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novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Occupy et le blocage des ports de la côte Ouest

Publié par Alencontre le 24 - décembre - 2011

Par Ragina Johnson, Alex Shmaus et Dana Blanchard

Ces militant·e·s actifs dans la vaste région dénommée la baie de San Francisco passent en revue certains débats qui se sont produits lors de la préparation – puis à la suite –du blocage des ports de la côte Ouest des Etats-Unis, le 12 décembre 2011. Nous renvoyons, pour complément d’information, aux articles publiés à ce sujet sur notre site, entre autres en date du 11 et 13 décembre 2011. Cette dimension de l’action du mouvement Occupy a souvent été négligée à l’avantage de ce qui est plus visible et rapporté par les médias: les initiatives, certes importantes, dans diverses villes de l’est des Etats-Unis. Cet article reflète le type de questions, dites tactiques, qui renvoient à la jonction à établir (ou à renforcer) entre un mouvement comme Occupy et des secteurs de salarié·e·s organisés. (Rédaction A l’Encontre)

Dans le sillage du blocage, le 12 décembre, des ports de la côte Ouest, un débat sur des questions d’orientation s’est développé au sein du mouvement Occupy. La discussion s’est centrée sur le rôle des travailleurs portuaires et l’attitude des militant·e·s Occupy envers eux.

Les actions du 12 décembre furent un pas important pour le mouvement Occupy, particulièrement en se reliant à la lutte des travailleurs contre certaines des plus riches et des plus puissantes entreprises de la région. L’avenir du mouvement dépend cependant de l’adoption, par les militant·e·s Occupy, de stratégies et de tactiques considérant les travailleurs des docks – ainsi que ceux de tous les secteurs de l’économie – comme des alliés et des soutiens potentiels et non comme des adversaires.

L’appel pour un blocage des ports pour le 12 décembre a été suivi par des piquets (soutenus par des syndicalistes et des habitants) dans des ports tout le long de la côte Ouest, d’Anchorage à San Diego. Ceux-ci parvinrent à arrêter le fonctionnement des ports, partiellement ou complètement, à Oakland, Portland, Longview [voir l’article sur l’affrontement de classe à Longview, sur ce site, en date du 11 décembre], Seattle et Vancouver. Dans les ports géants de Los Angeles et de Long Beach, les militant·e·s en collaboration avec des camionneurs non syndiqués [c’est-à-dire non contrôlés par la direction du syndicat des Teamsters] ont perturbé pendant plusieurs heures les activités de SSA Marine, qui est détenue à moitié par la banque d’investissement Goldman Sachs.

Sur le port d’Oakland, nos préparatifs ont débuté des semaines avant le 12 décembre. Ils se firent en collaboration avec des travailleurs de base et des syndicalistes liés aux militant·e·s d’Occupy Oakland et se chargèrent de construire un soutien au blocage, particulièrement en direction des travailleurs du port. Nous avons vu, sur la base de ce travail d’organisation, que les critiques émises par certains leaders syndicaux et même par des écrivaines et des universitaires de gauche – lesquelles affirmaient que le mouvement Occupy avait appelé à ces blocages sans le soutien des travailleurs – étaient fausses.

Le 12 décembre, la participation a été importante malgré la pluie et le froid. Plus de 500 partisan·e·s du mouvement Occupy se sont réunit à 5 heures du matin à une station de transport en commun proche du port. Après une marche vers le port, nous avons mis en place des piquets devant trois terminaux. En fin de matinée nous apprenions que les membres de l’ILWU [The International Longshore and Warehouse Union – Union internationale des travailleurs des docks et des entrepôts] étaient renvoyés chez eux après que le médiateur du port l’eut ordonné pour des raisons de sécurité. Une manifestation sur le port durant la soirée, qui était encore plus importante que celle du matin, bloqua l’accès à l’équipe du soir.

L’ILWU a publiquement désavoué l’appel au blocage du port. Mais le Local 10 [section syndicale 10] de l’ILWU à Oakland a une fière histoire de soutien aux piquets de grève animés par les personnes des quartiers et sait faire appel au médiateur portuaire pour des questions de sécurité.

