Pérou. «Le retour de l’ordre. Le fujimorisme 2.0 s’allie au club de la droite»

(Capture de vidéo)

Par Omar Coronel*

À sa quatrième tentative, Keiko Fujimori (Force populaire-Fuerza Popular) a finalement remporté la présidence du Pérou. Elle a réussi à battre Roberto Sánchez, chef d’une coalition de gauche qui soutenait Pedro Castillo, le président qui l’avait battue en 2021 et qui est emprisonné depuis 2022 pour avoir tenté un auto-coup d’État [dissolution du parlement]. Après avoir perdu de quelques dixièmes en 2021 et 2016, Keiko Fujimori l’a emporté cette fois-ci également de quelques dixièmes – 9 223 396 suffrages contre 9 173 755 pour Roberto Sanchez Palomino (Ensemble pour le Pérou), après avoir réuni les votes de l’extérieur favorable à Keiko Fujimori– ce qui reflète un pays apparemment divisé presque exactement en deux camps : le fujimorisme et l’antifujimorisme.[L’autocrate Alberto Fujimori, le père de Keiko, avait occupé le pouvoir de 1990 à 2000.]

Que s’est-il passé ?

Malgré une décennie de crise politique et cinq ans d’érosion démocratique, le Pérou a réussi à organiser des élections libres et compétitives.

La coalition autoritaire qui, depuis 2022, gouverne depuis le Congrès s’est emparée de presque toutes les institutions susceptibles de limiter son pouvoir, à l’exception de certaines instances judiciaires et des organismes électoraux. Cependant, en supprimant les primaires ouvertes, simultanées et obligatoires (PASO), elle a cherché à fragmenter encore davantage l’offre électorale déjà dispersée : sans ce filtre, on a compté 35 candidatures à la présidence.

Au premier tour, Keiko Fujimori s’est qualifiée pour le second tour avec 17 % des voix et Roberto Sánchez avec à peine 12 % ; à eux deux, ils ont représenté moins de 30 % des suffrages valides. Il s’agit là d’une singularité dans la région, qui témoigne d’une fragmentation électorale extrême. La grande majorité des 35 candidats est restée en dessous de la barre des 10 %. Une défaillance logistique de l’organisme électoral à Lima, bastion de Rafael López Aliaga, l’ancien maire d’extrême droite de la capitale [membre de l’Opus Dei, en lien avec Vox et admirateur de Donald Trum] et candidat à la présidence, a fourni à ce dernier un prétexte pour dénoncer une fraude et appeler à une « insurrection civile » qui s’est essoufflée en quelques semaines.

Le second tour s’est à nouveau joué à quelques dixièmes près, comme en 2016 et 2021, bien que pour la première fois en faveur de Keiko Fujimori. Il est à noter que chacune des régions a reconduit son vote de 2021 : Roberto Sánchez a conservé les circonscriptions qui avaient voté pour Castillo et Fujimori a conservé les siennes. Bien que Sánchez ait amélioré les résultats de Castillo auprès des classes moyennes de Lima, il n’a pas obtenu le même niveau de soutien dans le bastion castilliste de la sierra sud, où Fujimori a progressé. Sánchez s’est imposé de justesse sur l’ensemble du territoire national, mais l’avance de Fujimori parmi les électeurs de l’étranger a renversé le résultat.

Pourquoi ?

Il convient de s’attarder sur Keiko Fujimori, au-delà de son nom de famille. Contrairement à une grande partie des dirigeants des nouvelles droites latino-américaines, la dirigeante de Fuerza Popular est loin d’être une outsider. Elle est, au contraire, l’une des femmes politiques les plus professionnelles du Pérou. Elle est entrée au Congrès en 2006 et, depuis lors, elle a bâti ce que son père a toujours rejeté : un parti. Fuerza Popular – qu’elle préside depuis 2010 et qui a obtenu 14,66 % des suffrages dans un paysage partisan fragmenté – est devenu sous sa direction la principale organisation politique du Pérou. Mais son leadership n’est pas celui d’un caudillo charismatique : elle dirige son groupe parlementaire dans l’ombre, apparaît peu et ne se rapproche des gens que principalement en période de campagne.

