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Etats-Unis. Les essaims de drones, recruteurs indirects pour Daech?

Publié par Alencontre le 4 - décembre - 2015

0317fc38-561d-4d30-bf4d-fca3ae7b0bf6-2060x1236Par Ed Pilkington et Ewen MacAskill

Selon des lanceurs d’alerte des forces aériennes états-uniennes la guerre des drones d’Obama est un «outil de recrutement» pour Daech.

Quatre anciens pilotes de l’armée de l’air états-unienne, cumulant entre eux plus de 20 ans d’expérience en tant qu’opérateurs de drones, ont adressé une lettre ouverte à Barack Obama dans laquelle ils avertissent que le programme de d’attaques ciblées de drones pour tuer est devenu un facteur important favorisant Daech et d’autres groupes terroristes.

Le groupe de militaires a lancé un appel passionné à l’administration Obama en demandant qu’elle repense la tactique militaire dont ils affirment qu’elle a «alimenté des sentiments de haine qui ont enflammé le terrorisme et des groupes comme Daech, tout en servant d’outil essentiel de recrutement, au même titre que le centre de détention de Guantanamo».

Ils expliquent en particulier que le meurtre de civils innocents par des frappes de drones constitue un des rôles moteurs les plus «dévastateurs en faveur du terrorisme et de la déstabilisation dans le monde».

La lettre, adressée à Obama, au secrétaire à la Défense Ashton Carter et au directeur de la CIA John Brennan, établit un lien direct entre les inquiétudes des signataires et les attaques terroristes qui se sont déroulés à Paris vendredi passé, le 13 novembre. Ils impliquent que les abus liés au programme de drones ont un lien causal avec ces attentats.

«Nous ne pouvons pas rester silencieux face à des attentats comme ceux de Paris, alors que nous connaissons les conséquences néfastes qu’entraîne le programme de drones aussi bien aux États-Unis ainsi qu’à l’étranger», écrivent-ils dans leur lettre ouverte.

Cette déclaration commune – venant d’un groupe de personnes ayant l’expérience d’opérer des drones au-dessus de l’Afghanistan, de l’Irak et d’autres zones de conflit – constitue une réaction publique de la part de ce qui semble être le collectif le plus important de lanceurs d’alerte concernant les drones dans l’histoire du programme. Trois des rédacteurs de la lettre étaient, précédemment, des opérateurs de capteurs qui contrôlaient le puissant équipement de visualisation et guidage des drones états-uniens Predator qui dirige les missiles Hellfire sur leurs cibles.

Cian Westmoreland, Michael Haas, Brandon Bryant et Stephen Lewis

Cian Westmoreland, Michael Haas, Brandon Bryant et Stephen Lewis

Les auteurs de la lettre ouverte sont Brandon Bryant [1], âgé de 30 ans, qui a servi dans le 15e escadron de reconnaissance des opérations spéciales de 2005 à 2011; Michael Haas, âgé de 29 ans, qui a servi dans le même escadron pendant la même période; et Stephen Lewis, âgé de 29 ans, qui a participé au 3e escadron des opérations spéciales entre 2055 et 2010. Le quatrième lanceur d’alerte, Cian Westmoreland, âgé de 28 ans, était le technicien responsable de l’infrastructure des communications du programme de drones. Il a servi avec le 606e escadron du contrôle aérien en Allemagne et le 73e escadron du contrôle aérien expéditionnaire à Kandahar, en Afghanistan.

Les 4 hommes sont représentés sur le plan légal par Jesselyn Radack, directeur de la sécurité nationale et des droits humains pour l’ONG ExposeFacts. «C’est la première fois que nous avons autant de personnes qui prennent la parole ensemble concernant le programme des drones» a-t-elle expliqué, en ajoutant que les personnes en question étaient pleinement conscientes du fait que cette dénonciation pouvait les exposer à des poursuites.

Dans la foulée des attentats de Paris (13 novembre 2015), Obama est resté ferme dans sa détermination d’éviter d’envoyer au sol un nombre significatif de troupes états-uniennes en Syrie, au-delà de l’engagement limité de forces spéciales. La conséquence logique – mais non exprimée – de cette stratégie est un recours accru aux attaques aériennes dans lesquelles les drones jouent un rôle de plus en plus prépondérant.

