samedi
24
août 2019

A l'encontre

La Brèche

Mike Pence à la réunion annuelle du CUFI

Par Mimi Kirk

La cérémonie d’ouverture de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, en mai 2018, a été marquée par la présence d’un grand nombre d’intervenants habituels. L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, David Friedman, le conseiller principal du président Donald Trump Jared Kushner et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont tous prononcé des allocutions au cours de la cérémonie de plus d’une heure qui a vanté les relations entre les Etats-Unis et Israël. Selon les mots de Netanyahou, l’ouverture de cette ambassade a fait de Jérusalem «la capitale éternelle et indivise d’Israël».

La décision de Trump de déplacer l’ambassade a été débattue, mais les deux orateurs qui ont ouvert et clôturé la cérémonie ont été tout aussi contestés. Deux pasteurs évangéliques chrétiens d’importantes églises du Texas qui conseillent Trump, Robert Jeffress et John Hagee, ont ardemment prié et remercié Dieu d’avoir rendu possible l’Etat d’Israël et Trump d’avoir eu le courage de reconnaître Jérusalem comme la capitale du peuple juif.

«Seigneur, nous sommes… reconnaissants en pensant à [la fondation de l’Etat d’Israël en 1948], quand vous avez accompli les prophéties des prophètes d’il y a des milliers d’années et avez rassemblé votre peuple sur cette terre promise», a affirmé Jeffress, tandis que Hagee a identifié Jérusalem comme la ville «où le Messie viendra établir un royaume qui ne connaîtra aucune fin».

Comme le chrétien sioniste Hagee est le fondateur de la principale organisation sioniste chrétienne américaine, Christians United for Israel (CUFI), et que Jeffress prêche régulièrement son idéologie sur Fox News, les remarques des deux hommes reflètent leur conviction que l’Etat moderne d’Israël est le résultat de la prophétie biblique. Cette croyance s’articule autour de l’idée qu’il y a 4000 ans, Dieu a promis la terre aux Juifs, qui la gouverneront jusqu’au retour de Jésus à Jérusalem et à «l’enlèvement» [«emportés sur les nuées pour rencontrer le Seigneur»]. Tous ne bénéficieront pas de ce scénario de fin des temps: tandis que les chrétiens seront sauvés et «vivront éternellement avec le Christ dans un ciel et une terre nouveaux», les adhérents à d’autres religions qui ne se convertiront pas au christianisme seront envoyés en enfer.

L’occupation et l’oppression des Palestiniens par Israël – y compris ceux qui sont chrétiens – sont ignorées ou perçues comme nécessaires pour atteindre ce résultat final. Dans le même ordre d’idées, les sionistes chrétiens considèrent l’expansion d’Israël en Cisjordanie par le biais de colonies illégales comme un développement positif et soutiennent même l’expansion israélienne en Cisjordanie orientale [rive orientale du Jourdain].

Un tel credo considère nécessairement les croyances extérieures au christianisme comme fausses ou, dans le cas du judaïsme, comme au service du christianisme. Jeffress, par exemple, a dit un jour que le judaïsme, l’islam et l’hindouisme «conduisent les gens… vers une séparation éternelle de Dieu, en enfer», et Hagee a suggéré dans un sermon des années 1990 que Hitler faisait partie du plan de Dieu pour ramener le peuple juif «sur la terre d’Israël». Pourtant, interrogé sur la décision d’inclure de tels orateurs dans la programmation de la cérémonie, le secrétaire de presse adjoint de la Maison-Blanche, Raj Shah, a déclaré: «Honnêtement, je ne sais pas comment cela s’est fait.»

