Ă€ Istanbul, l’annĂ©e 2021 a commencĂ© avec des centaines d’Ă©tudiants initiant une sĂ©rie de protestations sur le campus de l’UniversitĂ© Bogaziçi. Ils manifestaient contre la nomination, par dĂ©cret prĂ©sidentiel de Recep Tayyip Erdogan, le 1er janvier, d’un nouveau recteur. Melih Bulu, titulaire d’un doctorat en gestion des affaires et militant de longue date du Parti de la justice et du dĂ©veloppement (AKP), est le premier recteur choisi en dehors de l’universitĂ© depuis le coup d’État militaire de 1980. Les Ă©tudiants ont scandĂ© «Melih Bulu n’est pas notre recteur» et «Nous ne voulons pas d’un recteur nommĂ© par l’État». (La chanson «Master of Puppets» pouvait Ă©galement ĂŞtre entendue après que Bulu a donnĂ© un entretien dans lequel il prĂ©tendait ĂŞtre un type normal qui aime Metallica).
La police a affrontĂ© les manifestants Ă coups de tirs de gaz poivrĂ© et de balles en caoutchouc; dĂ©but fĂ©vrier, 560 Ă©tudiants avaient Ă©tĂ© placĂ©s en dĂ©tention, dont 10 arrĂŞtĂ©s et 25 condamnĂ©s Ă l’assignation Ă rĂ©sidence. Les manifestations se sont toutefois poursuivies, surtout avec un large soutien du corps enseignant. La plate-forme de solidaritĂ© des Ă©tudiants de Bo?aziçi exige la dĂ©mission de Bulu et, dĂ©but mars 2021, soixante-dix professeurs de l’universitĂ© ont demandĂ© au Conseil d’État d’annuler la nomination. Erdogan et les responsables de l’AKP ont qualifiĂ© les manifestants de terroristes, ont comparĂ© les Ă©tudiants aux manifestants impliquĂ©s dans le soulèvement du parc Taksim Gezi, en mai-juin 2013, et attaquĂ© les groupes d’Ă©tudiants LGBTQ – puisque selon l’AKP, les gays et les trans n’existent pas rĂ©ellement en Turquie. Ces idĂ©es dĂ©viantes sont une importation de l’Occident dĂ©cadent.
La rĂ©ponse du gouvernement aux protestations n’est bien sĂ»r pas une surprise. C’est la rĂ©pression brutale de mobilisation de Gezi de 2013 qui a rĂ©vĂ©lĂ© le vrai visage autoritaire de l’AKP. Depuis le coup d’État manquĂ© de 2016, l’appareil rĂ©pressif de l’État a intensifiĂ© ses efforts pour Ă©radiquer l’opposition. Les arrestations et les condamnations Ă des peines de prison de politiciens, de militants et de journalistes de l’opposition se poursuivent aujourd’hui, alors que le bilan de la Turquie en matière de droits humains continue de se dĂ©tĂ©riorer.
Mais ces dernières semaines, la politique rĂ©pressive de l’État turc s’est intensifiĂ©e. Outre la tentative d’interdire une marche organisĂ©e le 8 mars Ă l’occasion de la JournĂ©e internationale de la femme, un nouveau dĂ©cret prĂ©sidentiel a retirĂ© la Turquie de la Convention d’Istanbul, une initiative du Conseil de l’Europe visant Ă combattre les violences Ă l’Ă©gard des femmes et la violence domestique. Ces mesures ont coĂŻncidĂ© avec l’annonce de plans visant Ă interdire le Parti de la dĂ©mocratie des peuples (HDP), le deuxième plus grand parti d’opposition au Parlement. Si la suppression par l’État de partis politiques en Turquie n’est pas nouvelle, l’intention dĂ©clarĂ©e du procureur d’interdire Ă 687 membres du HDP de faire de la politique marque un tournant dans sa tentative de crĂ©er une «Turquie sans Kurdes».
