France dossier. «Mobilisation des lycées: les quartiers populaires à l’avant-garde» (1)

(Capture de vidéo)

Par Ulysse Rabaté 

Disons-le d’emblée: le mouvement des lycéens qui traverse le pays ces derniers jours est impressionnant. Ses échos sont nombreux et évidemment incertains. Mais par son ampleur et sa trajectoire, et par son apparition polyphonique dans l’agenda politique, cette mobilisation est déjà un point de bascule de la vie politique française contemporaine.

Le caractère important de ce qu’il se passe peut se mesurer à l’impressionnante levée de boucliers réactionnaire pour tenter d’imposer l’idée d’un mouvement aux motivations douteuses, violent ou récupéré. Le mouvement est de fait un éclatant révélateur des irresponsabilités politiques du pouvoir en place. Ses adversaires objectifs ont raison de le prendre au sérieux.

Le mouvement présente à ce stade certains traits caractéristiques et structurants, que nous tenterons d’énumérer ici au prisme d’une sociologie des mobilisations forcément réinterrogée par les événements en cours. Les éléments développés ne prétendent pas à l’exhaustivité et doivent se lire comme autant de questions, encore ouvertes.

1.- Le mouvement vient d’en bas

C’est la caractéristique première et incontournable des événements en cours: aujourd’hui en expansion à travers le pays, le mouvement des lycées est né dans les lycées populaires de banlieue parisienne, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne. Ce qui est mis en lumière par les élèves et les personnels, ce n’est plus vraiment le traditionnel «manque de moyens» mais bien l’effondrement des conditions d’accueil au sein d’établissements où sont scolarisés en grande majorité des enfants de familles résidant dans les quartiers populaires.

Les premières revendications sont celles d’une égalité de traitement, formulées depuis le point de vue et depuis une expérience particulière des inégalités, revendiquant l’identité sociale des quartiers populaires. Les codes des quartiers composent l’esthétique de cette mobilisation, des mots aux tenues vestimentaires. Renversant les stigmates, le mouvement donne à voir la convergence entre culture de la street et prise de position politique.

2- La centralité des quartiers dans l’émergence du mouvement se lit aussi dans son traitement médiatique et sa répression

Les images d’opposition frontale entre ces groupes de jeunes et les forces de l’ordre ont pu (re)faire penser à celles des révoltes urbaines de l’été 2023. La continuité s’observe dans la place qu’occupe dès les premiers jours du mouvement la question des violences policières. Le tir de grenade à bout portant sur un jeune mineur à Saint-Ouen-l’Aumône (département du Val-d’Oise) lundi 28 septembre – qui a été filmé – et l’éborgnement d’un jeune lycéen à Tours constituent à ce titre des événement qui intègrent déjà l’histoire de la mobilisation. En ce sens, le mouvement des lycées porte l’héritage des formes récentes de contestation inscrites dans l’univers des quartiers populaires français, et porte leur empreinte culturelle.

Le surgissement de la jeunesse populaire dans le champ politique, à travers ce mouvement lycéen, s’inscrit dans une histoire récente déjà très dynamique: des mobilisations spontanées des jeunes des quartiers pendant la crise sanitaire du covid-19 à la mobilisation électorale exemplaire de l’été 2024 contre l’extrême droite, en passant par les révoltes de 2023, les jeunes des quartiers populaires occupent objectivement le terrain politique ces dernières années, même si ces velléités démocratiques sont sans cesse niées ou stigmatisées.

Enfin, et c’est une donnée que nous jugeons fondamentale dans l’analyse, ce mouvement de jeunesse s’inscrit dans une «guerre de position» dans la lutte culturelle contre l’extrême droite: les personnalités publiques se revendiquant des quartiers sont aujourd’hui nombreuses à «prendre position» et à nourrir un ordre culturel qui active clairement une ligne de conflit autour des questions de racisme et de démocratie. La jeunesse mobilisée s’inscrit clairement, par ses références, dans cet ordre culturel. L’élection présidentielle de 2027 structure forcément ces dynamiques de positionnement. Elle n’est pas seulement identifiée comme une perspective, mais bien comme une donnée concrète et très présente qui justifie la mobilisation et lui donne du poids.