La base de soutien chrétienne d’Israël

Malgré le court-circuitage de Raj Shah, l’administration de Trump a délibérément choisi Jeffress et Hagee pour l’occasion. Les pasteurs – et leurs disciples évangéliques blancs, qui constituent une partie importante de la base de Trump avec 81% d’entre eux ayant voté pour lui en 2016 – avaient fait pression sur le président pour que l’ambassade soit déplacée. Dans une interview avec le site d’extrême droite Breitbart, Hagee raconte qu’il avait dit à Trump: «Dès que vous [déplacerez l’ambassade], je crois que vous entrerez dans l’immortalité politique.» De plus, l’avocat palestinien chrétien des droits de l’homme Jonathan Kuttab a affirmé lors d’un débat sur le Web de Jewish Voice for Peace que la décision de Trump de déplacer l’ambassade avait été prise pour plaire à sa base sioniste chrétienne plutôt qu’à l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] ou Netanyahou.

Environ un quart des adultes américains s’identifient comme chrétiens évangéliques, et 80% d’entre eux expriment la conviction que l’Etat moderne d’Israël et le «rassemblement de millions de Juifs en Israël» sont des réalisations de la prophétie biblique qui montrent que le retour de Jésus se rapproche. Andrew Chesnut, professeur d’études religieuses à la Virginia Commonwealth University, affirme que le sionisme chrétien est maintenant la «théologie majoritaire» parmi les évangéliques blancs américains.

Ce nombre de sionistes chrétiens représente des dizaines de millions d’électeurs, d’importantes ressources financières et beaucoup d’influence par le biais d’organisations comme le CUFI de Hagee – comme l’a montré la décision à propos de l’ambassade. Pourtant, les médias et les analystes politiques américains abordent souvent le lobby israélien comme s’il était composé uniquement de partisans juifs, dont le nombre est en fait bien inférieur à celui des sionistes chrétiens – l’AIPAC ne compte que 100’000 membres, par exemple, contre cinq millions pour CUFI – et qui sont également profondément divisés sur la politique américaine concernant la Palestine et Israël.

Le brouhaha et les accusations d’antisémitisme qui ont éclaté en février 2019 après que la députée Ilhan Omar (démocrate du Minnesota, d’origine somalienne) eut souligné l’influence financière de l’AIPAC sur la politique américaine envers Israël démontrent cette fixation. Non seulement d’autres groupes de pression, comme le CUFI, exercent autant ou plus d’influence que l’AIPAC (financière et autre), mais l’AIPAC, comme l’a écrit M.J. Rosenberg dans The Nation (14 février 2019), «n’est pas synonyme de Juifs». Sur ses 100’000 membres, a-t-il expliqué, «la plupart sont juifs mais… beaucoup sont des chrétiens évangéliques (et autres)».

Trump et Pompeo

Cet accent mis sur le soutien des Juifs américains à Israël montre à quel point le soutien américain à Israël est motivé par les intérêts géopolitiques états-uniens au Moyen-Orient, avec leur désir de longue date de maintenir le contrôle des ressources énergétiques de la région et leur poursuite de la «guerre contre le terrorisme». Le partenariat solide avec Israël s’inscrit dans ces deux objectifs. Cet accent occulte aussi l’influence significative du sionisme chrétien, en particulier à un moment où des leaders de la Maison-Blanche comme le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo sont des chrétiens évangéliques déclarés. En effet, en 2017, Mike Pence a été le premier vice-président ou président en exercice à prendre la parole devant le CUFI.

En même temps, le sionisme chrétien pourrait être une idéologie plus facile à contrer que le sionisme juif. Les activistes soutiennent que si le sionisme chrétien est une croyance largement répandue, il n’est pas profondément ancré. «Pour la plupart des gens qui épousent cette théologie, ce n’est pas le centre de leur croyance», m’a dit Jonathan Brenneman, un activiste chrétien palestino-américain. «Quand les gens sont confrontés à la réalité de ce qui se passe en Palestine, la théologie s’effondre souvent.»