S’il peut sembler que l’AKP (avec le Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrĂŞme droite, son partenaire junior au Parlement) a engagĂ© l’offensive, les rĂ©centes agressions sont en fait une indication du dĂ©sespoir croissant de l’«Alliance populaire» AKP-MHP. Au cours des quatre dernières annĂ©es, le soutien Ă l’Alliance n’a cessĂ© de se dĂ©tĂ©riorer. Il est particulièrement faible chez les jeunes. Sans solution claire pour sortir d’une crise Ă©conomique qui s’aggrave et face Ă une opposition populaire croissante, le bloc au pouvoir a abandonnĂ© mĂŞme la prĂ©tention d’adhĂ©rer aux normes dĂ©mocratiques de base. S’il est imprudent de sous-estimer la capacitĂ© de l’AKP-MHP Ă fabriquer des crises dans l’intĂ©rĂŞt du maintien au pouvoir Ă court terme, il est difficile de voir comment il peut inverser un dĂ©clin Ă long terme. Mais si l’ère de la domination de l’AKP – qui dure depuis des dĂ©cennies [2002 pour son accession au pouvoir] – touche Ă sa fin, ce qui pourrait la remplacer est tout sauf clair.
L’affaissement
L’Ă©chec d’une tentative de coup d’État Ă l’Ă©tĂ© 2016 a brièvement uni tous les partis politiques turcs pour dĂ©fendre la dĂ©mocratie. L’illusion d’unitĂ© a toutefois Ă©tĂ© rapidement dissipĂ©e l’annĂ©e suivante, lorsqu’un rĂ©fĂ©rendum a remplacĂ© le rĂ©gime parlementaire turc par un rĂ©gime exĂ©cutif, puis prĂ©sidentiel. Le plĂ©biscite a Ă©tĂ© organisĂ© pendant l’Ă©tat d’urgence, dans une atmosphère d’intimidation Ă©vidente. Les militants du «non» ont Ă©tĂ© harcelĂ©s et arrĂŞtĂ©s, tandis que les municipalitĂ©s de l’AKP ont refusĂ© d’autoriser les manifestations encourageant la dĂ©faite du rĂ©fĂ©rendum. NĂ©anmoins, la campagne du oui n’a remportĂ© qu’un peu plus de 51% des voix, malgrĂ© des preuves Ă©videntes de fraude le jour du scrutin.
L’annĂ©e suivante, 2018, a vu le dĂ©but d’une crise Ă©conomique au cours de laquelle la valeur de la livre turque a plongĂ© alors que le chĂ´mage et l’inflation ont explosĂ©. Au milieu de la rĂ©cession, Erdogan a nommĂ© son gendre, Berat Albayrak, ministre des Finances et du TrĂ©sor, ce qui a Ă©tĂ© immĂ©diatement suivi d’une nouvelle chute de la lire. GĂ©nĂ©ralement connu sous le simple nom de damat (gendre) – au mĂŞme titre que son avatar amĂ©ricain Jared Kushner – Albayrak est depuis longtemps un objet de moquerie en Turquie. Il est difficile de dire qui est un bĂ©nĂ©ficiaire plus indigne (et inefficace) du nĂ©potisme, mais en novembre 2020, Albayrak n’occupait plus Ă son poste. Avec une croissance en berne, des rĂ©serves de change Ă©puisĂ©es et une dĂ©pendance majeure vis-Ă -vis des emprunts Ă l’Ă©tranger, la lire a encore perdu 30% de sa valeur en 2020.
La crise Ă©conomique a largement dĂ©terminĂ© les Ă©lections municipales de 2019. Les Ă©lecteurs des deux plus grandes villes de Turquie, Istanbul et Ankara, ont Ă©vincĂ© l’AKP et Ă©lu des maires du Parti rĂ©publicain du peuple (CHP), kĂ©maliste et officiellement social-dĂ©mocrate. D’autres municipalitĂ©s importantes ont Ă©galement Ă©tĂ© perdues lors d’un vote qui a constituĂ© un revers Ă©lectoral majeur pour l’AKP. Les difficultĂ©s liĂ©es Ă la profonde rĂ©cession et aux pertes Ă©lectorales ont Ă©tĂ© aggravĂ©es par la dĂ©fection de dizaines de milliers de membres du parti, y compris des dirigeants fondateurs de l’AKP qui ont rapidement annoncĂ© la formation de nouveaux partis. Le parti, qui n’a jamais Ă©tĂ© particulièrement disposĂ© Ă critiquer le Grand Leader, n’est plus que le fief d’Erdogan.