3- Le mouvement est «pro-politique»

C’est un trait marquant de cette mobilisation, qui n’est sans doute pas assez souligné: les élus qui se rendent sur les blocus sont bien traités, voire célébrés. Et 2027 est majoritairement identifié comme un débouché aux colères. Alors que depuis des années, le discours répandu est celui d’une rupture entre les jeunes et la politique, d’une rupture des quartiers populaires et la politique, ces mobilisations envoient un message totalement inverse.

Les élus qui viennent en écharpe ne sont pas accusés de «récup» par les protagonistes, mais sont accueillis pragmatiquement comme un soutien bienvenu pour faire résonner la dénonciation des injustices. Pourquoi s’en priver? L’interpellation du monde politique et des institutions est consubstantiel à la naissance du mouvement et ses revendications premières. Les mots d’ordre ne se situent pas dans un répertoire «dégagiste» mais se concentrent sur des demandes concrètes: des professeurs, des infirmières, des heures de cours, des chaises, des tables.

Le mouvement ne se définit pas «contre» les formes établies d’engagement, ni contre les adultes (au regard de la sociologie électorale, il pourrait pourtant!), et se caractérise par une forte solidarité entre élèves et personnels de l’Éducation nationale. La précarité de ce que Bourdieu appelait «la main gauche de l’État» se manifeste par cette solidarité de destin mise en scène lors des blocus, avec par exemple un rôle important des assistants d’éducation (AED) dans la mobilisation et la légitimation des revendications des élèves.

4- Le mouvement est plus largement l’expression éclatante d’une dynamique de circulation entre cultures populaires et culture politique

Dès les premières heures de la mobilisation, il est apparu clair que l’émergence de celle-ci était autonome de toute structure politique établie. Partis et syndicats n’ont aucune implantation dans les lycées concernés et sont «invisibles» dans les premiers blocus. Ce qui ne veut pas dire bien entendu que la politique y est absente. On découvre alors que des démarches spontanées de documentation de ces conditions existaient sur les réseaux sociaux, que les générations successives se sont transmis l’expérience de l’inégalité.

Des références comme les gilets jaunes sont maniées et réappropriées par un discours public qui, sur les réseaux sociaux, démontre une conscience collective manifeste du contexte politique général. La multiplication des prises de parole des élèves devant les lycées donne à voir une parole maîtrisée, adressée à la société quant aux conditions de vie dans les établissements, et dans les quartiers populaires. Le registre du sentiment d’injustice, bien connu des sociologues des quartiers, est omniprésent et s’articule à une revendication d’égalité.

5- L’adversité, accélérateur de politisation

Comme dans de nombreux processus de mobilisation «par le bas» à travers l’histoire, l’adversité a été un accélérateur de politisation, largement sous-estimé: le sujet qui entre dans le débat politique public aujourd’hui existe depuis plusieurs années dans les contestations et conversations ordinaires. Apparaît ici une culture politique nourrie par les cultures populaires, davantage que par les canaux traditionnels de politisation. C’est sans aucun doute ce qui rend ce mouvement irrécupérable, dans le bon sens du terme: l’expression d’un «déjà-là» en avance sur le monde politique. (Publié sur le site de Politis le 30 septembre 2026, une publication qui mérite aussi un soutien par des lecteurs francophones hors de France)

Ulysse Rabaté est chercheur en science politique à l’université Paris-8 et co-fondateur de l’association Quidam pour l’éducation populaire.

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«Mobilisation lycéenne: une jeunesse debout, un pouvoir sourd, les violences policières pour réponse» (2)

Au lycée Gutenberg de Créteil, le 1er octobre 2026. © Céline Martelet

Par Céline Martelet

Ce jeudi 1er octobre, plus de 350 lycées ont été bloqués partout en France [Le Monde daté du 3 octobre indique que la mobilisation touche plus de 1000 établissements]. La mobilisation prend de l’ampleur. Ce sont les élèves d’un lycée de Créteil, dans le Val-de-Marne, qui ont lancé le mouvement le 17 septembre dernier. À l’origine: le manque de moyens et d’enseignant·es. Reportage.

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Deux lycéens s’avancent timidement vers leur professeur de mathématiques. Entre leurs mains un mégaphone bleu. «Monsieur, tenez, on vous le rend.» Rabah Safsaf sourit et répond: «C’est normal, nous allons tous·tes dans le même sens.» Représentant CGT dans le Val-de-Marne, l’enseignant est un habitué des manifestations, mais ce jeudi matin, il est là pour soutenir ses élèves du lycée Gutenberg de Créteil. «C’est beau de les voir là, ensemble. Ces élèves n’oublieront pas cette journée et les autres qui vont suivre», souffle Rabah Safsaf.

