Gaza-dossier. Un projet immobilier colonial. Demain la Cisjordanie?

«New Gaza»

A la différence du héros de La Montagne magique, Hans Castorp, le bref séjour à Davos de Jared Kushner lors du WEF ne lui a pas fait reconnaître la réalité tragique de Gaza, mais l’a emporté dans un envol orwellien: son exhibition d’une Gaza dubaïsée. Dans ce dossier, nous présentons trois articles. Le premier résume les observations critiques immédiates et élémentaires face au show de télé-réalité de Kushner: le Master Plan New Gaza. Le second, oeuvre d’un journaliste palestinien résidant à Gaza, fait entendre le tragique de la quotidienneté de la population et sa négation par les autorités israéliennes. Le troisième, un article d’actualité du quotidien Haaretz – que Netanyahou veut étrangler – exprime un scepticisme, teinté d’ironie, à propos du projet d’un quarteron de milliardaires de l’immobilier. (Réd. A l’Encontre)

1) «Ingénierie coloniale»: la vision de Kushner pour Gaza

Par Middle East Eye

La vision de Jared Kushner pour une «nouvelle Gaza», avec ses gratte-ciel étincelants équipés d’intelligence artificielle et ses stations balnéaires, a été vivement critiquée après sa présentation jeudi 22 janvier au Forum économique mondial de Davos, en Suisse.

Jared Kushner, conseiller et gendre du président des Etats-Unis Donald Trump, a présenté ce qu’il qualifie de vision économique globale pour l’avenir de l’enclave, consistant à reconstruire le territoire à partir de zéro avec des tours résidentielles, des centres de données et des stations balnéaires, et à inscrire cette initiative dans le cadre des efforts déployés par Trump pour faire progresser un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, mis à mal par des violations répétées. [En effet, ce 23 juin, Ajith Sunghay, chef du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé, écrit: «La crise à Gaza est loin d’être terminée. Des personnes meurent chaque jour, tant en raison des attaques israéliennes que des restrictions imposées par Israël à l’entrée de l’aide humanitaire, en particulier les abris, ce qui entraîne des décès dus au froid et à l’effondrement des bâtiments.» (ONU Info) – Réd.]

Il a déclaré que le plan serait guidé par les principes du «libre marché».

«Nous voulons appliquer les principes de l’économie de marché libre. Nous voulons appliquer à Gaza la même mentalité et la même approche que celles dont le président Trump a parlé pour les États-Unis.»

Décrivant l’ampleur des destructions, Jared Kushner a déclaré à l’auditoire du WEF que Gaza avait subi «deux ans de guerre, 90’000 tonnes de munitions», laissant «plus de 60 millions de tonnes de décombres» et «des dizaines de milliers de morts».

Ce plan a suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux, les internautes l’accusant de remodeler Gaza à travers ce qu’ils ont qualifié d’ingénierie de type colonial et de surveillance permanente, tout en coupant le territoire de sa culture et de son caractère arabes.

La baronne Meral Hussein-Ece [libérale-démocrate], membre de la Chambre des lords britannique [depuis 2010], a écrit sur X: «Voilà donc où nous en sommes. Il a toujours été question de vol de terres et de profits au détriment des êtres humains.»

Le juriste Ramy Abdu [Palestinien, expert juridique et financier; sa soeur avec toute sa famille a été tuée à Gaza par un bombarde israélien en mars 2025] a averti que les Palestiniens faisaient face à «un plan visant à éliminer leur présence même, plan fondé sur la domestication, l’asservissement et le contrôle».

L’idée n’est pas entièrement nouvelle. Trump avait déjà suggéré de transformer Gaza en une «Riviera» lors de discussions antérieures sur la reconstruction d’après-guerre, la présentant comme un pôle touristique méditerranéen potentiel. Ces commentaires avaient déjà suscité une controverse à l’époque, les détracteurs affirmant que cette vision réduisait l’avenir de Gaza à un projet immobilier tout en ignorant les droits des Palestiniens et les réalités sur le terrain. Plusieurs alliés arabes des États-Unis avaient alors rejeté catégoriquement ce plan.

La proposition avait également été comparée à d’autres projets de développement très médiatisés dans la région. Monica Marks, chercheuse à l’université de New York à Abu Dhabi, a écrit sur X: «On dirait que le même cabinet de conseil qui a réalisé la maquette du projet pharaonique saoudien, The Line, a réalisé les maquettes du projet fantaisiste de Trump: la Riviera de Gaza.»

