«Nous sommes la contre-révolution»: Tommy Robinson et la renaissance du fascisme britannique (3)

Manifestation de Together Alliance le 28 mars 2026. Robinson prépare une mobilisation pour le 16 mai à Londres.

Par Richard Donnelly

[Les deux premières parties de cette analyse ont été publiées les 4 et 5 mai 2026 sur ce site.] Depuis 2023, Tommy Robinson s’est remis à organiser des mobilisations de rue à grande échelle. Cela a fait suite à l’éclatement du plus grand mouvement de solidarité avec la Palestine de l’histoire britannique.

Palestine, panique morale et retour dans la rue

La possibilité pour Robinson de mener cette contre-mobilisation a été créée par une campagne de panique morale persistante dans les médias et la sphère politique à propos du mouvement de solidarité avec la Palestine, accompagnée d’affirmations répétées selon lesquelles les manifestations étaient intrinsèquement antisémites et servaient de couverture à l’extrémisme islamiste. Cela a coïncidé avec la levée de son interdiction d’accès à Twitter/X après le rachat de la plateforme par Elon Musk, ce qui souligne l’importance des réseaux sociaux dans la stratégie d’organisation de Robinson.

Le «Jour du Souvenir» (armistice de 1918) en novembre 2023 a été décisif. Des titres sensationnalistes affirmaient qu’une manifestation de masse en faveur de la Palestine prévue dans le centre de Londres menaçait le Monument aux morts et la tradition britannique du souvenir. Dans ce climat, Robinson a pu mobiliser ses partisans en se présentant comme les défenseurs de la nation. La ministre de l’Intérieur de l’époque, Suella Braverman [Parti conservateur jusqu’en 2026, puis adhère à Reform UK], a amplifié ce phénomène en qualifiant les manifestations en faveur de la Palestine de «marches de la haine» et en accusant la police métropolitaine de parti pris envers l’extrême droite. Les partisans de Robinson ont ensuite attaqué les manifestants pro-palestiniens – une violence de rue fasciste rendue possible par une couverture politique venue d’en haut[41].

Pour Robinson, ce moment a démontré l’efficacité de la politique complotiste en tant que pont entre l’idéologie et l’action. Le récit du Grand Remplacement a servi de passerelle; la solidarité avec la Palestine a été présentée comme la preuve d’une invasion démographique, d’une trahison des élites et d’un effondrement culturel. Il a ensuite organisé un rassemblement de masse de 15 000 personnes à Londres en juillet 2024, puis un autre rassemblant pas moins de 25 000 participants quelques mois plus tard[42].

Lorsque des émeutes racistes ont balayé l’Angleterre quelques jours seulement après le rassemblement de juillet 2024, les thèmes abordés dans Lawfare – trahison de l’élite, invasion démographique, maintien de l’ordre sélectif et répression – ont été mis en œuvre. Robinson a joué un rôle clé dans la mobilisation des émeutiers en diffusant de la désinformation sur l’identité du tueur en série [jeune de 18 ans né au Pays de Galles dans une famille chrétienne originaire du Rwanda] qui a assassiné trois fillettes à Southport le 29 juillet 2024. Dans Lawfare 2, produit immédiatement après les violences, Robinson présente à nouveau les émeutes comme une révolte populaire légitime, cyniquement provoquée puis exploitée par l’État.

Sionisme, antisémitisme et déni

L’une des principales sources de confusion entourant le programme de Robinson réside dans sa prétention à s’opposer à l’antisémitisme et son soutien public à Israël. Depuis plus d’une décennie, Robinson se présente comme un défenseur des Juifs contre l’islamisme, invoquant Israël comme un État en première ligne dans un prétendu conflit de civilisations et inscrivant sa propre stratégie politique de rue dans le cadre de cette lutte. Cette posture a semé la confusion à travers tout le spectre politique. Certains libéraux y voient la preuve que Robinson ne peut pas être fasciste. D’autres, en particulier dans les cercles complotistes du mouvement palestinien, y voient la preuve qu’il est contrôlé par Israël ou par un réseau sioniste occulte. Ces deux interprétations méconnaissent la manière dont l’antisémitisme et le sionisme peuvent fonctionner au sein de la politique fasciste contemporaine.