C’est dans ce contexte de crise Ă©conomique et d’opposition politique croissante que la Turquie a enregistrĂ© son premier cas officiel de Covid-19 en mars 2020. Dans le mois qui a suivi, l’Association mĂ©dicale turque (TTB) a accusĂ© le ministère de la SantĂ© de manipuler les chiffres des personnes infectĂ©es en excluant les cas et les dĂ©cès sans test PCR positif. Certains ont estimĂ© que les chiffres rĂ©els Ă©taient jusqu’Ă dix fois plus Ă©levĂ©s que ceux donnĂ©s par le gouvernement. Pourtant, dĂ©but mai, la première vague semblait s’Ă©loigner et, dĂ©but juin 2020, le gouvernement a autorisĂ© la rĂ©ouverture des restaurants, des parcs, des plages, des centres commerciaux et – point crucial pour l’Ă©conomie en difficultĂ© – des installations touristiques.
Au dĂ©but de l’Ă©pidĂ©mie, le gouvernement a exprimĂ© le souhait de limiter le nombre de cas quotidiens Ă 1000, et pendant un certain temps, les cas officiels ont Ă©tĂ© remarquablement proches de ce chiffre. En aoĂ»t 2020, cependant, les hĂ´pitaux et les unitĂ©s de soins intensifs Ă©taient pleins. Il est vite devenu indĂ©niable que le gouvernement sous-estimait sĂ©rieusement le nombre de cas. Le 30 septembre, le ministre de la SantĂ©, Fahrettin Koca, a admis que le gouvernement avait auparavant exclu les cas positifs asymptomatiques de son dĂ©compte quotidien, n’annonçant que ce qu’il appelait les «patients». Fin novembre, après avoir Ă©tĂ© forcĂ©e de publier des chiffres plus prĂ©cis, la Turquie enregistrait le troisième plus grand nombre de cas quotidiens dans le monde, après les États-Unis et l’Inde, qui sont beaucoup plus grands (la population de la Turquie est de 83 millions).
Après l’imposition de fermetures et de couvre-feux le week-end, les chiffres du Covid ont commencĂ© Ă baisser vers la fin de l’annĂ©e (bien qu’Ă la fin mars 2021, la Turquie enregistrait Ă nouveau près de 30’000 cas quotidiens). Le retard dans le dĂ©ploiement du vaccin Sinovac, les disparitĂ©s entre les essais concernant l’efficacitĂ© du vaccin, les soupçons concernant la distribution Ă©quitable et les dissimulations par le gouvernement du nombre de cas ont fait qu’une grande majoritĂ© de la population turque n’a pas confiance dans la capacitĂ© de l’État Ă gĂ©rer la pandĂ©mie. Si l’on ajoute Ă cela les rĂ©vĂ©lations quotidiennes de corruption de l’AKP, du niveau municipal comme national, il n’est guère surprenant que seuls 32,5% des Ă©lecteurs aient dĂ©clarĂ© qu’ils soutiendraient l’AKP lors des Ă©lections. Le fait que les jeunes, qui voteront pour la première fois lors des Ă©lections lĂ©gislatives de 2023, soient particulièrement peu favorables Ă l’AKP n’est pas de bon augure pour l’avenir du parti.
La réaction
Les chants des Ă©tudiants de Bogaziçi contre un recteur «affidé» (kayyum) ont Ă©voquĂ© le coup d’État de 1980 ainsi que la pratique Ă©tatique plus rĂ©cente consistant Ă destituer les maires dĂ©mocratiquement Ă©lus et Ă nommer des remplaçants pro-gouvernementaux. Entre 2016 et 2018, 94 des 99 municipalitĂ©s dirigĂ©es par le Parti pour la paix et la dĂ©mocratie (BDP:l’ancien parti frère du HDP dans les gouvernements locaux; il avait Ă©tĂ© créé en 2008 et dissout en 2014) ont Ă©tĂ© destituĂ©es par le gouvernement central et remplacĂ©es par des partis affidĂ©s. Ankara a nommĂ© des dizaines d’autres maires après que le HDP a gagnĂ© les villes et les provinces Ă majoritĂ© kurde lors des Ă©lections municipales de 2019. Alors que certains en Turquie voient la destruction du HDP comme un cadeau d’Erdo?an au MHP ethno-nationaliste, dont le chef mafieux Devlet Bahceli avait exigĂ© la liquidation du parti, il s’agit en fait de l’aboutissement d’un processus de plusieurs annĂ©es.
