
Par Sharareh Akhavan
Plus de 15 000 adolescent·e·s ont répondu à l’appel de Nima Tekido, producteur de divertissement et personnalité de YouTube, pour assister à un événement organisé à l’Iran Mall de Téhéran [méga-centre commercial inauguré en 2018] en juillet 2026. Bien que seuls 4000 billets aient été vendus, des milliers d’autres personnes se sont présentées dans l’espoir d’y participer, submergeant le lieu. L’événement est rapidement devenu un phénomène social qui a surpris non seulement les sociologues et psychologues iraniens, mais aussi les observateurs politiques de tous horizons idéologiques, tant en Iran qu’à l’étranger.
Ce qui a rendu ce rassemblement si remarquable, ce n’est pas seulement son ampleur, mais ce qu’il a révélé sur la plus jeune génération iranienne. Après 47 ans de contrôle social strict, à la fois idéologique et autoritaire, les dirigeants de la République islamique semblaient incapables de saisir à quel point la génération Z s’était détachée (et, à bien des égards, opposait une résistance) aux valeurs et aux normes que le régime avait cherché à lui inculquer. Pourtant, la surprise ne s’est pas limitée à l’establishment au pouvoir. Les réformistes, les républicains, les militants de gauche et d’autres groupes d’opposition ont également été stupéfaits. Cet événement a mis en évidence un fossé profond entre les «élites» politiques iraniennes et la jeunesse du pays, soulevant des questions dérangeantes mais essentielles: que savons-nous et comprenons-nous des aspirations, de la culture et de l’identité de la génération qui façonnera l’avenir de l’Iran? Comment comprendre le paradoxe apparent d’une génération Z qui participe à la fois à des manifestations anti-régime et adopte des formes de divertissement et de loisirs populaires en apparence apolitiques? Cette coexistence est-elle le signe d’une apathie politique ou, au contraire, d’un mode transformé d’engagement politique?
Les descriptions contemporaines de la génération Z sont dominées par deux récits contradictoires. L’un vante les mérites de cette génération, la présentant comme politiquement consciente, à l’aise avec le numérique et interconnectée à l’échelle mondiale. L’autre la rejette, la qualifiant de fragmentée, impulsive et apolitique. Ces deux récits essentialisent la génération Z en présentant ses caractéristiques comme fixes et inhérentes, plutôt que de les reconnaître comme le produit d’évolutions historiques et de conditions sociales, culturelles et politiques plus larges.
Dans cet essai, j’examine les caractéristiques de la génération Z iranienne à travers les prismes croisés de la socialisation numérique, du néolibéralisme et de la santé mentale, développant ainsi une compréhension plus contemporaine des conditions sociales et politiques, des identités et des expériences qui caractérisent cette génération.
Définir la génération Z dans le contexte iranien
Le terme «génération Z» (Gen Z) est couramment utilisé pour désigner la génération née approximativement entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000 et représente environ 30% de la population mondiale [1]. Cependant, les limites précises de cette génération varient selon les sources universitaires et grand public. Cette variation revêt une importance particulière dans le contexte iranien, où les catégories générationnelles sont souvent définies selon des critères démographiques, sociaux et culturels différents.
Il n’existe pas de définition unique et universellement acceptée de la génération Z iranienne. Les dernières données démographiques indiquent qu’environ 24% de la population iranienne est composée d’enfants et d’adolescents de moins de 15 ans. De plus, 25% sont des jeunes âgés de 15 à 29 ans, tandis que 44% sont d’âge mûr et que le reste de la population est composé de personnes âgées de plus de 65 ans [2]. Bien que cette tranche d’âge ne corresponde pas nécessairement de manière précise aux définitions conventionnelles de la génération Z, elle fournit un cadre démographique utile pour comprendre l’importance numérique et l’importance sociale de la population jeune en Iran. Il convient de reconnaître que cette génération englobe des individus issus de milieux sociaux et ethniques divers, ainsi que d’un large éventail d’identités de genre. Elle ne doit donc pas être considérée comme un groupe homogène. Cette diversité revêt une importance particulière dans le contexte de l’Iran, un pays caractérisé par une grande hétérogénéité de classe, sociale, ethnique et régionale.
