Venezuela. Delcy Rodríguez, une pièce maîtresse d’une collaboration préétablie avec Marco Rubio

De gauche à droite: Jorge Rodriguez, Delcy Rodriguez et Diosdado Cabello.

Par Aram Roston

[Le thème de la démocratie n’a pas couronné le raid impérialiste sur le Venezuela de Maduro et le kidnapping de ce dernier. En effet, il a été effacé par le pétrole et des objectifs plus complexes, voir à ce sujet l’article d’Adam Hanieh publié sur ce site le 19 janvier. La présentation avant tout «économique» du raid se comprend mieux à la lumière du type de collaboration avec une partie de l’appareil maduriste que l’administration Trump avait préétabli et qui est mis en relief par l’article d’Aram Roston. – Réd. A l’Encontre]

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Avant que l’armée américaine n’enlève le président du Venezuela, Nicolás Maduro, au début du mois [dans la nuit du 2 au 3], Delcy Rodríguez et son influent frère se sont engagés à coopérer avec l’administration Trump une fois que l’homme fort aurait disparu, ont déclaré au Guardian quatre sources haut placées impliquées dans les discussions.

Delcy Rodríguez – qui a prêté serment le 5 janvier en tant que présidente par intérim pour remplacer Maduro – et son frère Jorge, président de l’Assemblée nationale, ont secrètement assuré aux responsables états-uniens et qataris, par l’intermédiaire de tiers, qu’ils accueilleraient favorablement le départ de Maduro, selon ces sources.

Les communications entre les responsables américains et Delcy Rodríguez, alors vice-présidente de Maduro, ont commencé à l’automne 2025 et se sont poursuivies après l’entretien téléphonique crucial entre Trump et Maduro fin novembre, a appris le Guardian, au cours duquel Trump a insisté pour que Maduro quitte le Venezuela. Maduro a rejeté cette demande.

En décembre, un Américain impliqué dans ces discussions a déclaré au Guardian que Delcy Rodríguez avait fait savoir au gouvernement des Etats-Unis qu’elle était prête: «Delcy disait que Maduro devait partir.» Selon une autre personne familière avec les messages, Delcy Rodriguez a déclaré: «Je m’adapterai aux conséquences, quelles qu’elles soient.»

Selon ces sources, Marco Rubio, secrétaire d’État et conseiller à la Sécurité nationale de Trump, d’abord sceptique quant à la collaboration avec des éléments du régime maduriste, en est venu à croire que les promesses de Delcy Rodríguez étaient le meilleur moyen d’éviter le chaos une fois Maduro parti.

La promesse de coopération faite par Delcy et Jorge Rodríguez avant le raid contre Maduro n’avait pas été rapportée auparavant. En octobre, le Miami Herald avait fait état de négociations avortées via le Qatar, dans lesquelles Delcy avait proposé d’agir en tant que chef du gouvernement de transition si Maduro démissionnait [les intérêts pétroliers communs, depuis longtemps, expliquent les liens entre le pouvoir vénézuélien et le pouvoir qatari].

L’agence Reuters a rapporté dimanche 17 janvier que Diosdado Cabello, le puissant ministre de l’Intérieur vénézuélien, qui contrôle la police et les forces de sécurité [les collectivos], avait également eu des discussions avec les États-Unis quelques mois avant l’opération contre Maduro.

Toutes les sources affirment qu’il y avait une nuance importante dans l’accord conclu par Delcy Rodríguez: si la famille Rodríguez avait promis d’aider les États-Unis une fois Maduro parti, elle n’avait pas accepté de les aider activement à le renverser. Les sources insistent sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État orchestré contre Maduro par le frère et la sœur Rodríguez.

Quelques heures après le raid, Trump a semblé confirmer les discussions. Il a déclaré au New York Post que Delcy Rodríguez était d’accord. «Nous lui avons parlé à plusieurs reprises, et elle comprend, elle comprend.»

Suite à la publication de cet article du New York Post, le gouvernement vénézuélien l’a qualifié de «faux» dans un message sur X, sans donner plus de détails. La Maison Blanche n’a pas répondu aux questions détaillées.

De nombreuses discussions officielles ont eu lieu entre des responsables de l’administration Trump et le gouvernement vénézuélien dirigé par Maduro, en plus des conversations secrètes.