La militante et avocate [sur les questions de santé et de logement à New York] Melanie D’Arrigo a accusé sur Instagram l’administration Trump d’exploiter la crise à des fins lucratives, écrivant: «L’administration Trump n’a pris le contrôle de Gaza que pour étendre son empire immobilier et celui de ses amis. Le monde voit la mort, la destruction et l’injustice, et eux voient des dollars.»

D’autres ont remis en question le postulat et les implications de la proposition. Hugh Lovatt, chercheur senior au Conseil européen pour les relations internationales, a écrit sur X que toute personne connaissant Gaza pouvait voir à quel point ce projet était irréaliste, le décrivant comme «le rasage de quartiers entiers pour créer une nouvelle entité sociale, politique et économique de substitution», et avertissant que des approches similaires pourraient ensuite être appliquées aux camps de réfugiés de Cisjordanie.

Les internautes arabophones ont également réagi en ligne, certains affirmant que le plan conduirait à la revente des biens saisis aux Palestiniens à des prix gonflés et transformerait la population de Gaza en une main-d’œuvre exploitée au service de l’économie israélienne, accumulant des richesses pour Israël au détriment d’un peuple dépouillé de ses terres et de ses droits.

Des journalistes et écrivains ont également exprimé leur inquiétude. Le journaliste Barry Malone [éditeur en chef jusqu’en juillet 2025 de Thomson Reuters Foundation, animateur de The Stream pour Al Jazeera] a écrit sur X: «Je n’arrive pas à croire que cela soit vraiment en train de se produire. J’en ai la nausée», tandis que la romancière Susan Abulhawa a déclaré sur X: «Il s’agit d’un plan visant à effacer le caractère indigène de Gaza, à transformer ce qui reste de son peuple en une main-d’œuvre bon marché pour gérer ses “zones industrielles” et à créer un littoral exclusif pour le “tourisme”. Les Palestiniens seront repoussés derrière des murs et des barrières, et recyclés dans des “écoles techniques” afin de servir l’idéologie suprémaciste d’Israël.»

Le diplomate Mohamad Safa [dont la structure PVA-Patriotic Vision est accréditée auprès du Conseil économique et social de l’ONU] a résumé l’indignation générale en écrivant sur X: «Ils vendent Gaza à Davos.»

Jeudi 22 janvier, Trump a officiellement annoncé la charte du «Conseil de la paix» lors du Forum économique mondial de Davos. [La réalité et le sens du Conseil de la paix seront analysés dans de futurs articles. – Réd.] (Article publié sur le site Middle East Eye le 22 janvier 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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2) Gaza. «Malgré le cessez-le-feu, le blocus israélien ne laisse passer qu’un filet d’aide»

Le vrai Gaza.

Par Ahmed Ahmed

Au début de la nouvelle année, Saber Dawas se trouvait dans le stade Yarmouk de la ville de Gaza, où lui et sa famille avaient été déplacés depuis qu’Israël avait bombardé leur maison à Beit Lahiya en décembre 2023. Aujourd’hui, il devait repartir de zéro: de fortes pluies et des vents violents avaient détruit la tente de fortune de sa famille et inondé leurs biens.

«Ma femme et mes six filles pleuraient de froid», a déclaré Saber Dawas au magazine +972. «J’étais désemparé, j’essayais de maintenir la tente debout à l’aide d’un bâton en bois, mais elle a été emportée par le vent.»

La famille de Dawas fait partie des plus d’un million de Gazaouis qui ont besoin d’un abri d’urgence, et près de 800’000 d’entre eux vivent dans des zones sujettes aux inondations lors des récentes tempêtes hivernales. Pourtant, malgré les termes du cessez-le-feu d’octobre, Israël continue d’imposer des restrictions sévères à l’entrée de biens, notamment de maisons préfabriquées, de mobile home et d’autres matériaux de construction d’abris, et les Palestiniens comme Saber Dawas ont du mal à trouver les moyens de survie de base.