L’action du 12 décembre a été organisée à Oakland avec, à l’esprit, deux objectifs prioritaires liés entre eux: des membres de base de l’ILWU doivent prendre sa tête et  il s’agit de construire une solidarité avec les travailleurs des ports comme moyen crucial dans le renforcement du mouvement Occupy.

*****

Cette approche a contribué au succès de l’action du 12 décembre à Oakland.

Malheureusement, cependant, ce succès a été compromis par des actions dangereuses réalisées par une minorité de manifestant·e·s lors les piquets.

L’immense majorité des militant·e·s Occupy et des travailleurs agirent de concert – ainsi que cela a été préparé et démocratiquement décidé – dans l’organisation des piquets qui avaient pour but d’appeler les travailleurs du port à soutenir l’action, mais non de les bloquer. Cela a été très efficace.

Toutefois, une petite minorité a décidé elle-même de tenter d’imposer ses tactiques au reste des activistes. Moins d’une heure après avoir mis en place nos piquets du matin, tôt, un petit groupe de militant·e·s, au piquet placé devant le terminal Hanjin, a tenté d’empêcher un semi-remorque de quitter le port en s’interposant, avec leurs corps. Au moins deux d’entre eux s’assirent devant le camion, ce qui était très dangereux puisque le chauffeur ne pouvait pas les voir. D’autres ont insulté le chauffeur et ont craché sur son pare-brise.

Les photographes des médias dominants se sont, bien entendu, précipités pour photographier le chauffeur de camion en colère et qui «ne soutenait pas cette action». Il n’y eut par contre pas de photos des plusieurs centaines de personnes qui tenaient un surprenant piquet juste à côté. Cette action minoritaire fournit de l’eau au moulin à l’argument faux, propagé par les médias, selon lequel nous avons essayé «d’imposer» un blocage aux travailleurs plutôt que de chercher leur solidarité.

Les auteurs de cet article ont tenté de discuter avec le groupe d’activistes assis devant le camion. Nous leur avons demandé de laisser la voie libre et de permettre au camion de s’en aller, en expliquant que les organisateurs avaient donné leur accord de permettre aux chauffeurs qui s’étaient présentés au travail de partir – le but de notre action étant de construire la solidarité avec les travailleurs du port, non de s’opposer à eux. Le Comité d’action portuaire avait explicitement formulé son accord sur le fait que les piquets n’empêcheraient pas les travailleurs de quitter le port, mais seulement d’arrêter ceux qui tenteraient d’y entrer.

A un certain moment, l’une d’entre nous, Ragina, s’est placée entre le camion et le groupe en question pour leur demander de quitter la route. Une personne de ce groupe d’activistes poussa Ragina contre la grille avant du camion dans une tentative d’utiliser son corps pour arrêter le camion.

Finalement, tout le monde a laissé la voie libre, mais il n’en reste pas moins que la vie de plusieurs militant·e·s a été mise en danger lors de cette échauffourée.

Une autre situation dangereuse est arrivée au piquet placé devant le terminal Hanjin lorsqu’une voiture de police et un bus du shérif, escortés par des policiers anti-émeute, tentèrent de franchir notre ligne.

Pendant la matinée, la police s’est déployée en groupes autour du port afin de tenter d’intimider les manifestant·e·s. Il y avait des personnes très diverses formant le piquet: jeunes et vieux, personnes portant des bambins, travailleurs syndiqués ou non. L’un de nos objectifs importants pour le succès de notre action était de garder les piquets organisés et sûrs ainsi que d’éviter la panique.

Seuls les piquets «mouvants» [où les participant·e·s «tournent»: marchent en rond] sont admis légalement et protégés comme relevant de la liberté d’expression. Mais plusieurs activistes – du même groupe qui a, plus tôt dans la journée, bloqué le camion – tentèrent de former une barricade humaine immobile pour empêcher la police de franchir la «ligne». C’était un autre risque inutile, car il a donné à la police un prétexte potentiel pour utiliser la force pour briser nos piquets.