Sa figure est en outre entachée d’une longue bataille judiciaire : trois périodes de détention provisoire pour blanchiment d’argent présumé dans l’affaire Odebrecht  [la firme de construction brésilienne qui « arrosait » des personnalités pour obtenir des commandes publiques], bien que l’accusation principale ait été annulée en 2025 par le Tribunal constitutionnel, dont les membres avaient été désignés par un Congrès fortement influencé par le fujimorisme.

Le vote en sa faveur allie la nostalgie de « l’ordre » et de la croissance économique des années 1990, celles du gouvernement dictatorial de son père, au soutien dont elle bénéficie en tant qu’héritière capable de gérer son héritage.

Pour comprendre la première défaite de l’antifujimorisme depuis l’année 2000, il faut prendre en compte des facteurs externes et internes. Au premier tour, Keiko Fujimori s’est distinguée en consolidant un message clair et efficace : «Le retour à l’ordre », dans un contexte où la lutte contre la criminalité est devenue la principale revendication des citoyens/citoyennes et où des personnalités telles que Nayib Bukele [président de la République du Salvador depuis juin 2019] sont très appréciées. Son message faisait ouvertement référence au souvenir du gouvernement autoritaire d’Alberto Fujimori. Elle a explicitement déclaré : «Je veux gouverner comme mon père » et a proposé des juges anonymes ainsi que le retrait de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) pour lutter contre la criminalité avec une « main de fer ». Elle a affirmé ce discours sans modération et l’a articulé efficacement lors des débats, domaine dans lequel elle possède plus d’expérience que n’importe quel autre candidat.

Tout cela permet de comprendre que, malgré le pourcentage élevé de votes contre elle, Keiko Fujimori ait amélioré son score au premier tour (avril 26) : en 2021, elle n’avait obtenu que 13 % ; elle a désormais atteint 17 %, soit environ 700 000 voix supplémentaires, principalement à Lima et sur la côte nord et centrale. Cela s’explique en partie par la faiblesse de ses concurrents au sein de la droite. López Aliaga, son principal rival dans ce camp, a mêlé des propositions farfelues en matière de sécurité – telles que des prisons dans la jungle surveillées par des serpents – à une « bataille culturelle » liménienne [à Lima, contre l’avortement, la « théorie du genre »] qui ne correspond pas à la demande nationale d’ordre. Fujimori a su tirer parti de ce vide avec un message plus crédible et plus rigoureux.

Cependant, pour le second tour du 7 juin, elle n’a pas fait grand-chose. Bien qu’elle ait sillonné des régions qui lui avaient historiquement échappé, Keiko Fujimori n’a pas tenté de se rapprocher de l’électeur/électrice modéré·e. Elle n’a pas non plus sollicité la bénédiction télévisée de pasteurs conservateurs, comme lors des élections précédentes. De plus, sa participation au débat avec Roberto Sánchez a été terne. Pour la première fois, elle a été confrontée à un adversaire vif dans ses réponses et doté d’une meilleure capacité de communication, ce qui l’a mise nettement mal à l’aise. Tout cela a semblé freiner sa progression dans les intentions de vote au cours de la dernière semaine précédant les élections.

Du côté des principaux médias nationaux, basés à Lima, le parti pris systématique en faveur de Fujimori s’est répété. Ils ont martelé l’idée du « plus grand mal » que représentait Sánchez, en soulignant sa revendication du pouvoir et la tentative d’autocoup d’État de Pedro Castillo –qu’il promettait d’amnistier –, son alliance avec des acteurs radicaux et sa promesse d’une Assemblée constituante, qui menaçait de changer le modèle économique.

L’impact de ce dernier point pourrait expliquer une constatation de l’économiste Alejandro Palomino : les villes de l’intérieur, où les niveaux économiques d’avant la pandémie ne se sont pas encore rétablis – et où, de ce fait, la crainte d’une nouvelle perturbation du modèle est plus profondément ancrée –, avaient voté pour Castillo, mais plus dans la même mesure pour Sánchez. En revanche, les zones rurales qui se sont redressées ou ont vu leur situation s’améliorer, où cette crainte n’a pas joué, ont maintenu leur vote en faveur de Castillo.