Dans cet essai, le terme «génération Z» est donc utilisé comme une catégorie analytique large, tout en reconnaissant que ses limites exactes peuvent varier selon les sources démographiques et sociologiques iraniennes.
La génération Z et la socialisation numérique
La génération Z est définie comme la première génération à avoir grandi avec la connectivité numérique et Internet dès la petite enfance. En tant que première génération à avoir grandi avec la connectivité numérique, ses membres ont développé des modes distinctifs de communication, d’apprentissage, de travail, d’engagement politique et d’interaction sociale. Ils sont habitués à la circulation rapide de l’information, aux influences culturelles mondiales et aux nouvelles formes de participation en réseau. Prises dans leur ensemble, ces conditions constituent un cadre analytique important pour comprendre les attitudes politiques, les identités et les formes d’action collective de la génération Z dans les sociétés contemporaines. La connectivité numérique constitue un aspect central de l’expérience sociale de cette génération. Elle façonne la manière dont les jeunes accèdent à l’information, construisent leur identité, perçoivent les inégalités et s’engagent dans des actions politiques. Parallèlement, la connectivité numérique peut fonctionner non seulement comme un mécanisme d’intégration sociale, mais aussi comme un canal par lequel les expériences d’inégalité deviennent plus visibles, sont interprétées collectivement et peuvent se traduire par un mécontentement politique et des troubles sociaux.
Le paysage numérique iranien
Le paysage numérique iranien n’a cessé d’évoluer au fil des ans. Début 2023, environ 79% de la population iranienne était connectée à Internet [3]. Cela témoigne de la croissance remarquable d’Internet en Iran, où il continue de jouer un rôle de plus en plus essentiel dans la vie de la génération Z iranienne. L’UIT (Union internationale des télécommunications) indique qu’environ 87% des Iraniens possédaient un téléphone mobile en 2024. Il est important de noter que l’UIT définit ainsi toute personne possédant un téléphone mobile doté d’au moins une carte SIM active à usage personnel. Instagram semble être la plateforme de réseaux sociaux la plus populaire en Iran [4].
L’utilisation des réseaux sociaux et d’Internet par la génération Z
La génération Z iranienne remet de plus en plus en cause les normes sociales établies et participe à la construction de formes alternatives de réalité sociale, notamment par le biais de plateformes numériques telles que les réseaux sociaux. La génération Z a non seulement remis en cause les normes et les modes de vie imposés par les institutions gouvernementales et les normes familiales, mais elle s’est également opposée activement aux normes sociopolitiques, notamment les codes vestimentaires obligatoires, les attentes familiales traditionnelles, la surveillance de l’État et la censure. La génération Z contribue à jeter les bases des futurs changements politiques et sociaux en Iran. Lors du mouvement «Women Life Freedom» («Femme, Vie, Liberté»), elle a poursuivi cette voie avec détermination. Malgré les efforts du gouvernement pour bloquer l’accès à Internet et réprimer les manifestations, elle a contourné les restrictions à l’aide de VPN et de serveurs proxy, et a sollicité un soutien transnational. Des hashtags tels que #MahsaAmini, #WomanLifeFreedom et #NoToCompulsoryVeil ont largement circulé, attirant plus de 600 millions de vues à travers le monde [5].