Les origines idéologiques du sionisme chrétien

Alors que les principes spécifiques du sionisme chrétien d’aujourd’hui sont apparus au XIXe siècle, les racines idéologiques du mouvement remontent à des siècles antérieurs, soit à l’époque où le christianisme est devenu partie intégrante de l’empire romain sous Constantin au IIIe siècle de notre ère, s’étendant aux croisades, puis au colonialisme européen – tous des entreprises dans lesquelles le pillage s’est accompli sous le couvert de l’idéologie chrétienne, notamment l’idée du bien-fondé de la domination chrétienne sur une terre et une population non chrétiennes.

Plusieurs nouvelles sectes protestantes dans l’Europe du XVIe siècle avaient des idées proto-sionistes. Célia Belin, membre de la Brookings Institution, a noté que ces croyances, issues de lectures littérales et par induction de la Bible issues de la Réforme, ont suscité un intérêt renouvelé pour les débats sur la fin des temps. «Ils ont conduit à une nouvelle compréhension du rôle du peuple juif dans l’histoire chrétienne, ce qui a conduit certains à prophétiser le retour du peuple juif en Terre Sainte», a-t-elle écrit.

Les itérations de ces idées eschatologiques se répandirent en Amérique avec les Puritains, avec la croyance que les colons fuyant la persécution religieuse en Angleterre étaient les nouveaux Juifs et l’Amérique le nouvel Israël qui leur avait été promis par Dieu. John Winthrop, premier gouverneur de la colonie de la baie du Massachusetts, a proclamé en 1630 dans son célèbre discours de «ville sur une colline» que «l’Eternel sera notre Dieu, qu’il sera heureux de demeurer parmi nous, comme étant son propre peuple, et qu’il nous bénira dans tous nos œuvres… Nous verrons que le Dieu d’Israël est parmi nous.»

Dans un tel système de croyances, les indigènes de Turtle Island [nom donné pour l’Amérique du Nord par des peuples indigènes] étaient considérés contre le plan de Dieu et agissaient contre le peuple de Dieu. «Ils étaient considérés comme jetables», dit Jonathan Brenneman. «Il y a un lien très clair entre cette idéologie et le sionisme chrétien.»

Le milieu du XIXe siècle a commencé à voir ce lien se réaliser sous l’influence de l’évangéliste John Nelson Darby [1800-1882], qui, par des tournées missionnaires à travers l’Amérique du Nord, a popularisé le récit de la fin des temps et le rôle des Juifs dans ce récit. En 1891, un autre prédicateur, William E. Blackstone [1841-1935], a demandé au président américain Benjamin Harrison de considérer les revendications juives sur la Palestine «comme leur ancienne patrie» – cinq ans avant l’appel de Theodor Herzl (en 1896) pour une patrie juive. Par la suite, des évangélistes influents, comme Cyrus Ingerson Scofield [1843-1921], ont prêché que le premier signe révélateur de la fin du monde serait le retour des Juifs en Terre Sainte. La Bible largement lue, celle annotée en 1909 par Scofield, proclame ces principes.

Gary Burge, expert en sionisme chrétien et professeur de théologie au Calvin’s Theological Seminary du Michigan, a expliqué dans une interview comment les horreurs de la Première Guerre mondiale, l’épidémie de grippe de 1918, le krach boursier et la Seconde Guerre mondiale ont ensuite contribué à consolider les croyances des chrétiens sur la fin des temps. «Le citoyen moyen avait l’impression que le monde était en train de s’écrouler», dit Gary Burge, «et la fondation de l’Etat d’Israël en 1948, puis la guerre de 1967, lui semblaient indiquer directement l’accomplissement de la fin des temps».

Une fusion de la religion et de la politique

Les sionistes chrétiens – ainsi que les évangéliques en général – ont eu tendance à rester apolitiques pendant la majeure partie du XXe siècle. Mais les bouleversements sociaux et les mouvements de défense des droits civiques qui sont apparus à la fin des années 1960 ont poussé ce groupe de la population à tenter d’endiguer les changements sociétaux progressistes par l’action politique, en particulier après la décision Roe v. Wade de 1973 qui a légalisé le droit à l’avortement.

