Allemagne dossier. Lundi 7 septembre: après les élections en Saxe-Anhalt (1)

Les thèmes au centre des préoccupations: sécurité sociale, paix en Europe, situation économique, immigration.

Antérieurement à l’exposé et l’examen des résultats des élections dans le Land de Saxe-Anhalt, il est instructif de rendre compte d’un sondage sur les motivations des choix partisans des électeurs et des électrices. C’est ce que fait le rédacteur en chef de l’hebdomadaire allemand Surplus, Lukas Scholle, dans l’édition du 7 septembre. Il constate, sur cette base, que «les conditions matérielles jouent un rôle déterminant dans le choix électoral»: «Parmi l’ensemble des électeurs, la question de la sécurité sociale a été la plus importante, avec 25%. La sécurité intérieure et l’immigration ne totalisent quant à elles que 22%. Parallèlement, l’AfD (Alternative für Deutschland) recueille même 65% des voix parmi ceux qui jugent leur situation financière mauvaise.» Le graphique ci-dessous l’illustre:

Résultats des élections en Saxe-Anhalt chez les personnes en «situation financière difficile»
Pourcentage des deuxièmes voix* parmi les personnes interrogées en situation financière difficile

Sondage effectué le 6 septembre, 20h. Source: infratest dimap

* Le système électoral allemand est un mode de scrutin proportionnel plurinominal où une partie des sièges du Landtag est pourvue via le scrutin uninominal majoritaire à un tour. Il s’agit d’une «représentation proportionnelle personnalisée», non d’un mode de scrutin mixte à proprement parler.

Lukas Scholle continue ainsi: «Ce résultat n’est pas étonnant au vu des données économiques de la Saxe-Anhalt:

  • PIB par habitant: 38’452 euros en Saxe-Anhalt, 53’516 euros en moyenne nationale
  • Salaire médian à temps plein: 3563 euros en Saxe-Anhalt, 4217 euros en moyenne nationale
  • Taux de chômage: 8,0% en Saxe-Anhalt, 6,3% en moyenne nationale
  • Retraite de vieillesse (hommes): 1676 euros en Saxe-Anhalt, 1892 euros en moyenne nationale

Par contre, les conditions matérielles devraient également jouer un rôle décisif dans la capacité de l’AfD à conserver sa popularité au-delà de cette législature: vont-ils mener à bien une politique néolibérale d’austérité? Ou vont-ils mettre en œuvre des mesures telles que la subvention pour les frais de permis de conduire, ce qui leur permettrait de se donner une image apparemment sociale?

Quoi qu’il en soit, cette élection marque un tournant pour l’AfD. À l’inverse, cela devrait toutefois inciter les progressistes à remettre en question leur politique: comment l’AfD a-t-elle pu réaliser un bond dans les sondages à l’échelle fédérale, atteignant environ 20%, à l’époque du gouvernement «feu tricolore» (SPD-FDP (Parti libéral)-Alliance 90/Les Verts) avec un chancelier SPD (Olaf Scholz) et un vice-chancelier des Verts (Robert Habeck)? Et comment a-t-elle pu porter ce chiffre à environ 28% sous la chancellerie de la CDU (Friedrich Merz) et la vice-chancellerie du SPD (Lars Klingbeil, aussi ministre des Finances)?»

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«Pas de majorité absolue». L’effet domino de la chute de la CDU (2)

(Capture de vidéo)

Rédaction Tages-Zeitung

L’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt avec une large avance, mais n’a pas obtenu la majorité absolue selon les résultats officiels provisoires publiés tôt ce lundi matin 7 septembre. Ce parti d’extrême droite totalise 39 sièges sur les 83 que compte l’assemblée et passe ainsi de justesse à côté de la possibilité de former seul un gouvernement. L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) a réussi à faire son entrée au Parlement et a obtenu 5 sièges. Ces deux partis se montrent moins hostiles l’un envers l’autre [1], tandis que la CDU, le SPD, les Verts et Die Linke se sont jusqu’à présent clairement positionnés contre l’AfD. Le tête de liste de l’AfD, Ulrich Siegmund, a évoqué un mandat gouvernemental clair, qu’il ne souhaiterait toutefois accepter que s’il pouvait également faire valoir ses orientations politiques au sein d’une coalition.