L’alignement de Robinson sur Israël s’explique mieux comme une adaptation stratégique aux défaites du fascisme britannique. Elle répond à un problème de longue date: comment mobiliser une politique autoritaire et excluante dans un contexte où la symbolique nazie ouverte et le complotisme antisémite explicite sont fortement stigmatisés. Le soutien à Israël permet à Robinson de recoder en solidarité l’islamophobie en lutte contre l’extrémisme et l’exclusion raciale, en reformulant la politique fasciste à travers le langage de la protection des minorités et de la défense culturelle.

Cette manœuvre n’a pas commencé avec Robinson. Comme l’a montré Benjamin Bland, le BNP a demandé à ses militants de mettre moins l’accent sur l’hostilité envers Israël dans le cadre de la stratégie de modernisation de Nick Griffin[43]. De plus, certains responsables du BNP ont tenté un rapprochement limité avec Israël lors de l’invasion israélienne du Liban en 2006. Cette année-là, Lee Barnes, le responsable juridique du parti, a rédigé un article qui préfigurait largement la politique de Robinson: «En tant que nationaliste, je peux dire que je soutiens Israël à 100% dans son conflit avec le Hezbollah. En fait, j’espère qu’ils rayeront le Hezbollah de la carte du Liban et les bombarderont jusqu’à ce qu’ils laissent de grands cratères boueux dans les villes où se dressaient autrefois leurs cantons de terreur islamistes extrémistes. Le XXIe siècle est le siècle de l’islam. À moins que nous ne commencions à résister à la menace de l’extrémisme islamique, l’Occident sera devenu l’Eurabia d’ici 100 ans.»[44]

Bien que l’antisémitisme soit resté profondément ancré dans la culture du BNP, une partie de la direction a cherché à le minimiser publiquement et à rediriger l’hostilité vers les musulmans. Robinson est allé plus loin en plaçant son soutien affiché à Israël au cœur de son identité publique. Là où le BNP s’appuyait sur l’euphémisme et le silence, Robinson a utilisé son soutien à Israël comme une arme pour prouver sa légitimité morale.

Cette stratégie a porté ses fruits. Elle a permis à Robinson de rejeter comme absurdes les accusations de fascisme, facilité les alliances avec des figures sionistes de droite et compliqué les efforts antifascistes visant à mettre en évidence la continuité avec les traditions fascistes antérieures. Tout cela a été facilité par l’alignement croissant de l’extrême droite internationale sur Israël et par la consolidation de l’extrême droite en tant que force dominante dans la politique israélienne. Pourtant, cela n’a jamais résolu la contradiction sous-jacente. La politique de Robinson reste structurée par le complotisme, la hiérarchie ethnique et les fantasmes de pureté nationale. L’antisémitisme n’a pas disparu. Il a été déplacé, rendu latent et susceptible d’être réactivé.

Cette persistance est visible dans la rhétorique saturée de Robinson sur les élites obscures, la coordination mondialiste et la subversion culturelle. Ces récits reproduisent la logique structurelle de la théorie du complot antisémite même lorsque les Juifs ne sont pas explicitement nommés.

La tension se manifeste le plus clairement dans les luttes intestines fascistes répétées. Des groupes néonazis tels que Patriotic Alternative – dirigé par l’ancien chef de la jeunesse du BNP, Mark Collett – dénoncent Robinson comme étant sous l’emprise des Juifs ou des intérêts sionistes, l’accusant de trahir la cause nationaliste. Ces attaques sont l’expression d’une ligne de fracture stratégique et soulignent l’importance persistante de l’idéologie pour les fascistes. Pour les courants néonazis, le sionisme de Robinson représente une concession inacceptable à la stigmatisation libérale. Pour Robinson, l’antisémitisme ouvert menace la fragile respectabilité dont dépend la mobilisation de masse.