Ce même groupe a ensuite essayé de provoquer la police qui pointait en direction du piquet des fusils d’assaut «non létaux». Nous croyons que cet acte a été utilisé par au moins un provocateur, qui disait: «Les flics vont de toute façon nous attaquer, pourquoi donc devons-nous attendre que cela arrive?»

Une fois encore, les auteurs de cet article se sont trouvés contraints de faire face à une situation dangereuse. Nous avons affirmé que le meilleur moyen d’arrêter la police était de maintenir nos «piquets mouvants» et qu’essayer de provoquer la police mettrait en danger non seulement les participant·e·s aux piquets, mais aussi les chauffeurs de camion et les membres de l’ILWU qui attendaient et observaient la situation.

Nous sommes finalement arrivés à empêcher la constitution de cette barricade humaine et à occuper notre espace avec un traditionnel «piquet mouvant». La police a reculé après 20 ou 30 minutes.

Quelques minutes après 10 heures, un médiateur portuaire décida que les membres de l’ILWU ne devaient pas franchir nos piquets. C’était une victoire importante signifiant que nous avions bloqué le port sans que les travailleurs syndiqués perdent une journée de salaire. La direction du port a depuis lors envoyé un communiqué de presse affirmant que les travailleurs ne seraient pas payés à moins que le syndicat n’accepte de soumettre cette question devant un arbitre indépendant. C’est une bataille que nos alliés au sein de l’ILWU devront relever dans les jours à venir.

Des milliers de personnes ont marché durant la soirée en direction du port d’Oakland, mais les autorités portuaires avaient reconnu dans l’intervalle leur défaite et n’appelèrent même pas l’équipe du soir. A la place des piquets, une assemblée générale avec plus de 2500 participant·e·s se forma pour discuter des prochaines étapes du mouvement.

Il y a plusieurs semaines, Occupy Oakland avait voté qu’en cas de répression policière contre toute action ayant lieu sur la côte, les piquets s’élargiraient en une défense du mouvement Occupy. L’intention d’origine du Comité d’action portuaire d’Occupy Oakland était de voter s’il fallait ou non donner une suite à cela, en fonction du nombre de participant·e·s potentiels. Un tel vote n’eut jamais lieu.

Des dizaines de personnes dans l’assemblée commencèrent à manifester leur mécontentement devant ce manque de démocratie, mais cela fut ignoré. Les organisateurs dirent à l’assemblée que ceux qui ne pourraient pas rester pour le piquet de 3 heures du matin devaient se lever et s’en aller et que ceux qui le pouvaient devaient s’asseoir. Des milliers de personnes prirent leurs affaires et quittèrent le port. Seuls 100 à 150 personnes restèrent pour tenir un piquet désorganisé à 3 heures du matin. Heureusement, ils ne furent pas confrontés à une répression policière, laquelle aurait sapé le succès de cette journée.

Ce qui est arrivé lors de l’assemblée générale fut une occasion manquée de gagner de nouvelles personnes qui étaient venues pour participer à l’action portuaire et de les impliquer dans une discussion sur les prochaines étapes de notre mouvement.

*****

Pourquoi une minorité de militant·e·s agirent d’une telle façon non démocratique et dangereuse lors des piquets du matin?

Pour répondre à cette question, nous devons examiner quelles sont les différentes forces engagées dans le mouvement Occupy et dans le blocage du port du 12 décembre.

L’action du 12 décembre était un pas en avant pour le mouvement parce qu’elle portait l’action vers un «goulet d’étranglement» de l’économie ayant des conséquences sur le flux des marchandises et la réalisation des profits des 1%. La discussion qui s’est développée à Oakland portait sur comment prolonger l’action dans le «domaine» de la production.

Ce débat se déroule à deux niveaux. Le premier est de nature stratégique, il porte sur le rôle des travailleurs dans le port. Sont-ils indispensables pour le blocage du port ou non? Est-il nécessaire que les activistes Occupy construisent la solidarité avec les travailleurs du port ou peuvent-ils mener des actions indépendamment – y compris contre les travailleurs, si nécessaire?