Une fois le dépouillement complet de tous les bulletins de vote effectué, l’AfD a obtenu 43,8%. Le parti a ainsi plus que doublé son score de 2021. Ulrich Siegmund lui-même a remporté haut la main son mandat direct avec 49,0% (système des deux votes), devançant largement le candidat de la CDU, Thomas Staudt. La CDU a subi un effondrement à l’échelle du Land et n’a obtenu que 17,2%, soit près de la moitié de son score de 2021. Le SPD (9,3%), les Verts (8,9%) et Die Linke (8,6%) ont obtenu des scores à un chiffre. Le BSW a réussi à entrer au Parlement avec 5,3%, tandis que le FDP, avec 2,6%, a clairement échoué à franchir la barre des 5%. Le taux de participation s’est élevé à 77,8%.

Siegmund menace d’organiser de nouvelles élections

Le tête de liste de l’AfD, Ulrich Siegmund, a exclu dès la nuit des élections toute coalition impliquant des compromis importants. Dimanche soir, sur la chaîne ZDF, il a qualifié de «bricolage» la proposition du BSW visant à nommer un ministre-président non partisan. L’AfD ne souhaite pas renoncer à ses valeurs «au profit de quelconques jeux de pouvoir». Une collaboration ne serait possible qu’avec ceux qui soutiendraient la revendication de l’AfD en faveur d’un changement politique clair. À la question de savoir ce qui se passerait si cela s’avérait impossible, il a menacé: «En cas d’urgence, il y aura tout simplement de nouvelles élections.» L’AfD obtiendrait alors «50 ou 55%». Il ignore toutefois encore quelles seront les répercussions du résultat électoral dans les prochains jours. Ulrich Siegmund ne souhaite pas former un gouvernement minoritaire.

Le président fédéral de l’AfD, Tino Chrupalla, s’est en revanche montré prêt au compromis sur la chaîne ARD. «La politique est toujours une question de compromis», a-t-il déclaré, appelant les députés de la CDU à permettre la formation d’une «majorité conservatrice bourgeoise». La vice-présidente du groupe AfD au Bundestag, Beatrix von Storch, a également appelé la CDU à se montrer ouverte au dialogue. Le chef du groupe parlementaire de l’Union (CDU), Thorsten Frei, a toutefois rejeté les spéculations concernant d’éventuelles défections de son parti vers l’AfD. «Nous ne discutons pas avec des extrémistes de droite», a déclaré le responsable politique de la CDU sur la chaîne ZDF.

Au sein du nouveau Landtag, l’AfD détient 39 sièges et la CDU 15. Die Linke, le SPD et les Verts obtiennent chacun huit mandats, le BSW cinq. Pour former un gouvernement contre l’AfD, des partis très différents devraient coopérer d’une manière ou d’une autre: la CDU, Die Linke, les Verts, le SPD, mais aussi le BSW. La présidente du BSW, Amira Mohamed Ali, a déclaré que son parti souhaitait s’engager en faveur d’un gouvernement non partisan. On prône une troisième voie, à savoir un ministre-président qui gouvernerait avec des majorités changeantes.

Résultats définitifs 2026 et comparaison avec 2021. Suffrages et sièges.
Schulze sous pression

L’ancien gouvernement régional, composé de la CDU, du SPD et du FDP, ne dispose plus de la majorité et est donc destitué. Néanmoins, le ministre-président Sven Schulze (CDU) pourrait tenter de former un gouvernement, éventuellement même un gouvernement minoritaire. Âgé de 47 ans, il a éludé, le soir des élections, les questions concernant ses intentions. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. À partir de lundi, les instances de son parti analyseront les résultats. Des appels à la démission de Sven Schulze se sont déjà fait entendre ici et là. La CDU a adopté une résolution d’incompatibilité tant pour une collaboration avec l’AfD qu’avec Die Linke. Ce point sera probablement remis en question dans les prochains jours. Chez les 18-24 ans, la CDU n’a recueilli que 5% des voix. L’AfD est également arrivée en tête dans cette tranche d’âge.

Le résultat de ces élections devrait également avoir des répercussions sur la politique fédérale et, par conséquent, sur la coalition noire-rouge dirigée par le chancelier et président de la CDU, Friedrich Merz. La ministre de la Chancellerie, Nina Warken (CDU), a évoqué un «tournant» pour la CDU. Dans des sondages réalisés pour la chaîne ARD, 87% des personnes interrogées se sont déclarées insatisfaites du gouvernement fédéral.

