lundi
18
novembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Maurizio Macri rencontre Tabaré Vázquez, en «arrière-fond», Michelle Bachelet nommée Haut-Commissaire des Nations Unies
aux droits de l’homme en 2018. Réunion à Colonia (Uruguay)

Article de Búsqueda (Uruguay: publication économique aujourd’hui semi-officielle)

La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, a pris le téléphone et a appelé un président sud-américain pour discuter de la situation au Venezuela et des solutions diplomatiques possibles au conflit. Le président argentin Mauricio Macri a écouté la proposition et lui a «fortement recommandé» de contacter son homologue uruguayen Tabaré Vázquez, selon des sources diplomatiques et du pouvoir exécutif uruguayen obtenues par la rédaction de Búsqueda [1].

M. Macri, qui a été l’un des plus grands critiques de Nicolás Maduro, a dit à Federica Mogherini que Tabaré Vázquez [président de l’Uruguay de 2005 à 2010 puis remplace Mujica de 2010 à 2015, membre du Frente Amplio, oncologue réputé, du moins dans le passé] est quelqu’un de «très raisonnable» et qu’«il serait bon» de l’impliquer dans une éventuelle négociation avec Maduro. La représentante européenne a écouté la suggestion et le lundi 28, elle a communiqué avec le président uruguayen. Ce jour-là, M. Vázquez a déclaré à VTV [Venezolana de Television] que l’Union européenne avait offert à l’Uruguay la possibilité d’accueillir un dialogue international pour trouver une issue à la crise vénézuélienne.

Le pouvoir exécutif a accepté et cette réunion a maintenant une date. Le mercredi 30, le ministère des Affaires étrangères de l’Uruguay a publié un communiqué dans lequel il informe qu’avec le Mexique et «en vertu de la position neutre qu’ils ont tous deux adoptés envers le Venezuela», ils ont décidé d’organiser le 7 février à Montevideo «une conférence internationale avec des représentants des principaux pays et organisations internationales qui ont partagé cette position envers» le conflit dans ce pays.

«Les deux gouvernements ont adopté une position de non-intervention, tout en exprimant leurs préoccupations quant à la situation des droits humains au Venezuela. Par conséquent, ils ont décidé d’appeler à un dialogue inclusif et crédible pour résoudre une fois pour toutes la situation délicate que vivent nos frères vénézuéliens», affirme la déclaration. Elle ajoute qu’ils s’attendent à ce que plus de 10 pays et organisations internationales participent à cette activité, bien qu’il ne précise pas quel sera le niveau diplomatique de la discussion.

Le gouvernement uruguayen a été en contact le mercredi 30 janvier avec les Européens pour continuer à coordonner les travaux, selon des sources du ministère des Affaires étrangères.

Ces mouvements diplomatiques arrivent à un moment où la tension autour de la crise au Venezuela est l’un des points culminants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. De plus, cela permet au gouvernement uruguayen de montrer que son approche de la question bénéficie d’un soutien important face aux critiques de l’opposition.

Remous et mouvements

L’autoproclamation en tant que «président en charge» par le chef de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidó, le mercredi 23 janvier, a déclenché une série de remous qui n’ont laissé presque aucun pays indifférent. Alors que la plupart des gouvernements de la région et des Etats-Unis ont décidé de le (Juan Guaidó) reconnaître comme président légitime, la Russie, la Chine, la Turquie, le Nicaragua et d’autres pays ont exprimé leur soutien à Maduro.

L’Uruguay, avec le Mexique, a offert ce jour-là d’être un «canal de dialogue» pour tenter de trouver une solution diplomatique au conflit. Un communiqué commun invitait «tous les acteurs à trouver une solution pacifique et démocratique à la conjoncture complexe à laquelle le Venezuela est confronté». Pour cela, ils ont proposé «un nouveau processus de négociation inclusif et crédible, dans le plein respect de l’Etat de droit et des droits de l’homme».

La position du gouvernement de Tabaré Vázquez a été fortement critiquée par l’opposition [de droite traditionnelle en Uruguay], qui espérait que l’Uruguay s’inclinerait devant le Groupe de Lima [composé de 12 pays, sous la houlette des Etats-Unis – voir les différents articles publiés récemment sur ce site; ils expliquent ce «processus» de Lima] et qu’il reconnaîtrait Guaidó comme président.