Le second niveau touche aux tactiques qui découlent de la question stratégique. Devons-nous organiser des piquets qui permettent la plus large participation et solidarité possible des/avec les travailleurs du port? Ou devons-nous ériger des barricades afin d’empêcher le travail?

Un article publié sur Bay of Rage, un site internet anti-capitaliste de la baie de San Francisco, intitulé «Bloquer le port est seulement le premier recours de nombreux autres», expose la position des militant·e·s qui défendent des actions se déroulant «indépendamment» des salarié·e·s. Sous le titre «Le pouvoir aux vagabonds et donc à aucune classe», un paragraphe de l’article affirme: «Nous devons nous débarrasser de nos idées à propos des sujets «véritables» de la grève ou de la lutte de classes. Bien qu’il soit toujours préférable et souvent nécessaire de gagner le soutien des travailleurs afin de bloquer un lieu de travail donné, ce n’est pas absolument nécessaire, et nous devons admettre que les idées sur qui a le droit de faire grève ou de bloquer un lieu de travail donné sont tout simplement des extensions du droit de propriété.»

Le premier point qu’il convient de souligner au sujet de cette déclaration est que ses auteurs écartent les revendications actuelles du Comité pour une action portuaire le 12 décembre. Ces revendications touchent principalement les travailleurs des docks: 1° solidarité avec les membres du Local 21 de l’ILWU à Longview, Washington, et avec leur bataille contre EGT [voir article du 11 décembre 2011]; 2° solidarité avec les camionneurs portuaires dans leur lutte pour obtenir des droits syndicaux; 3° une réponse coordonnée du mouvement Occupy face aux descentes de police contre les campements.

Ce sont les trois points que nous avons mis en avant dans nos discussions avec les travailleurs du port et avec les autres forces syndicales afin de les amener à l’action le 12 décembre. Lier ces trois luttes aidait à rassembler le mouvement ouvrier et le mouvement Occupy. Nous avons pu nous joindre à des militant·e·s syndicaux de base radicaux qui veulent que leurs syndicats soient plus combatifs. En revanche, l’article publié sur Bay of Rage considère que les «véritables» radicaux auront à agir isolément des travailleurs et des membres des syndicats – et parfois même en opposition directe avec eux.

Pour ce qui a trait à la tactique, l’article poursuit en affirmant que les piquets étaient inutiles: «Nous avons dit et répété que pour bloquer le port, nous devons aller à chaque lieu de mouillage, répartissant des milliers de personnes en plusieurs groupes distants de quelques kilomètres. C’est parce que, selon le système mis en place par l’ILWU avec l’association des employeurs, seule une ligne de piquet à l’entrée du port lui-même permettra à l’arbitre local de statuer que les conditions [de travail] ne seront pas sûres et ainsi fournir aux travailleurs une protection légale contre une action non autorisée sur le lieu de travail. Dans une telle situation, nous ne bloquons pas réellement le port. Nous participons à une pièce en deux actes, une pièce théâtrale légale réalisée en faveur du médiateur portuaire. Si le jeu de la médiation est la seule voie par laquelle nous pouvons éviter un conflit violent avec les travailleurs du port, c’est peut-être la voie que nous devons emprunter pour l’heure. Mais nous trouvons qu’il est plus que déprimant à quel point les réflexions qui se tiennent au sujet de cette stratégie sont faibles, à quel point les critiques qui y sont formulées sont faibles et à quel point nombreux sont ceux et celles qui semblent accepter, instinctivement, la nécessité de se soumettre à ces résolutions [les trois points adoptés par le Comité].»

Une fois encore, cette déclaration témoigne à quel point insignifiant est le respect des auteurs de cet article pour les personnes de la classe ouvrière et combien ils doutent de leurs capacités à agir. Quiconque est familier avec l’histoire du mouvement de la classe laborieuse aux Etats-Unis ou ailleurs dans le monde sait que les piquets sont plus qu’une «pièce de théâtre légale». Les succès du mouvement ouvrier ont historiquement impliqué une participation massive des travailleurs, des habitant·e·s, des chômeurs, etc.