L’économiste Marcel Fratzscher, président du DIW (Institut allemand de recherche économique, enseignant à l’Université Humboldt à Berlin), a réclamé un changement de cap économique de la part du gouvernement fédéral. «Ce résultat électoral est avant tout ?un vote de défiance à l’égard du gouvernement fédéral», a déclaré le président de l’Institut allemand de recherche économique à l’agence de presse Reuters. «La seule conséquence logique de ce résultat électoral pour notre démocratie ne peut être que le gouvernement fédéral opère un changement de cap et mette en œuvre des réformes structurelles en profondeur concernant les subventions, la bureaucratie, la fiscalité, le système social et l’Europe.» [2]

La direction du SPD a annoncé des ajustements au programme de (contre)réformes du gouvernement fédéral. Ce résultat constitue également un «signal adressé à Berlin» et une «raison de réfléchir également à la politique ici à Berlin», a déclaré le chef du parti, Lars Klingbeil, qui est également ministre fédéral des Finances. Le secrétaire général du SPD, Tim Klüssendorf, a cité les réformes des retraites et des soins ainsi que l’élaboration du budget fédéral comme des sujets nécessitant un débat. La suppression prévue de la retraite sans décote après 45 années de cotisation touche tout particulièrement les partisans du SPD et a également été un thème de la campagne électorale en Saxe-Anhalt. (Publié par la TAZ le 7 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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[1] Daniel Bax dans la TAZ du 30 juin 2026 rappelle que: «Le parti de Sahra Wagenknecht lie sa survie politique à l’AfD. Un appel désespéré et dangereux à l’attention à l’approche des élections régionales dans l’Est. La lettre que l’alliance de Sahra Wagenknecht a adressée à l’AfD est un document qui témoigne du désespoir. Le BSW propose des meetings électoraux communs, déguisés en «débats», entre la présidente de l’AfD, Alice Weidel, et Sahra Wagenknecht. Le BSW quémande de l’attention afin de franchir le seuil des 5% lors des trois élections régionales de cet automne. Pour y parvenir, ce parti artificiel est prêt à tout.

Sur le fond, cette lettre n’est pas une surprise. Sahra Wagenknecht rejette depuis longtemps le «mur de protection» (Brandmauer) contre l’AfD; dès fin 2024, elle avait déjà rencontré Weidel pour un «duel» sur la chaîne «Welt TV» de Springer. À l’époque, elle et ses partisans siégeaient encore au Bundestag et y avaient voté, lors du tristement célèbre vote sur l’immigration de janvier 2025 provoqué par Friedrich Merz, aux côtés de députés de l’AfD, de l’Union et du FDP. Une transgression des tabous qui a montré jusqu’où ils étaient prêts à aller.» (Réd. A l’Encontre)

[2] Dans un entretien à la TAZ, le 31 août 2026, Marcel Fratzscher explicite son point de vue:

«taz: Vous parlez d’un «paradoxe de l’AfD» en ce qui concerne les dommages économiques. Qu’entendez-vous par là?

Marcel Fratzscher: Sous une politique de l’AfD, ce sont surtout les régions où ce parti est particulièrement fort qui souffriraient économiquement. Cela vaut tout particulièrement pour la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Mais on observe ce phénomène depuis un certain temps déjà sur l’ensemble du territoire fédéral.

taz: Pourquoi en est-il ainsi?

Fratzscher: L’AfD est surtout forte dans les régions structurellement défavorisées. Ces régions sont déjà confrontées à une population en forte diminution et vieillissante. Ces zones possèdent une structure économique vulnérable, dépourvue de grands groupes industriels. Dans ce contexte, l’AfD fait craindre aux habitants que la situation ne fasse qu’empirer s’ils ne votent pas pour elle. Mais ce qui est perfide, c’est que c’est précisément le repli sur soi prôné par l’AfD qui ne ferait qu’aggraver encore davantage la situation.

az: En quoi un repli sur soi est-il néfaste pour l’économie allemande?

Fratzscher: L’AfD souhaite mettre fin à l’immigration et expulser massivement des personnes. Or, le pays n’a pas besoin de moins, mais bien de plus de migrant·e·s, si l’on veut éviter que la pénurie de main-d’œuvre et le vieillissement de la société ne s’aggravent. Parallèlement, les entreprises allemandes dépendent de l’ouverture des frontières. Près de la moitié de la performance économique repose sur les exportations, notamment vers les autres pays européens. Celle-ci serait gravement menacée en cas de sortie de l’euro, comme le réclame la présidente de l’AfD, Alice Weidel. À cela s’ajoute la politique climatique et énergétique rétrograde de l’AfD.

az: En quoi la politique climatique de l’AfD nuit-elle à l’économie?