Malheureusement pour l’Alliance populaire (coalition du MHP et de l’AKP), les dĂ©crets prĂ©sidentiels et les maires dans les provinces Ă majoritĂ© kurde ne peuvent rĂ©soudre les contradictions du capitalisme. Le nouveau programme Ă©conomique annoncĂ© par Berat Albayrak avant son dĂ©part a Ă©tĂ© rapidement critiquĂ© par les Ă©conomistes du courant dominant et de la gauche. Un nouveau plan annoncĂ© en mars 2021 après une nouvelle dĂ©valuation de la livre turque n’offre pas grand-chose de nouveau. L’accent mis sur la «discipline des dĂ©penses» et la «flexibilité» du travail sont bien sĂ»r des euphĂ©mismes pour l’austĂ©ritĂ© et la prĂ©caritĂ© des travailleurs. Si l’amĂ©lioration de la vie de la majoritĂ© sous le nĂ©olibĂ©ralisme est impossible, que doit faire un parti capitaliste?
Rendre impossible la connaissance de ce qui se passe rĂ©ellement est une stratĂ©gie. Erdogan et d’autres responsables de l’AKP (dont Albayrak) poursuivent rĂ©gulièrement des journalistes pour les avoir «insultĂ©s». Ils accusent des reporters d’attitudes mal dĂ©finies de terrorisme, ce qui est devenu courant. La Turquie se classe au 154e rang sur 180 pays dans le classement 2020 de la libertĂ© de la presse de Reporters sans frontières. Fin 2019, le gouvernement a commencĂ© Ă rĂ©duire l’opposition au silence en interdisant les annonces publiques dans les journaux indĂ©pendants. Une nouvelle loi sur les mĂ©dias sociaux exige que les grands rĂ©seaux sociaux aient un reprĂ©sentant rĂ©sidant en Turquie. Les plateformes devront obĂ©ir aux ordonnances des tribunaux pour supprimer les contenus rĂ©prĂ©hensibles.
Les voies lĂ©gales de lutte ont Ă©galement Ă©tĂ© restreintes. Le rĂ©fĂ©rendum de 2017 a donnĂ© au prĂ©sident des pouvoirs accrus pour nommer les juges. En 2020, l’Alliance populaire au Parlement a cherchĂ© Ă annuler une règle imposant une association des avocats par province. Cette dĂ©marche Ă©tait une tentative Ă©vidente de briser l’Association des avocats turcs (TBB), qui constitue depuis longtemps une source puissante de critique du gouvernement. Avant le vote du Parlement (qui a Ă©tĂ© adoptĂ© en juillet), 78 des 80 associations d’avocats ont signĂ© une dĂ©claration s’opposant Ă ce changement.
Un exemple particulièrement grotesque de l’utilisation du droit pour refuser la justice aux travailleurs s’est produit en janvier 2021. Au printemps 2014, une explosion dans une mine de charbon dans l’ouest de la Turquie a tuĂ© 301 mineurs et en a blessĂ© des centaines. En 2019, trois cadres de Soma Coal Enterprises Inc. ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă des peines de prison de 15 Ă 22 ans pour leur rĂ´le dans cette catastrophe Ă©vitable. L’annĂ©e suivante, la Cour de cassation a dĂ©clarĂ© que les responsables devaient ĂŞtre condamnĂ©s pour avoir causĂ© la mort et des blessures par «intention probable.» En janvier 2021, cependant, la Cour a annulĂ© sa propre dĂ©cision après le remplacement de trois juges. Au lieu d’une «intention probable», les responsables de la sociĂ©tĂ© ont causĂ© des dĂ©cès et des blessures par «nĂ©gligence grave». DĂ©but fĂ©vrier 2021, tous les cadres ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s de prison.
Ă€ l’instar des syndicats progressistes et de l’Association des avocats, l’Organisation nationale des professionnels de la santĂ© a Ă©tĂ© un critique virulent des politiques de l’AKP. Comme indiquĂ© plus haut, la TTB a très tĂ´t prĂ©venu que le gouvernement sous-estimait gravement les cas de COVID, ce qui a conduit Erdogan Ă accuser l’organisation d’affiliation terroriste et Ă exiger des «rĂ©formes» similaires Ă celles du barreau. Erdogan a Ă©galement affirmĂ© que la TTB avait «choisi un terroriste comme dirigeant» après qu’elle a sĂ©lectionnĂ© comme nouveau prĂ©sident Sebnem Korur Fincanci. Ce dernier avait signĂ© en 2016 une pĂ©tition d’Academics for Peace qui demandait au gouvernement de mettre fin aux opĂ©rations militaires dans le sud-est Ă majoritĂ© kurde. Sebnem Korur Fincanc? a «offert» une sĂ©rieuse rĂ©plique aux autoritĂ©s: en fin fĂ©vrier, il a donnĂ© un cours en ligne aux Ă©tudiants de Bogaziçi sur le thème«Le monde acadĂ©mique et les droits de l’homme en Turquie.»