Jerry Falwell

Un électorat tout prêt était donc en place pour le programme de la majorité morale de 1979 du télévangéliste Jerry Falwell [1933-2007], qui s’opposait à l’avortement, à l’amendement sur l’égalité des droits et aux droits des homosexuels, entre autres thèmes progressistes, et soutenait l’augmentation des dépenses de défense, l’anticommunisme et un soutien américain solide envers Israël. Falwell et d’autres prédicateurs sionistes chrétiens comme Pat Robertson du Club 700 [talk-show sur le Christian Broadcasting Network] ont souligné l’idée que Dieu ne soutiendra les Etats-Unis que si les Etats-Unis soutiennent Israël. «Robertson a décrit les tempêtes et la prospérité financière aux Etats-Unis comme étant liés à la position des Etats-Unis sur Israël», a affirmé Gary Burge, «et Falwell avait l’habitude de dire que si l’Amérique renonce à soutenir Israël, Dieu ne bénira plus l’Amérique.»

L’élection en 1980 de Ronald Reagan, ami des évangélistes, et ses relations étroites (mais pas toujours faciles) avec Falwell et d’autres dirigeants chrétiens conservateurs ont renforcé le lien entre la Majorité morale [lobby en faveur des groupes évangéliques, actif durant de 1979 à fin des années 1980] et le Parti républicain, donnant au mouvement une place sur la scène politique et le transformant en «droite chrétienne». Les huit années de présidence du «born-again» Christian George W. Bush ont renforcé l’influence de la droite chrétienne dans la politique américaine et la politique étrangère. De plus, la «guerre contre le terrorisme» de Bush à la suite des attentats du 11 septembre 2001 a complété et encouragé la guerre d’Israël contre ses propres «terroristes» – les Palestiniens.

La fusion de la religion et de la politique dans le sionisme chrétien a été la force motrice derrière son influence plus récente sur la politique américaine. Bien que Trump ne prétende pas avoir des croyances évangéliques, il s’occupe soigneusement de sa base évangélique blanche, obtenant son soutien par l’intermédiaire du transfert de l’ambassade américaine et du soutien à l’annexion israélienne du plateau du Golan et de la Cisjordanie, ainsi que par le choix de Mike Pence comme vice-président.

Parallèlement à cette intégration, un petit groupe de sionistes chrétiens demande que l’on se concentre moins sur le scénario de la fin des temps dans lequel les juifs sont envoyés en enfer s’ils ne se convertissent pas, que sur l’incitation des chrétiens à être sympathiques et à soutenir les juifs, car la théologie biblique exige que ceux-ci possèdent la Terre Sainte. «Ce qu’ils ont fait, c’est sortir de l’eschatologie [qui concerne la fin des temps] et se diriger vers un prosaïsme théologique», explique Gary Burge.

Cette approche appelée le «Nouveau sionisme chrétien» omet les détails plus déroutants du pacte chrétien sioniste/juif-israélien, qui exige que des dirigeants comme Netanyahou ignorent le sort que les sionistes chrétiens imaginent pour les juifs, cela à des fins de profit politique. Cela pourrait peut-être indiquer une tentative de fournir une idéologie plus tempérée et plus attrayante pour les jeunes évangéliques américains qui, ces dernières années, ont manifesté des opinions plus libérales que leurs aînés, y compris sur la question d’Israël.

Un sondage réalisé en 2017 par Lifeway Research, par exemple, a démontré le fossé générationnel. Seulement 9% des personnes âgées interrogées considéraient la «renaissance» d’Israël en 1948 comme une injustice envers les Palestiniens, tandis que 62% n’étaient pas d’accord et 28% disaient ne pas en être certains. Parmi les jeunes évangéliques, 19% ont dit que la création d’Israël était une injustice pour les Palestiniens, 34% n’étaient pas d’accord et presque la moitié n’étaient pas certains.