«Ma famille et moi attendons l’arrivée de mobile homes pour pouvoir vivre dans la dignité au lieu d’être humiliés dans des tentes», a ajouté Saber Dawas. «S’il s’agit d’un véritable cessez-le-feu, pourquoi Israël continue-t-il de fermer les frontières et de restreindre l’entrée de biens de première nécessité, notamment les mobil homes, l’aide humanitaire, les produits commerciaux et même les médicaments et le lait pour ma fille?»

La plus jeune fille de Saber Dawas, Hoor, âgée de deux ans, souffre d’un cancer de l’estomac et de malnutrition sévère. Elle ne peut consommer en toute sécurité que des préparations médicales spécialisées appelées F100 et F75, prescrites par les médecins pour les enfants gravement malades et souffrant de malnutrition.

Mais Saber Dawas n’a pas réussi à les trouver dans les pharmacies, les cliniques ou auprès des organisations humanitaires opérant à Gaza, car Israël continue d’empêcher l’Unicef d’acheminer près d’un million de bouteilles de lait pour enfants dans la bande de Gaza.

«Depuis le cessez-le-feu, chaque fois que nous demandons du lait aux ONG ou aux pharmacies, elles nous répondent qu’Israël ne l’autorise pas à entrer à Gaza», a déclaré Sanabel, l’épouse de Saber Dawas et mère de Hoor.

Hoor doit également quitter Gaza de toute urgence pour recevoir des soins médicaux; le secteur de la santé ayant été largement détruit par la campagne israélienne, les médecins ne disposent pas des équipements d’imagerie nécessaires pour déterminer la gravité et la progression de son cancer. [Voir à ce propos le dossier publié sur ce site le 16 janvier https://alencontre.org/moyenorient/palestine/gaza-deux-rapports-portant-sur-les-traumatismes-des-femmes-et-des-nouveau-nes-qualifient-la-guerre-menee-a-gaza-par-le-gouvernement-netanyahou.html.]

«La grave pénurie de médicaments anticancéreux, le refus de fournir des services de diagnostic essentiels et la fermeture continue des points de passage empêchant les patients de se rendre à l’étranger pour se faire soigner ont créé une réalité tragique, mettant la vie des patients en danger constant», a expliqué Talha A. Balousha, superviseur au Centre anticancéreux de Gaza du ministère de la Santé.

Même les médicaments anticancéreux qui sont entrés à Gaza par l’intermédiaire du ministère après le cessez-le-feu restent bien en deçà de ce qui est nécessaire pour répondre à la demande des patients qui ont besoin d’un traitement continu et spécialisé.

«Le cessez-le-feu n’a rien changé et n’a pas conduit à une amélioration significative des services médicaux, ni en termes d’équipements spécialisés ni en termes de médicaments de base», a-t-il poursuivi. «Les patients ne peuvent pas recevoir de chimiothérapie et, en raison de la pénurie aiguë d’analgésiques, ils sont contraints de supporter des souffrances extrêmes. Certains meurent sans avoir accès à aucun soulagement de la douleur.»

En effet, des médecins ont récemment signalé que les décès liés au cancer avaient triplé depuis octobre 2023. Hoor a reçu une demande de transfert médical hautement prioritaire en juillet dernier, après que les médecins de l’International Medical Corps dans le sud de Gaza ont diagnostiqué un cancer de l’estomac. Mais comme 18’500 autres Gazaouis, elle attend toujours qu’Israël facilite son évacuation – et Saber Dawas sait que le temps presse.

«Nous attendons toujours qu’Israël ouvre les frontières afin que nous puissions soigner notre fille avant qu’elle ne meure sous nos yeux», a-t-il déclaré.

«Je passe devant les fruits et légumes, démuni»

Bien qu’Israël ait accepté d’autoriser l’entrée de 600 camions d’aide dans la bande de Gaza chaque jour dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu, les autorités locales affirment que seuls 200 camions entrent dans la bande de Gaza, dans le meilleur des cas. Les diplomates européens seraient en train de reconsidérer leur participation au Centre de coordination civilo-militaire dirigé par les États-Unis dans le sud d’Israël, en partie parce que la plupart des camions entrant à Gaza depuis octobre ne transportent que des marchandises commerciales et qu’il n’y a pas eu d’augmentation notable de l’aide humanitaire.

Par ailleurs, Ahmed Abu Qamr, chercheur en économie à Gaza, estime que Gaza a en réalité besoin d’au moins 1000 camions par jour pour répondre aux besoins élémentaires, soit cinq fois plus que ce qu’Israël autorise actuellement.