Fratzscher: L’AfD s’oppose à la transition énergétique et à la transition des modes de transport. Or, si l’on n’investit pas dans de nouvelles technologies respectueuses du climat, des emplois seront perdus, car d’autres pays dépasseront l’Allemagne sur le plan technologique. On le constate clairement actuellement dans le domaine de la mobilité électrique. De plus, les énergies renouvelables sont d’ores et déjà moins chères que les énergies fossiles et le nucléaire. Un retour en arrière en matière de politique énergétique porterait gravement préjudice aux industries à forte intensité énergétique, comme l’industrie chimique en Saxe-Anhalt.» (Réd. A l’Encontre)

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«Ce que pense la classe ouvrière» (3)

(Capture d’écran)

Par Lotte Laloire

L’AfD remporte un franc succès, notamment au sein de la classe ouvrière. Le quotidien «taz» s’est rendu à Magdebourg (Saxe-Anhalt) et à Rügen (Mecklembourg-Poméranie-Occidentale) pour comprendre ce qui préoccupe les gens et ce qui pourrait les faire changer d’avis.

L’entretien a failli provoquer une dispute conjugale. «Ça ne sert à rien de parler à cette presse mensongère», s’emporte l’homme aux cheveux gris lorsque la journaliste de la taz aborde sa femme dans le centre-ville de Magdebourg. Il attrape le poignet de la blonde soignée et tente de l’entraîner plus loin. «C’est toujours moi qui décide à qui je parle», rétorque-t-elle.

Puis elle se dégage, fait demi-tour et se tourne vers la journaliste. «Bon, que voulez-vous savoir? Je suis bien informée», commence-t-elle. L’homme s’éloigne d’un pas rageur. «Je vais voter pour l’AfD», déclare-t-elle dès sa deuxième phrase. Quant à l’idée que l’AfD puisse saper la démocratie, elle se contente de répondre: «Tout le monde a ses défauts.»

Aussi redoutable que soit la victoire de l’extrême droite dimanche en Saxe-Anhalt, de nombreux protagonistes de la région ont également montré qu’abandonner n’est pas une option. De plus, après les élections, il y a toujours d’autres élections à venir, comme par exemple les élections au Bundestag de 2029. Les autres partis n’ont d’autre choix que d’essayer de regagner des voix. Ils en ont perdu un nombre particulièrement important au sein de la classe ouvrière. Mais avec 30% des voix jusqu’à présent, seule une minorité d’entre eux se tournait vers le parti d’extrême droite – bien que les pages culturelles de la presse bourgeoise donnent parfois une autre impression.

Parmi eux figurent non seulement les salarié·e·s, notamment dans l’industrie, mais aussi les personnes travaillant dans le secteur des services, les travailleurs indépendants isolés et les chômeurs. Ils font notamment partie des personnes à faibles revenus de la société et représentent environ 16 millions de personnes en Allemagne. Lors des dernières élections fédérales, l’AfD a obtenu un score supérieur de 9 points de pourcentage au sein de la classe ouvrière par rapport à l’ensemble de la population. Qu’est-ce qui les motive?

Le mécontentement alimenté par la propagande d’extrême droite

«Wiktor, tout va bien? Tu déjeunes ou quoi?», lance le serrurier depuis la cour. «Un collègue du Kazakhstan, un type bien», dit-il à la journaliste – comme s’il voulait prouver qu’il n’a rien contre les étrangers. Cet homme de 43 ans travaille dans le nord-ouest de Rügen, pour une société de location de yachts.

Il se peut qu’il vote à nouveau pour l’AfD le 20 septembre lors des élections régionales en Mecklembourg-Poméranie occidentale. Il répète des fausses informations d’extrême droite – par exemple, que l’école primaire du village voisin aurait été fermée, alors qu’elle fait l’objet d’une rénovation de plusieurs millions d’euros. Des propos antisémites transparaissent également lorsqu’il critique «la cupidité de certaines personnes» qui, selon lui, «ne sont pas riches par hasard». Pour lui, la famille se compose d’un père, d’une mère et d’un enfant.

Sa famille ne semble pourtant pas être en situation de précarité économique: il possède plusieurs voitures, et sa fille a un cheval. Le «grand mécontentement» que ressent M. D. semble plutôt avoir été déclenché par la propagande d’extrême droite. «Je vais quand même voter et je ne vais pas faire le “Sieg Heil !” comme d’autres ici», souligne-t-il.