En face de lui, un haut-parleur crache des musiques à peine reconnaissables, tellement le volume est élevé. Près de deux cents élèves dansent ensemble devant les grilles de leur établissement, bâtiment massif aux teintes gris anthracite, planté au milieu d’un quartier résidentiel. Des filles, des garçons filment chaque seconde de ce blocus. Ils·elles n’ont pas de porte-parole, n’appartiennent à aucun parti politique. Sur ce blocus, il n’y a pas de représentant·es d’organisations lycéennes. Tout est spontané. La mobilisation, comme l’ensemble de celles programmées dans le Val-de-Marne a été lancée sur Snapchat. Un réseau social très efficace.

Un groupe de copines s’extrait de la foule pour faire une pause. Elles tiennent toutes des pancartes en carton sur lesquelles elles ont écrit leurs propres slogans. «Ils donnent 6 milliards d’euros pour les militaires mais pas un centime pour les lycées de banlieue. Réveillez-vous!» ou encore «Fashion mais pas facho». Sarah, 16 ans, ne lâche pas son téléphone. L’élève de première publie toutes ses vidéos sur TikTok pour informer les lycées voisins. «Ma mère n’a pas voulu me croire quand je lui ai dit que j’avais trouvé mon slogan toute seule», confie l’adolescente. «Nous savons pourquoi nous sommes là! L’année dernière, un morceau du plafond est tombé sur nous en plein cours d’anglais. Parfois, il pleut dans les classes.» 

Maslée, 15 ans, bouillonne et demande à son amie l’autorisation de prendre la parole: «Pourquoi nos bâtiments ne sont pas rénovés? Ils ne peuvent pas mettre juste un coup de peinture et changer quelques chaises? Nous, on espère seulement pouvoir passer nos épreuves de français du baccalauréat dans de bonnes conditions.»  En juin, ces épreuves ont eu lieu en pleine canicule dans des salles où le thermomètre est monté parfois au-dessus de 35 degrés.

«Les adultes nous prennent pour des idiots»

Inès n’a pas oublié, elle est en terminale cette année: «J’ai fait un malaise pendant l’épreuve. La chaleur était insupportable, c’était horrible. L’Éducation nationale a acheté des ventilateurs au dernier moment mais cela n’a servi à rien.»  A 17 ans, Inès et ses amies savent exactement pourquoi elles sont là. «Les adultes nous prennent pour des idiots. Nous avons des revendications, nous ne sommes pas des enfants! Au lycée, on nous demande tout le temps d’être responsables, mais seulement quand cela arrange les gens. Pourquoi on devrait tout le temps subir?» 

Quelques feux d’artifices sont tirés en l’air depuis le bout de la rue. Les lycéen·es se mettent immédiatement à courir en paniquant. «On a peur de la police», lâche Maslée. L’adolescente a vu défiler sur son écran les images des violences policières. «Un lycéen a perdu toutes ses dents! Une autre fille a été presque étranglée. Depuis longtemps en tant que femme racisée, j’ai peur de cette police quand je marche dans la rue. C’est une triste réalité mais c’est la réalité du monde actuel.»  Les forces de l’ordre sont à quelques mètres de l’adolescente. Une dizaine de policiers au total, casqués et armés pour certains de LBD, lanceur de balles de défense. Ce jeudi matin, il n’y aura pas d’intervention policière.

Une jeunesse en manque d’écoute

La grande majorité des élèves qui participe au blocus du lycée Gutenberg de Créteil répètent leur besoin d’être écouté·es par le gouvernement, l’académie, leur proviseur, leurs enseignant·es et même leurs parents. «Personne ne nous écoute, ne nous soutient. La priorité des ministres à la rentrée a été de nous retirer nos téléphones, mais ça change quoi à leur vie qu’on garde nos portables? s’agace Aïcha, 17 ans. Et puis, à l’entrée du lycée, les filles doivent toujours retirer leur voile.» 

Sirine, élève de terminale, se faufile pour prendre la parole. «Cela nous fait du bien de savoir qu’on peut s’unir et encore plus quand nous voyons que certain·es professeurs sont là pour nous défendre. Cela nous rassure beaucoup.» À quelques mètres de la grille de l’entrée de l’établissement bloquée, quelques enseignant·es se sont glissés discrètement parmi leurs élèves. «Notre rôle avant tout est d’être là en tant que support. Nous ne sommes pas ici pour mener le mouvement, assure Rabah Safsaf, professeur de mathématiques. Pour une fois, c’est nous qui suivons les lycéens et ils·elles s’en sortent très bien! Ce qui se passe aujourd’hui me rappelle le mouvement lycéen contre le CPE, le contrat première embauche en 2006.» 