Israël n’a autorisé qu’un petit nombre d’importateurs gazaouis agréés à faire entrer des marchandises dans la bande de Gaza. Ceux-ci ont déclaré avoir versé des millions de dollars en «frais de coordination» à l’armée israélienne. Bénéficiant d’un monopole sur les importations, ils peuvent répercuter ces frais sur d’autres commerçants qui n’ont pas l’agrément israélien et augmenter le coût des marchandises sur les marchés locaux. «Ces frais font grimper les prix jusqu’à huit fois plus qu’avant la guerre», a déclaré Ahmed Abu Qamr.

«Moins de 5% de la population de Gaza peut se permettre d’acheter des produits de base, tandis que la grande majorité vit dans la pauvreté et dépend des organisations caritatives.»

Israël restreint encore davantage les denrées alimentaires essentielles telles que le poulet, la viande et les œufs, les laissant se gâter dans les camions ou exigeant des frais de coordination plus élevés, ce qui entraîne une flambée de leurs prix. Parallèlement, des snacks transformés malsains entrent avec moins de restrictions. «Ces produits ne peuvent pas remplacer les aliments nutritifs», a déclaré Abu Qamr. «Des milliers de familles à Gaza n’ont pas mangé de légumes ou de fruits depuis des mois.»

Ayman Madoukh, un Palestinien d’une cinquantaine d’années qui travaillait dans le bâtiment, attendait désespérément le cessez-le-feu pour pouvoir retourner travailler et nourrir sa famille. Mais même si les magasins locaux vendent à nouveau des produits frais, il n’a pas les moyens de les acheter.

«Je me rends souvent au marché pour acheter des produits de première nécessité, mais je n’ai pas assez d’argent pour acheter tout ce dont ma famille a besoin», explique Ayman Madoukh. «Je passe devant les fruits et légumes et je rentre chez moi avec un sentiment de désespoir et une profonde tristesse.»

Père de six enfants, Ayman Madoukh et sa famille ont vécu de leurs économies jusqu’à ce qu’elles soient épuisées l’été dernier. Il dépend désormais des revenus de l’un de ses fils, qui travaille dans un petit centre commercial du centre-ville de Gaza, et de l’aide occasionnelle de son frère résidant en Turquie.

Sans revenus stables, la famille d’Ayman Madoukh dépend en grande partie des colis alimentaires humanitaires distribués par des organisations telles que l’Unicef. Mais il affirme que les distributions sont insuffisantes et ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels, surtout après des mois de famine. Bien que la bande de Gaza ne soit plus en état de famine, les niveaux de faim restent critiques.

«Au lieu de poulet, de viande, d’œufs ou de légumes, je n’ai reçu que des sacs de farine et de haricots depuis le cessez-le-feu», a déclaré Ayman Madoukh. «Ce n’est ni sain ni suffisant.»

«Les gens ont été bombardé d’aide limitée à une seule catégorie d’aliments, principalement de la farine blanche et des conserves bon marché», a également noté Abu Qamr. Souvent, le coût du transport pour aller chercher l’aide dépasse la faible valeur de ce qu’ils collectent, de sorte que certaines familles renoncent à la distribution.

«Israël a poussé les habitants de Gaza à dépendre presque entièrement de l’aide humanitaire», a-t-il poursuivi. «Avant la guerre d’octobre 2023, environ 55% de la population de Gaza dépendait de l’aide humanitaire; aujourd’hui, ce chiffre est passé à 95%.»

Autoriser l’aide humanitaire à Gaza n’est pas une faveur

Aujourd’hui, une situation humanitaire déjà désastreuse va être poussée à son paroxysme après qu’Israël a révoqué les licences de fonctionnement de certaines organisations internationales qui fournissent une aide dans les territoires palestiniens occupés. Trente-sept organisations internationales, dont l’International Rescue Committee et Médecins sans frontières, ont vu leur licence suspendue le 1er janvier et se sont vu accorder un délai de 60 jours pour cesser leurs activités à Gaza et en Cisjordanie. [Antérieurement, l’UNRWA, l’organisation ayant le réseau de distribution le plus efficace, a été interdite d’activités par le gouvernement Netanyahou.]