Ce conflit a des racines profondes. Dans sa brochure de 2012 intitulée What Lies Behind the English Defence League, Nick Griffin dépeignait l’EDL comme une «opposition contrôlée» dirigée par les sionistes et les néoconservateurs afin de  détourner la colère nationaliste[45]. Cet argument a permis de préserver l’antisémitisme comme cadre explicatif principal tout en délégitimant une forme organisationnelle rivale qui s’était révélée plus efficace face à la pression antifasciste.

Des variantes de ce récit ont depuis largement circulé au sein des réseaux néonazis et des sous-cultures en ligne, avec des mèmes le désignant fréquemment sous le nom de «Tommy Robinstein» et superposant son visage à des caricatures antisémites. Plus récemment, ces thèmes complotistes ont fait leur apparition dans certaines franges du mouvement de solidarité avec la Palestine. Des personnalités telles que David Miller [ex-enseignant à l’université de Bristol] dépeignent Robinson comme un «agent sioniste», laissant entendre que son islamophobie est orchestrée par Israël[46]. Cela réduit l’analyse concrète à une théorie du complot. Robinson n’est pas considéré comme un acteur fasciste ancré dans la politique britannique, mais comme un pion passif d’un pouvoir occulte. Cette logique reflète les habitudes explicatives de l’extrême droite et neutralise toute opposition efficace.

Les conséquences sont graves. Expliquer le succès de Robinson par le contrôle sioniste occulte les véritables sources de son attrait, brouille la frontière entre antisionisme et antisémitisme, et fracture la solidarité en introduisant des modes de raisonnement d’extrême droite dans des milieux progressistes. Cela s’inscrit également dans des tendances internationales, notamment au sein de l’extrême droite américaine, où le complotisme antisémite explicite a été dangereusement renormalisé par des personnalités telles que Tucker Carlson, Candace Owens et Nick Fuentes[47]. [Voir à ce propos l’article de Peter Beinard consacré aux positions de Tucker Carlson publié sur le site alencontre.org le 29 avril 2026.]

En effet, Robinson lui-même réintroduit souvent des thèmes antisémites plus explicite dans sa rhétorique. En 2022, il a publié un article intitulé «Tommy’s Statement: The Jewish Question»[48]. Présenté comme un commentaire sur l’antisémitisme extrême de Kanye West [rappeur américain], l’article reprenait des affirmations selon lesquelles des «Juifs puissants» exerceraient une influence à Hollywood, dans les géants de la tech, les médias grand public et le gouvernement. Une section était explicitement intitulée «Les Juifs contrôlent-ils les médias?» et contenait des références au QI des Juifs et à la pseudoscience raciale. L’invitation adressée par la suite à Robinson en 2025 pour se rendre en Israël et rencontrer Amichai Chikli, son ministre des Affaires de la diaspora, souligne la faillite des prétentions étatiques à mener une lutte contre l’antisémitisme.

De plus, Robinson a également invoqué à plusieurs reprises des théories du complot centrées sur le financier juif George Soros, le présentant comme la force cachée derrière la migration, le multiculturalisme et la répression de l’extrême droite. Bien que présentée comme une opposition à un «milliardaire mondialiste», cette position reproduit une structure antisémite classique. Comme le montrent John E. Richardson et Ruth Wodak, l’«anti-sorosisme» fait office de substitut au mythe d’un complot mondial juif, en personnalisant des processus sociaux complexes en les attribuant à une seule figure juive[49].

Le leadership d’extrême droite à l’ère des réseaux sociaux

Le travail idéologique accompli par le complotisme et l’utilisation stratégique du sionisme est indissociable d’une forme organisationnelle particulière, conçue pour maximiser la mobilisation tout en minimisant la responsabilité, la discipline et l’exposition. Pour comprendre la politique de Robinson, il faut donc s’éloigner de l’idéologie seule pour s’intéresser aux structures à travers lesquelles elle s’opère.

Une caractéristique distinctive du fascisme britannique contemporain est que sa figure la plus puissante ne dirige pas de parti politique. Robinson mobilise des manifestations de rue plus importantes, attire davantage l’attention des médias et contrôle plus de ressources financières que n’importe quelle organisation fasciste officielle, mais il le fait sans structure d’adhésion, sans statuts ni hiérarchie stable. Cette absence n’est pas simplement une faiblesse ou une phase transitoire. Il s’agit d’une forme organisationnelle fonctionnelle façonnée par des décennies de lutte antifasciste.