En ce qui concerne les facteurs internes, les tensions au sein de l’ancienne coalition antifujimoriste sont au cœur du sujet. Ce qui est surprenant, c’est que ce second tour a enfin réussi à rassembler des secteurs qui, à peine deux ans auparavant, n’avaient pas pu marcher ensemble contre Dina Boluarte [Présidente de décembre 2022, suite à l’emprisonnement de Castillo, jusqu’en octobre 2025]. L’anti-fujimorisme accumulait des tensions depuis 2016 et s’est effondré sous le gouvernement de Castillo : la gauche radicale a accusé la gauche modérée de trahison, celle-ci a accusé la première d’être autoritaire et corrompue, et le centre-droit a accusé les deux de favoriser l’érosion de la démocratie et de l’État. Ces divergences ont empêché de coordonner une réponse commune lors des soulèvements sociaux de 2022-2023 et ont persisté au cours des années suivantes. Comment, alors, Sánchez, qui venait de fédérer la gauche radicale, a-t-il réussi à rallier la gauche modérée et une partie du centre ? La réponse réside dans la personnalité de Sánchez et dans la manière dont il a mené sa campagne entre les deux tours.

Sánchez n’est pas un outsider, mais un cadre de la gauche institutionnelle qui s’est fait connaître à l’échelle nationale en tant que ministre le plus stable de Castillo. Son parcours est ambivalent : il a condamné l’autogolpe, mais s’est abstenu lors de la procédure de destitution, et bien qu’il n’ait pas intégré la coalition autoritaire du Congrès, il a voté avec elle sur des textes spécifiques, comme ceux qui ont protégé l’exploitation minière illégale. Pour 2026, il s’est appuyé sur le « castillisme » – il a repris son flambeau, a proposé de l’amnistier – et a radicalisé son programme avec un « socialisme andin-amazonien » et l’intégration d’Antauro Humala, un ancien militaire ethno-nationaliste qui a passé près de 20 ans en prison pour un soulèvement armé.

Cette radicalité lui a permis de battre la gauche modérée et d’accéder au second tour avec 12 % des voix, mais elle est devenue son principal handicap pour le second tour, surtout parce que ses listes comprenaient des figures syndicales radicales et certaines personnes mises en cause – ce qu’elles nient – pour des liens avec le Mouvement pour l’amnistie et les droits fondamentaux (Movadef), le bras politique qui revendiquait le Sentier lumineux, interdit par la justice en 2024. Conscient du problème, Sánchez a pris ses distances avec Humala, a fait des concessions sur presque toutes ses propositions économiques et a élaboré un nouveau programme en concertation avec les partis de gauche modérée et du centre. Des personnalités influentes qui prônaient auparavant le vote nul ont alors commencé à soutenir Sánchez, considéré comme un moindre mal face à Fujimori. Cela aide à expliquer son score en progression par rapport à celui de Castillo au sein de la classe moyenne de Lima. Mais cela n’a pas suffi à convaincre l’ensemble de l’ancienne coalition.

Cependant, même en se rapprochant du centre, Sánchez continuait d’être perçu comme un candidat radical et comme la réplique potentielle du gouvernement chaotique de Pedro Castillo. Ainsi, outre la baisse de ses voix mentionnée plus haut dans les bastions de Castillo, il s’est également aliéné des secteurs du centre-droit qui, depuis Pedro Castillo, se méfient de leurs anciens partenaires de gauche. Cette méfiance a été incarnée par Jorge Nieto, un homme politique du centre aux références antifujimoristes qui, malgré tout, n’a pas voulu soutenir un antifujimorisme étendu à des figures telles qu’Antauro Humala [dirigeant nationaliste, militaire à l’origine, théoricien de l’ethnocacérisme, il avait passé un accord avec Castillo]. Dans les derniers jours, il a réaffirmé son vote « vicié », ce qui a déclenché les attaques du bloc de Sánchez et rouvert de vieilles blessures. Compte tenu de la marge très étroite qui a scellé la victoire de Fujimori, des événements comme celui-ci ont pu influencer le résultat final.