Une telle tendance pourrait être prometteuse pour les Palestiniens et leurs alliés qui s’emploient à faire évoluer le discours sioniste chrétien et à garantir les droits de l’homme des Palestiniens dans les territoires palestiniens occupés et au-delà. Certains activistes soulignent également que le sionisme chrétien est une idéologie moins enracinée que celle du sionisme juif, et que l’exposition à la réalité palestinienne sur le terrain peut convaincre les sionistes chrétiens de changer leur façon de penser.

Contre le sionisme chrétien

Jonathan Brenneman, le militant chrétien palestino-américain, a travaillé comme coordinateur de l’association Israel/Palestine Partners in Peacemaking pour l’Eglise mennonite [d’origine anabaptiste]. «Le sionisme chrétien est si répandu aux Etats-Unis que tout travail des chrétiens sur les droits des Palestiniens doit y faire face», a-t-il dit. Brenneman pense que l’éducation est la meilleure stratégie pour atteindre les sionistes chrétiens.

«Le sionisme chrétien est une idéologie extrémiste, mais il est aussi incroyablement répandu et fait partie d’un ensemble plus large de croyances chrétiennes», a-t-il déclaré. «La plupart des gens qui y adhèrent ne réalisent pas qu’ils ont des croyances vraiment haineuses; c’est très basé sur l’ignorance et l’insularité.» Brenneman ajoute que de telles croyances sont rarement remises en question, en particulier parce que les médias grand public y jouent un rôle en soulignant, entre autres, l’idée qu’Israël est toujours en grand danger à cause des Palestiniens ou des Etats arabes voisins. Le résultat: quand les sionistes chrétiens apprennent le traitement brutal infligé par Israël aux Palestiniens, leur système de croyances est vulnérable à ces chocs.

Jonathan Brenneman dit que la meilleure voie vers l’éducation est que les sionistes chrétiens visitent la Palestine-Israël et entendent les chrétiens et les juifs palestiniens qui remettent en question le récit dominant. Des groupes tels que Telos et les Eglises pour la paix au Moyen-Orient (CMEP-Churches for Middle East Peace) organisent des visites qui visent à troubler ce récit par des rencontres avec divers Israéliens et Palestiniens; dans les deux cas, les groupes rencontrent des gens allant des colons juifs aux dirigeants d’entreprises et aux activistes palestiniens.

Rev. Dr. Mae Elise Cannon

La directrice générale du CMEP, Mae Elise Cannon, croit également que l’éducation est la clé du changement des mentalités et que les chrétiens sont généralement ouverts à ce changement. Bien que le CMEP ne s’oppose pas nécessairement aux croyances sionistes chrétiennes – le groupe est composé de près de 30 organisations confessionnelles avec des cadres théologiques divers, y compris l’évangélisme – il travaille pour contrer les répercussions négatives de ces croyances par des tournées ainsi que des interventions dans des églises états-uniennes et contre les plaidoyers du gouvernement.

«La grande majorité des membres de l’Eglise états-unienne veulent honorer Dieu et aspirent à la bonté du monde», m’a dit Mae Elise Cannon. «Ils sont ouverts à l’idée de changer d’avis, mais leur préoccupation sous-jacente est que s’ils changent leur perspective politique, ils ne seront pas fidèles à la théologie.» M. Cannon dit que l’exemple des colonies israéliennes est productif à cet égard. «Il est facile de montrer aux gens qu’ils ne suivent pas le principe chrétien de base de l’amour du prochain s’ils soutiennent ceux qui construisent une colonie sur des terres agricoles palestiniennes qui appartiennent à ces familles depuis des décennies ou un siècle», a-t-elle dit. «Les réalités actuelles parlent d’elles-mêmes. Nous leur montrons qu’ils peuvent honorer Dieu tout en défendant les droits des Palestiniens.»