La revendication de se réapproprier la vie [6] et l’aspiration à mener une «vie normale» sont restées au cœur des récents mouvements de résistance en Iran. Adopter ce point de vue permet d’expliquer comment la génération Z non seulement agit dans les environnements en ligne pour remettre en cause les normes sociétales, mais traduit également ces actions numériques en activités collectives et politiques hors ligne. Les espaces numériques et publics constituent des lieux cruciaux pour l’articulation, la visibilité et la mobilisation de la résistance des jeunes femmes, permettant à la fois des actes individuels de défiance et des formes collectives d’expression politique (par exemple, le concert de Parastou Ahmadi, diffusé sur YouTube en 2024, a donné lieu à des représailles de l’État, notamment des amendes et des coups de fouet ordonnées par un tribunal).
La connectivité numérique peut aider la génération Z à se forger des identités hybrides et à plusieurs niveaux qui transcendent les frontières nationales et s’approprient les produits culturels mondiaux. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les élèves des zones urbaines et des écoles privées, qui bénéficient d’un meilleur accès aux ressources mondiales, aux opportunités éducatives et aux réseaux transnationaux [7]. La consommation de la culture populaire coréenne en est un exemple[8].
La génération Z et le néolibéralisme
La génération Z est qualifiée de «génération néolibérale» par certains chercheurs[9]. Le néolibéralisme, en tant qu’idéologie stabilisatrice du système, trouve ses racines dans des principes économiques et politiques. Au cœur de cette vision du monde se trouvent les idéaux d’une économie de marché libre, de la responsabilité individuelle et de la méritocratie. Ce système de croyances implique que chacun dispose des mêmes chances de réussir grâce à son travail acharné. En conséquence, l’idéologie néolibérale conduit à la légitimation des inégalités sociales et économiques en présentant le système comme fondamentalement juste[10].
Le système économique néolibéral et islamique «Anfal» de l’Iran
L’Iran fonctionne selon un système néolibéral hybride[11], car l’État mène systématiquement des réformes de marché, des privatisations et des déréglementations depuis 1989. Les gouvernements successifs ont réduit la protection sociale, marchandisé les services publics tels que l’enseignement supérieur et intégré des réseaux paramilitaires d’élite dans l’accumulation du capital des entreprises. Le pays fonctionne également selon une économie islamique dite «Anfal», c’est-à-dire un mécanisme par lequel les ressources naturelles, les biens confisqués et les propriétés abandonnées sont placés sous l’autorité d’un clergé supranational [12]. La génération Z iranienne a grandi dans un contexte social caractérisé par la coexistence de valeurs néolibérales et d’influences islamiques fortes. Il en résulte une aggravation de la pauvreté. Plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et des millions d’enfants sont privés d’éducation et de nourriture [13]. L’inflation a atteint 50% en avril 2026 [actuellement plus de 60%], selon la Banque centrale d’Iran. Le chômage des jeunes s’élève à 32% (trois fois la moyenne nationale), et ce chiffre exclut les étudiant·e·s et ceux et celles qui ont complètement cessé de chercher du travail [14]. D’après des chiffres récemment publiés par le Centre de statistiques iranien, environ 77% des Iraniens âgés de 15 à 24 ans ne travaillent pas, ne suivent pas de formation et ne font pas d’études [15]. Le néolibéralisme, en tant que logique dominante de l’organisation sociale au cours des dernières décennies, a même profondément remodelé les universités iraniennes. Il cherche à subordonner un éventail toujours plus large d’activités humaines aux principes du marché, de la concurrence et de la rentabilité.
Dans ce cadre, l’éducation n’est plus considérée comme un droit social ou un bien public. Elle est au contraire traitée comme un investissement individuel censé générer des rendements économiques futurs. Aujourd’hui, plus de la moitié des étudiants inscrits dans les principales universités publiques iraniennes proviennent des deux déciles de revenus les plus élevés. La génération Z juge les conditions sociales actuelles discriminatoires (en particulier à l’égard des femmes) et considère que la répartition des richesses ainsi que l’accès aux postes et aux fonctions sont inéquitables. À leurs yeux, l’absence de méritocratie dans les nominations et les récompenses, associée à la pérennisation de lois et de normes discriminatoires, constitue l’une des principales causes du statu quo. La génération Z adopte une position critique envers la justice sociale, une position qui influence ses valeurs ainsi que ses actions individuelles et collectives [16].