Cette élection a démontré que l’anti-fujimorisme n’était pas mort, mais bien affaibli par les tensions qui le traversent. Certains ont avancé qu’une partie de l’explication des résultats réside dans le fait que les Péruviens se sont tournés vers la droite au cours de ce quinquennat ou ont décidé de voter contre le pouvoir en place. Mais qui est le pouvoir en place ? Certains sondages font état d’une plus grande identification à la droite. Cependant, le tableau qui se dégage est presque identique à celui de 2021, avec une légère variation qui s’explique davantage par les limites du bloc de gauche. Cela tient en partie au fait que Sánchez a endossé le rôle de Pedro Castillo, sans pour autant être Castillo : il n’a jamais réussi à susciter le même enthousiasme que l’ancien président avait suscité dans les villes de l’intérieur et les zones rurales. Quant au vote sanction, la notion devient glissante : en 2021, c’est Castillo qui a remporté les élections, mais depuis 2022, c’est une coalition parlementaire diamétralement opposée à la gauche qui gouverne, au sein de laquelle le fujimorisme a joué un rôle de premier plan. Le vote sanction serait-il dirigé contre la gauche ou contre la droite ?

Ce qui prédominait dans les sondages, c’était un sentiment anti-establishment, en réaction au chaos du dernier quinquennat. Cependant, l’incapacité de l’opposition à jeter des ponts entre ses différents courants a dispersé le vote, ce qui a permis à deux petits courants extrêmes d’accéder au second tour. Au Pérou, il existe des clivages sociaux qui structurent la géographie du vote depuis des décennies, malgré l’éclatement du système des partis ; mais cette division en deux camps exactement égaux – qui déclenche les pires manifestations de classisme, de racisme et de centralisme liménien anti-provincial – est le résultat de l’offre de deux options qui apparaissent menaçantes pour la majorité des électeurs et électrices.

À quoi faut-il s’attendre ?

Quel type de droite le fujimorisme incarne-t-il ? Le cas péruvien oblige à nuancer les catégories habituelles. Fujimori a été perçue comme une droite conventionnelle, moins radicale que celle de López Aliaga, qui correspond davantage au modèle de la droite populiste radicale : autoritaire, illibérale, xénophobe et promotrice de la « bataille culturelle ». Mais cette interprétation sous-estime les dangers que représente le fujimorisme pour la démocratie. Fuerza Popular n’est pas xénophobe, et son populisme est intermittent : le parti a hérité du fujimorisme des années 90 un répertoire anti-establishment qu’il déploie lorsqu’il est dans l’opposition, mais qu’il met de côté depuis qu’il codirige le pouvoir au Congrès. Ce qu’elle est, en revanche, de manière constante, c’est autoritaire : punitive, défenseuse du gouvernement d’Alberto Fujimori et actrice principale de l’érosion des contre-pouvoirs au cours de la dernière décennie. Le Pérou met ainsi en évidence un aspect que les typologies politiques qui mettent trop l’accent sur l’outsider antisystème ont tendance à négliger : l’autoritarisme ne vient pas seulement des franges populistes, mais aussi de politiciens professionnels qui prétendent défendre l’ordre établi. Au Pérou, par ailleurs, cette érosion n’est pas venue de l’exécutif, mais du Congrès.

Depuis 2022, le Pérou était déjà gouverné par une coalition autoritaire au sein de laquelle le fujimorisme jouait un rôle de premier plan ; les élections de 2026 confèrent à cette direction la légitimité des urnes. Le nouveau Congrès est par ailleurs bicaméral : bien qu’un référendum de 2018 ait rejeté le système bicaméral, le Congrès sortant l’a lui-même rétabli et a conçu un Sénat doté de pouvoirs disproportionnés. Ce dernier a le dernier mot sur les lois. Il peut les modifier à la majorité simple et est à l’abri de la dissolution présidentielle qui pèse en revanche sur la Chambre des députés. Keiko Fujimori ne disposera d’aucune majorité propre dans aucune des deux chambres, mais compte tenu de son expérience de négociation au cours de cette dernière décennie et des liens qu’elle a malgré tout maintenus avec le parti « «Renovación Popular » de López Aliaga, il est plausible qu’elle parvienne à constituer la coalition dont elle a besoin : pour maintenir ses alliés au sein des institutions susceptibles de la contrôler ; pour faire avancer sa réforme du système judiciaire et bloquer toute initiative contraire à ses intérêts.