Friends of Sabeel North America (FOSNA), une organisation chrétienne en quête de justice et de paix en Palestine par les plaidoyers et l’éducation, s’efforce de faire en sorte que les récits palestiniens soient entendus par les Eglises états-uniennes. Tarek Abuata, directeur exécutif de FOSNA, souligne que les croyances sionistes chrétiennes ne sont pas seulement celles de ceux qui s’identifient explicitement au sionisme chrétien, mais qu’on les retrouve dans toutes les grandes Eglises états-uniennes.

«Le sionisme chrétien n’est pas seulement le sionisme mondialisé de John Hagee, mais il se trouve dans les Eglises protestantes d’obédience principale, y compris celles qui se sont départies des initiatives qui profitent de l’occupation israélienne», a-t-il expliqué. «C’est une théologie plus nuancée et plus diffuse que l’on trouve aussi bien au niveau des chants que dans les prêches.» Ce phénomène fait aussi partie de ce que le théologien de la libération Marc H. Ellis appelle «l’accord œcuménique» entre chrétiens et juifs, dans lequel les chrétiens de tradition majoritaire sont silencieux sur les abus infligés aux Palestiniens par Israël pour se repentir de l’antisémitisme historique du christianisme.

C’est dans cet esprit que FOSNA aide les Palestiniens à raconter leurs histoires à divers publics, des évêques épiscopaux aux congrégations méthodistes et aux groupes évangéliques, en les formant à déchiffrer leurs récits et à les présenter dans un espace public. «Nous trouvons souvent un événement marquant et nous le diffusons», m’a-t-il dit. «Par exemple, pour un Palestinien de 25 ans originaire de Gaza, c’était l’histoire de son ami tué par des soldats israéliens alors qu’il vérifiait le niveau de son réservoir d’eau sur le toit de sa maison.»

FOSNA travaille également pour contrer le CUFI. «CUFI ne va pas offrir aux Palestiniens un espace pour raconter leurs histoires, alors nous devons les mettre face à ces faits», a ajouté Abuata. En juillet 2019, la FOSNA a travaillé avec d’autres organisations progressistes pour organiser des panels et des manifestations à Washington, DC, pendant le sommet annuel du CUFI. «Nous voulons présenter la vision alternative de l’inclusivité à celle de l’exclusivité dont beaucoup d’adhérents de CUFI ignorent peut-être qu’ils sont engagés dans une telle voie», a-t-il dit. «C’est un affrontement, mais toujours avec la conscience que la réconciliation est possible quand il y a une reconnaissance de l’action et de l’humanité palestiniennes.»

Abuata explique que le mouvement chrétien pour les droits des Palestiniens s’est considérablement développé au cours de la dernière décennie, notant qu’il y a dix ans, il n’aurait pas été accueilli dans 80% des principales confessions chrétiennes et églises avec lesquelles il travaille actuellement. Cette année marque également le dixième anniversaire de la publication du document Kairos, un appel lancé par les chrétiens palestiniens aux chrétiens du monde entier pour lutter contre l’occupation israélienne. Alors que le sionisme chrétien s’est certainement internationalisé ces dernières années, gagnant en popularité en Afrique, en Amérique latine et en Asie, Abuata dit que le mouvement contre le sionisme chrétien l’a également fait. «La tendance sur le terrain est une internationalisation croissante qui reflète le racisme mondialisé à travers le prisme de la question palestinienne.»

Néanmoins, Abuata reconnaît que les défis sont toujours d’actualité. …Il y a des fractures qui apparaissent dans le récit sioniste chrétien, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir», observe-t-il. (Article publié dans Middle East Report Online, le 8 août 2019, sous le titre «Countering Christian Zionism in the Age of Trump»; traduction rédaction A l’Encontre)

Mimi Kirk est directrice d’Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network. Précédemment, elle occupa le poste de responsable de la recherche pour le Middle East Institute et était rédactrice pour le Center for Contemporary Arab Studies à la Georgetown University. En plus de ses ouvrages, elle écrit dans Jadaliyya, The Atlantic, The Washington Post, and Foreign Policy.

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