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La Brèche

Etat espagnol. En vue des élections générales du 20 décembre 2015

Publié par Alencontre le 21 - novembre - 2015

GanarDéclaration d’Anticapitalistas

Les prochaines élections générales seront une bataille décisive. Il est évident qu’elles verront les résultats les plus mauvais du bipartisme [PP-PSOE] de toute son histoire et que de nouveaux partis entreront au Parlement.

Ni «régénération» ni résignation. Oui, nous pouvons

Le résultat n’est cependant pas indifférent. L’enjeu qui est le nôtre est le suivant: une «auto-réforme» du régime à partir d’en haut ou la possibilité de l’ouverture d’un processus de changement au sein d’un rapport de forces plus favorable. Pour Anticapitalistas cela se traduit ainsi: que les résultats du bipartisme et de son appendice «régénérateur» Ciudadanos soient les plus mauvais possible; que ceux obtenus par Podemos et d’autres listes comme celle, unitaire, en Galice ou celle promue par Ada Colau [maire de Barcelone] en Catalogne soient bons.

Cela permettrait de saper le contrôle rigoureux, consolidé par un régime politique issu de la Constitution de 1978, de la situation que maintiennent le PP et le PSOE sur le terrain parlementaro-institutionnel. Ce dernier est fondé sur la défense des intérêts patronaux, la limitation des libertés et des droits démocratiques, la contrainte centraliste vis-à-vis des nationalités et, depuis le commencement de la crise en 2008, l’autoritarisme et la régression des droits démocratiques. Déstabiliser cette situation pourrait signifier de plus vastes possibilités pour bâtir des alternatives réelles aux politiques d’austérité ainsi que pour arracher des conquêtes concrètes par la lutte.

Cela ne sera en aucune mesure aisé. D’importants obstacles existent. Le régime est passé à l’offensive et le groupe Prisa [groupe de presse dont le quotidien phare est El País] s’est transformé en porte-parole officiel du pacte PSOE-Ciudadanos, d’un centrisme «régénérateur» qui cherche à intégrer les aspirations de changement sans rupture des classes moyennes et, en même temps, fixer les paramètres du débat politique en termes modérés. Nous sommes conscients que nous ne jouons pas seuls et que nos désirs feront face à une grande résistance de la part de l’oligarchie économique ainsi que du conservatisme idéologique niché au sein des principaux partis. L’Ibex 35 [l’indice de la Bourse de Madrid] réalise également ses mises politiques en vue de ces élections. La politique, en définitive, ne relève pas d’une simple rhétorique discursive [contrairement aux convictions dominantes au sein du noyau de direction de Podemos], c’est l’organisation de l’affrontement et du conflit d’intérêts antagoniques.

Une difficulté supplémentaire réside dans le reflux de la mobilisation populaire au cours de la dernière période, ce qui gêne une extension du bloc social et politique misant sur le changement. Le 15M [mouvement des indigné·e·s] a ouvert la possibilité du changement précisément parce que, grâce à la mobilisation, de nouveaux secteurs ont mûri et mis en pratique l’idée que, «oui, nous pouvons»: sans cette action collective, vive, la politique tend à se transformer en une chose statique, sans mouvement. Et lorsque cela se produit, ceux qui sont depuis toujours aux commandes en tirent avantage.

C’est pour cela que nous sommes convaincus que cette campagne doit s’orienter sur la mise en mouvement des volontés et des aspirations au changement. Nous avons besoin d’une campagne dont la conception récupère la dimension de mouvement qui a stimulé Podemos lors de sa première phase [de sa fondation en janvier 2014 aux élections européennes de mai de la même année]. Nous avons fait l’expérience de la manière dont les candidatures d’unité populaire lors des élections municipales [24 mai 2015] ont représenté un nouveau souffle pour la participation et l’enthousiasme, lesquels ont entraîné de nouveaux agents politiques. Jusqu’à aujourd’hui, cependant, il semble que l’orientation de la direction de Podemos n’a pas suivi ce chemin, ni lors des dernières élections au Parlement de Catalogne [27 septembre 2015], ni dans la préparation des élections générales. Ni même dans l’élaboration des listes ou en vue d’une ouverture nécessaire en direction du social et d’autres secteurs de la classe laborieuse, ou encore dans l’élaboration du programme sur la base de la délibération collective démocratique des cercles ni, encore, par l’élaboration d’un modèle de convergence qui a provoqué la consternation et le malaise. Mais il est encore temps.

L’annonce que Barcelona en Comú allait porter une liste catalane pour les élections générales ou l’accord unitaire en Galice sont de très bonnes nouvelles qui élargissent et renforcent la formation d’un sujet électoral puissant. Anticapitalistas a toujours misé sur l’ouverture de processus larges afin de coopérer avec les divers projets municipalistes ou avec des organisations comme ANOVA [en Galice] qui répondent à une réalité nationale propre.

Il est fondamental que cela se concrétise par des mécanismes démocratiques et de participation large qui préfigurer un espace, un instrument de lutte politique allant au-delà des échéances électorales. Les élections, aujourd’hui plus que jamais, sont un moyen mais non la fin du chemin qui mène à l’émancipation. L’expérience grecque démontre les limites au changement que dressent les institutions présentes. Tout comme les récents événements au Portugal et le coup d’Etat parlementaire de la droite qui indiquent de quelle manière le conflit se poursuit au-delà des résultats électoraux. L’appel de Jeremy Corbyn à construire un mouvement social et populaire fort suite à sa victoire lors des élections primaires du Parti travailliste [13 septembre 2015] montre qu’existent également des secteurs de la gauche européenne qui assument le fait que nous avons besoin d’autre chose que des appareils pour mener le combat contre l’austérité. C’est dans la bataille politique (dans toutes ses dimensions) et au sein de la lutte sociale que se tranchent toujours les affrontements de classes.