Le ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme a déclaré que les 37 organisations figurant sur la liste ne répondaient pas à ce qu’il a qualifié d’exigences en matière de «sécurité» et de «transparence». Mais le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a qualifié ces suspensions (le 31 décembre 2025) d’«arbitraires», avertissant qu’elles «aggravaient encore une situation déjà intolérable pour la population de Gaza».

«Refuser l’assistance médicale à des civils est inacceptable en toutes circonstances, et il est révoltant d’utiliser l’aide humanitaire comme un outil politique ou une punition collective», a écrit Médecins sans frontières en réponse aux suspensions décidées par Israël. «Autoriser l’aide humanitaire à Gaza n’est pas une faveur, c’est une obligation en vertu du droit international.»

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Face à la description de cette réalité par un journaliste palestinien vivant à Gaza, le magazine israélien +972 a demandé un commentaire aux autorités israéliennes. Un porte-parole du Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) – la branche civile du gouvernement militaire israélien en Cisjordanie et à Gaza occupées – a affirmé [sans sourciller] qu’«Israël ne restreint pas les denrées alimentaires essentielles et que leur entrée est facilitée conformément aux demandes des organisations d’aide internationales».

Le porte-parole a également affirmé qu’«entre 600 et 800 camions d’aide humanitaire entrent chaque jour dans la bande de Gaza», dont 70% transportent de la nourriture, et que le COGAT a «effectué des préparatifs importants pour la période hivernale» à Gaza en facilitant l’entrée de «plus de 490’000 tentes familiales, draps et bâches». Le porte-parole israélien également nié qu’Israël restreigne l’entrée de médicaments et a insisté sur le fait qu’«Israël agit pour permettre et faciliter l’entrée de tout le matériel médical nécessaire et continue de faciliter l’entrée dans la bande de Gaza de camions transportant des fournitures médicales, sans limitation quantitative».

Selon le porte-parole du COGAT, Israël «ne restreint pas non plus la sortie des résidents de la bande de Gaza dans le but de recevoir des soins médicaux dans un pays tiers. Au contraire, Israël encourage les pays du monde entier à soumettre des demandes d’évacuation de patients de la bande de Gaza, en mettant l’accent sur les enfants et leurs soignants, et est prêt à aider au processus d’évacuation sous réserve de la réception d’une demande officielle du pays d’accueil». Le porte-parole a affirmé que 42’000 résidents ont été évacués de Gaza depuis le début de la guerre, et «des dizaines, voire des centaines» chaque semaine au cours des derniers mois.

Concernant la récente suspension des licences de fonctionnement des organisations internationales opérant à Gaza et en Cisjordanie, le porte-parole a indiqué qu’«en raison d’informations crédibles reçues concernant l’exploitation de l’aide humanitaire par le Hamas, les autorités de sécurité ont mis en place un nouveau mécanisme pour l’entrée, le contrôle et la supervision de l’aide humanitaire. Dans le cadre de ce mécanisme, les organisations sont tenues de suivre une procédure d’enregistrement en bonne et due forme auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora, qui comprend, entre autres, la soumission d’une liste des employés de l’organisation opérant à Gaza pour un contrôle de sécurité préalable. Le volume de l’aide entrant chaque jour à Gaza ne dépend pas de ces organisations, et la mise en œuvre de la loi n’aura aucune incidence négative sur le volume de l’aide humanitaire à l’avenir.» (Article publié par le site +972 le 22 janvier 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

Ahmed Ahmed est le pseudonyme d’un journaliste de la ville de Gaza qui a demandé à rester anonyme par crainte de représailles.

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3) «Une magnifique propriété»: le «nouveau Gaza» avec des gratte-ciel et un aéroport

Le plan de ceux qui se veulent les maîtres de Gaza.

Par Ben Kroll

Jared Kushner, envoyé des Etats-Unis et membre du conseil d’administration du Conseil de paix [thème que nous traiterons plus tard], a présenté jeudi la vision futuriste des États-Unis pour la reconstruction de la «nouvelle Gaza», qui comprend à la fois un aéroport et un port maritime pour la bande de Gaza [voir l’article publié sur ce site le 17 janvier https://alencontre.org/laune/gaza-les-milliardaires-de-limmobilier-et-le-comite-colonial-trumpiste-qui-se-charge-de-gaza.html Les milliardaires de l’immobilier et le comité colonial trumpiste qui se charge de Gaza].