La santé mentale de la génération Z
Les adolescents qui consultent fréquemment les réseaux sociaux courent un risque plus élevé de souffrir d’une mauvaise qualité de sommeil, ce qui peut entraîner une augmentation de l’anxiété et de la dépression. De plus en plus d’études et d’observations indiquent que les symptômes de santé mentale de intériorisés au sein de la génération Z sont en augmentation, en particulier dans les pays capitalistes néolibéraux [17]. Des recherches montrent que le néolibéralisme peut également avoir un effet négatif sur la santé mentale de la génération Z. Le capitalisme néolibéral encourage l’intérêt personnel et des styles interpersonnels ancrés dans la compétition. Il favorise un fort désir de réussite financière, des niveaux élevés de consommation et la croyance en la nécessité de la croissance économique. Il a été associé à la montée en puissance de valeurs extrinsèques telles que l’individualisme, le matérialisme et la recherche de statut social. Lorsque les jeunes accordent davantage d’importance à des valeurs externes, axées sur le statut social, qu’à des valeurs qui ont un sens pour eux et qui relèvent de leur propre initiative, ils peuvent être exposés à un risque accru de troubles de santé mentale, notamment d’anxiété et de dépression, ainsi qu’à une baisse de leur bien-être général [18].
La génération Z iranienne, à l’instar de nombreuses personnes à travers le monde, est confrontée à d’importants défis en matière de santé mentale. Les adolescents, en particulier les filles issues de milieux socio-économiques défavorisés, de minorités ethniques et d’immigrés afghans, sont davantage exposés à l’anxiété, à la dépression et aux comportements suicidaires [19]. Les principaux facteurs de risque identifiés pour une mauvaise santé mentale au sein de la génération Z iranienne sont les difficultés économiques, le stress scolaire, les pressions culturelles et l’exposition au numérique [20]. Une proportion significative d’enfants et d’adolescents iraniens souffre de troubles mentaux et comportementaux, les estimations allant d’environ 17% à 36% [21].
Les filles et les jeunes femmes de la génération Z
Depuis l’émergence du mouvement «Femme, Vie, Liberté», le respect des règles iraniennes imposant le port obligatoire du voile a nettement diminué. Des témoignages visuels provenant de l’Iran contemporain, en particulier dans les grands centres urbains, suggèrent que la pratique du port obligatoire du voile est de plus en plus contestée et semble avoir considérablement diminué dans de nombreux espaces publics. Les pratiques qui remettent en cause les restrictions imposées à la mobilité, à l’apparence et à la participation des femmes dans l’espace public constituent non seulement des actes individuels de défiance, mais aussi des remises en cause de l’organisation genrée de la vie sociale et politique. Grâce à la mobilisation collective des jeunes femmes et des filles de la génération Z, ces pratiques quotidiennes contribuent à une transformation progressive des normes sociales et repoussent les limites de ce qui est considéré comme politiquement et socialement possible.
La quête d’authenticité est un aspect central du développement psychologique et social des femmes de la génération Z à Téhéran [22]. Malgré de nombreux défis, les jeunes femmes et les jeunes filles recourent à diverses stratégies pour préserver leur l’authenticité, ce qui améliore considérablement leur bien-être. Comprendre les facteurs qui influencent l’authenticité et soutenir l’expression authentique de soi peut contribuer à renforcer la résilience et à favoriser l’épanouissement personnel des jeunes filles de la génération Z. La quête d’authenticité chez les jeunes femmes se manifeste également dans l’évolution de leurs attitudes vis-à-vis du mariage et de la maternité, notamment dans leur volonté croissante de remettre en question les attentes sociales traditionnelles qui façonnent ces choix de vie. L’Iran a enregistré l’année dernière son plus faible nombre annuel de naissances depuis sept décennies. Les données indiquent que le nombre de mariages a baissé d’environ 30% par rapport à 2022-2023. Selon les analystes, alors que la maternité était traditionnellement considérée avant tout comme un choix culturel et familial, elle est devenue de plus en plus une considération financière à long terme pour de nombreux couples.