Maduro lui-même avait rencontré Ric Grenell [ancien directeur du Renseignement national dans la fin du mandat de Trump I], un proche collaborateur de Trump, dix jours seulement après l’investiture de Trump, pour discuter des prisonniers états-uniens, qui ont été rapidement libérés.

Selon deux sources proches des échanges, les principaux collaborateurs de Trump ont poursuivi assez fréquemment les discussions officielles avec Delcy et Jorge Rodríguez afin de coordonner, par exemple, les vols bihebdomadaires des Vénézuéliens expulsés des États-Unis. Il y avait une multitude de questions à résoudre: où les vols d’expulsion allaient atterrir, le statut des Vénézuéliens emprisonnés au Salvador et les prisonniers politiques [au Venezuela] qui pouvaient être libérés.

Pendant ce temps, Delcy Rodríguez a conservé des liens personnels très étroits avec le Qatar, où les membres de la famille régnante la considéraient comme une amie, selon des sources proches de leur relation. Le Qatar, un allié clé des États-Unis, a fait don d’un jet de luxe de 400 millions de dollars à Trump, un cadeau sans précédent d’un pays étranger à un président des Etats-Unis. Il a utilisé la bonne volonté dont il jouissait à la Maison Blanche de Trump pour ouvrir davantage de portes à Delcy Rodríguez dans le cadre de négociations secrètes, ont indiqué deux des sources haut placées.

Comme l’a rapporté le Miami Herald en octobre, Delcy Rodríguez a tenté de proposer un gouvernement de transition, dirigé par elle-même, qui gouvernerait le Venezuela si Maduro acceptait une retraite, préparée à l’avance, dans un refuge présumé sûr. Le plan a échoué et Delcy Rodríguez a vivement dénoncé cette histoire, mais des Américains influents ont commencé à penser qu’elle était loin d’être une dirigeante dogmatique et unidimensionnelle.

Ceux qui la connaissent la décrivent comme une personne aux excentricités désarmantes qui l’aident à nouer facilement des liens. Elle boit du champagne, a un entraîneur privé de tennis de table et a tendance à défier les dignitaires étrangers à des parties.

En octobre 2025, selon certaines sources, même les membres de l’administration les plus agressifs à l’égard de Maduro étaient prêts à travailler avec elle.

L’un des facteurs favorables résidait dans sa promesse de travailler avec les compagnies pétrolières des Etats-Unis et sa connaissance des dirigeants américains du secteur pétrolier. «Delcy est la plus déterminée à travailler avec le pétrole des Etats-Unis», a indiqué l’un de ses alliés.

Selon les sources, Mauricio Claver-Carone, ancien envoyé spécial de Trump pour l’Amérique latine [de 2020 à 2022, président de la Banque interaméricaine de développement] qui avait toujours l’oreille de Marco Rubio malgré son départ du gouvernement, était l’un des principaux soutiens. Mauricio Claver-Carone a refusé de réagir à ce propos.

L’objectif principal des États-Unis était d’assurer la stabilité une fois Maduro écarté, compte tenu des prévisions de potentielle guerre civile et de chaos. Une autre source a déclaré que «le plus important était d’éviter un État défaillant» [l’exemple désastreux de l’Irak servait de toile de fond à cette crainte].

Ce n’est qu’à la fin de l’automne que Delcy Rodríguez et son frère ont réellement entamé des discussions avec les États-Unis dans le dos de Maduro.

Maduro s’est entretenu avec Trump au téléphone en novembre, et dès la semaine suivante, il était clair que Maduro ne partirait pas.

Pour Delcy Rodríguez, c’était un exercice délicat. Selon les sources mentionnées, elle n’a pas accepté de trahir activement Maduro au moment où ils ont fait leur offre. «Elle le craignait», a déclaré un responsable proche du dossier.

Lorsque les hélicoptères d’attaque américains ont survolé Caracas début janvier, Delcy Rodríguez était introuvable. Des rumeurs ont couru selon lesquelles elle s’était enfuie à Moscou, mais deux sources affirment qu’elle se trouvait sur l’île de Margarita [qui fait partie des Petites Antilles], un lieu de villégiature vénézuélien. (Article publié par The Guardianle 22 janvier 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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