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novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

La société et la diplomatie “traqueta”

Publié par Alencontre le 14 - août - 2010

Santos et Chavez

Par Renan Vega Cantor

Le 22 juillet 2010, suite à des informations délivrées par le représentant de la Colombie – dans le cadre d’une réunion de l’OEA (Organisation des Etats Américains) – et portant sur la protection qu’offrirait le Venezuela à des forces armées des FARC, Chavez annonça la rupture des relations entre le Venezuela et la Colombie [voir sur ce site l’article en date du 25 juillet 2010].

Le mardi 10 août 2010, coup de théâtre: Chavez et le nouveau président de Colombie – ex-ministre de la Défense, Juan Manuel Santos – se rencontraient dans la ville de Santa Marta, au Venezuela. La réunion dura quatre heures. Et les deux présidents affirmèrent, devant les caméras, que «tout recommençait à zéro» pour ce qui relevait des relations entre les deux pays. Les raisons de ce changement sont assez simples.

Tout d’abord, aussi bien la Colombie que le Venezuela ont besoin de rétablir des relations commerciales normales. Les grands propriétaires colombiens veulent exporter au Venezuela. Le Venezuela de Chavez – qui fait face à une forte inflation et à une difficulté fort grande de juguler la spéculation sur les biens alimentaires – a besoin des importations de biens en provenance de Colombie. Leurs prix sont bas, en termes comparatifs. De plus, la population de la zone frontière des deux pays était frappée par le gel des relations économiques.

Ensuite, Chavez va faire face à une nouvelle échéance électorale en septembre 2010 (législatives) et la population des régions frontières avec la Colombie compte une forte composante d’opposition à Chavez.

Enfin, la Brésil de Lula, qui joue le rôle de super-médiateur dans la région, dispose d’un grand poids dans l’UNASUR (Union des nations sud-américaines). Cette structure intergouvernementale intègre douze pays d’Amérique du Sud). Le Brésil a tout avantage à normaliser les relations entre les pays membres, afin de mieux négocier son rôle continental face aux Etats-Unis, la puissance du Nord qui entretient, elle, des relations étroites et directes avec les militaires brésiliens.

A cela s’ajoutait le changement de président: d’Uribe à Santos. Cela facilitait le nouveau scénario qualifié par des commentateurs colombiens de «lune de miel» entre Chavez et Santos.

Toutefois une question reste posée: combien de temps cette «lune de miel» va-t-elle durer  ? La société colombienne a été profondément transformée, entre autres au cours des huit années de la présidence Uribe. C’est ce qu’analyse et décrit Renan Vega Cantor dans l’article ci-dessous.

L’interpénétration entre ces mutations de la société colombienne et la politique diplomatique de la Colombie n’a pas disparu. La relation subalterne du pouvoir politico-militaire colombien face à l’administration américaine et au Pentagone est intacte. Santos est un proche des milieux militaires américains.

A cela s’ajoute les évolutions sociopolitiques au Venezuela – et donc la stratégie et la tactique que choisiront de mettre en place les Etats-Unis – au même titre que les épisodes futurs de la «guerre prolongée» dans laquelle est plongée la Colombie.

Suite à l’attentat commis, le jeudi 12 août 2010 – dans le quartier financier de Bogotá, près des bureaux de l’ancien président César Gaviria – le président Juan Manuel Santos n’a pas hésité a accusé de suite les FARC. Cela quand bien même, comme l’écrit le quotidien El Pais: «les autorités ne disposent d’aucune confirmation sur les auteurs de l’attentat» (13 août 2010).

Divers observateurs pensent que cet attentat poussera Santos, plus vite que prévu, à revenir à la politique qualifiée de «Sécurité démocratique» d’Uribe, une politique qu’il avait appliqué avec énergie durant le mandat de son prédécesseur. Dans son discours présidentiel, Santos avait fait allusion à «une politique de réconciliation», ce qui pouvait laisser penser à une possible négociation avec les groupes militaires tels que les FARC, dont la stratégie se heurte à une impasse flagrante et nourrit des processus de dégénérations socio-politiques. (Réd.)

*****

Il n’y a pas si longtemps, le terme traqueto appartenait encore exclusivement à l’argot criminel des bas-fonds des tueurs de Medellin (Colombie), dans le département de Antioquia. Ce terme, qui provient semble-t-il de l’onomatopée des sons des tirs des mitraillettes (tra-tra-tra-tra…), a commencé à être employé par les sicaires (tueurs à gages) lorsqu’ils se référaient à eux-mêmes et à leurs comparses des bas-fonds du narcotrafic.