D’un point de vue féministe, le déclin marqué du mariage et de la natalité en Iran reflète un rejet conscient des rôles traditionnels imposés, des inégalités systémiques entre les sexes et des politiques pronatalistes imposées par l’État. Les femmes iraniennes de la génération Z, issues de milieux éduqués, privilégient de plus en plus l’autonomie personnelle, l’enseignement supérieur et l’évolution de carrière plutôt que le mariage précoce et la maternité.
La génération Z: force au service de la démocratie et de l’égalité sociale ou moteur de la mobilisation populiste de droite
Pris dans leur ensemble, la connectivité numérique de cette génération, son mécontentement face aux politiques néolibérales et au régime islamique, son ouverture aux influences culturelles mondiales, ses difficultés économiques et sa détresse psychologique témoignent d’un sentiment croissant de frustration. Ces conditions peuvent également refléter une demande grandissante de changements politiques et sociaux significatifs en Iran.
La génération Z iranienne peut être envisagée non seulement comme une cohorte démographique, mais aussi comme un acteur politique émergent façonné par l’intersection entre une gouvernance autoritaire, les inégalités socio-économiques, les restrictions liées au genre et une connectivité mondiale accrue. Leurs revendications en faveur de la participation démocratique, de la justice sociale et d’une répartition plus équitable des chances reflètent une remise en cause fondamentale des structures politiques et sociales qui façonnent la vie quotidienne en Iran. Il convient de noter que ces revendications politiques s’articulent de plus en plus à travers des réseaux de communication transnationaux, permettant aux jeunes d’Iran de replacer les luttes nationales dans le cadre de discours mondiaux plus larges sur la démocratie, l’égalité, les droits liés au genre et le changement social. Cette orientation transnationale pourrait contribuer au développement d’identités politiques qui s’étendent au-delà des frontières de l’État-nation iranien.
Au cours de la dernière décennie, les articles scientifiques et politiques, la littérature, les films et les documentaires sur la vie quotidienne consacrés à la génération Z en Iran montrent que ses membres ne sont pas apolitiques. Ce qui distingue cette génération, ce n’est pas un manque d’intérêt pour la politique, mais l’effondrement de la confiance dans les institutions et les règles qui donnaient autrefois à la politique, au travail et à la vie d’adulte une structure reconnaissable.
La génération Z iranienne fait preuve d’une très faible volonté de s’adapter à la République islamique ou de s’y réconcilier. Plutôt que de prôner des réformes progressives, nombreux sont ceux qui expriment une nette préférence pour une transformation politique fondamentale. Ils manifestent une confiance limitée envers les acteurs réformistes, tant au sein qu’en dehors du système politique existant, qu’ils perçoivent souvent comme inefficaces ou manquant de crédibilité. Leur opposition au régime ne se limite pas à un activisme politique ouvert, mais se manifeste également à travers des formes quotidiennes de résistance culturelle et sociale. La participation à des activités que l’État cherche à réglementer ou à interdire (y compris des formes de divertissement souvent qualifiées de «superficielles», comme l’événement organisé par Nima Tekido) peut donc être comprise comme des actes de défiance symbolique qui remettent en cause l’autorité morale et idéologique du régime.
Cette évolution présente à la fois des opportunités et des défis. D’une part, la génération Z iranienne fait preuve d’une vision progressiste, d’un courage considérable et d’une forte détermination à œuvrer pour le renversement complet du régime actuel. D’autre part, l’absence de forces démocratiques organisées pourrait constituer un obstacle majeur à la mise en place d’une alternative politique efficace. Dans ce contexte, où la génération Z reste largement désorganisée et où une opposition démocratique unifiée fait défaut, les conditions pourraient devenir propices à l’émergence de dirigeants autoritaires ou charismatiques se présentant comme garants de la stabilité et d’une action politique décisive.