Il y a vingt ans, après trois mois de lutte, cette mobilisation avait abouti au retrait de ce contrat précaire à destination des jeunes. Un dispositif défendu bec et ongles par Dominique de Villepin, alors Premier ministre [du 31 mai 2005 au 17 mai 2007]. Présents également, quelques surveillant·es qui interviennent dès qu’un élève escalade trop dangereusement les grilles du lycée. À l’intérieur de l’établissement, des enseignant·es ont fait le choix de maintenir leurs cours, même si seulement quelques élèves sont présent·es.

D’autres sont monté·es sur le toit pour observer d’en haut la mobilisation d’adolescent·es. Sur Snapchat, les lycéen·nes de Gutenberg se sont déjà donné rendez-vous le 6 octobre prochain. Cette fois, ils·elles devraient être rejoints par les universités. À la différence de 2006, le gouvernement n’a pas de projet de loi à retirer pour calmer cette mobilisation. La preuve, sans doute, d’un malaise plus général, au coeur dans une génération très angoissée par le contexte national mais aussi international. (Publié sur le site de Politis le 1er octobre 2026, une publication qui mérite aussi un soutien par des lecteurs francophones hors de France)

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Mobilisation lycéenne: «L’hétérogénéité des revendications n’enlève rien aux problèmes de fond sur les conditions d’enseignement» (3)

(Capture de vidéo)

Entretien avec Paolo Stuppia conduit par Cécile Bourgneuf

Comment saisir et comprendre le mouvement lycéen en cours? Paolo Stuppia, sociologue et enseignant à Sciences-Po Paris – coauteur avec Valérie Becquet de Géopolitique de la jeunesse. Engagement et (dé)mobilisations (éditions le Cavalier bleu) – livre des clés d’analyse.

Le mouvement lycéen, né dans les banlieues de la région parisienne, gagne des lycées aux profils très différents et commence aussi à toucher les universités. Qu’est-ce qui rassemble ces jeunes? Les revendications sont-elles les mêmes selon les établissements?

Paolo Stuppia: Il y a d’abord des revendications très matérielles: le manque de moyens, le non-remplacement des professeurs, les conditions d’enseignement, jusqu’au fait de devoir faire cours pendant de très fortes chaleurs. Ce sont des problèmes qui peuvent être communs à différents établissements, même si chacun garde ses spécificités. On peut toutefois souligner le cumul de désavantages dans certaines banlieues et la stigmatisation plus forte que subissent ces jeunes.

Il existe aussi des revendications communes aux lycéens et aux étudiants, par exemple autour de Parcoursup. Et à côté de ces problèmes très concrets, on trouve des revendications liées à la Palestine, à l’environnement ou au féminisme. Cela peut paraître très hétéroclite, mais ce n’est pas nouveau. Même en 2006, alors que le retrait du contrat première embauche (CPE) était au cœur de la mobilisation, les étudiants et des lycéens portaient d’autres demandes.

Ce qui me semble plus nouveau, c’est qu’on hiérarchise moins les luttes. On peut réclamer davantage de moyens pour l’école et porter en même temps d’autres revendications. Les notions d’intersectionnalité et de convergence des luttes ont fait leur chemin. Cela peut donner l’impression d’un mouvement «fourre-tout» et contribuer à son discrédit, mais l’hétérogénéité des revendications n’enlève rien aux problèmes de fond sur les conditions d’enseignement.

Pourquoi cette mobilisation prend-elle autant aujourd’hui?

Il y a une combinaison de facteurs. Le fait d’être dans une année électorale peut jouer, mais je ne suis pas sûr que ce soit le principal. Ces jeunes sont confrontés à une multitude de crises qui s’accumulent, des conditions très matérielles de leur quotidien scolaire jusqu’à des préoccupations beaucoup plus générales. On parle de «polycrise»: crise environnementale, crise de confiance politique, crise économique… Ils voient aussi ce qui se passe dans le monde presque en temps réel.