Historiquement, les mouvements fascistes britanniques ont cherché à surmonter leur fragmentation par une organisation centralisée. Du British Union of Fascists (BUF) au National Front et au British National Party (BNP), les dirigeants ont tenté d’imposer une cohérence par la hiérarchie, la discipline et l’adhésion formelle. Ces structures ont permis la coordination et la consolidation idéologique, mais ont également engendré des vulnérabilités. Ces structures pouvaient être infiltrées, identifiées publiquement et tenues pour responsables de violences, offrant ainsi aux antifascistes des cibles identifiées.

L’effondrement du BNP a détruit la viabilité de ce modèle. Dans son sillage, le fascisme britannique s’est fragmenté en micro-groupes, sous-cultures en ligne, influenceurs et réseaux de protestation épisodiques incapables de se consolider. Le style de leadership de Robinson est une réponse à ce contexte. Plutôt que de surmonter la fragmentation, il la préside. Son autorité repose sur le contrôle de son influence, de sa visibilité et de ses ressources, et non sur un commandement formel. Robinson fonctionne comme une plaque tournante reliant des militants, des organisateurs et des influenceurs qui restent formellement indépendants mais politiquement dépendants de sa plateforme. Un petit cercle restreint gère la production médiatique, la collecte de fonds et la mobilisation, lié à lui autant par la loyauté personnelle et la dépendance financière que par l’idéologie. Au-delà de ce cercle se trouve une périphérie plus large de personnalités qui amplifient les discours de Robinson tout en rivalisant pour gagner en notoriété. Robinson est en mesure de se placer au sommet de ce réseau en partie grâce à son accès à des financements provenant de donateurs étrangers et à son accès à l’écosystème médiatique en ligne de l’extrême droite américaine[50]. Ses apparitions dans les émissions YouTube et les podcasts de personnalités telles que Jordan Peterson [professeur émérite de psychologie à l’Université de Toronto, qui a reçu la Grande-croix de l’Odre du mérite hongrois!] lui permettent de contourner la réticence des chaînes de télévision britanniques à le laisser passer à l’antenne.

Dans une certaine mesure, sa structure déjoue les tactiques antifascistes traditionnelles. Sans adhésion, il n’y a pas de listes à divulguer. Sans bureaux ni sections, il y a moins de points précis à attaquer. La violence d’extrême droite est systématiquement présentée comme une indignation spontanée plutôt que comme une action coordonnée. Robinson tire profit de cette atmosphère de menace, tout en conservant une dénégation plausible.

Si l’organisation fasciste a pris des formes de plus en plus dispersées et déniables [qui peut être réfuté], cela a des implications importantes sur la manière dont elle est combattue. Les modes traditionnels de dénonciation, conçus pour cibler des organisations formelles dotées de directions identifiables, se sont révélés moins efficaces contre une mobilisation en réseau fonctionnant sans adhésion ni structures de commandement. Cependant, au cours de l’année écoulée, des formes de résistance sont apparues qui semblent mieux adaptées à ce terrain.

En particulier, le travail de Stand Up To Racism illustre comment une action ancrée localement, coordonnée par un suivi national, peut perturber l’organisation d’extrême droite au moment même où elle cherche à s’implanter dans la vie quotidienne de la collectivité. Les militants ont à plusieurs reprises documenté les antécédents des individus actifs dans les manifestations devant les hôtels d’accueil pour demandeurs d’asile – en dévoilant des antécédents racistes sur les réseaux sociaux, des liens avec des groupes fascistes organisés et, dans certains cas, des condamnations antérieures pour des délits sexuels –, sapant ainsi les affirmations selon lesquelles ces mobilisations représenteraient des expressions spontanées ou légitimes des préoccupations populaires. Une organisation locale étendue signifie que de nombreuses mobilisations fascistes se heurtent à une opposition immédiate.