Le gendre du président américain Donald Trump a déclaré lors du lancement du Conseil de paix présidé par son beau-père: «Au début, nous avons envisagé l’idée de dire: “Construisons une zone libre [sans Hamas], puis nous aurons une zone avec le Hamas”. Mais ensuite nous avons préféré nous dire: “Préparons-nous simplement à un succès retentissant”.»

S’exprimant lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos [du 19 au 23 janvier], en Suisse, Jared Kushner a présenté [le 22janvier] les grandes lignes du processus de reconstruction, qui devrait se dérouler par étapes, en commençant par Rafah, dans le sud de Gaza.

Selon la présentation de Jared Kushner, le plan pour la «New Rafah» prévoit la construction de plus de 100’000 logements permanents, ainsi que de 200 centres éducatifs et 75 établissements médicaux.

Kushner a expliqué comment des villes de cette taille peuvent être construites en quelques années au Moyen-Orient: «Nous pensons que cela peut être réalisé en deux ou trois ans. Nous avons déjà commencé à déblayer les décombres et à procéder à certaines démolitions.»

La présentation comprend une illustration générée par ordinateur montrant des centaines de bâtiments dans la «New Rafah», avec des avenues bordées d’arbres et des ronds-points. Dans la «New Gaza», cependant, les bâtiments semblent plus écologiques et futuristes, et la présentation suggère qu’elle pourrait devenir une plaque tournante pour les transports et le tourisme, ainsi qu’un lieu dédié aux infrastructures numériques et énergétiques.

«Cela pourrait être un espoir, une destination, accueillir de nombreuses industries et devenir un lieu où les habitants pourraient s’épanouir et trouver de bons emplois», a déclaré Jared Kushner, ajoutant que «cela donnerait vraiment aux habitants de Gaza la possibilité de réaliser leurs aspirations».

Une carte présentant le «plan directeur» pour Rafah et la ville de Gaza comprend quatre phases distinctes, la première phase étant divisée en trois sous-sections. Selon ce plan, la première étape comprendrait le «passage frontalier trilatéral de Rafah» – impliquant Israël à la frontière actuelle entre Gaza et l’Égypte – qui, selon le chef du comité technocratique palestinien Ali Shaath, devrait rouvrir la semaine prochaine.

La création d’un aéroport et d’un port maritime près de la frontière avec l’Égypte est indiquée sur la carte du plan, mais le calendrier de leur construction n’est pas précisé. De plus, on ignore encore combien coûtera la reconstruction de Gaza et qui la financera.

La présentation comprenait une projection selon laquelle la reconstruction créerait plus d’un demi-million d’emplois, tandis qu’environ 30 milliards de dollars seraient investis dans les services publics, les services collectifs, les quartiers commerciaux et d’affaires, la reconversion de la main-d’œuvre et le financement de subventions et de prêts.

Kushner a également lié la reconstruction de Gaza à la démilitarisation du Hamas. «Sans cela, nous ne pouvons pas reconstruire», a-t-il déclaré, expliquant que «si le Hamas ne se démilitarise pas, cela empêchera Gaza et la population de Gaza de réaliser leurs aspirations, et c’est très important».

Il a également imploré toutes les parties de faire preuve de patience. «Je vois beaucoup de gens essayer d’aggraver la situation, vous savez, en critiquant Israël ou les Israéliens critiquant la Turquie ou le Qatar. Calmez-vous pendant 30 jours. La guerre est finie. Faisons de notre mieux pour essayer de travailler ensemble. Notre objectif ici est la paix entre Israël et le peuple palestinien.»

Dans son discours concluant la cérémonie de signature du Conseil de la paix, Trump a déclaré que Gaza est «un endroit formidable. Je suis un professionnel de l’immobilier dans l’âme. Regardez cet emplacement en bord de mer, une magnifique propriété en bord de mer. Cela pourrait être formidable pour les personnes qui y vivent dans la pauvreté. Très peu d’endroits sont comme celui-ci.» En désignant son équipe d’envoyés, dont Steve Witkoff, il a décrit une équipe «qui a accompli des tâches plus difficiles» dans le passé que la reconstruction de Gaza. (Article publié dans Haaretz le 22 janvier 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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