jeudi
22
août 2019

A l'encontre

La Brèche

Appel à un rassemblement à Paris le 19 février

Nous soussignés associations, partis, syndicats, indépendants, sommes toutes et tous activement impliqués dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes. La lutte contre l’antisémitisme fait partie à part entière de notre combat antiraciste. Nous condamnons fermement les actes antisémites, qui surgissent dans un contexte social et politique particuliers. 

Malgré l’ampleur du dispositif de répression policière et judiciaire déployé contre les Gilets jaunes par l’État, le mouvement continue de bénéficier d’un fort soutien populaire. Il n’est pas homogène et révèle une effervescence sociale. Face à un gouvernement déterminé à ne pas répondre aux attentes sociales, il reflète la société française et ses contradictions et a largement évolué dans ce qu’il porte depuis le mois de novembre.

La séquence que nous vivons est par conséquent confuse. Si des éléments d’extrême-droite sont encore présents, le mouvement montre bien qu’ils sont loin d’être hégémoniques et capables d’en prendre le contrôle, en l’état actuel. Politiquement, mais aussi physiquement, les groupes d’extrême-droite sont mis à l’écart, comme cela a pu être constaté à Lyon, Paris, Toulouse ou encore Bordeaux. Plus le mouvement perdure, plus l’espace auquel l’extrême-droite pouvait prétendre durant les premières semaines semble se rétrécir. Parallèlement, les contacts et convergences avec des syndicats, des collectifs antiracistes, de sans-papiers, de soutien aux migrants se renforcent.

Les tags antisémites du week-end du 9 Février comme la dégradation du lieu de mémoire d’Ilan Halimi s’inscrivent dans le contexte de cette période de brouillage politique et informatif. Une période qui favorise la résurgence d’un racisme identitaire rappelant celui de l’entre-deux-guerres. Ces actes antisémites portent bien la signature idéologique de l’extrême-droite nostalgique du nazisme (croix gammés, croix celtiques, «juden», etc.). Ils témoignent de la progression de la dialectique d’extrême droite à l’échelle nationale et planétaire dans un contexte d’aggravation des inégalités sociales. Or le gouvernement et ses alliés ont choisi d’instrumentaliser ces actes contre les Gilets jaunes, dénonçant leur supposée violence, antiparlementarisme et antisémitisme.

Pourtant, c’est bien ce gouvernement qui, récemment, entreprenait de réhabiliter le Maréchal Pétain, chef du régime collaborationniste de Vichy. C’est bien cette même classe politique qui trouvait si peu à redire des hommages rendus à Maurras ou à Céline, écrivains violemment antisémites. L’antisémitisme est une affaire bien trop grave pour la laisser à celles et ceux qui, jour après jour, s’emploient à stigmatiser et à réprimer les minorités. Le sommet du cynisme est atteint lorsque, déjà, nous pouvons percevoir le glissement dangereux consistant à attribuer la montée de l’antisémitisme au «communautarisme musulman», comme n’a pas manqué de s’y adonner un Eric Ciotti hélas pas isolé. Le racisme structurel n’est ni le fait des Gilets jaunes, ni le fait des minorités. Il est celui de l’État qui organise une société inégalitaire et violente.

Nous n’acceptons pas la manipulation dégradante de la lutte antiraciste par tous ceux qui, le plus souvent, ont favorisé le racisme. Nous luttons contre le racisme sous toutes ses formes, nous n’oublions pas non plus tous les actes racistes et toutes les violences policières islamophobes, négrophobes, rromophobes, visant les asiatiques, les personnes LGBT. Ce que disent les chiffres depuis des années tient en une phrase: le racisme avance en France et en Europe. Nous ne manifesterons pas ni ne participerons à la grand-messe organisée par les forces et partis politiques, ceux qui se disent progressistes avec ceux qui s’inscrivent contre le mouvement social, et qui affirment ensemble: «le racisme, ce n’est pas la France.» Cet «antiracisme», vidé de sens social et politique, est celui des pompiers pyromanes. L’antiracisme que nous revendiquons reconnaît la responsabilité politique du gouvernement français et des forces politiques alliées qui défileront avec lui. Manifester contre le racisme avec ceux qui, LREM en tête, en sont responsables et l’instrumentalisent relève pour nous de la contradiction et de la faute politique. Nous affirmons que cela ne peut être que contre-productif.

Nous ne nous laisserons pas prendre en otage entre les instrumentalisations du gouvernement ou celles des officines et ambassades poursuivant un agenda n’ayant rien à voir avec le combat contre le racisme et l’antisémitisme. Notre refus de la haine antisémite comme de toutes les haines raciales nous l’exprimerons sur un terrain dégagé de tout ce qui produit et entretient ces haines. Le mouvement anti-raciste ne servira pas de caution pour salir les Gilets jaunes. La période est dangereuse nous en sommes conscients, et une sortie de crise qui se contenterait de rétablir l’ordre, serait porteuse de conversion à la haine raciale et au fascisme. Les mobilisations exigent des réponses sociales et démocratiques. La responsabilité gouvernementale est totalement engagée.

