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septembre 2019

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La Brèche

Nicaragua. Le pouvoir para-étatique et le régime Ortega-Murillo

Publié par Alencontre le 5 - avril - 2019

Le président du Conseil supérieur des entreprises privées, membre de l’Alliance civique pour la démocratie et la justice, José Adan Aguerri, fait face au blocage des négociations

Par notre correspondant permanent au Costa Rica

«Rien n’est plus dangereux que la vérité dans un monde qui ment.»
Nawal Al Saadawi, écrivaine,
féministe égyptienne

1.- Sous nos yeux, nous pouvons voir comment le régime Ortega-Murillo glisse vers des institutions contrôlées par des groupes mafieux paramilitaires, parapoliciers et para-étatiques. Je suis très impressionné par le pouvoir que ces groupes ont et le degré de soumission/acceptation face à ce pouvoir illégal, illicite, illégitime, mais existant de la justice, des pouvoirs sous uniformes (police) et de l’Armée nationale.

2.- Ce qui paraissait autrefois une exception, limitée à des situations presque extrêmes, devient aujourd’hui la norme, puisque le gouvernement n’est plus cette institution capable de contrôler les territoires et d’assurer le contrôle des forces armées para-étatiques. La violence actuelle des groupes mafieux s’est construite sous la dictature croissante (2007-2017) du gouvernement Ortega-Murillo de coalition avec des groupes économiques et s’est aggravée à partir d’avril 2018.

3.- Nous sommes confrontés à la perte de droits démocratiques et sociaux et la situation empire. Il y a une mutation structurelle des institutions qui configurent l’Etat.

4.- La relation entre les forces para-étatiques, paramilitaires, parapolitiques et le régime a été déterminante pour le maintien au pouvoir d’Ortega-Murillo. Par conséquent, ces forces ont acquis le caractère d’une structure de pouvoir large, puissante et croissante dans le pays, jusqu’à devenir un pouvoir de facto.

5.- Ces forces para-étatiques agissent illégalement et ouvertement en coordination avec la police officielle. Elles ont accès aux renseignements obtenus par le gouvernement par l’intermédiaire de son réseau d’alliés divers. En même temps, elles arrêtent, torturent, assassinent et font disparaître.

6.- Le danger suivant guette. En cas d’une sortie de la dictature Ortega-Murillo (suite à leur départ plus ou moins organisé par des forces intermédiaires), la possibilité que les forces para-étatiques qui se sont développées sous «leur règne» prennent une place déterminante dans la structure du pouvoir et fassent obstacle à la réémergence de droits démocratiques et sociaux. Pour cette raison, il est essentiel que des organismes internationaux garantissent et certifient le désarmement total des groupes paramilitaires.

7.- La consolidation du pouvoir de fait de ces milices constituerait un grave danger pour d’autres pouvoirs tels que ceux résidant dans la représentation institutionnelle du capital (investissements dans les zones franches, banques, petites et moyennes entreprises), au même titre que les structures de l’Eglise, etc. L’existence de ces milices para-étatiques conditionne également les négociations qui se déroulent dans les locaux de l’INCAE (une business school). Or, l’objectif du régime est de parvenir à imposer sa supériorité politique dans le cadre de ces négociations.

8.- Pour cette raison, dans cette conjoncture, le cours du dialogue tel qu’il se déroule dans les locaux de l’INCAE ne peut pas devenir une référence stratégique pour des citoyens et citoyennes qui sont appelés à résoudre la crise sociopolitique. La participation à ce «dialogue» n’est qu’une des actions que le mouvement social se doit de mener pour surmonter la crise. Pour que le régime accède aux exigences de l’Alliance civique (AC) – entre autres la libération de tous les prisonniers politiques, la dissolution des forces paramilitaires, etc. –, la pression de la rue est nécessaire.

9.- La possibilité que se concrétise le danger d’une permanence d’un régime répressif s’enracine dans l’incapacité du régime Ortega-Murillo de gouverner sans faire appel à la répression, soit directement, soit suite aux initiatives des diverses forces para-étatiques.

10.- En effet, il devrait être clair que la seule chose qui soutient le régime Ortega-Murillo est la répression exercée par les groupes répressifs para-étatiques. C’est pourquoi leur désarmement, sous supervision internationale, est stratégique.

11.- Le régime Ortega-Murillo craint le mouvement des citoyens auto-convoqués. Il craint une deuxième vague de protestations. Sa stratégie est d’utiliser la répression afin d’éviter toute expression sociale active, car une nouvelle vague de protestations les enverrait au bord du gouffre.

12.- Au travers des négociations actuelles (auxquelles l’Alliance civique a adhéré), le régime prévoit de créer une façade électorale qui masquerait l’absence de démocratie. Une telle issue institutionnelle factice permettrait une diversion tout en gardant la présence des forces répressives. Il doit être clair qu’il n’y a aucun moyen de sortir de la crise avec Ortega-Murillo au pouvoir.

13.- Jusqu’à ce jour, le régime Ortega-Murillo a utilisé les négociations INCAE pour: gagner du temps, consolider les milices qui le soutiennent sur l’ensemble du territoire national, chercher à éviter les sanctions internationales, discréditer les représentants de l’Alliance civique qui négocient, bloquer l’entrée des garants internationaux et continuer à gouverner sans rien lâcher.

14.- Le désarmement total des forces para-étatiques et la restauration d’un Etat de droit (en termes d’assurance des droits civiques et sociaux) sont deux éléments stratégiques qui peuvent nous permettre d’affronter et de surmonter cette phase du capitalisme de copinage [allusion aux accords entre le clan Ortega-Murillo et des représentants du capital nicaraguayen] qui déprécie les biens communs, démantèle les institutions de l’Etat-nation et réprime les citoyens qui luttent pour une démocratie véritable. (San José/Costa Rica, 4 mars 2019; traduction A l’Encontre)

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