Le traqueto était le maton du quartier qui non seulement liquidait violemment et sans hésiter tous ceux qu’il trouvait sur son chemin, mais qui étalait en outre avec ostentation l’argent perçu grâce à ses agissements criminels, se vantant de ses qualités de sicaire et de macho. Le traqueto est prêt à tuer pour n’importe quoi, car la vie n’a pas de valeur pour lui: seul lui importe son prestige personnel, mesuré en argent, en autos, en bijoux, en terres, en villas, en vaches, en chevaux et en femmes qu’il peut acheter.

L’uribisme, un régime politique de traqueto

Au cours des huit dernières années, la logique du traqueto est devenue dominante en Colombie, au point qu’il s’est façonné un régime politique traqueto. De pair avec celui-ci, on a tenté de généraliser une culture traqueta (des téléfilms qui rendent un culte aux tueurs et aux mafieux), et de construire une société traqueta, dans laquelle prédominent l’arrivisme et l’idée que plus on est macho (ou «homme», «mâle», comme le dit l’exprésident Alvaro Uribe Vélez (AUV), plus est légitimée l’idée que le «bon Colombien» est celui qui parvient à écraser tous ceux qui se trouvent à proximité, par tous les moyens à sa disposition.

Ces valeurs traquetas ne se limitent plus exclusivement aux fiefs criminels de tueurs et narcotrafiquants de Medellin et de Antioquia. Des faits indéniables, que nous rappellerons dans le désordre, démontrent que le gouvernement de Uribe a, de fait, intronisé dans la gestion de l’Etat le comportement caractéristique des traquetos.

• Un pourcentage élevé de ministres, d’ambassadeurs et de hauts fonctionnaires du gouvernement sont liés à des activités illicites. Ils sont des fugitifs de la justice ou des délinquants actifs. Pour ne donner que quelques exemples tirés de cette fourmilière de délinquants, on peut mentionner, entre autres: Andrés Felipe Arias, ex-ministre de la Culture et responsable de la saignée de Agro Ingreso Seguro (un programme destiné à financer avec des subsides d’Etat de grands propriétaires fonciers, des paramilitaires et des narcotrafiquants). Il y a aussi le colonel à la retraite Luis Alfonso Plazas Vega, condamné pour l’assassinat et la disparition de personnes au Palais de Justice [qui échappent ainsi à la Justice]. Il a été Directeur du Bureau des Stupéfiants dans le gouvernement de Uribe. Ou encore Salvador Arana, condamné à 40 ans de prison pour l’assassinat de Edualdo Diaz, maire de El Roble (Département de Sucre). Quelques jours auparavant, lors d’un Conseil Municipal et devant AUV lui-même, Edualdo Diaz avait annoncé qu’il savait qu’on allait le tuer. Lors de cette réunion, AUV était assis à côté de l’assassin que le tout récent ex-président de la République a ensuite nommé Ambassadeur au Chili.

• La quasi-totalité des membres de la brochette de sénateurs et de représentants de l’uribisme – près d’une centaine – fait partie des rangs paramilitaires. Ils sont confortablement installés dans la prison de La Picota de Bogotá, prison dans laquelle ont lieu, de fait, les sessions élargies du Parlement colombien. D’ailleurs, avant qu’ils ne finissent en prison, AUV avait expliqué que les votes de ces «honorables pères de la patrie» étaient indispensables pour approuver les projets favorables au gouvernement.

• La Casa de Nariño [datant de 1765], siège du gouvernement central, s’est transformée en un lieu où des fanfarons et des criminels entrent et sortent comme s’ils étaient chez eux. Un de ces individus, Antonio Lopez, alias Job, un paramilitaire actif et avoué, a été assassiné quelques jours après avoir fréquenté l’enceinte présidentielle, qu’il appelait familièrement «la Casa de Nari» [Uribe est un habitué de l’utilisation des diminutifs]. Selon l’édition du 13 septembre 2008 de la revue Semana, ce personnage de la pègre s’y était rendu pour «fournir les preuves d’un coup monté de magistrats de la Cour Suprême de Justice contre des fonctionnaires accusés de liens avec les paramilitaires».

• Depuis les Conseils Communautaires, c’est devenu la norme que AUV en personne autorise l’Armée ou un organisme des Forces Armées à tuer les membres d’une organisation délictueuse avec la célèbre phrase: «Fumigez-les en mon nom», procédé propre d’un maton de quartier, pour signifier l’ordre de les exterminer sans hésitation.