Nous appelons à manifester contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, contre le racisme sous toutes ses formes:

Mardi 19 février à 19h Place Ménilmontant Paris 75020, (M° Ménilmontant): UJFP, PIR, Collectif Rosa Parks, ATMF, FTCR, Femmes plurielles, Fondation Frantz Fanon, AFPS 63, Action Antifasciste Paris-Banlieue, FUIQP, Argenteuil Solidarité Palestine…

Personnalités: Ivar Ekeland (mathématicien), Ahmed Abbes (mathématicien), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue),Stathis Kouvelakis (philosophe), Julien Thery (historien), Maryse Tripier (sociologue), Véronique Bontemps (anthropologue), Gustave Massiah (économiste), Catherine Samary (économiste), Judith Bernard (metteure en scène), Dominique Grange (artiste chanteuse), Alain Gresh (journaliste), François Gèze (ingénieur civile des Mines), Barbara Glowczewsky (anthropologue), Geneviève Sellier (professeur emerite),Patrick Simon (démographe), Nicolas Frize (compositeur), Yves Chilliard (biologiste), Michel Harris (mathématicien),Taoufiq Tahani (mathématicien, président d’honneur de l’AFPS), Ugo Palheta (sociologue), Laurent Lévy (essayiste), Saïd Bouamama (sociologue), Kader Attia (écrivain), Isabelle Cambourakis (éditrice), Alima Boumediene Thiery (avocate)… [Le site alencontre.org, édité à Lausanne (Suisse) s’associe à cet appel]

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Combattons l’antisémitisme et tous les racismes, et refusons toutes les récupérations – NPA

Profondément antiraciste, luttant contre toutes les formes de discriminations, le NPA s’était inquiété il y a quelques jours de la recrudescence des actes antisémites, confirmée par les chiffres du ministère de l’Intérieur lui-même. Dans le détail, ceux-ci sont passés de 311 en 2017 à 541 l’an passé : +74 %. La CNCDH, Commission consultative des droits de l’homme, indiquait dans son dernier rapport que, si la tendance est à la baisse en ce qui concerne les actes racistes constatés, une progression des actes les plus violents est à signaler, en particulier auprès de membres de la communauté juive.

Une progression qui s’est manifestée de différentes façons ces derniers jours : inscription antisémite « Juden » sur la vitrine d’un magasin Bagelstein, saccages des arbres plantés en souvenir d’Ilan Halimi (jeune homme de confession juive mort sous la torture en 2006 dans l’Essonne), croix gammées dessinées sur les portraits de Simone Veil fait par un street artist, jusqu’aux récentes agressions verbales contre Alain Finkielkraut ce samedi (16 février 2019).

Car ce sont bien, lorsqu’on les met bout à bout, des paroles nauséabondes et clairement antisémites qui se sont exprimées contre lui en marge d’une manifestation des Gilets jaunes : «Barre-toi, sale sioniste de merde!», «Rentre chez toi en Israël!», «la France elle est à nous!»… Membres de groupuscules d’extrême droite ou militants salafistes comme semble le dire aujourd’hui la presse, qu’importe. Cette haine n’a rien à faire dans nos luttes sociales, elle doit être clairement combattue.

Pour pouvoir la combattre réellement, il est indispensable de ne pas avoir l’indignation à géométrie variable et la récupération facile. On a ainsi le droit d’être dubitatif quand on voit aujourd’hui certaines personnalités – actuellement au gouvernement ou qui y ont été ces dernières années – délivrer des brevets d’antiracisme, alors même qu’ils pratiquent des politiques inhumaines à l’égard des migrantEs et que toutes leurs politiques antisociales nourrissent le fumier sur lequel prospèrent tous les racismes, toutes les divisions. Et l’on n’oublie pas ceux qui ont multiplié, au cours des dernières années, les propos contre les musulmanEs ou les Rroms, et ont mis en œuvre des mesures racistes quand ils étaient au gouvernement, au travers notamment des actions de prétendu « maintien de l’ordre » dans les quartiers. Souvent les mêmes qui aujourd’hui se servent des insultes contre Finkielkraut pour salir tout un mouvement social, celui des Gilets jaunes…

C’est parce que la lutte contre l’antisémitisme est une chose trop importante pour être laissée aux opérations de récupération diverses et variées que nous n’associons pas nos voix à celles de ces pompiers pyromanes, aussi hypocrites que dangereux. C’est la raison pour laquelle le NPA et ses porte-parole ont signé l’appel « Contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, pour le combat contre toutes les formes de racisme », lancé notamment par des militantEs et forces de l’antiracisme politique, dont l’Union juive française pour la paix. Le NPA sera aussi présent au rassemblement annoncé par cet appel, mardi 19 février à 19h place Jean Ferrat (devant le métro Ménilmontant – Paris 20e). Montreuil, lundi 18 février 2019

