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Cahuzac épisode 2: les muets donnent de la voix

Publié par Alencontre le 8 - avril - 2013
Pierre Moscovici, ministre des Finances, suivi alors par Cahuzac, déclare: «On entre dans une phase où toute parole politique est suspectée» (La Montagne, 7 avril 2013

Pierre Moscovici, ministre des Finances, suivi alors par Cahuzac, déclare: «On entre dans une phase où toute parole politique est suspectée»
(La Montagne, 7 avril 2013)

Par Hubert Huertas

C’est fou ce que le monde change. En une semaine il a subi une extraordinaire métamorphose. L’homme qui aurait quitté la France il y a dix jours, et y serait revenu ce matin n’en croirait ni ses yeux ni ses oreilles. Il y a trois semaines un journal en ligne, complètement isolé, parlait d’une histoire de compte en Suisse et personne ne voulait le croire. Pire encore, c’est lui qu’on soupçonnait de dire n’importe quoi. Et voilà qu’une nouveauté s’affiche partout: tout le monde savait!

Oui, tout le monde!

D’ailleurs les scoops se multiplient dans les canards déchaînés, l’un parle de quinze millions d’euros et non plus six cent mille sur les comptes de M. Cahuzac, l’autre d’informations fournies au président de la République dès le mois de décembre 2012, un troisième d’une fausse déclaration faite à un banquier suisse.

Tout le monde savait, les médias, les politiques, et en même temps tout le monde découvre la réalité avec angoisse et dégoût. Et plus personne ne tolère les conflits d’intérêts même ceux qui cumulaient, il y a quatre ans encore, les fonctions d’avocat d’affaires et de patron d’un groupe majoritaire tout en se baignant dans la piscine d’un homme d’affaires sulfureux [voir photo de J.-F. Copé, de l’UMP, dans la piscine de la villa de Ziad Takiedine au cap d’Antibes]. Ils ont les yeux ouverts depuis cinq jours, et la conscience drapée de lin blanc et de probité candide, et ils se demandent en chœur comment on a pu tolérer un pareil dérapage.

D’ailleurs face à ce choc universel, ressenti par les commentateurs et les élus politiques, le flegme relatif des Français étonne. Les députés s’attendaient à se faire lapider sur les marchés, et ils ont été interpellés, presque pacifiquement. Bien sûr, cette histoire choque la France en profondeur, bien sûr, le pays la condamne, mais c’est d’abord sur le chômage et la précarité que les élus sont attendus.

Ce qui frappe avec l’affaire Cahuzac c’est le décalage entre la panique ou la frénésie qui s’est emparée du monde politique, lequel paraît découvrir la profondeur de la crise morale dans laquelle il se débat, et l’espèce de fatalisme qui prospère dans l’opinion. D’un côté les politiques sont stupéfaits, et de l’autre une bonne part des Français hausserait presque les épaules devant ce qui leur apparaît, à tort ou à raison, comme une vieille habitude.

Pour être bouleversés par l’affaire Cahuzac, il aurait fallu que les Français aient confiance en leurs hommes politiques. Ce n’est plus le cas depuis longtemps.

Ainsi les politiques, effarés, se disent qu’ils sont entrés dans une période de crise majeure, mais les Français, presque blasés, ont le sentiment d’y barboter depuis trente ans, sans que rien ne change.

Si cette affaire pouvait remettre à la même heure la pendule des élus et l’horloge des électeurs, elle serait un mal pour un bien.

Pour l’instant malheureusement, le tic-tac est plutôt celui d’un détonateur, que d’un réveil matin… (Billet sur France Culture à 7h36, le 8 mars 2013)

Août 2003: Jean-François Coppé dans la piscine de Ziad Takiedine au
Cap d'Antibes

Août 2003: Jean-François Coppé dans la piscine de Ziad Takiedine au Cap d’Antibes
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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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