• Le mensonge, la tromperie et la perfidie sont devenus monnaie courante dans ce régime. On y viole les normes les plus élémentaires de gestion de la «chose publique» sans le moindre le respect de l’intégrité personnelle de ceux qui sont considérés comme des ennemis du régime, comme lorsqu’on a calomnié avec préméditation et traîtrise Piedad Cordoba [sénatrice du Parti libéral qui était engagée en faveur des négociations avec les FARC] ou le journaliste Holman Morris [journaliste traité «d’allié du terrorisme», animateur d’une émission très réputée Contravia, suspendue à plusieurs reprises. H. Morris a été contraint, plus d’une fois, à l’exil, étant une cible des paramilitaires].

• Dans cet univers traqueto dépourvu de principe éthique et où tout se réduit à la loi de l’argent et du plomb, tout doit pouvoir s’acheter. Il n’est donc pas étonnant que ce pays se soit transformé en un repaire de mouchards, de traîtres et de délateurs. Ainsi, pour faire assassiner un chef des insurgés, on paie comptant et on exige en contrepartie une de ses mains, comme cela s’est passé avec Ivan Rios, un des membres du Secrétariat des FARC.

• En somme, au cours de ces huit longues années, l’impunité a tout le temps été la norme de la conduite du gouvernement uribiste, impunité soutenue par l’inefficacité de l’appareil de justice et par une «opinion publique» abrutie, manipulée par les médias privés. Ces médias ont été les complices de délits et de crimes. Ils ont applaudi et exalté à qui mieux mieux les actions du régime du Uberrimo (nom d’une des propriétés de AUV), quel que fut leur degré de délinquance ou d’illégalité. Ils ont ainsi couvert l’assassinat de syndicalistes ou d’humbles habitants des quartiers pauvres des villes, que les militaires enregistraient alors comme morts au combat sous les couleurs de la guérilla pour gonfler leurs statistiques dans la lutte contre les guérillas, terrible procédé des «faux positifs», ou passé sous silence la fosse commune de la Macarena, où l’on trouve des milliers de cadavres, qui font d’elle la plus grande d’Amérique Latine.

Le monde vu avec les yeux d’un traqueto.

Au vu de tout ce contexte, décrit de manière succincte ci-dessus, il n’est pas étonnant que la diplomatie de ce régime soit elle aussi traqueto, car les traquetos agissent dans le monde comme c’était leur pré carré, en utilisant la violence aussi bien contre des proches que contre les étrangers. Autrement dit, leur mentalité de maton de quartier sévit aussi au-delà des frontières.

C’est précisément ce qui s’est passé avec la «politique étrangère» de l’uribisme, soutenue par l’ensemble des classes dominantes du pays et de leurs sicaires intellectuels (éditorialistes de la presse, commentateurs de radio et de télévision, entre autres).

La Colombie s’est devenue une sorte de finca [grande propriété avec de l’élevage] où l’on attend des gouvernants et des représentants officiels qu’ils soient aussi soumis et obéissants que de péons. Les autres pays, et surtout les pays voisins, sont considérés un simple prolongement de cette finca, dont on attend qu’ils se montrent tout aussi soumis.

C’est ainsi que la Colombie procède à l’égard des autres pays avec toute l’impunité qui caractérise le comportement traqueto à l’intérieur de notre pays, sans se plier aux règles les plus élémentaires du droit international.

Le régime colombien peut compter pour cela sur ses liens étroits avec les autres gouvernements dans le monde qui se comportent comme des shérifs de comté (les Etats-Unis et Israël), habitués à envahir, bombarder, occuper et piller les pays qui refusent de se plier à leurs intérêts.

Grâce au soutien inconditionnel des Etats-Unis, le régime traqueto qui règne en Colombie se sent autorisé à faire ce qu’il veut dans le monde et à piétiner les pays voisins quand l’envie lui prend. C’est ce qu’a fait le régime uribiste depuis 2002, au nom de ce fourre-tout qu’est la «lutte contre le terrorisme» et à la guerre préventive.

C’est dans ce contexte que le régime colombien a procédé, le 1er mars 2008, au bombardement de l’Equateur en assassinant 26 personnes; qu’il a séquestré Rodrigo Granda [des FARC] sur sol vénézuélien en décembre 2004; qu’il a participé à l’enlèvement du professeur Miguel Angel Beltran à Mexico le 22 mai 2009; qu’il a transformé les ambassades en repaires d’espions pour traquer les Colombiens et les étrangers dissidents et critiques de l’uribisme. Et qu’il a parrainé des initiatives aussi viles et criminelles que l’invasion états-unienne de l’Irak et le coup d’Etat en Honduras.