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Le Rassemblement de Ménilmontant: reportage 

«Les vrais antiracistes, ils sont là ce soir.» Echarpe tricolore autour du cou, Madjid Messaoudene, conseiller municipal (Front de gauche) à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), annonce la couleur. «Il y a une flambée des actes antisémites: il fallait donc marquer le coup en les dénonçant fermement ce soir, insiste-t-il. J’ai d’ailleurs tout de suite condamné la façon dont Alain Finkielkraut a été alpagué samedi par des gilets jaunes. Mais il ne faut pas oublier les autres discriminations.» En ce sens, le Sénaco-Dyonisien rejoint les centaines de personnes attroupées place Jean-Ferrat, dans le XXe arrondissement de Paris, «contre l’antisémitisme et son instrumentalisation». A l’appel de l’Union juive française pour la paix (UJFP), de formations d’extrême gauche (dont le NPA), mais aussi d’associations antiracistes (Comité Adama, collectif Rosa Parks, etc.) et du controversé Parti des indigènes de la République (PIR), un deuxième rassemblement, alternatif au grand raout de la Place de la République, a en effet été organisé mardi soir dans la capitale pour condamner l’antisémitisme, «parmi tous les racismes», mais surtout pour dénoncer la récupération politique de la part des grandes formations de droite comme de gauche de la haine antijuifs. «Il faut faire entendre une voix ferme et unitaire contre l’antisémitisme, prévient à ce propos l’universitaire Julien Salingue, figure du NPA, devançant les éventuelles accusations. En revanche, comment faire confiance aux pompiers pyromanes qui ont mené des politiques racistes ces dernières années ?»

Ménilmontant, le 19 février 2019

Arrivée peu avant 19 heures sur l’esplanade de Ménilmontant, Sonia Fayman, 71 ans, se dit inquiète face à l’augmentation des actes antisémites. «On ne peut pas rester inerte», soulève cette fille de déporté. Militante de longue de date de l’Union juive française pour la paix, elle regrette néanmoins que ces actes soient récupérés pour «décrédibiliser les gilets jaunes» et «attaquer juifs antisionistes pour dire qu’ils sont antisémites». «Heureusement qu’Emmanuel Macron a rejeté l’idée de pénaliser l’antisionisme, poursuit la sociologue. Ce serait absurde de criminaliser une théorie politique. Non, c’est l’antisémitisme et tous les racismes qui doivent être combattus.» Venu de Lyon, un Fedora vissé sur la tête, Georges Gumpel, 82 ans, craint une «utilisation» des juifs de France et de leur «histoire». «L’histoire nous la connaissons, il n’y a que nous qui pouvons dire à quel moment tel acte est antisémite», complète ce fils de déporté, qui fut partie civile au procès de Klaus Barbie.

Un peu plus loin sur la place, encore calme, des gilets jaunes séduits par ce contre rassemblement tendent une grande banderole «gilets jaunes contre l’antisémitisme». Depuis ce week-end, le mouvement né de revendications fiscales et sociales il y a trois mois est sous le feu des critiques en raison des manifestations d’antisémitisme constatées en marge de la mobilisation. «Au sein de mouvement, il y a des éléments antisémites organisés comme le groupe de Dieudonné mais aussi des amalgames douteux qui sont faits entre les juifs et les banques», observe Marcel, 58 ans, un gilet jaune de Bobigny, de toutes les manifs depuis début décembre. Cet ancien militant trotskiste, qui bosse dans l’Education nationale, tenait à manifester ce soir pour joindre sa voix au rejet de l’antisémitisme, mais a préféré éviter le rassemblement de République par «peur» de se retrouver face à «des gens violents contre le mouvement». Ce n’est pas le cas de Haïm Bladou, la cinquantaine, croisé non loin. Proche de l’UJFP, cet «humaniste», qui vit l’augmentation des actes antisémites comme «un enfer», a, lui, préféré se rendre place de la République craignant que cette manifestation statique alternative fasse «polémique» et n’ajoute des divisions à la division. «Je plaide pour un apaisement. Tout s’enflamme et je crains que tout cela réveille plus de passions et de tensions qu’avant», s’alarme le militant associatif. Il rejoint cependant l’analyse des organisateurs. «Nous sommes, les juifs, un prétexte pour museler les gilets jaunes, défend-il. Or pour lutter efficacement contre l’ignorance et la haine, il ne faut pas réprimer mais éduquer.» (Reportage de Florian Bardou dans le quotidien Libération en date du 19 février, mis en ligne à 22h03)

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