vendredi
21
février 2020

A l'encontre

La Brèche

Illawarra Knitting Nannas Against Greed lors d’une manifestation devant le parlement de Nouvelle-Galles du Sud

Par Illawarra Knitting Nannas Against Greed

La lettre ouverte ci-dessous a été adressée à Anthony Albanese, dirigeant du parti travailliste, actuellement dans l’opposition. Elle est diffusée par Illawarra Knitting Nannas Against Greed. Anthony Albanese a été à plusieurs occasions ministres dans des gouvernements dirigés par le travailliste Kevin Rudd.

***

Cher Monsieur Anthony Albanese,

Les scientifiques du climat et les responsables de la lutte contre les feux de brousse les plus compétents situent la cause de l’incendie catastrophique qui sévit actuellement en Australie au même niveau que le changement climatique induit par les activités humaines. Au sein de la population un courant croissant soutient ce point de vue. Avec colère, il exige que des mesures urgentes soient prises pour atténuer le changement climatique.

Chaque jour, l’appel à la démission du gouvernement de Scott Morrison [1] devient de plus en plus fort. Tout le long de la côte est du pays, l’alarme, le chagrin, l’angoisse et la colère sont palpables. Mais si le gouvernement de coalition démissionne effectivement, quelle est l’alternative?

Un gouvernement travailliste ferait-il la différence?

Les émissions de gaz à effet de serre de l’Australie continuent d’augmenter à un rythme alarmant; leur augmentation se reflète dans le rythme auquel l’Australie est devenue le plus grand exportateur de charbon et de gaz au monde.

La combustion de tous ces combustibles fossiles australiens s’ajoute à la cadence toute aussi alarmante des effets dévastateurs du changement climatique dans le monde. L’Australie est actuellement en première ligne de cette dévastation.

Un gouvernement travailliste accepterait-il l’accord de Paris de 2015 et l’objectif revu à la hausse du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de 2018, qui consiste à limiter la hausse des températures à 1,5° Celsius maximum par rapport aux niveaux préindustriels? Accepterait-il les preuves qui montrent que pour y parvenir, il faut immédiatement arrêter la mise en valeur de nouvelles réserves de charbon et de gaz?

Le coût de toutes ces activités d’extraction de combustibles fossiles est actuellement supporté par les collectivités d’Australie et constitue un héritage épouvantable pour les générations futures.

Les compagnies minières polluent notre eau, détruisent nos sols, polluent notre air et désolent nos zones naturelles; elles transfèrent leurs profits à l’étranger et recherchent chaque trou dans le filet de la fiscalité pour éviter de payer des impôts.

Pendant ce temps, notre gouvernement subventionne les combustibles fossiles à hauteur de quelque 29 milliards de dollars australiens par an [18 milliards d’euros].

Un gouvernement travailliste garantirait-il une réglementation nationale pour protéger notre eau, notre air, notre sol et nos zones naturelles contre l’exploitation minière? Assurerait-il une perception correcte des impôts des sociétés minières et cesserait-il de subventionner l’industrie des combustibles fossiles?

Lors de la dernière conférence des Nations unies sur le changement climatique – la COP 25 qui s’est tenue à Madrid du 2 au 13 décembre 2019 –, le gouvernement australien a tenté de tromper le monde avec sa comptabilité douteuse portant sur les crédits carbones, puis s’est joint à d’autres nations autoritaires pour déstabiliser notre climat mondial en sapant l’accord de Paris.

Anthony Albanese

Que ferait un gouvernement travailliste lors des prochaines COP (Conference of Parties–Conférence des États signataires de conventions internationales)?

En attendant, là où la fumée n’est pas si épaisse, le soleil brille encore en Australie. Nous pourrions être le plus grand exportateur d’énergie renouvelable, ce qui augmenterait nos perspectives d’emploi durable et notre prospérité, bien plus que ce que l’exploitation minière mécanisée contemporaine peut le faire. Cependant, les gouvernements de la coalition ont fait tout leur possible pour dénigrer et décourager cette nouvelle industrie, tandis que la position des travaillistes a été minable et contradictoire.

Pas plus tard que le 9 décembre 2019, le Sydney Morning Herald en faisait état: «Le leader de l’opposition [Anthony Albanese] a déclaré que d’autres pays combleraient le vide laissé par l’arrêt des exportations de charbon australien… Le dirigeant travailliste Anthony Albanese [qui préside le cabinet fantôme] a soutenu les arguments en faveur des exportations de charbon australien dans un débat qui divise les opinions concernant l’arrêt de ces exportations pour agir sur le changement climatique, en faisant valoir qu’il serait erroné de nuire à l’industrie et à ses travailleurs.»

Chaque commentaire que vous avez fait sur la mine Adani Carmichael [2] vous a clairement placé sur barricade dans le camp de votre (hypothétique) prédécesseur. Toutes les références que vous avez faites au sujet du potentiel d’emplois de cette mine impliquent que vous êtes mal informé ou peu disposé à dire la vérité, à savoir qu’elle ne créera pas plus de 1464 emplois dans tout le pays.

Comme votre prédécesseur, votre silence sur une transition pour les travailleurs des zones traditionnelles d’extraction du charbon, en particulier dans le Queensland où les conditions sont parmi les meilleures au monde pour la production d’énergie renouvelable, suggère que le parti travailliste a passé une alliance soutenue avec l’extraction du charbon.

Un gouvernement travailliste poursuivrait-il l’histoire d’inaction des travaillistes, qui soutiennent effectivement la mine de charbon polluante et destructrice du climat d’Adani Carmichael? Maintiendrait-il le soutien passé et en partie camouflé du parti travailliste à la destruction du climat par l’exploitation des combustibles fossiles en continuant d’esquiver sa responsabilité de guider et de soutenir les collectivités dans leur transition pour sortir de l’industrie des combustibles fossiles?

L’Australie est mûre pour un gouvernement progressiste. De nombreux électeurs et électrices, ainsi que des jeunes privés de leurs droits et en colère, à juste titre, veulent une action, validée par les recherches scientifiques, concernant le changement climatique: pas de nouvelles mines de charbon, d’extraction de gaz ou de pétrole, y compris la mine Adani; un arrêt de l’exploitation minière qui a un impact sur notre eau; pas d’expansion des mines de charbon, des champs pétroliers et de gaz actuels et l’abandon progressif de l’exploitation des combustibles fossiles.

Nous réclamons un gouvernement honnête qui comprenne sa responsabilité en matière d’équité intergénérationnelle et qui protège l’avenir de nos enfants et des leurs contre les effets d’un changement climatique catastrophique comme les incendies dévastateurs que nous connaissons actuellement.

Monsieur Albanese, en cette onzième heure, êtes-vous, vous et le Parti travailliste, à la hauteur de cette tâche? (Lettre ouverte adressée à Anthony Albanese, en date du 23 janvier 2020, publiée sur le site de Green Left Weekly, pour récolte de signatures; traduction rédaction A l’Encontre)

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[1] Premier ministre climatosceptique du Parti libéral. Il est à la tête d’une coalition gouvernementale formée Parti Libéral et le Parti national. Ce deuxième gouvernement de Scott Morrison a été formé après les élections de mai 2019. (Réd.)

[2] Projet de mine de charbon à ciel ouvert, et aussi souterraine, dans le centre du Queensland, à son pic de production 60 millions de tonnes de charbon par an pourraient être, avec une aide publique importante. Face à ce projet gigantesque s’est enclenché un vaste débat en Australie. La participation de Siemens dans cette opération, pour la gestion des transports, a aussi suscité des mobilisations en Allemagne. (Réd.)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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