Dans la situation spécifique des ports, le rôle joué par des piquets avec une participation des habitant·e·s de la région est important dans la construction de la solidarité et pour l’implication d’un large nombre de personnes dans la lutte. Plutôt que d’imaginer que nous pouvons substituer une telle mobilisation par des sabotages ou des barricades «de corps», nous devons rechercher des modalités d’actions de solidarité qui permettent la participation la plus large pour soutenir les batailles du Travail qui se produiront avec certitude dans la période à venir.

*****

Au final, les idées erronées exprimées dans l’article du site Bay of Rage a quelque chose en commun avec les allégations formulées par les médias dominants, avec les dirigeants syndicaux conservateurs et même au sein de groupes de la gauche selon lesquelles l’action du 12 décembre a été organisée de l’extérieur.

C’est faire peu de prix du rôle que les travailleurs de base, qui participent à Occupy Oakland, ont joué dans l’organisation de l’action. Il y a eu d’intenses discussions entre les militant·e·s du mouvement Occupy et des membres de l’ILWU et du syndicat des camionneurs [Teamsters] ainsi qu’avec des chauffeurs de camion inorganisés actifs sur le port, autant avant qu’immédiatement après l’appel au blocage des ports.

En «tendant la main» et en intégrant les opinions des travailleurs de base et des militant·e·s syndicaux, nous avons collaboré avec eux dans la mise en place des piquets plutôt que d’intriguer en secret sur la manière de les bloquer pour les empêcher de se rendre au travail. Cette approche a eu pour résultat de contrer les attaques contre cette action qui ont duré plusieurs semaines. Ce tir de barrage ne venait pas seulement du 1% et des médias, mais aussi de dirigeants syndicaux qui ont tenté en permanence d’étouffer toute participation à l’action du 12 décembre.

Le Comité d’action portuaire avait un programme bien organisé pour le 12 décembre. Des membres du comité ont organisé des équipes pour les piquets, les communications et la distribution de nourriture. Il y avait des équipes qui préparaient les manifestations et les intervenant·e·s qui prendraient la parole aux piquets; d’autres encore ont fabriqué des banderoles et des pancartes pour les fixer aux entrées. Les organisateurs étaient également en contact étroit avec des travailleurs du port afin de connaître quels étaient les terminaux portuaires qui recevaient des navires et lesquels n’en recevaient aucun, de sorte que nous sachions où installer nos piquets.

Il y a également eu une démarche explicite pour discuter avec les forces anti-capitalistes autoproclamées qui avaient annoncé une manifestation au même moment que l’action sur les ports, afin de les convaincre de respecter le déroulement prévu pour la journée.

Au final, la confirmation de la justesse de cette préparation réside dans le succès de l’action elle-même. Des centaines de personnes se sont présentées avant l’aube pour participer aux piquets avant l’arrivée de la première équipe et elles furent plus nombreuses à venir durant la soirée. Aucun membre de l’ILWU n’a franchi les piquets. Les camionneurs syndiqués [Teamsters] ne se sont pas présentés ce jour-là et des centaines de chauffeurs de camion non syndiqué s’en sont allés. Des camionneurs qui se trouvaient sur les docks, nombreux manifestèrent leur soutien d’une manière ou d’une autre.

Rien de tout cela n’aurait pu être réalisé sans le soutien des travailleurs du Port d’Oakland mais, malheureusement, une minorité est convaincue que ses tactiques aventuristes sont plus radicales et politiquement supérieures.

*****

ET MAINTENANT? Nous sommes convaincu que la prochaine étape réellement radicale faisant suite à l’action du 12 décembre réside dans la construction d’une alliance entre les militant·e·s du mouvement Occupy et les travailleurs du port. Nous ne pouvons pas nous satisfaire du blocage pour un jour du port, nous devons au contraire nous concentrer sur la construction d’un mouvement des travailleurs et travailleuses fort, capable d’agir sur la production – un objectif dont la réalisation doit inclure les membres des syndicats, les militant·e·s du mouvement Occupy et d’autres travailleurs et travailleuses qui sympathisent avec le renouveau de l’activité militante, mais qui ne l’ont pas encore ralliée.

