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La Brèche

France: «1er mai: à quoi rêvent les contre cortèges?»

Publié par Alencontre le 1 - mai - 2012

«Sarko, le 6 mai on te met à la vraie retraite»

Par Hubert Huertas

En ce 1er mai 2012, les rues de Paris seront la vivante image de la France coupée en trois, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front national, chez Jeanne d’Arc, et plus loin le pouvoir en place, au Trocadéro.

L’affaire a pris un tour passionnel avec l’évocation par le président sortant d’une fête du «vrai travail», un adjectif lancé à la légère au lendemain du 1er tour, répété le mardi [24 avril], puis nié le mercredi [25 avril], avant d’être regretté et retiré le jeudi [26 avril], car il rappelait fâcheusement le langage des ligues d’entre-deux-guerres [1].

Exit donc la polémique sur le maréchal Pétain, mais l’affrontement demeure entre une France présumée bruyante et syndicaliste, et une France présumée laborieuse et silencieuse.

Cette bataille des cortèges n’a de nouveau que sa date, un 1er Mai, à cinq jours du second tour décisif [de la présidentielle], mais elle s’inscrit dans une espèce de tradition à droite. L’idée de faire descendre dans la rue le «vrai» peuple, appelé aussi «majorité silencieuse», est une constante sous la cinquième République. Elle prend sa source en Mai 68: après avoir flotté, et failli couler, Charles de Gaulle annonce le 30 mai de cette année-là la dissolution de l’Assemblée nationale. Le soir même un million de ses partisans défilent sur les Champs-Elysées.

On connaît la suite. Fin des grèves, élections législatives, énorme majorité Bleu horizon à la Chambre des députés, ce qu’on a appelé à l’époque la «majorité de la trouille».

Depuis lors, à chaque mouvement social, à chaque contestation, la Droite parlementaire rêve de refaire le coup de la contre-manifestation. C’est une spécialité gaulliste, de l’UDR au RPR, du RPR à l’UMP…

Jacques Chirac l’a tenté en 1986, pendant le ramdam sur les lois Devaquet [2], Edouard Balladur a recréé des comités pendant les manifestations sur la loi Falloux [3], à l’automne 1993; l’idée a resurgi dans la France bloquée par des grèves en 1995 (Alain Juppé était Premier ministre); idem en 2003 pendant les grèves sur la réforme des retraites, le principe est à chaque fois de faire défiler «des Français fatigués par les désordres».

En général, ces contre-mouvements, artificiels et encadrés, ne vont jamais très loin. La fameuse vague du 30 mai 1968 est restée unique en son genre.

C’est à elle que se réfère Nicolas Sarkozy, mais avec une innovation. Cette fois, pas de mouvement social en vue, pas de grèves, pas de cortèges dans les rues, sauf ceux, rituels, de la tradition sociale du 1er Mai. Aujourd’hui, la menace est électorale. Le danger est celui d’une révolte par les urnes. On est donc à l’envers de la manif de Charles de Gaulle.

Avec son défilé, de Gaulle avait transféré le bras de fer de la rue dans le champ électoral, avec son contre-1er Mai, Nicolas Sarkozy veut changer par la rue ce qui se profile dans les urnes [4].

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Hubert Huertas a donné ce billet (de trois minutes) à 7h36 sur France Culture, le mardi 1er mai 2012.

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[1] Les ligues dans les années 30 renvoient à des organisations d’extrême droite parmi lesquelles on peut citer l’Action française de Charles Maurras associée aux Camelots du Roi, Solidarité française de François Coty et Jean Renaud; le thème «travail et famille» sera repris par le pouvoir de Vichy.
Le Front nationl de Marine Le Pen organisait sa manifestation traditionnelle, mais cette fois devant l’Opéra Garnier. Selon le site Mediapart, en date du 1er mai 2012: «La présidente du Front national, forte de ses 17,9 % et plus de 6 millions de voix au premier tour de la présidentielle, boit du petit lait, devant plusieurs milliers de personnes: « Nous avons imposé nos thèmes dans cette campagne. Nous sommes devenus le centre de gravité de la vie politique française.» Et ce n’est pas Gérard Longuet qui lui donnerait tort. Dans un entretien à paraître cette semaine dans Minute, le ministre de la Défense et ancien membre du groupuscule d’extrême droite Occident estime qu’on peut «parler» avec Marine Le Pen. Voire se réjouit d’avoir une interlocutrice qui n’a pas été condamnée plusieurs fois pour injures à caractère raciste, comme son père: «Il sera désormais possible de parler de sujets difficiles avec un interlocuteur qui n’est pas bienveillant mais qui, au moins, n’est pas disqualifié. Il n’y a pas, à ce jour, de déclarations funestes de Marine Le Pen ou alors j’attends qu’on me les montre.» (Réd.)

[2] Projet de réforme des universités avec sélection accrue à l’entrée. Ce projet avait été concocté par le ministre délégué Alain Devaquet. La mobilisation lycéenne et étudiante de novembre-décembre 1986 a été très importante. La police est intervenue très brutalement. Des policiers en moto, dits «voltigeurs», ont battu un étudiant qui est décédé: Malik Oussekine. Le ministre de l’Intérieur était Charles Pasqua. Son délégué à la sécurité était Robert Pandraud. Une plaque commémorative à mémoire de Malik Oussekine, tué le 6 décembre 1986, a été installée au 20 de la rue Monsieur Le Prince. Le premier ministre était Jacques Chirac. Le 8 décembre, Chirac devait retirer le projet. (Réd.)