Lors de ces élections, Podemos, notre référent électoral, fait face à un défi essentiel. C’est un fait public qu’Anticapitalistas était en désaccord avec le tournant vers le centre opéré par la direction de Podemos, avec sa modération, ses renoncements programmatiques et un modèle organisationnel peu démocratique et clairement opposé au pluralisme. Nous étions également en désaccord avec une dynamique d’extension qui n’a pas tenu en compte la nécessité de s’implanter territorialement, au sein de la classe laborieuse afin de bâtir un parti-mouvement qui se nourrit et nourrisse le conflit social. Nous parlons avec clarté et travaillons sans mesure nos forces pour que Podemos reçoive le plus grand nombre de suffrages. C’est précisément parce que choses ont été mal faites et ont réduit l’espérance et les attentes, qu’il importe de signaler des solutions en vue des élections alors que la direction de Podemos peut encore réorienter le message et la campagne.

Suite aux élections nous continuerons à œuvrer pour que cette perspective devienne hégémonique car nous sommes convaincus que c’est une tâche qui demeure actuelle. Mais nous pensons également qu’une défaite de Podemos est une défaite de toutes et tous. Les bilans que nous réaliserons devront être collectifs et ouverts suite aux élections, par le biais de mécanismes démocratiques et pluralistes. Mais ce que nous voulons souligner actuellement c’est qu’un mauvais résultat de Podemos alimenterait l’idée selon laquelle «on ne peut pas», le changement est impossible, que, finalement, ceux de toujours gagnent.

Pour cela Anticapitalistas appelle à organiser une grande mobilisation électorale autour de Podemos, ainsi que des autres listes déjà mentionnées, non seulement en glissant un bulletin dans une urne, mais en participant à la mobilisation et en insistant sur l’idée qu’il est nécessaire de dégager le bipartisme et d’empêcher une croissance [électorale] de Ciudadanos dans tous les endroits.

Bien que les élites tentent de mettre un terme précipité – sans pouvoir le réussir effectivement – à ce cycle politique, il nous reste des points sur lesquels nous appuyer et des batailles à mener. Le processus souverainiste catalan maintien ouvert une revendication démocratico-populaire que le régime est incapable de satisfaire. Tous ceux qui croient en une démocratie réelle doivent la soutenir en exigeant l’exercice du droit à décider grâce à la tenue d’un référendum contraignant du peuple catalan qui inclut la possibilité de l’indépendance sans entraves pour que ce peuple catalan puisse ainsi redéfinir librement, et sur une base égale, la relation à venir qu’il souhaite établir avec les autres peuples.

Reste actuel la nécessité de nous débarrasser de la dalle des politiques «austéricidaires» [l’austérité qui tue] qui pèse sur nos têtes. Si Podemos progresse, un changement de cap des politiques gouvernementales devient possible. Tout comme celui de mener une bataille au sein de l’Union Européenne pour un virage à 180 degrés en ce qui concerne le Traité de Maastricht et le Pacte de stabilité. Et cela pour autant que cette progression soit accompagnée de processus d’auto-organisation populaires et du renforcement de l’idée que la seule manière d’appliquer ces politiques s’effectuera par le biais d’une rupture avec les élites et les pouvoirs constitués. Si le PP, le PSOE ou Ciudadanos gagnent, la Troïka sera assurée de l’application des 10 milliards d’euros de coupes budgétaires que la Commission européenne a déjà annoncée.

Quoiqu’il advienne, nous devrons nous préparer à nous mobiliser dans les rues et à stimuler de nouvelles formes d’auto-organisation à partir d’en bas, impulser des luttes contre une austérité et une crise dont les élites économiques ne se libèrent qu’au prix de la misère des travailleuses et des travailleurs.

Pour cela, voter et soutenir Podemos, le projet proposé par Barcelona en Comú ou la liste unitaire en Galice est l’option la meilleure en ce sens, pour gagner des positions, frayer la possibilité de la conquête de droits sociaux et démocratiques ainsi que de maintenir vivante l’option de poursuivre l’organisation d’une rupture. En ce sens, le pari de Podemos doit être de promouvoir l’instabilité. Plus l’instabilité est grande, plus vastes sont les possibilités d’élargir la brèche de la crise de régime qui ne restera pas ouverte indéfiniment. Les élites se sentent à l’aise au milieu de la stabilité. Si le PP, le PSOE ou Ciudadanos gagnaient, le risque est celui d’un retour à cette situation marécageuse que nous avons connu jusqu’en 2011. C’est au milieu de l’instabilité, ouverte par le 15M, que ceux et celles d’en bas ont des possibilités de gagner des positions grâce à la mobilisation et au conflit.

En vue de ces élections, nous bâtissons le changement, le lendemain, quoiqu’il advienne, nous continuerons le combat pour une rupture démocratique, écologiste, socialiste et féministe au sein de l’Etat espagnol et en Europe. (Déclaration publiée le 30 octobre sur le site anticapitalistas.org. Traduction A L’Encontre)

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