Le nombre de frappes aériennes létales a pris un fort essor sous le règne présidentiel d’Obama. Le Pentagone a le projet d’augmenter le nombre de vols de drones opérationnels quotidiens de 50% d’ici 2019.

Depuis son lancement, le programme de drones a été perturbé par des rapports concernant des erreurs de ciblage. Des documents gouvernementaux secrets qui ont «fuité» en direction d’Intercept ont révélé que près de 90% des personnes tuées par des frappes de drones ont peut-être été ciblées de manière «non intentionnelle». Cet écart a ensuite été dissimulé en enregistrant les victimes inconnues comme étant «des ennemis tués en cours d’action».

Dans une erreur qui a été largement rendue publique, le gouvernement états-unien a été accusé par un de ses propres officiers d’avoir commis une «faute scandaleuse», en octobre 2011, lorsqu’il a tué le citoyen états-unien Abdulrahman al-Awlaki, le jeune fils de 16 ans de Anwar al-Awlaki, un dirigeant de al-Qaida qui était également un citoyen états-unien et qui avait été tué par un drone de la CIA deux semaines plus tôt.

Un des quatre opérateurs de drones qui ont signé la lettre à Obama, Brandon Bryant, faisait partie de l’équipe qui a traqué Anwar al-Awlaki par drone pendant 10 mois, peu avant qu’il ne soit abattu. Dans un entretien avec le Guardian, Brian a affirmé qu’il n’était pas opposé à la technologie des drones en tant que telle, qui pouvait être utile. Il déclare: «Nous nous rendons compte que dans sa forme actuelle le programme est utilisé de manière abusive, il n’y a pas de transparence, et nous devons être ouverts à d’autres solutions.»

Bryant a expliqué qu’à son avis on l’avait obligé à violer son serment militaire en l’assignant à une mission qui a entraîné la mort un compatriote états-unien. «On nous a dit que al-Awlaki méritait de mourir en tant que traître, mais l’article 3 de la section 2 de la Constitution états-unienne déclare que même un traître a le droit à un procès équitable devant un juré de ses pairs.»

Deux des quatre opérateurs de drones se sont aussi exprimés dans Drone un film concernant le programme états-unien dont l’avant-première aura lieu à New York vendredi 20 novembre. Les autres deux ne se sont dévoilés qu’il y a quelques semaines et ils s’exprimeront pour la première fois publiquement.

Cette semaine, Obama clairement annoncé qu’il continuerait s’opposer à l’envoi en Syrie de plus de militaires au sol malgré les attaques de Paris. Lorsqu’il a pris la parole au Sommet des G20 en Turquie [15 novembre 2015 à Antalya], il a déclaré: «Une des raisons est que tous les quelques mois je me rends à Walter Reed [l’hôpital militaire] et je vois des gamins de 25 ans qui sont paralysés ou amputés, et c’est moi qui ai envoyé au front certains d’entre eux».

Mais les anciens opérateurs de drone argumentent que cette stratégie est trompeuse dans la mesure où le nombre élevé de victimes civiles et la brutalité des frappes de drones propagent la haine des Etats-Unis. «Maintenant cela a l’air opportun» disait Cian Westmoreland. «Mais dans le long terme les aspects négatifs d’un missile Hellfire et des drones qui bourdonnent au-dessus des têtes sont les seules choses que beaucoup de ces gens connaîtront des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.»

Bryand était d’accord qu’il n’était pas possible de négocier avec les terroristes violents et extrémistes du genre de ceux qui ont effectué les attaques à Paris. «Mais il faut faire en sorte d’éviter de créer des gens comme cela. Or, nous les confirmons, nous entretenons ce cycle. Leurs enfants ont peur de jouer au soleil parce que c’est là qu’arrivent les drones». (Article publié dans le quotidien The Guardian, le 18 novembre 2015. Traduction A l’Encontre)

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[1] Selon l’AFP, 21 novembre 2015: «A la fin de leur service, les opérateurs de drones ont reçu une petite carte sous enveloppe scellée, contenant le nombre d’éliminations auxquelles ils avaient contribué. Brandon Bryant dit avoir commis l’erreur d’ouvrir la sienne, le nombre était de 1626, dont un très grand nombre de civils innocents». (Réd. A l’Encontre)

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