samedi
21
octobre 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Delphine Nerbollier

Mehmet ne révélera pas son nom de famille. Cet ouvrier est arrivé en Allemagne il y a 48 ans et trouve la période actuelle trop tendue pour se mettre en avant. Pourtant, une fois lancé, ce père de trois enfants qui a obtenu la nationalité allemande il y a une dizaine d’années ne s’arrête plus. «Je vais boycotter les élections législatives de dimanche, explique-t-il. Je suis dégoûté par la politique allemande. Jamais les partis n’ont autant instrumentalisé la Turquie», s’emporte-t-il.

La tension entre Berlin et Ankara a occupé une place importante dans la campagne électorale outre-Rhin. Les relations entre ces deux pays se détériorent depuis un an et bloquent sur l’arrestation de plusieurs journalistes et militants des droits de l’homme, de nationalité allemande, soupçonnés par Ankara de soutien à des organisations terroristes. Pour [le gouvernement de] Berlin, ces arrestations sont d’ordre politique et révèlent la chute de ce pays vers la dictature. Le parti écologiste (Bündnis 90/Die Grüne) prône des représailles économiques envers le gouvernement turc. Le parti social-démocrate (SPD) s’est prononcé pour l’arrêt des négociations d’adhésion européenne et a mis la chancelière Angela Merkel sous pression. Celle-ci s’est dite favorable à un tel scénario.

Mehmet sourit à cette idée. «Nous savons tous que la Turquie n’entrera jamais dans le club européen. C’est une mascarade», lance-t-il dépité. Cet ouvrier répondra donc «positivement» à l’appel de «son» président, Recep Tayyip Erdogan, de boycotter les partis chrétiens-démocrates (CDU/CSU), social-démocrate (SPD) et écologiste, accusés de mener une campagne anti-turque.

«J’ai toujours voté pour les sociaux-démocrates mais on ne m’y reprendra pas», explique cet électeur berlinois en colère.

950 000 Turcs en âge d’aller voter

Avec cet appel, c’est la première fois qu’Ankara donne des consignes de vote aussi nettes au million et demi de Turcs qui disposent d’un passeport allemand et dont, selon certaines estimations, 950 000 seraient en âge d’aller voter. Quel impact cet appel aura-t-il concrètement sur le scrutin de dimanche?

Les avis divergent mais une chose semble évidente: les tensions actuelles renforcent la polarisation de cette communauté. «Pas question de suivre les ordres d’Erdogan», juge Esin Beyazgül, une mère de famille habitant Berlin et qui se définit comme une «opposante» au président turc. «Je voterai en fonction de ce qui me touche ici, l’environnement par exemple».

Selon une enquête réalisée par le centre de recherche Tavak basé à Istanbul, 47 % des électeurs d’origine turque trouveraient «positif» l’appel du président Erdogan. «Pour la première fois, les intentions de vote en faveur du SPD tombent en dessous de 54 %», explique Faruk Sen, auteur de cette enquête qui évoque un risque élevé d’abstention.

Un autre chercheur, Murat Erdogan, spécialisé dans la diaspora turque à l’université Hacettepe d’Ankara doute d’un boycott massif. «Lors des précédentes élections, la question des relations bilatérales n’a eu qu’un impact mineur dans le vote des Turcs en Allemagne, explique-t-il. Lors des scrutins locaux, ils votent de manière “rationnelle”, en fonction de leurs intérêts personnels. En revanche, lors des élections en Turquie, l’idéologie et les émotions jouent un rôle plus important », poursuit-il encore.

Votes «contradictoires» selon le pays

De fait, si 85 % des électeurs d’origine turque votent pour des partis officiels de gauche en Allemagne (essentiellement SPD et Verts), ils sont plus de 60 % à voter pour des formations conservatrices et nationalistes en Turquie.

Malgré l’absence de statistiques officielles, on estime que les électeurs d’origine turque représentent 1,5 % du corps électorat outre-Rhin. Leur comportement ne devrait pas changer la donne dimanche 24 septembre, mais il a une portée symbolique dans un pays qui l’interroge sur l’intégration des étrangers. Les candidats à la chancellerie le savent.

Lundi 11 septembre, lors d’un débat face à des téléspectateurs, la chancelière a tenté de rassurer. «Vous êtes ici chez vous», a répondu Angela Merkel à un téléspectateur d’origine turque qui dénonçait le racisme outre-Rhin. (Publié dans Le Soir du 21 septembre 2017)

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