Cette dynamique s’est manifestée au cours de l’année écoulée, lorsqu’une frange de cette génération, qui avait participé au mouvement «Femme, Vie, Liberté», a placé ses espoirs de changement de régime en Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah d’Iran, ainsi que dans la perspective d’une intervention militaire des Etats-Unis. Cependant, cet enthousiasme s’est progressivement estompé, notamment à la suite des bombardements d’infrastructures iraniennes et de l’école de filles de Minab. Ces événements ont conduit nombre de personnes à s’interroger sur la viabilité et les conséquences politiques du recours à une intervention extérieure comme catalyseur du changement politique national. Malgré cette prise de conscience politique croissante, des inquiétudes subsistent quant au fait que l’interaction entre un profond ressentiment envers la République islamique, une confiance déclinante dans les institutions politiques et l’absence d’alternatives démocratiques organisées puisse continuer à offrir des opportunités politiques aux mouvements populistes de droite et autoritaires, en rendant certaines franges de cette génération plus réceptives à leurs appels.
Le principal défi consiste à renforcer les liens entre le mouvement socialiste iranien et la génération Z. En Iran, la politique socialiste est restée largement confinée aux cercles universitaires et intellectuels, ce qui limite son engagement auprès de l’ensemble de la jeunesse. Combler le fossé entre les intellectuels socialistes et la majorité de la génération Z est donc une tâche cruciale. Pour y parvenir, il faut dépasser les clichés idéologiques dépassés et le discours sectaire au profit d’un langage politique plus accessible, qui trouve un écho dans les expériences vécues et les revendications concrètes des jeunes. Pour les socialistes iraniens, tant en Iran que dans la diaspora, un engagement politique significatif auprès de la génération Z passe par la prise en compte de ses aspirations politiques et sociales fondamentales, en particulier ses revendications en matière de démocratie, de justice sociale et de libertés individuelles. Cela nécessite à son tour des formes de communication politique et des pratiques organisationnelles qui soient en phase avec les valeurs de cette génération, ses modes d’expression et ses modes de participation politique en pleine évolution. Il s’agit d’adapter à la fois le langage et les pratiques de la politique socialiste aux réalités sociales et culturelles de la Génération Z, plutôt que de rester ancré dans des cadres idéologiques hérités et des pratiques organisationnelles établies.
Des signes émergents indiquent que certains segments de la génération Z iranienne s’intéressent aux idées socialistes, notamment en lien avec des aspirations plus larges à la démocratie et à la justice sociale. Par exemple, une publication récente sur LinkedIn d’un jeune étudiant universitaire du sud-ouest de l’Iran présentait le socialisme comme une voie potentielle vers un Iran démocratique. Bien qu’un tel exemple ne puisse être considéré comme représentatif de l’ensemble de la génération, il illustre la manière dont les idées socialistes pourraient faire leur entrée dans le vocabulaire politique à travers lequel certains jeunes Iraniens expriment leurs aspirations à des modèles sociaux et politiques alternatifs.
La génération Z iranienne pourrait donc constituer un espace important d’engagement politique et de transformation potentielle, au sein duquel de nouvelles formes de conscience politique et d’action collective prennent forme. Ces formes émergentes d’action pourraient permettre aux jeunes Iraniens de remettre en cause les structures établies d’autorité, d’inégalité et de contrôle social, tout en créant de nouvelles possibilités de participation politique et des processus plus larges de changement social et politique. (Article publié par Socialist Project le 6 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
Sharareh Akhavan est maîtresse de conférences en sciences de la santé publique à l’université de Gävle, en Suède.
Notes
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