[3] En 1993, François Bayrou, ministre de l’Education du gouvernement d’Edouard Balladur, annonce la révision d’une loi historique sur l’instruction publique datant de 1850, la loi Falloux. L’adoption en décembre 1993 de cette révision va susciter un vaste mouvement de grèves dans l’enseignement public, avec l’appui du Comité national d’action laïque. Finalement, le Conseil constitutionnel français, en 1994, déclarera cette loi incompatible avec le principe d’égalité car pouvant favoriser, dans certaines régions, l’enseignement privé (catholique, entre autres) par rapport à l’école publique. (Réd.)

[4] Nicolas Sarkozy s’est adressé à une mobilisation bien encadrée et nécessitant d’importantes ressources matérielles, avec une mise en scène hollywodienne, en affirmant: «Je le dis aux syndicats: posez le drapeau rouge et servez la France.» Pour rappel, le 16e arrondissement de Paris a voté à 64,85% pour Nicolas Sarkozy. Dans cet arrondissement, comme le dit l’article de Gilles Hérail (Rue89, 1.05.2012), les immigrés forment la «société du 7e étage», autrement dit des chambres de bonne, ceux qui ont un vrai travail et qui sont «coincés entre un petit salaire et l’argent qu’ils renvoient au pays… payés au lance-pierres, la plupart du temps au noir. Ils ne bénéficient pas toujours des aides auxquelles ils auraient droit, car ils ne les connaissent pas.»
Selon les syndicats, plus de 200’000 personnes ont manifesté à Paris contre l’austérité et Sarkozy, et quelque 750’000, au total, en France. (Réd.)

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«Dégageons Sarkozy et combattons l’extrême droite»

Par Philippe Poutou

Le 1er Mai, journée de lutte internationale des travailleurs et des travailleuses, se déroulera dans un contexte particulier en France. Celui de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle. Cette journée prend une tournure particulière, elle doit être l’occasion d’une mobilisation la plus large possible antiraciste et anti-austérité, contre la droite et l’extrême droite.

Après le premier tour de l’élection présidentielle, les manifestations du 1er Mai viendront rappeler que, si nous voulons virer Sarkozy et sa bande le 6 mai, ce sera bien par nos propres luttes sociales et politiques que nous pourrons réellement changer les choses. Sarkozy et son gouvernement ont mené pendant cinq ans une politique pour leurs amis les riches, une politique de démolition systématique de nos conquêtes sociales en appliquant à la société française le traitement de choc du Medef. Son bilan, c’est plus d’inégalités, plus d’injustices, plus de divisions, moins de libertés et un discours raciste et xénophobe de plus en plus décomplexé. Pendant toutes ces années, il a couru derrière le discours du FN, opérant une mue de la droite extrême à l’extrême droite, et contribuant ainsi à donner du crédit aux idées nauséabondes du FN et de sa candidate Marine Le Pen.

Et le résultat est là: le FN vient de faire avec 18% le score le plus haut de son histoire, confirmant ainsi que l’original est préféré à la copie. La brutalité des attaques antisociales, les politiques d’austérité et la dégradation des conditions de vie des classes populaires forment un terreau favorable à la démagogie d’extrême droite. La candidate du FN version 2012 a fait mine de défendre les pauvres contre les puissants mais elle s’est gardée d’avancer la moindre mesure qui pourrait gêner les capitalistes. Par contre, elle a flatté tous les préjugés racistes et islamophobes.

Le 1er mai 2012 prend donc une tournure particulière. Celle d’une riposte antiraciste et antifasciste contre la droite. D’autant plus que Marine Le Pen veut aussi en faire une démonstration de force et que Sarkozy vient d’annoncer qu’il organisera «un très grand rassemblement» autour du «vrai travail». Alors qu’il a déjà fait la campagne, pour le premier tour, à droite toute, sur le terrain de la réaction sociale, sécuritaire, raciste et xénophobe, il récidive pour le deuxième tour. Après avoir attaqué le droit de grève par exemple dans le transport aérien, tapé sur les syndicats qu’il accuse de bloquer la société, il reprend aujourd’hui les accents de Pétain pour soi-disant valoriser le travail. Le 1er Mai est à nous! A Paris, comme en régions, les manifestations du 1er Mai doivent montrer que cette journée de lutte internationale des travailleurs et des travailleuses n’est ni à Sarkozy, ni à Le Pen, ni à la droite, ni à l’extrême droite. C’est l’occasion de poser dans la rue les bases d’une contre-offensive du monde du travail, qui devra se prolonger bien après le second tour, quel que soit le «gagnant» le 6 mai prochain. Ce n’est pas l’appel à tous les républicains que fait Hollande, véritable appel du pied à François Bayrou, qui peut stimuler une dynamique réelle capable de battre Sarkozy.

Il faut, comme nous l’avons fait durant la campagne, remettre inlassablement au centre du débat, les questions sociales et démocratiques, les mesures d’urgence comme l’augmentation de tous les revenus de 300 euros net, l’interdiction des licenciements, la réduction du temps de travail pour permettre à tous et toutes de travailler… Bref, le refus clair et net de payer les crises des capitalistes, le refus de toutes les politiques d’austérité de droite comme de gauche.

Et quel meilleur moment pour construire la riposte et focaliser l’attention et la réflexion sur la solidarité internationale, la défense des droits des femmes, les questions sociales, la lutte pour l’emploi, le service public et la répartition égalitaire des richesses que les défilés du 1er Mai, vieille tradition du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux? C’est là un hasard bienvenu du calendrier: avant de passer par les urnes, le 6 mai, c’est dans la rue que débute le vaste référendum populaire contre Sarkozy et Le Pen. Le 1er Mai, toutes et tous dans la rue!

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Déclaration faite le 26 avril 2012

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