La présidente élue bénéficie en outre du soutien des organisations patronales, ainsi que des forces armées et de la police, qui profitent de ses garanties d’impunité face aux violations des droits de l’homme, passées et futures. Si elle gouverne avec une faible popularité et est secouée par des manifestations sociales, son parcours laisse penser qu’elle recourra à la répression comme principal outil de gouvernance, avec le soutien des principaux médias. Le fujimorisme est, en fin de compte, la menace la plus structurée pour la démocratie dans le pays et celle qui dispose des alliés les plus puissants.

L’opposition, en revanche, reste divisée. Entre 2022 et 2026, cette division a limité sa capacité à résister à la coalition autoritaire au pouvoir, malgré l’énorme impopularité tant du pouvoir exécutif que du Congrès, et bien que la demande d’élections anticipées se soit maintenue au-dessus de 70 % jusqu’en 2024. Mais si l’espace institutionnel s’est encore rétréci, l’opposition peut encore opposer son veto aux réformes constitutionnelles et s’organiser pour influencer les nominations décisives – à la Cour constitutionnelle ou au poste de Défenseur du peuple – qui requièrent les deux tiers du Sénat.

Le dénouement même du scrutin menace d’aggraver la fracture. Roberto Sánchez n’a pas reconnu la victoire de Fujimori : il invoque des irrégularités dans le dépouillement des votes des électeurs à l’étranger – décisifs pour le résultat – et annonce une « résistance populaire » si l’autorité électorale ne les annule pas. Cette contestation n’a guère de fondement, car même s’il y a eu des défaillances administratives, rien ne prouve que le décompte ait été faussé, et le résultat à l’étranger, où Fujimori a dépassé les 60 % des voix, ne fait que confirmer le comportement historique de cet électorat, qui la soutenait déjà largement au premier tour. Sa contestation, tout comme auparavant l’« insurrection civile » de López Aliaga, délégitime le résultat sans en apporter la preuve. Et cela crée à nouveau des tensions au sein de la coalition : la gauche modérée et le centre-droit auront du mal à soutenir une accusation de fraude qui les rapprocherait du camp antisystème dont ils cherchent à se distancier. L’anti-fujimorisme, à peine rassemblé pour le second tour, risque de se fissurer au moment même où il a le plus besoin d’agir de concert.

La capacité de l’opposition à utiliser les outils dont elle dispose encore dépend donc de sa capacité à réaliser ce qu’elle n’a pas réussi face à Dina Boluarte : voter de manière unie au Congrès et coordonner de vastes plateformes au sein de la société civile, soutenues par une mobilisation persistante mais non violente qui ne donne pas au gouvernement le prétexte répressif qu’il recherche. Cela exige des ouvertures difficiles, notamment que chaque bloc renonce à opposer son veto à l’autre et se retrouve autour du plus petit dénominateur commun qui a autrefois uni cette coalition : la défense des droits de l’homme face à l’autoritarisme.

Si cela n’est pas possible, le deuxième « fujimorisme » confirmera une leçon qui dépasse les frontières du Pérou : lorsque la représentation se vide de son sens et que les institutions sont capturées, il suffit d’une minorité organisée pour hériter du pouvoir et d’une opposition fragmentée pour le lui céder. (Article paru dans la revue Nueva Sociedad de juin 2026 ; traduction et édition par la rédaction de A l’Encontre)

* Omar Coronel enseigne actuellement au département des sciences sociales de l’Université pontificale catholique du Pérou (PUCP), où il est également coordinateur du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les conflits et les inégalités sociales (GICO).

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