme. Bernard et Annette, «plus de 50 ans», sont descendus du massif du Vercors avec un patin de Rousseau affublé d’une de ses citations datant de 1762: «Rien n’est plus dangereux que l’influence des intérêts privés dans les affaires publiques.» A Paris, même météo hivernale, et même météo sociale: «Le gouvernement est en train de mettre en échec tout ce qui est public pour justifier les privatisations», dénonce Julien, 29 ans, éducateur spécialisé en Seine-et-Marne.

«Une manifestation très importante à Lyon» (AFP), «une très forte mobilisation en province qui explose les prévisions des services de renseignement» (source policière au Parisien), un cortège immobilisé un long moment à Paris à cause de l’affluence… incontestablement, la grève du 5 décembre a poussé du monde dans la rue.

• La future réforme des retraites n’est même pas encore arrivée au stade du projet de loi? Peu importe, estiment beaucoup de manifestants. Pour eux, les jeux sont déjà faits. Personne dans les cortèges ne croit Emmanuel Macron lorsqu’il assure que la réforme vise avant tout à rendre les retraites plus justes, via le système par points.

Pour eux, l’objectif est clair: faire des économies sur le dos des retraités en prétendant que le statu quo est intenable. Une analyse également défendue dans nos colonnes par plusieurs chercheurs, comme Henri Sterdyniak, Michaël Zemmour, ou encore Christian Eckert. Les manifestants en sont persuadés: derrière les termes techniques qui se multiplient, le gouvernement veut tout simplement que les Français travaillent plus longtemps. Ce qui, en fait, est déjà le cas, et pour des pensions qui ont commencé à baisser, comme nous nous l’avons montré – en graphique – au début de la semaine. Autre inquiétude, la privatisation progressive du système de retraites, notamment si les hauts salaires n’y cotisent plus.

• Stars des plateaux télé, le sujet des régimes spéciaux [2] est aussi au cœur des discussions dans les rangs des manifestants. Beaucoup d’entre eux rappellent que ces régimes sont issus de luttes sociales qui ont permis de tenir compte des spécificités de certaines professions, et notamment de la pénibilité. Incontestablement, la pénibilité constitue un angle mort du régime des retraites.

• Mais le sujet des retraites n’est que le déclencheur d’une mobilisation plus générale: cheminots, personnels hospitaliers, agriculteurs… les marches rassemblent autant de professions que d’inquiétudes.

Les personnels hospitaliers, pour beaucoup en grève depuis des mois, dénoncent des conditions de travail qui se dégradent radicalement.

• Au-delà des revendications professionnelles, plusieurs manifestants sont venus pour dire leur opposition à la politique globale d’Emmanuel Macron, qu’ils jugent particulièrement inégalitaire. A l’image des choix budgétaires 2018-2019, très favorables aux riches, ou des politiques d’allègements du coût du travail, jugées inefficaces et injustes. Autre motif de grief, les privatisations, et notamment celle des Aéroports de Paris.

Parties de la future réforme des retraites, les manifestations ont donc très largement débordé ce cadre, et se sont muées en opposition globale contre Emmanuel Macron et La République en marche (LREM), comme en témoigne la participation de gilets jaunes.

• Plus surprenant enfin, la présence de nombreuses pancartes en faveur d’une politique climatique plus ambitieuse. Fin du monde, fin du mois… pour les manifestants, le problème ne vient pas seulement de ce que le gouvernement fait mal. Il vient aussi de ce qu’il ne fait pas. Prochain verdict de cette opposition claire: les élections municipales dans un peu plus de trois mois. (5 décembre)

________

[1] Au cœur de la réforme voulue par Macron: le passage à un système de retraite à points. Le principe préconisé par Delevoye: pour 10 € cotisés, 1 point, qui vaudra à la «revente» 55 centimes de retraite annuelle. A la fin de sa carrière, le salarié «revend» tous les points accumulés. Pour François Fillon, devant des patrons, il y a quelques années, le but de cette contre-réforme au moyen de la retraite à points était clair: «permet de baisser chaque année le montant des points et donc de diminuer le montant des pensions». Le Collectif Nos Retraites souligne le déclassement plus que probable dont souffriront les nouveaux retraités, si la valeur du point baisse. L’objectif consistant à maintenir les financements des retraites à 14% du PIB est clairement indiqué dans le rapport Delevoye. (Réd.)

[2] Dans les «informations» – par exemple dans le TJ de la RTS (Suisse) de 12h45, ce 5 décembre – le nombre magique de 42 «régimes spéciaux» est brandi comme une confirmation des «inégalités» et de la nécessité d’un système dit universel. Le graphique ci-dessous permet de saisir le pourcentage de retraités et de cotisants qui ressortent des régimes spéciaux et d’autres régimes. (Réd)

Un manifestant rappelle ce simple fait.

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L’émission «Arrêt sur images» de Daniel Schneidermann – une émission à laquelle le site alencontre.org pense qu’il est opportun de s’abonner – a été mise gratuitement, ce 14 mars 2020, sur Youtube «en raison de son utilité sociale». Deux médecins «qui parlent vrai» interviennent. François Salachas, le neurologue qui avait interpellé Emmanuel Macron lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière (Paris). Il souligna alors l’urgence liée à la pandémie et un fait d’évidence: la mise à niveau de l'hôpital nécessitera de gros moyens humains et financiers. Et Philippe Devos, intensiviste au CHC de Liège, président de l'Association belge de syndicats de médecins (Abysm). A voir, à partager: utile pour comprendre et réfléchir. (Rédaction A l’Encontre)

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