Ce travail sape la possibilité de nier les faits là où cela compte le plus: au moment où les militants d’extrême droite cherchent à s’ancrer dans les collectivités et à se présenter comme les représentants légitimes des préoccupations populaires. Il perturbe le recrutement, fracture les coalitions et affaiblit la capacité de l’extrême droite à opérer sous le couvert de la respectabilité.

La dynamique décentralisée des mobilisations fascistes de rue d’aujourd’hui reflète une caractéristique du discours de l’extrême droite au sens large, que la politologue Ruth Wodak qualifie d’«ambivalence calculée»[51]. Les acteurs d’extrême droite avancent des idées d’exclusion qui signalent une volonté à leurs partisans de base. Le sens est distribué de manière inégale: les dirigeants se déchargent de toute responsabilité tandis que le public en tire les conclusions. Un exemple récent très médiatisé souvent évoqué en ces termes est le salut nazi effectué par Elon Musk lors de l’investiture présidentielle de Trump en janvier 2025, qu’il a ensuite présenté comme un simple geste maladroit ayant été mal interprété par des détracteurs de mauvaise foi[52]. Une telle ambiguïté fait un clin d’œil au noyau dur idéologique et offre un prétexte de déni aux nombreux autres partisans.

Fondamentalement, la logique de l’ambivalence calculée s’étend au-delà du discours pour toucher la forme organisationnelle. Les structures sont conçues pour créer de l’ambiguïté, permettant aux dirigeants de récolter les fruits de la mobilisation sans assumer les risques liés au fait de commander.

Robinson illustre cette stratégie. Il condamne la violence tout en créant sans cesse les conditions qui la favorisent. Il nie le racisme tout en présentant les musulmans comme une menace existentielle. L’ambiguïté stratégique lui permet de s’adresser à la fois aux fascistes endurcis en quête d’affrontement, aux sympathisants attirés par la rhétorique anti-establishment et à un public plus large enclin à interpréter la répression comme de la censure.

Néanmoins, il ne faut pas confondre les succès des approches stratégiques et organisationnelles de Robinson avec une réelle consolidation. Son mouvement est puissant dans les moments de mobilisation mais sa structure est superficielle: résiliente mais fragile, expansive mais instable. Il manque de la capacité nécessaire à une organisation durable ou à une percée électorale, ce qui aide à expliquer son intérêt récent pour des structures plus formelles telles que le parti politique Advance UK [créé en novembre 2024 sous le nom de Integrity Party, renommé en juin 2025 Advance UK] dirigé par Ben Habib, ancien vice-président de Reform UK, le parti de Nigel Farage. Si une telle structure venait à se concrétiser, cela marquerait une phase qualitativement nouvelle et potentiellement plus dangereuse dans le développement du fascisme britannique. La création du parti Restore Britain par l’ancien député de Reform UK Rupert Lowe [élu sous l’étiquette de Reform UK il lance en juin 2025 Restore Britain, enregistré comme parti en mars 2026] pourrait potentiellement servir cet objectif, bien que ses liens avec des militants associés aux groupes néonazis Patriotic Alternative et Homeland compliqueront toute relation avec Robinson.

À l’heure actuelle, le mouvement fasciste britannique occupe donc une position contradictoire. D’une part, les deux dernières années ont été marquées par une ampleur et une étendue géographique sans précédent de la mobilisation et de la violence fascistes à travers la Grande-Bretagne. D’autre part, cette escalade s’est déroulée en l’absence d’une consolidation organisationnelle durable, d’un programme cohérent ou de points d’ancrage institutionnels stables. Cette contradiction reflète une forme de politique fasciste façonnée par des défaites répétées et une pression antifasciste soutenue. L’immense manifestation du 13 septembre 2025 a ainsi exprimé simultanément la force croissante du mouvement et les signes de ses faiblesses persistantes.

