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mars 2019

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La Brèche

France. On continue?

Publié par Alencontre le 1 - mai - 2016

greve_generalePar Christian Mahieux

9 mars, 12 mars, 17 mars, 24 mars, 31 mars, 9 avril, 12 avril, 14 avril, 20 avril, 28 avril… On continue? La réponse est double: oui, s’il s’agit de poursuivre le mouvement social jusqu’à l’abandon du projet de loi Travail pour ensuite imposer nos revendications; non, ça n’a pas de sens de continuer ainsi à coup de journées d’action sans lendemain. Il faut préparer et organiser la grève reconductible. Des organisations syndicales nationales (Solidaires, CNT-SO, CNT, des fédérations CGT), de très nombreuses structures syndicales interprofessionnelles départementales ou locales, des milliers de syndicalistes (notamment autour de l’appel On bloque tout – http://onbloquetout.org/), une partie des participants et participantes aux Nuit Debout, ont raison de l’affirmer !

«La grève générale ne se décrète pas»: c’est vrai. Mais ça tombe bien, nous n’avons ni besoin, ni envie de décret. Ce qu’il nous faut, ce sont des organisations syndicales qui affirment que la grève reconductible est nécessaire, qui la préparent et l’organisent en donnant aux travailleurs et travailleuses tous les moyens nécessaires à cela. Crier «grève générale, grève générale», alors qu’il n’y a pas grève, ne sert à rien. Y appeler est nécessaire, mais insuffisant. C’est un long travail; il est largement entamé. Dans les entreprises et les localités, beaucoup de syndicalistes s’y emploient; ils et elles sont à la CGT, à FO, à Solidaires, à la FSU, à la CNT-SO, à la CNT, à LAB, il y en a même une poignée à la CFDT ou à l’UNSA. Des jeunes engagés à l’UNEF, l’UNL ou la FIDL y contribuent; la Coordination nationale étudiante, Solidaires étudiant-e-s ou encore les syndicats CGT et SUD Lycéens défendent cette position. Des collectifs d’intermittents du spectacle s’inscrivent dans cette dynamique. C’est aussi un sujet largement débattu dans beaucoup de rassemblements Nuit debout. Alors, pourquoi ça ne démarre pas?

Incontestablement, l’absence d’un secteur professionnel moteur pèse. Les cheminots à plusieurs reprises, l’Education nationale en 2003, les raffineries en 2010 jouèrent ce rôle. Il y a des grèves reconductibles aujourd’hui en France, souvent dans des entreprises privées, mais elles restent localisées. Après que la fédération CGT a inventé une grève sectorielle à la SNCF deux jours avant le mouvement interprofessionnel du 28 avril, il eut été possible de rebondir sur cette surprenante décision, en construisant un mouvement reconductible à compter du 26 avril, dans la perspective du 28. Ni la CGT, ni SUD-Rail, ni FO, n’ont voulu, préférant préserver l’unité avec UNSA et CFDT. Inévitablement, la participation des cheminots et cheminotes au 28 s’en est ressentie.

Maintenant, la fédération CGT des cheminots annonce une grève reconductible à partir du 18 mai. Ce choix d’une date tardive et surtout lendemain du dernier jour de débats sur cette loi à l’Assemblée nationale, mérite critiques. Mais est-ce la priorité si nous voulons vraiment construire une grève générale? Sans être dupes de cette étrange volonté d’isoler les cheminots des autres travailleurs, renversons la vapeur, saisissons-nous de cette date! Puisque les fédérations syndicales de cheminots CGT, UNSA, SUD-Rail, FO, disent qu’elles appelleront à une grève reconductible à compter du 18 mai, préparons cette échéance au plan interprofessionnel. Dès maintenant, discutons de cette date dans tous les collectifs syndicaux, avec les participants aux Nuit debout. La loi Travail plombe notre avenir d’une manière considérable. Faisons de son abandon notre objectif vraiment prioritaire à tous et toutes dans les 15 prochains jours. Quinze jours consacrés vraiment à cela, pour éviter un recul d’une telle ampleur, ça vaut le coup, non?

Fixons un ultimatum au 19 mai: votée ou pas au Parlement, nous refusons la régression sociale de la loi Travail. Dans tous les secteurs, dès le 19 renforçons le mouvement qui aura démarré chez les cheminots la veille, étendons-le! Osons gagner! (Article écrit pour le quotidien Progrès social).

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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