Il n’est donc pas surprenant que, comme de vulgaires traquetos, les présidents entrant et sortant de Colombie affirment leur fierté en ce qui concerne les faits criminels qu’ils ont commis à l’extérieur du pays. Ils savent bien qu’ils peuvent compter sur la complicité de délinquants qui s’autoproclame «communauté internationale», lorsqu’ils soutiennent cyniquement qu’ils recommenceraient à bombarder l’Equateur ou tout autre pays qui «abrite des terroristes».

L’une des perles les plus récentes dans ce domaine a été fournie par AUV lorsque, en se référant au bombardement en 2008 par l’armée colombienne de Angostura, en Equateur, il a expliqué cyniquement: «Nous avons effectué cette opération par nécessité, pour affronter un terroriste qui assassinait nos compatriotes. Jamais pour offenser le grand peuple frère équatorien, c’est pour cela que nous avons demandé pardon à l’Equateur».

Sur le plan juridique la peine de mort n’existe pas en Colombie. Pourtant l’obscur et sinistre personnage qui est arrivé à la première magistrature du pays, d’ailleurs de manière illégitime et illégale, s’attribue davantage de droits qu’un juge, puisque non content de juger, il condamne et exécute le châtiment: dans ce cas il condamne à la peine de mort 26 personnes [avec le bombardement en Equateur], dont un citoyen équatorien et quatre Mexicains. C’est là un aveu qui va certainement servir lors d’un futur procès pénal contre ce criminel, puisqu’il revient simplement à reconnaître, sans que personne ne le lui demande, qu’il a appliqué la peine de mort depuis la présidence de la République, alors que cette peine n’existe pas en Colombie, du moins sur le plan légal. Est-ce que le seul fait d’être Président donne à un individu le droit de violer les lois nationales et internationales et à tuer n’importe qui, avec pour seul argument que cela était nécessaire, autrement dit pour raison d’Etat  ?

On ne peut de toute évidence attendre grand-chose en termes de respect du droit international et de la souveraineté des autres pays de la part d’un individu qui profitant du pouvoir dont il dispose à cause de sa fonction, reconnaît publiquement et en toute impunité et cynisme un crime d’une telle importance. Cela s’est d’ailleurs confirmé dans le récent incident avec le Venezuela.

La diplomatie traqueta en action face au Venezuela

Ce qui s’est passé au sein de ce Ministère des Colonies des Etats-Unis, connu par euphémisme sous le nom d’Organisation des Etats Américains (OEA), est un exemple clair de la manière dont fonctionne la diplomatie traqueta pratiquée par le régime uribiste.

En premier lieu affleure la délinquance. En effet, l’ambassadeur colombien à l’OEA, Luis Alfonso Hoyos, ne se distingue pas précisément par son honnêteté. En 2001, il a été condamné à vie à ne plus exercer de charge publique, pour corruption. Pourtant, et c’est un exemple clair de l’impunité uribiste, il représente ce régime devant l’OEA, après avoir exercé d’autres charges importantes dans le gouvernement à partir de 2002. Quelle autorité morale peut avoir un individu muni de lettres de créance aussi suspectes sur le plan éthique pour condamner par avance le gouvernement vénézuélien ?

Deuxièmement, le spectacle médiatique abject – d’accusations du Venezuela d’offrir aux FARC des territoires pour ses camps militaires – ourdi par le régime uribiste, n’est même pas original. Il a simplement été élaboré aux Etats-Unis afin que leur domestique inconditionnel le présente publiquement et l’utilise pour orchestrer une opération plus large de discrédit et d’agression contre le gouvernement bolivarien de Hugo Chavez.

Rappelons que ce n’est pas la première fois que le régime uribiste organise une campagne médiatique de ce genre contre un gouvernement voisin, puisqu’il a déjà agi de la sorte contre l’Equateur, et aussi contre le Venezuela concernant les documents qui auraient été trouvés dans l’ordinateur de Raul Reyes après qu’il a été tué dans une opération militaire colombienne en 2008.

Cet ordinateur est censé avoir non seulement résisté à un bombardement de plusieurs heures, qui a tué beaucoup de gens, mais, un peu comme pour la lampe d’Aladin, il livre à ses propriétaires de nouvelles informations sur des éléments les plus invraisemblables, chaque fois qu’ils le souhaitent.