Il y a chez une partie de ces jeunes un sentiment d’horizon bouché. Ce n’est pas une génération qui envisage l’avenir de manière particulièrement optimiste. Mais, en même temps, il y a une volonté de prendre la parole, d’exprimer ces malaises et de ne pas se taire.

Il faut également rappeler que certains d’entre eux sont mineurs et ne peuvent pas encore s’exprimer par le vote. Les manifestations, les grèves ou les pétitions constituent aussi des formes de participation politique. Mais attention à ne pas parler de «la» génération Z comme d’un ensemble homogène: tous les lycéens ne bloquent pas et ne manifestent pas.

Les mobilisations lycéennes sont-elles plus violentes qu’avant?

Je ne dirais pas cela. Les violences sont déplorées à chaque mobilisation étudiante ou lycéenne, y compris dans des mouvements qui avaient une forte volonté de se présenter comme pacifiques, comme celui contre la loi Devaquet en 1986.

Ce qui a évolué, c’est peut-être le regard porté sur les différents modes d’action. Jusqu’au CPE notamment, il existait une volonté très forte de distinguer les manifestants des «casseurs» et de s’en démarquer. Depuis, l’idée de «diversité des modes d’action» s’est davantage diffusée. On entend des jeunes dire, en substance: «Si c’est le seul moyen de se faire entendre, qu’est-ce qu’une poubelle brûlée ou un abribus cassé?» Cela ne signifie pas qu’ils vont eux-mêmes passer à l’acte mais ce discours est moins rare qu’auparavant dans une partie de la jeunesse scolarisée.

Il faut aussi prendre en compte la réponse des forces de l’ordre. Le cycle mobilisation-répression-nouvelle mobilisation est un mécanisme classique des mouvements sociaux. Le fait que les interventions soient visibles, documentées, mais aussi la dénonciation de l’utilisation d’un arsenal répressif jugé disproportionné, peut aussi nourrir les blocus.

Quel rôle les réseaux sociaux jouent-ils dans cette mobilisation?

Ils permettent une circulation extrêmement rapide de l’information et servent à la fois d’espace de débat et d’outil d’organisation. La différence avec les générations précédentes, c’est que ces jeunes sont nés avec ces outils et savent parfaitement les utiliser. Les informations et les symboles peuvent ainsi circuler presque immédiatement d’un endroit à l’autre.

LFI soutient ouvertement le mouvement et le gouvernement dénonce une instrumentalisation [1]. Est-ce que cet affrontement politique risque de faire disparaître les revendications des lycéens?

La dénonciation de la «récupération» est un grand classique. Le fait que des organisations de jeunesse liées à des partis politiques soient implantées dans les lycées ou les universités est historiquement très ancien. Je ne vois donc pas de spécificité aujourd’hui, sinon que nous sommes dans une année préélectorale, ce qui peut amplifier ce type de polémique.

Présenter les jeunes comme des irresponsables ou adopter à leur égard une attitude paternaliste n’a rien de nouveau non plus. Et plus on parle de revendications qui n’auraient «ni queue ni tête», de violences, de feux de poubelles ou d’instrumentalisation, plus cela permet de ne pas aller sur les problèmes concrets qui sont dénoncés, y compris ceux qui pourraient trouver des réponses dans les arbitrages budgétaires. (Publié par le quotidien français Libération le 2 octobre 2026)

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[1] Thomas Legrand, dans Libération du 1er octobre, écrit: «Le candidat Les Républicains à la présidentielle, Bruno Retailleau, a mis, ce jeudi 1er octobre, «dans le débat public la question de l’interdiction» du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Une proposition aussi injuste qu’absurde et illégale, qui éloigne encore davantage le Vendéen des rives républicaines.» (Réd.)

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«Mobilisations et répression: La FSU se tient aux côtés des lycéen·nes et des étudiant·es» (4)

FSU

Par la Fédération Syndicale Unitaire, principale organisation syndicale de l’enseignement et de la recherche en France

Depuis la semaine dernière, des lycéennes et des lycéens en région parisienne, et plus récemment partout dans le pays se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’étude. Ils et elles ont été rejoint·es ces derniers jours par les étudiant·es. A Rennes, Marne-la-Vallée, Lyon, Toulouse, Paris, Rouen… certains campus ont d’ores et déjà été fermés.

