
Par Dieter Reinisch, Vienne
À première vue, le message de la réunion tenue à Strasbourg peut paraître déconcertant. C’est en effet le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, Parti de la liberté d’Autriche) [1], parti d’extrême droite, qui a organisé à Strasbourg un congrès international sur les «menaces que font peser l’islamisme et l’antisémitisme sur la liberté de l’Europe» [le 16 septembre 2026] [2].
C’est là que le président fédéral du FPÖ, Herbert Kickl, a prononcé un discours dans lequel il a «tendu la main aux communautés juives en vue d’un nouveau partenariat fondé sur la confiance et la coopération pratique», comme l’a indiqué le parti. «Nous sommes les nouveaux protecteurs des intérêts juifs», a déclaré Herbert Kickl, tout en saluant la politique de colonisation israélienne en Cisjordanie. L’intention de cette intervention était ainsi clairement affichée. Le chef du FPÖ a annoncé son intention de transférer l’ambassade autrichienne à Jérusalem s’il entre au gouvernement à l’issue des prochaines élections. Dans les derniers sondages, le FPÖ recueille entre 36 et 39% des intentions de vote, soit plus de 15 points de pourcentage d’avance sur l’ÖVP (Parti populaire autrichien, chrétien-démocrate) qui occupe la deuxième place.
Plusieurs responsables politiques du parti israélien Likoud ont participé à la conférence de Strasbourg. Ariel Kallner, député à la Knesset et fondateur du mouvement «Zionist Horizon», ainsi qu’Ariel Bulshtein, directeur politique du Likoud et fondateur du mouvement de lobbying «Faces of Israel», se sont exprimés lors de la conférence au sujet du 7 octobre 2023. Dans leurs discours, tous deux ont souligné que cette attaque ne visait pas seulement Israël, mais également l’Europe et ses valeurs «judéo-chrétiennes» [3]. Le message était le suivant: ce qui se passe aujourd’hui en Israël pourrait se produire demain en Europe. En effet, de nombreux musulmans en Europe «ne souhaitent pas s’intégrer à l’Europe, mais veulent que l’Europe fasse partie de la nation islamique». Israël serait un rempart contre l’islamisme, y compris en Europe, mais l’Union européenne s’opposerait à Israël, a-t-on pu entendre. La lutte commune contre les musulmans et l’islam unit non seulement le FPÖ et le Likoud, mais aussi d’autres partis d’extrême droite en Europe.
La conférence a été organisée par Harald Vilimsky, chef de la délégation du FPÖ au Parlement européen, en marge de la réunion du groupe «Patriotes pour l’Europe» (PfE) [4]. Des représentants d’autres partis d’extrême droite européens, tels que le Fidesz hongrois et le Vox espagnol, y ont également pris part, ainsi qu’un représentant des colons juifs de Cisjordanie. Harald Vilimsky a fièrement évoqué un «axe d’amitié» qu’il aurait établi avec des dirigeants israéliens. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, s’est également déclaré sur X satisfait de la conférence.
Le FPÖ entretient des liens avec Israël bien avant ce congrès: dès 2014, Norbert Hofer, alors deuxième vice-président du Conseil national (Chambre basse du système parlementaire autrichien), s’était rendu en Israël avec une délégation du FPÖ. Mais ces contacts ont été considérablement intensifiés au cours des deux dernières années par le député européen Harald Vilimsky. C’est surtout la lutte commune contre les musulmans et l’islam qui unit les responsables politiques israéliens à l’extrême droite européenne. En avril 2025, Benyamin Netanyahou avait rendu visite à Viktor Orbán, alors chef du gouvernement hongrois. Au printemps dernier, le fils de Netanyahou avait participé à une réunion des partis de droite à Budapest.
En février 2026, le Likoud a obtenu le statut d’observateur au sein du PfE – avec 84 députés, le PfE est le troisième groupe politique de l’UE en termes d’importance, dont fait également partie le FPÖ. En marge d’une réunion du PfE à Madrid (8-9 février 2025, Kickl avait alors déclaré que le Likoud était «le plus grand parti de droite en Israël». Son admission au sein du PfE montrait que «le mythe de l’“isolement international” s’effondre», même s’il était conscient «que cette coopération ne plaît pas à tout le monde». En janvier 2026, Harald Vilimsky a finalement pris la tête d’une délégation de l’UE en Israël. La visite s’est conclue par une photo de groupe avec Benyamin Netanyahou et la ministre des Transports, Miri Regev [ancienne générale]. En mai, Harald Vilimsky a finalement pris part aux «célébrations de la réunification de Jérusalem». Des rencontres ont notamment eu lieu à cette occasion avec le président Isaac Herzog et le président de la Knesset, Amir Ohana. L’invitation à la cérémonie officielle d’État avait été lancée par Miri Regev.
Il y a 27 ans, la participation du FPÖ au gouvernement avait encore suscité de vives protestations en Israël, le parti étant le successeur direct [en 1956] de l’Union des Indépendants [Verband der Unabhängigen–VdU], fondée pour accueillir d’anciens membres du NSDAP. Les deux parties ont depuis découvert des points communs en matière de politique intérieure et étrangère et continuent d’entretenir des relations aussi étroites que possible. (Article publié dans Junge Welt le 23 septembre 2026; traduction-édition rédaction A l’Encontre)
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[1] En février 2025, après cinq semaines de négociations avec l’ÖVP (Parti populaire autrichien, chrétien-démocrate), le président du FPÖ Herbert Kickl échoue à former une coalition gouvernementale malgré sa victoire aux élections législatives. En septembre 2024, le FPÖ a obtenu 28,85% des voix et 57 sièges, en hausse de 26%. L’ÖVP obtenait 26,27% des suffrages et 51 sièges. Le SPÖ 21,14%, 21 sièges. Le gouvernement n’entre en fonction que le 3 mars 2025. (Réd.)
[2] Dans les rangs du FPÖ, en 2018, un élu a dû être suspendu car il diffusait sur les réseaux sociaux des citations d’Hitler. Un candidat n’hésitait pas à faire l’apologie du régime nazi. De plus, diverses polémiques ont éclaté à propos de la publication d’articles dans la revue d’extrême droite Die Aula qui a ouvert ses colonnes à des articles négationnistes. (Réd.)
[3] Voir à propos de la dite notion «civilisation judéo-chrétienne» l’ouvrage de Sophie Bessis La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture, Les liens qui libèrent, nouvelle édition août 2026.
[4] Parmi les partis membres du PfE on trouve le RN et l’UDR (Union des droites pour la République, le Fidesz, la Lega, Vox, Chega (Portugal), Vlaams Belang (Belgique, Parti pour la liberté (Pays-Bas), Parti populaire danois. (Réd.)

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