L’antifascisme aujourd’hui

Le retour en force de Robinson s’inscrit dans une conjoncture plus large marquée par l’avancée de l’extrême droite sur le paysage politique britannique. La position soutenue de Reform UK en tête ou près de la première place dans les sondages d’opinion, la normalisation de la rhétorique anti-migrants au sein des partis traditionnels, et la consolidation d’un écosystème médiatique d’extrême droite autour de GB News [lancée en juin 2021] et d’influenceurs en ligne ont créé les conditions permettant à la rhétorique politique de Robinson de circuler avec une légitimité sans précédent[53]. L’une des conséquences de la campagne antifasciste soutenue contre Robinson est la réticence de Farage à le soutenir, ce qui a créé de réelles divisions au sein de l’extrême droite[54]. Pourtant, malgré ces tensions, Robinson bénéficie directement d’un durcissement généralisé du discours politique. À cet égard, lui et Farage, même s’ils sont superficiellement distants l’un de l’autre, sont en mesure de se répartir les rôles entre la rue et les urnes. L’hostilité envers les migrants et le mépris des normes libérales sont devenus des caractéristiques omniprésentes de la vie publique. Le mouvement de Robinson s’explique mieux comme une expression exacerbée, au niveau de la rue, de cette dérive plus large.

Les conséquences ont déjà été dramatiques. Les émeutes de 2024 et la vague de manifestations contre les centres d’hébergement pour demandeurs d’asile tout au long de l’année 2025 ont traduit la mobilisation d’extrême droite en intimidation, en agressions physiques et en terreur infligée aux minorités racisées. Ce furent des moments où l’extrême droite a brièvement exercé un pouvoir territorial, remodelant l’espace social par la menace et l’exclusion. Toute évaluation de l’antifascisme contemporain doit partir de cette réalité.

C’est dans ce contexte que de nombreuses personnes se sont mobilisées sous la bannière de la Together Alliance [vaste coalition d’organisations et de personnalités] le 28 mars 2026 [qui a réuni des dizaines de milliers de manifestant·e·s], au moment où cet article a été mis sous presse. L’importance de cette manifestation ne tient pas simplement à son ampleur, mais au champ politique sur lequel elle intervient: un champ où Reform UK, les médias réactionnaires et les mouvements d’extrême droite de rue se renforcent de plus en plus mutuellement. La mobilisation de masse peut mettre à mal l’argument selon lequel le racisme et l’autoritarisme représenteraient une majorité silencieuse, en exposant les limites des stratégies qui cherchent à neutraliser l’extrême droite en s’adaptant à son discours plutôt qu’en le contestant.

Cependant, la signification politique du 28 mars ne peut se lire uniquement à partir des chiffres. Robinson a déjà annoncé une nouvelle mobilisation de masse à Londres le 16 mai. La question cruciale est de savoir si l’énergie libérée le 28 mars alimentera un mouvement antiraciste capable d’une intensification durable. La capacité à mobiliser un nombre important de personnes lors de manifestations larges et inclusives pour les engager dans un affrontement déterminé face aux mobilisations fascistes à venir marquerait un tournant qualitatif, indiquant que l’unité ne s’est pas faite au détriment de la combativité et que la résistance est capable de s’adapter à l’ampleur de la menace.

Ces questions acquièrent un caractère d’urgence accru dès lors que la perspective d’un gouvernement de Reform UK est prise au sérieux. Une victoire de ce parti aux élections législatives aurait des conséquences immédiates pour les migrant·e·s, les musulmans et les communautés racisées: le durcissement des régimes de détention et d’expulsion, la criminalisation de la protestation et un encouragement accru des mouvements fascistes occupant la rue. Le déploiement meurtrier par Trump d’agents des frontières (ICE) dans des villes comme Minneapolis donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler un futur gouvernement de Reform UK. Dans de telles conditions, les limites des tactiques électorales deviendraient probablement rapidement apparentes. L’expérience historique suggère que la défense de ceux qui sont attaqués nécessiterait des formes d’action collective allant bien au-delà des urnes, notamment des grèves sur le lieu de travail, la défense communautaire et une affrontement soutenu face à des mobilisations d’extrême droite.

Revenir à l’idée de Georg Lukács sur l’actualité de la révolution aide à clarifier ce qui est en jeu. Le potentiel révolutionnaire ne réside pas uniquement dans les moments d’insurrection. Il existe dans le présent en tant qu’horizon qui structure la peur, l’espoir et la stratégie. La politique contre-révolutionnaire de Robinson vise à fermer cet horizon d’avance, en disciplinant la société avant qu’un nouveau défi venant d’en bas ne puisse se cristalliser. La lutte antiraciste militante perturbe ce projet par un appel moral et, surtout, en contestant le contrôle de l’espace social et en réaffirmant la capacité collective.