Troisièmement, les «preuves» présentées contre le Venezuela sont abracadabrantesques (comme aurait dit le président français Chirac). On a utilisé des vidéos faites il y a plusieurs années et réchauffées pour l’occasion – et que d’ailleurs n’importe qui peut consulter par l’intermédiaire d’un outil virtuel comme Google – on passe des coordonnées satellitaires à des photos décontextualisées dans la jungle, sans la médiation d’une quelconque preuve directe. En outre, on avance avec beaucoup de «solidité», par exemple, que les vidéos ont été filmées au Venezuela puisque l’une des personnes que l’on voit tient entre ses mains une bouteille de bière de marque vénézuélienne. Ce niveau d’argumentation est risible. Il suffirait ainsi qu’une vidéo montre quelqu’un en train de boire du Coca-Cola pour en déduire que cette personne se trouve aux Etats-Unis puisqu’il s’agit d’une marque états-unienne ?

Quatrièmement, même à supposer que ces «preuves» présentées par le régime traqueto démontrent que les vidéos ont été prises au Venezuela, ce serait un aveu clair et effronté que le régime colombien est en train d’espionner et de surveiller un pays voisin et de violer sa souveraineté en toute impunité, s’ingérant dans ses affaires intérieures de manière illégale est sans consultation préalable. Ceci ne doit pas surprendre dans la diplomatie traqueta, car plusieurs preuves ont été accumulées de comportements du même genre. Des fonctionnaires du Département Administratif de Sécurité (DAS) comme Rafael Garcia ont révélé qu’on espionne depuis des années dans leurs propres pays des fonctionnaires du gouvernement de l’Equateur, du Venezuela, de la Bolivie et de Cuba.

On a même dénoncé le fait que des communications privées du président équatorien Rafael Correa ont été interceptées sur ses téléphones privés par des organismes de sécurité de l’Etat colombien.

Cinquièmement, même le déroulement de la réunion de l’OEA met en lumière la diplomatie traqueta. Le représentant de l’uribisme, Luis Alfonso Hoyos, s’est comporté comme n’importe quel propriétaire terrien présomptueux et arrogant qui hurle et réprimande ses péons, qui ne peuvent que se plier aux ordres arbitraires du patron sans répondre. Il est pénible de s’avouer colombien lorsqu’on voit à la télévision un tel épouvantail parader en tant qu’ambassadeur à l’OEA. Il n’arrive même pas à parler de manière cohérente et aligne une bêtise après l’autre, vociférant et hurlant comme un hâbleur de village, et violant les protocoles les plus élémentaires de la diplomatie.

Sixièmement, la diplomatie traqueta exige l’utilisation d’une violence tous azimuts. C’est ce qu’on a pu le voir durant ces huit ans d’une militarisation intolérable de la vie à l’intérieur du pays, et qui a été projetée par-delà les frontières aux pays voisins grâce à des assassins et à des groupes paramilitaires. Ce n’est pas par hasard si au cours des dernières années le modèle paramilitaire est devenu l’une des exportations non traditionnelles plus cotée de la Colombie, qui envoie des mercenaires au Venezuela, en Bolivie, en Equateur, au Honduras, au Mexique, en Irak et en Afghanistan, bref, partout où les guerres impérialistes les requièrent. C’est ainsi qu’à niveau international le régime traqueto ne cherche ni à dialoguer ni à convaincre, mais simplement à imposer ses critères de maton de quartier, en comptant avec l’appui de ses groupes paramilitaires, en éructant menaces et condamnations contre quiconque ne se plierait pas à leurs pratiques criminelles.

Enfin, et c’est peut-être le point le plus important, la diplomatie traqueta a été utilisée au cours de ces années comme un moyen pour occulter les innombrables crimes, scandales, corruptions, mensonges et actes délictueux commis par le régime de AUV. Et maintenant, alors qu’en théorie il ne reste que quelques jours au Messie pour quitter le trône présidentiel et être remplacé par son ministre de la Défense Juan Manuel Santos, de nouveaux scandales se sont accumulés qui viennent s’ajouter au catalogue criminel du régime traqueto.