Manque de personnels, bâti vétuste, nombre trop important d’élèves par classe ou d’étudiant·es par groupes de TD [travaux dirigés], emplois du temps intenables, accès toujours plus difficile, voire rendu impossible, aux études supérieures, hausse des frais d’inscription … leurs revendications sont légitimes, la FSU les partage et les soutient. Elles sont le reflet de conditions d’études déplorables et du manque de places dans les formations supérieures publiques, conséquences directes des choix budgétaires et politiques imposés par les différents gouvernements d’Emmanuel Macron.

Parce qu’ils réclament plus d’égalité, parce qu’ils dénoncent les conséquences des choix politiques macronistes, notamment la sélection opaque via Parcoursup, le gouvernement a fait le choix de répondre par la force et la répression policière: charges violentes, utilisation d’armes létales, multiplication des interpellations et des déferrements [1].

La FSU condamne fermement cette réponse qui confirme que ce gouvernement est aux abois, ne sachant répondre que par la violence à la colère sociale, y compris celle de la jeunesse. La simple participation des lycéen·nes et étudiant·es aux mobilisations ne doit entraîner ni sanctions ni poursuites.

La FSU apporte son soutien aux personnels et aux jeunes blessés ces derniers jours.

Les violences doivent cesser, la jeunesse doit être protégée. Il y a urgence à permettre l’expression lycéenne et étudiante sans entrave et dans un cadre démocratique, pacifique, libre et serein. L’Ecole et l’université forment des futur·es citoyen·nes qui doivent pouvoir exercer leurs droits à s’exprimer, à manifester, à se réunir…  La FSU se tient donc aux côtés des lycéen·nes et des étudiant·es, pose un préavis de grève sur toute la période et appelle les personnels de l’éducation à accompagner ces élèves et étudiant·es, et à les protéger de la répression.

Dans les prochains jours, la FSU fera le bilan de cette semaine et proposera des suites rapides pour les personnels dès la semaine prochaine y compris par la grève.

Après la réussite de la grève du 29 septembre dans l’éducation, le début d’une mobilisation lycéenne et étudiante et face aux conséquences du nouveau budget d’austérité, la FSU met en débat la construction de nouvelles mobilisations dans l’éducation et l’enseignement supérieur.

Le gouvernement doit répondre aux revendications par des réponses budgétaires et politiques. Si le budget ne présente aucune réponse à la colère qui s’exprime, le gouvernement portera une très lourde responsabilité dans l’aggravation de la situation. (2 octobre 2026)

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[1] Le quotidien Le Monde, dans sa version du samedi 3 octobre, titre son article en page 9 ainsi: «Laurent Nuñez durcit le ton malgré une réponse policière critiquée. Beaucoup estiment que les forces de l’ordre ont tendu le climat, alors que le ministre de l’Intérieur va mobiliser CRS et gendarmes mobiles». Il met en exergue une déclaration de Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat d’enseignants SNES-FSU: «On a l’impression que la crise lycéenne est gérée par le ministre de l’Intérieur [Laurent Nuñez], et c’est en soi un problème.»

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«Mobilisons nous aux côtés de la jeunesse en lutte pour un avenir meilleur» (5)

Union Syndicale Solidaires

Par l’Union syndicale Solidaires

Depuis plusieurs jours des lycéennes et lycéens se mobilisent pour des conditions d’enseignement dignes. Ils et elles ont été rejoints aujourd’hui par des étudiant·es dans leur lutte pour un avenir meilleur.

Manque de personnels, bâti insalubre, classes non-chauffées ou surchauffées, Parcoursup… Cette situation est le résultat des politiques menées depuis des années de destruction du service public d’enseignement. S’y ajoutent des perspectives d’avenir morose dans une société toujours plus inégalitaire.

Face à cette révolte légitime, le gouvernement n’apporte pour seule réponse qu’une répression brutale. Le déchaînement de violence contre la jeunesse est glaçant. S’y ajoutent des centaines d’arrestations chaque jour.

L’Union syndicale Solidaires alerte fortement sur la dérive autoritaire et rappelle que les lycéens et lycéennes disposent de la liberté de réunion, d’association et de manifestation. Ces libertés doivent être garanties et protégées.

Ne laissons pas tirer sur nos enfants! 

L’Union syndicale Solidaires appelle ses syndicats, ses Unions départementales et leurs adhérent·es à se tenir dès à présent aux côtés de la jeunesse en lutte dans le respect de son autonomie pour soutenir ses revendications et faire respecter le droit de manifester.

L’Union syndicale Solidaires appelle à participer à la journée de mobilisation nationale du 06 octobre, y compris par la grève. (1er octobre 2026)

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