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août 2018

A l'encontre

La Brèche

Etats-Unis. L’ultra droite, son fric et Trump

Publié par Alencontre le 22 - décembre - 2016

Robert Mercer, Ted Cruz et Donald Trump

Par Guillaume Gendron

Officiellement élu par le collège des grands électeurs lundi, Donald Trump, sous ses faux airs de champion des déclassés, est resté fidèle au monde qu’il connaît le mieux: celui des 1 %, théorisé par le mouvement Occupy Wall Street. En quelques semaines, il a mis sur pied le gouvernement américain le plus riche de tous les temps: la fortune cumulée de ses membres dépasse le patrimoine combiné d’un tiers de ses citoyens.

Dans un rapport publié le 8 décembre 2016, le think tank Demos a confirmé une constante de la politique américaine: l’argent levé par les candidats des deux bords provenait principalement d’hommes riches et blancs. Et si Trump a joué la carte du populisme, un quart des fonds de sa campagne sortait directement de la poche de millionnaires, dont les positions, tant sur les volets socio-économiques qu’écologiques, sont bien plus tranchées que la base du Parti républicain.

La radicalisation de la droite américaine n’est pas qu’une histoire d’argent: c’est aussi une affaire de familles. De deux familles à l’immense influence. Les Koch d’une part, magnats du pétrole prêts à dépenser sans compter pour saper les programmes gouvernementaux (privatisation de la Sécurité sociale) et environnementaux (suppression de l’Agence fédérale de protection de l’environnement) et pousser le Grand Old Party (GOP) toujours plus à droite.

Les Mercer de l’autre, une famille de traders excentriques qui a fait de la destruction de l’establishment conservateur et de l’aile centriste du GOP une mission. Si les Koch n’ont pas directement financé Trump, à l’inverse des Mercer, son arrivée au pouvoir est l’aboutissement de leurs efforts.

Charles et David Koch

Agés de 81 ans et 76 ans, Charles et David Koch (prononcer «coke») ont transformé la compagnie pétrolière de leur père en conglomérat international. Si l’or noir reste la pierre angulaire de leur empire, les fringants frangins trempent dans le gaz naturel, l’élevage, la finance, le textile, le génie chimique, le courtage de matières premières, etc. Ils emploient 100’000 personnes.

Fortune: 43 milliards de dollars (environ 41 milliards d’euros) chacun. Koch Industries est la société non cotée aux plus importants revenus annuels mondiaux, soit environ 115 milliards de dollars.

Idéologie:Libertariens («la loi du marché guide tout ce que je fais», jure Charles), ils veulent le moins d’Etat possible. S’ils sont indifférents aux inégalités sociales, ils ne sont pas ethnonationalistes (ils financent des bourses en faveur des minorités pour peu que les programmes soutiennent leur vision du monde) et sont isolationnistes en politique étrangère.

Influence politique: Après avoir échoué à se faire élire (David s’est présenté sur le ticket libertarien d’Ed Clark en 1980, qui proposait la suppression de la CIA, de l’impôt sur le revenu et des pensions publiques), les Koch ont décidé qu’investir sans limite dans des candidats sous leur coupe était le moyen le plus efficace de peser sur le futur du pays. Depuis, le Koch Network, myriade de faux nez, think tanks ou fondations employant un millier de lobbyistes, est surnommé le «Kochtopus», la pieuvre des Koch. Une étude de Harvard estime que 76 % des organisations affiliées aux républicains créées depuis 2002 sont financées sur leurs deniers.

Homme lige: Le futur vice-président, Mike Pence.

Stratégie: Investir massivement dans les élections législatives et locales pour faire blocage à toute tentative de régulation de la finance et du commerce, et s’opposer aux politiques environnementales – leurs industries sont très polluantes.

Argent versé à Trump: Zéro dollar, même s’ils en ont investi 750 millions depuis 2012 dans divers candidats. En juillet, Charles Koch disait que choisir entre Trump et Clinton revenait à «voter pour le cancer ou la crise cardiaque». Cependant, David Koch était présent à la fête de Trump le soir de son élection.

Robert et Rebekah Mercer

Pionnier du trading algorithmique, Robert Mercer, 70 ans, a fait fortune sur le tard après une carrière de mathématicien chez IBM. Membre éminent du Koch Network, mais ulcéré par l’élection de Barack Obama, Mercer a décidé de s’affranchir des Koch pour lancer sa propre organisation politique, dont il a confié la direction à sa fille, Rebekah Mercer, 42 ans. Décrite par Politico comme «la femme la plus puissante» du mouvement conservateur, elle a été nommée au sein de l’équipe de transition de Trump.

Fortune: Inconnue. Mais Robert Mercer, avide joueur de poker qui collectionne les yachts customisés et offre des Rolex aux invités de ses fastueuses fêtes, serait l’un des Américains les plus riches. Et son hedge fund, Renaissance, le plus lucratif du pays, selon les experts du pays.

Idéologie: Si l’on en juge par leurs donations plus ou moins opaques, les Mercer s’alignent sur les positions de la frange la plus extrême du Parti républicain: climatoscepticisme, islamophobie, lobbying anti-avortement, vénération des armes à feu (Mercer possède l’une des plus grandes collections de mitraillettes du pays). D’où une certaine tendance à financer des organisations complotistes et une détestation recuite de l’establishment du Grand Old Party.

Influence politique: Après avoir financé Ted Cruz, sénateur texan proche du Tea Party, à coups de dizaines de millions de dollars, les Mercer ont jeté leur dévolu sur Trump au printemps 2016.

Hommes liges: Stephen Bannon, conseiller de Donald Trump et ex-président du site de «l’alt-right», Breitbart News, dont les Mercer financent les aventures médiatiques, et Kellyanne Conway, ancienne membre de l’équipe militant pour Ted Cruz, puis directrice de campagne du président élu.

Stratégie: Arroser les organisations et médias de l’ultra-droite, à commencer par Breitbart News, dont Mercer serait toujours le principal actionnaire, après une donation initiale de 10 millions de dollars. Entre 2010 et 2014, les Mercer ont versé 34,6 millions de dollars à diverses associations très marquées à droite, dont le Government Accountability Institute, qui, sous la férule de Bannon, a produit le documentaire dévastateur Clinton Cash. Les Mercer ont par ailleurs investi dans l’organisation ultraconservatrice Citizen United, fondée en 2000 par les frères Koch, qui a permis, grâce à une plainte gagnée devant la Cour suprême, une plus grande dérégulation des financements politiques.

Argent versé à Trump: Le patriarche Robert Mercer a versé 2 millions de dollars dans un Super PAC (un comité d’action politique) pro-Trump géré par sa fille dans les trois derniers mois de la campagne, après l’arrivée de Bannon dans l’équipe du candidat. Lequel, une fois élu, s’est rendu à la traditionnelle soirée de fin d’année organisée par les Mercer dans leur domaine de Long Island, le 3 décembre, et dont le thème était… «Héros et méchants». (Article publié dans Libération en date du 21 décembre 2016)

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