Historiquement, ces luttes ont dépassé les limites du seul antiracisme. Dans différents contextes, la résistance à la violence raciale a agi comme un catalyseur à un affrontement plus large avec le pouvoir d’État et contre les inégalités économiques profondément enracinées, généralisant la lutte et remodelant les attentes politiques. En Grande-Bretagne, les récentes mobilisations autour de la Palestine et la victoire du Parti vert aux élections partielles de Gorton et Denton [voir l‘article publié sur alencontre.org le 27 février 2026] ont déjà révélé un terrain social bien plus instable que ne le suggèrent les seules avancées électorales de Reform UK.

Des coalitions telles que la Together Alliance sont donc confrontées à une tension stratégique. Leur ampleur est une source de force, mais seulement dans la mesure où elle ne devient pas un frein à une montée en puissance. Les divergences entre les acteurs parlementaires, syndicaux, communautaires et plus radicaux sont inévitables. La question décisive est de savoir quelles forces donnent le rythme au mouvement. Lorsque la prudence freine la combativité, la mobilisation a tendance à s’enliser. Lorsque des acteurs plus conflictuels donnent le ton, les limites de ce qui est politiquement possible peuvent s’élargir.

Le projet de Robinson s’apparente surtout à une tentative de remodeler le fascisme britannique autour d’un modèle qui privilégie la mobilisation de rue, la dénégation et la violence épisodique plutôt que la construction d’un parti ou la percée électorale – du moins pour l’instant. En se passant d’adhésion et de programme, et en s’appuyant sur des récits complotistes et des événements spectaculaires de rue, il a montré comment la politique réactionnaire peut progresser par l’intimidation plutôt que par la persuasion démocratique. L’antifascisme affronte un projet fasciste qui cherche à normaliser la violence en tant que ressource politique et à créer des espaces de peur et d’exclusion. La question centrale est de savoir si ce projet peut être contrecarré dans la pratique, avant que la réaction extraparlementaire ne se cristallise en une caractéristique durable de la vie politique britannique. (Fin. Article publié dans la revue International Socialism, A Quarterly review of socialist therory, n° 190, animée par le SWP; traduction rédaction A l’Encontre)

Richard Donnelly est un chercheur universitaire basé en Grande-Bretagne. Il écrit sur l’extrême droite, le fascisme et l’histoire des théories du complot sur https://theunrecoveredcountry.substack.com

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41. Thomas et Syal, 2023. Braverman a ensuite été licenciée, en partie en réponse à ses critiques à l’encontre de la police métropolitaine. Elle a quitté le Parti conservateur pour rejoindre Reform UK en janvier 2026.

42. Stand Up To Racism, 2024a et 2024b.

43. Bland, 2019.

44. Barnes, 2006.

45. Griffin, 2012.

46. Miller, un ancien universitaire qui a réussi à se faire entendre dans certains cercles du mouvement palestinien, a adopté une position de plus en plus antisémite et complotiste, défendant l’idée qu’Israël est en train de s’imposer comme une puissance hégémonique mondiale qui remplacera la puissance américaine par une «Pax Judaica» . Ses affirmations selon lesquelles les émeutes racistes de 2024 en Angleterre ont eu lieu parce qu’«Israël a appuyé sur le bouton des émeutes» sont aussi risibles que dangereuses, reflétant des discours similaires tenus par Griffin.

47. Leingang, 2025; Pengelly, 2021; Pengelly, 2024.

48. Robinson, 2022.

49. Selon Richardson et Wodak, le rôle de Soros dans le discours antisémite est celui d’une «synecdoque» – une figure qui sert de symbole pour le peuple juif en général. Voir Richardson et Wodak, 2022.

50. Simpson, 2025.

51. Voir Wodak, 2020.

52. Robinson a affirmé que Musk avait financé ses récentes défenses juridiques – voir Quinn, 2025.

54. Mortimer, 2024.

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