C’est la raison pour laquelle les effets désorganisateurs de l’Assemblée générale au soir du 12 décembre a été une déception. L’Assemblée était un espace dans lequel des milliers de personnes pouvaient prendre ensemble des décisions sur les suites à donner à cette action et sur les activités à entreprendre pour construire une telle alliance entre le mouvement et les travailleurs.

Ces besoins en termes d’organisation existent, maintenant. Dans environ deux semaines, EGT [grande firme contrôlée par les géants de l’agroalimentaire] tentera d’affréter son premier navire à partir du nouveau terminal céréalier qui brise les dispositions syndicales en vigueur à Longview. Les syndicalistes et habitant·e·s solidaires avec l’ILWU sont prêts à organiser des caravanes de soutien à la lutte des dockers de Longview. Nous devons faire en sorte que le plus grand nombre possible puisse se joindre à ces caravanes à partir de toutes les luttes locales du mouvement Occupy et se dirigent vers la baie de l’Etat de Washington.

La lutte qui se déroule à Longview et le soutien que l’on peut lui apporter est un exemple de ce que nous pouvons envisager à l’avenir pour le mouvement Occupy.

Les coupes budgétaires en Californie [1] sont à l’origine d’effets dévastateurs pour les travailleurs et travailleuses du secteur public et les étudiant·e·s, en particulier au niveau des écoles de quartiers [2]. Ce printemps sera vraisemblablement un moment d’actions massives contre ces coupes sur les campus universitaires et par les syndicats des enseignant·e·s. Une occupation de la capitale de l’Etat a déjà été annoncée pour le 5 mars ainsi que des actions régionales le 1er mars et de possibles grèves étudiantes au cours du mois de février [3].

En outre, les travailleurs et travailleuses et les militant·e·s pour les droits des migrant·e·s, syndiqués et non syndiqués, élaborent un grand programme d’actions militantes pour le 1er mai 2012 avec mise en question de processus de production et ciblant le 1%, cela en parallèle avec des luttes pour l’amnistie et les droits de l’homme [rappelons que plus de 2,3 millions de personnes sont emprisonnées aux Etats-Unis, en majorité des Noirs et des Latinos].

Ce ne sont là que quelques-unes des idées qui ont été avancées pour les prochaines étapes. Il y en aura probablement d’autres pour poursuivre la lutte autant au niveau local qu’à l’échelle nationale, d’ailleurs certaines propositions portant sur ce que nous pourrons faire ne peuvent pas même être anticipées aujourd’hui.

Avec une classe laborieuse sous les effets d’attaques incessantes, le mouvement Occupy dispose de la possibilité d’élargir sa base sociale. Mais pour y arriver, nous devons tirer les leçons – autant négatives que positives – de ce que nous venons juste de réaliser lors de l’action du 12 décembre.

L’enseignement le plus important réside dans la conviction que les militant·e·s du mouvement Occupy ainsi que les membres des syndicats ont des intérêts communs dans la lutte contre le 1% et que plus leur alliance sera soudée plus forte sera la lutte.

Le blocage du port le 12 décembre nous a également montré que l’appel à la grève générale du 2 novembre à Oakland n’était pas quelque chose relevant du hasard. Le mouvement Occupy a la capacité de coordonner des actions de piquets entre différentes villes et Etats. Cette action a réellement élevé le niveau de ce que le mouvement pouvait faire, si nous accomplissons correctement ce que nous avons à faire. (Traduction A l’Encontre)

____

Cette contribution est parue sur le site socialistworker.org de l’ISO (International Socialist Organization)

[1] http://www.businessweek.com/news/2011-12-22/california-revenue-shortfall-to-trigger-1-billion-of-cuts.html
[2] http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=/c/a/2011/12/13/MNFV1MBVNN.DTL
[3] http://reclaimuc.blogspot.com/2011/12/notes-from-dec-10-nor-cal-planning.html

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