La diplomatie uruguayenne défend la position adoptée par le pouvoir exécutif dans les enceintes internationales où cette question a été et est examinée. Ainsi, lorsque le Conseil de Sécurité des Nations Unies (ONU) a débattu de la crise au Venezuela, samedi 26 janvier, à la demande des Etats-Unis, le représentant uruguayen, Elbio Rosselli, a déclaré que «la pire solution pour le peuple vénézuélien est d’approfondir» l’«isolement international» de ce pays. Il a exigé que «les tensions soient réduites et qu’une escalade de la violence soit évitée. Le diplomate a conclu son discours en disant que l’Uruguay n’allait jamais soutenir «une intervention armée dans un pays de la région comme solution envisagée à une crise interne».

Au cours du débat, les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, entre autres, ont insisté sur le fait que Nicolàs Maduro n’est pas le président légitime parce que les élections qui l’ont amené à assumer un nouveau mandat étaient truquées. La Russie, pour sa part, a remis en question le «sale jeu» des Américains de porter la question vénézuélienne devant la plus haute instance de décision politique de l’ONU. «Si quelque chose représente une menace pour la paix, c’est bien la position flagrante et agressive des Etats-Unis et de leurs alliés, qui visent à destituer le président légitimement élu du Venezuela», a déclaré l’ambassadeur russe Vassily Nebenzia.

Après cette discussion, le gouvernement de Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions économiques contre le Venezuela. A cette occasion, il a pris pour cible Citgo, la filiale américaine de Petróleos de Venezuela (PDVSA), responsable de l’apport de milliards de dollars chaque mois dans les caisses du régime de Maduro. Cette mesure, selon les experts et les diplomates, pourrait porter un coup mortel à l’économie du pays.

Le représentant du Bureau de Washington pour l’Amérique latine (Wola selon son acronyme anglais) au Venezuela, Geoff Ramsey, a déclaré hier à la Deutsche Welle que «la pression seule ne résoudra pas la crise». Ramsey, qui a travaillé à Montevideo il y a quelques années, a déclaré qu’«une solution démocratique doit passer par l’Uruguay et le Mexique, qui doivent faire partie du groupe de contact proposé par l’Union européenne».

La position des Européens est complexe. Lorsque Maduro a prêté serment et a pris son mandat (officiellement), le 10 janvier 2019 l’Union européenne a regretté que le président vénézuélien soit resté en fonction après des élections non démocratiques et a déclaré qu’elle reconnaissait l’Assemblée nationale dirigée par Guaidó [depuis le 5 janvier] comme un pouvoir légitime dans ce pays. Des pays comme la France, l’Allemagne et l’Espagne sont allés plus loin et ont annoncé qu’ils reconnaîtraient le législateur comme «président en exercice» s’il n’y avait pas de nouvelles élections.

Dans le même temps, alors que F. Mogherini tente de coordonner le «groupe de contact» avec Vázquez sur cette question – sur laquelle elle a affirmé qu’il n’y avait pas de consensus au sein l’Union européenne pour reconnaître Guaidó – le Parlement européen a fixé sa position. La décision discutée le jeudi 31 impliquait la reconnaissance du leader de l’Assemblée nationale. Elle s’est effacée après que Maduro a dit qu’il était prêt à discuter d’un appel pour des élections législatives, mais pas présidentielles.

Alors que les débats et les contacts diplomatiques se succèdent, la liste des prisonniers et des morts augmente lors des manifestations contre le régime Maduro . Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, il y a eu le plus grand nombre d’arrestations, «depuis au moins 20 ans», au cours d’une seule journée, et plus de 40 personnes sont mortes la semaine dernière dans les rues du Venezuela, la plupart d’entre elles par des armes à feu. (Publé dans Búsqueda, Montevideo-Uruguay; traduction Réd. A l’Encontre)

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[1] Il ne faut pas sous-estimer, au-delà des manœuvres diplomatiques, le fait qu’une intervention militaire américaine non seulement serait «complexe» pour le Pentagone, mais surtout qu’elle va susciter dans des pays comme l’Argentine ou le Mexique des mobilisations sociales et anti-impérialistes très importantes, cela au moment où les oppositions sociopolitiques face à l’orientation austéritaires de Macri – placée sous le regard inspecteur de Catherine Lagarde du FMI – susciteraient un mélange explosif, qui peut «impacter» plus d’un de ces régimes de droite «post-progressistes». De ce point de vue la «crise au Venezuela» implique, en Europe, pour la gauche radicale, à la fois une claire position dénonçant les politiques et intérêts économiques impérialistes et reprenant les revendications de la gauche radicale vénézuélienne en faveur d’une réelle autodétermination du peuple majoritaire face à la politique de Maduro et de l’alliance, de facto, entre des secteurs de la bolibourgeoisie avec une couche de kleptomanes de la rente pétrolière. (Réd. A l’Encontre)

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