La fin?
Les organisations de la sociĂ©tĂ© civile, de la presse aux associations mĂ©dicales, Ă©tant constamment attaquĂ©es, il n’est pas surprenant que l’État turc s’en prenne Ă©galement Ă l’enseignement supĂ©rieur. Non seulement Melih Bulu a refusĂ© de dĂ©missionner, mais dĂ©but fĂ©vrier, Erdogan a publiĂ© un autre dĂ©cret annonçant la crĂ©ation de facultĂ©s de droit et de communication Ă Bogaziçi, en plus de nommer une foule de nouveaux recteurs et de nouvelles facultĂ©s dans d’autres universitĂ©s.
Le pouvoir d’Ă©mettre des dĂ©crets prĂ©sidentiels est un produit du rĂ©fĂ©rendum de 2017. Il accorde Ă l’exĂ©cutif le droit de nommer les ministres, de superviser le budget et de choisir les juges. Mais si les changements constitutionnels Ă©taient destinĂ©s Ă consolider l’hĂ©gĂ©monie de l’AKP-MHP sous Erdogan, c’est le contraire qui s’est produit. Par exemple, le soutien du public aux Ă©tudiants de Bogaziçi est massif. Selon un sondage rĂ©alisĂ© fin janvier, 75% des personnes interrogĂ©es soutiennent l’indĂ©pendance politique des universitĂ©s, tandis que 73% estiment que le personnel enseignant devrait choisir ses propres recteurs. Seuls 17,9% sont d’accord avec le système actuel – dont moins de la moitiĂ© des partisans de l’AKP.
Le retrait de la Convention d’Istanbul et la destruction du HDP ont Ă©galement divisĂ© les rangs conservateurs. L’association pro-gouvernementale Femmes et dĂ©mocratie (KADEM) a critiquĂ© le retrait de la Convention d’Istanbul, tandis que d’anciens dirigeants de l’AKP se sont opposĂ©s aux attaques contre le HDP et ses membres. L’Alliance populaire tente de rallier sa base nationaliste-conservatrice autour de la religion [1] et du drapeau, tout en rendant tout simplement impossible le fonctionnement de l’opposition. Une telle stratĂ©gie idĂ©ologique dans un contexte de dĂ©gradation des conditions matĂ©rielles a peu de chances de rĂ©ussir Ă long terme.
Si ses jours sont effectivement comptĂ©s, ce Ă quoi ressemblera la Turquie post-AKP est loin d’ĂŞtre clair. Si un large secteur de la jeunesse turque manifeste une tendance libĂ©rale et de gauche, il n’existe actuellement aucune structure organisationnelle pour l’expression de ces tendances. Ă€ court terme, le soutien au HDP est essentiel, tout comme la nĂ©cessitĂ© d’Ă©tablir des liens solidaires entre les mouvements sociaux.
En fin de compte, cependant, tout gouvernement de centre gauche serait confrontĂ© aux mĂŞmes problèmes Ă©conomiques que l’Alliance populaire. La dĂ©pendance Ă l’Ă©gard des prĂŞts et des investissements Ă©trangers place les Ă©conomies en dĂ©veloppement comme la Turquie dans une camisole de force politique imposĂ©e par le capital mondial. En plus de la formation de solidaritĂ©s populaires dans le prĂ©sent, des visions alternatives pour un avenir Ă©conomique juste sont essentielles. Si un monde post-AKP peut maintenant ĂŞtre envisagĂ©, la gauche doit ĂŞtre prĂ©parĂ©e Ă ce qui pourrait venir ensuite. (Article publiĂ© sur le site SP The Bullet en date du 30 mars 2021; traduction rĂ©daction A l’Encontre)
Daniel Johnson est un historien basé à Ankara.
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[1] Ces derniers mois, la direction de l’AKP courtise les restes de l’ancien mouvement islamiste, MillĂ® GörĂĽ? (Perspective nationale). Il est aujourd’hui reprĂ©sentĂ© par Saadet Partisi (Le Parti de la FĂ©licitĂ©). Saadet n’est pas reprĂ©sentĂ© au Parlement aujourd’hui, mais il offre un exutoire aux mĂ©contents de l’AKP et du conservatisme islamiste en gĂ©nĂ©ral. (RĂ©d.)


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