Parmi ces nouveaux scandales, il vaut la peine de mentionner les déclarations de Fernando Tabares, ex-directeur des Renseignements du DAS, concernant les mises sur écoutes téléphoniques. Il donne des détails sur la responsabilité directe de la Présidence de la République dans l’espionnage des membres de l’opposition et de la Cour Suprême de Justice. A noter aussi la plainte qu’un major retraité de la Police Nationale, Juan Carlos Meneses, a portée depuis l’Argentine, déclarant que Santiago Uribe Velez, le frère du président, a organisé le groupe d’assassins connus sous le nom des «Douze Apôtres», qui ont assassiné beaucoup de gens dans le Département de Antioquia durant la décennie de 1990.

Et comme si cela ne suffisait pas, le jour même de la session de l’OEA à laquelle ont été présentées des preuves échafaudées aux Etats-Unis pour noircir le gouvernement vénézuélien, un groupe de parlementaires européens accompagnés de quelques Colombiens ont rendue publique la nouvelle de la découverte d’une fosse commune dans laquelle on estime qu’il y a quelque 2000 cadavres de personnes assassinées par l’armée colombienne.

Concernant ce dernier forfait criminel, éclatant et indéniable, AUV a déclaré le dimanche 25 juillet 2010, lorsqu’il se trouvait dans des installations militaires non loin de l’endroit où se trouve la fosse: «Ce sont des ennemis de la Sécurité Démocratique [qualificatif attribué à sa politique de répression sécuritaire] qui sont venus ici il y a quelques jours pour alimenter des calomnies contre l’Armée de la Patrie». Et il a ajouté que les dénonciations au sujet de la fosse ne cherchaient qu’à discréditer les forces armées et ceux qui les portent sont les «porte-parole du terrorisme». Difficile de trouver une apologie du crime plus cynique! Et pour couronner le tout, des personnes intimement liées au gouvernement de Uribe, en commençant par son cousin et parrain politique Mario Uribe, ainsi que d’autres personnages sinistres qui ont accompagné dans ses égarements l’occupant illégal de la Casa de Nariño, sont poursuivis pourraient bientôt finir en prison.

Les raisons profondes de la diplomatie traqueta ont leurs racines dans l’ignorance du conflit armé qui sévit en Colombie depuis 60 ans et dans le penchant à résoudre ce conflit militairement. Le régime uribiste a déclaré son intention de poursuivre les insurgés et leurs collaborateurs – pour ce régime cela signifie tous ceux qui pensent différemment, partout dans le monde – et estime que cela l’autorise à agresser les pays voisins sous prétexte qu’ils ne collaborent pas à la lutte contre l’insurrection, se rendant ainsi complices de sa violence. Il est presque certain que Juan Manuel Santos, le cerveau des «faux positifs» et bientôt Président de la République, aura la même orientation, sur le fond, tout en manœuvrant.

Tout cela est une supercherie, parce qu’on refuse de voir que la guerre prolongée déborde «nos frontières» et porte préjudice aux pays voisins, mais en outre cette politique méconnaît le sacrifice qu’ont accompli des pays comme le Venezuela et l’Equateur en accueillant des millions de Colombiens qui fuient la violence. Rien de tout cela n’a une quelconque importance dans la logique traqueta, qui considère tous comme des serviteurs et des péons, et qui estime que les gouvernements d’Amérique du Sud devraient faire de même.

En conclusion, la diplomatie traqueta qui a isolé la Colombie de la majorité des pays de l’Amérique du Sud est l’expression internationale d’un régime traqueto, celui de AUV, qui s’est transformé en un pion inconditionnel des Etats-Unis dans cette partie du monde, comme le démontre l’installation de bases militaires états-uniennes, au nombre de sept, sur notre sol.

D’après les événements les plus récents, c’est à ne pas en douter à partir de ces bases que partent les agressions contre le Venezuela, dans le but de renverser le processus nationaliste impulsé dans ce pays.

Evo Morales, le président de la Bolivie a dit très justement que la Colombie est une simple colonie des Etats-Unis et son président un «laquais de l’impérialisme». Il est rare qu’un jugement aussi juste et valable soit porté sur un régime politique d’essence criminelle et qui, en toute impunité et arrogance, a voulu projeter cette criminalité au reste du monde. En fin de compte, que peut-on demander de plus à un simple cacique, AUV, dont l’horizon mental ne dépasse pas la limite de ses propriétés terriennes et des vaches, des chevaux et des péons qu’il administre, en utilisant ses lieutenants et majordomes à la pointe du fouet et du fusil. (Traduction A l’Encontre)

* Renan Vega Cantor est professeur à l’Universidad Pedagogica Nacional de Bogota (Colombie).

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