mardi
23
juillet 2019

A l'encontre

La Brèche

21 novembre: «Gilets jaunes» et «infirmières» se rassemblent,
dans le Nord, pour libérer le péage à Béthune, Nœux et Lillers
(Crédit Voix du Nord)

Par Union syndicale-Solidaires

La mobilisation du 17 novembre 2018, dite des «gilets jaunes», a traduit une dégradation permanente des conditions de vie de larges secteurs de la population: des travailleurs et des travailleuses, des «auto-entrepreneurs», de petits artisans, de paysans, de retraité·e·s, des chômeurs et chômeuses, des infirmières; mais aussi – moins visibles sur le «front» des «filtrages» de voitures – des firmes de camionnage.

Beaucoup se mobilisent de cette façon pour la première fois et une sympathie diffuse existe dans la population de diverses régions de France. Il y a là une façon de dire: «Macron on en veut plus»; «Nous, au bas de l’échelle, on ne supporte pas ce Louis XIV, issu de l’ENA et de la banque, ce premier de cordée».

Les «gilets jaunes», en grande partie, ne supportent plus l’arrogance du pouvoir et ses attaques contre les droits sociaux. «On ne peut plus s’en sortir à la fin du mois» revient comme une antienne dans tous les reportages. Que la confusion – pour ne pas dire le «confusionnisme» – ait régné et règne, rien d’étonnant. Sauf à concevoir une société chimiquement pure; encore plus après autant d’années de «déceptions sociales et politiques» et d’«invasion des soucis quotidiens».

Toutefois, ce constat ne doit pas faire obstacle à une autre constatation: dans un premier temps, et encore maintenant, des forces réactionnaires se mobilisent afin d’«infiltrer», de manières diverses, ce mouvement hors normes. Pour l’heure, il a des traits largement spontanés, mais ceux-ci peuvent aller en déclinant.

Parmi les potentiels «récupérateurs» – pour ne pas tomber dans une vision complotiste – se trouvent les forces les plus droitières, allant du Rassemblement national (RN de Marine Le Pen) aux Républicains (LR) de Laurent Wauquiez, sans mentionner des «groupes de l’ultra-droite» qui peuvent se manifester le 24 novembre. A quoi s’ajoute le soutien des champions d’un «souverainisme» versatile et protéiforme.

La question de «chasser ce gouvernement» en commençant par son programme de contre-réformes est, de fait, souvent posée explicitement ou de facto. Il en découle le nécessaire décantage d’un tel mouvement, hétérogène par définition, mais en aucune mesure un ralliement naïf, politiquement myope, qui ajouterait la confusion à la confusion.

Ce décantage socio-politique passe par l’objectif proposé par SUD-Solidaires. Nous reproduisons donc ci-dessous son appel qui implique, au-delà de l’unité d’action, un effort de contacts, d’explications, de débats et de propositions. Une tâche pas aisée, mais qui semble s’imposer du point de vue des intérêts des couches populaires. (Charles-André Udry, A l’Encontre)

*****

Les blocages des gilets jaunes ont rencontré un large succès. Le gouvernement comme à son habitude fait la sourde oreille, entend faire de la pédagogie et en même temps menace de répression.

Nous connaissons la musique, nous qui avons manifesté pendant plusieurs mois contre les lois travail, contre la réforme de la SNCF, pour les services publics, avec les retraité-es pour l’augmentation de leurs pensions et leur pouvoir d’achat. Les gouvernements précédents, comme l’actuel, agissent comme s’il n’y avait qu’une politique possible et que nous n’aurions pas compris, que leur politique, c’était «pour notre bien».

Alors, comment faire de ces mouvements, de nos colères, un résultat tangible, c’est-à-dire réussir à imposer un changement radical de politique?

Tout le monde a remarqué que les syndicats n’ont pas appelé à ces blocages. Pour Solidaires, et c’est un point dur, nos valeurs sont incompatibles avec les mots d’ordre racistes, sexistes et homophobes, avec l’extrême droite. Nous sommes opposés au néo-libéralisme et nous refusons toute récupération politique des mobilisations.

Néanmoins si tous et toutes ensemble nous voulons un changement de politique, une vraie redistribution des richesses, nous devons construire ensemble un vaste mouvement démocratique, respectueux et définissant lui-même ses formes de luttes. Nous pouvons agréger nos forces et pour cela chercher ce qui fait accord entre nous.

Immédiatement:

  • pour l’augmentation des salaires, 1700 euros minimum, 400 euros immédiatement pour tous et toutes,
  • pour la justice fiscale et sociale : rétablir l’ISF, engager une réforme fiscale pour lutter contre les inégalités, lutter contre l’évasion et la fraude fiscale.
  • pour une fiscalité écologique : taxer le transport aérien et maritime, les véhicules de luxe polluants, le transport poids lourd routier.
  • indexation des pensions sur les salaires, aucune pension ou minima social en dessous du seuil de pauvreté.

Des engagements à prendre et à mettre en œuvre dès aujourd’hui:

  • pour des transports publics à bas coûts ou gratuits partout sur le territoire,
  • pour des logements dignes, à des prix accessibles, bien isolés et économes en énergie,
  • pour des services publics, des emplois et des commerces de proximité,
  • pour la transition écologique : création d’emplois non délocalisables, reconversion des transports polluants, transformation des industries et de l’agriculture polluantes avec des aides pour les salarié-es et riverain-es concernées, etc.

Nous proposons:
• aux organisations syndicales de discuter ensemble de ces propositions,
• à tous ceux et celles qui se mobilisent aujourd’hui de travailler ensemble dans ce sens.

Il ne s’agit pas pour les syndicats de s’approprier un mouvement qu’ils n’ont pas lancé, mais de voir si nous pouvons ensemble construire des bases communes et faire converger nos luttes pour gagner contre les injustices et les inégalités. (19 novembre 2018)

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