Et, ô surprise, sur la question de l’immigration, il défend des positions humaines: «Les personnes qui ont besoin de protection doivent l’obtenir.» Il qualifie l’interdiction de travailler imposée aux réfugiés de «complètement absurde», mais trouve en revanche que les contrôles aux frontières sont justifiés. Dans son association de musique, les migrants pourraient participer «s’ils se tiennent bien». Après cette demi-phrase, que l’on pourrait prendre pour une allusion raciste, suit de manière inattendue une déclaration féministe: «Les jeunes hommes sont toujours tellement gonflés à bloc par la testostérone, qu’ils soient allemands ou non.»

Qui peut et veut voter

Contrairement au serrurier, une barmaid diplômée de l’enseignement supérieur est d’humeur différente. Cette femme d’une trentaine d’années travaille à temps plein dans un pub près de la gare de Magdebourg et déclare au quotidien taz: «Je n’en peux plus d’entendre ça.» En tant qu’Autrichienne, elle est «contente que tout ce cirque soit terminé dimanche».

Si elle pouvait voter, elle ne cocherait «probablement pas la case d’un parti aussi extrême». Les voix de personnes comme cette serveuse pourraient donc être conquises par les partis démocratiques, sans qu’ils aient à les détourner de l’AfD – à condition qu’ils leur accordent le droit de vote.

Un autre homme en aurait le droit, mais ne le souhaite pas. «Je ne crois plus aucun politicien», déclare ce récupérateur de bouteilles consignées à Magdebourg, visiblement surpris que la journaliste l’interpelle. Il lève les yeux d’une poubelle dans laquelle il vient de fouiller. Des sacs en plastique à moitié pleins pendent à son vélo rouge.

Cet homme frêle à la longue barbe, qui vit avec 300 euros par mois, ne souhaite pas donner son nom. «Je lis beaucoup les journaux – en fait, tous ceux que je trouve», explique-t-il. «Je me souviens encore du socialisme, c’était bien mieux, je veux dire les acquis sociaux», dit-il en souriant. «Merz est un chancelier menteur et l’AfD, ce sont des nazis.»

Il se dit de gauche. Mais il ne vote pas non plus pour Die Linke. «De toute façon, ce parti est trop faible pour mettre quoi que ce soit en place», résume-t-il. Y a-t-il une mesure politique qu’il trouverait judicieuse? «S’ils augmentaient les prix des consignes.»

Du racisme même sans l’AfD

Même pour cette caissière sans qualification de Magdebourg, l’AfD n’a «aucune chance», assure cette femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux courts violets et aux longs ongles. «Je préfère encore le Parti des Jardins» [petit parti défendant les jardins familiaux à Magdebourg, créé en 2013], dit-elle. «Un nouveau Hitler», ça ne m’intéresse pas. Mais elle n’apprécie pas que «de nombreux étrangers» vivent dans son quartier. Le racisme peut en effet exister même sans voter pour l’AfD.

Aussi différentes que puissent être les quelque 20 personnes interrogées par la taz, elles ont une chose en commun: outre toutes ces opinions méprisantes envers les autres, elles défendent toutes également des revendications auxquelles les partis démocratiques pourraient se rallier.

Une personne peut, sur un sujet donné, être complètement prisonnière de la propagande d’extrême droite, mais sur un autre, elle argumente à nouveau en s’appuyant sur des faits. Aucune de ces personnes abordées au hasard n’appartenait à la frange des néonazis convaincus, qui ne sont plus à convaincre. Et pas plus encore à ces électeurs de l’AfD qui sont animés par une soif inconsciente de destruction.

Davantage de points communs avec la gauche

Même chez la coiffeuse de Magdebourg, qui, tout au long de la conversation, semble si agacée qu’on dirait qu’elle s’apprête à appeler la police pour des nuisances sonores nocturnes, on trouve un reste de raison. Et sur le fond, il semble clairement y avoir davantage de points communs avec la gauche qu’avec l’AfD: «J’ai énormément travaillé, j’ai toujours tenu le coup, mais en réalité, je n’en peux plus», critique-t-elle à propos du relèvement prévu de l’âge de la retraite.

Les prix élevés la dérangent également. «Parmi mes clientes, presque plus personne ne peut se permettre d’acheter un sous-vêtement ou même un chocolat», dit-elle. Leur situation ne sera probablement pas améliorée par l’AfD, parti social-chauviniste, bien au contraire. Pour les regagner, les autres partis devraient «faire en sorte que je puisse aller chez le médecin et que j’obtienne un rendez-vous», s’indigne-t-elle.

Et bien qu’elle soit actuellement «très focalisée sur l’AfD», elle ne semble pas s’identifier totalement à ce parti: «Je vais leur donner une chance pour l’instant. S’ils se plantent, ils devront se retirer.» (Publié dans la TAZ le 6 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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