lundi
25
mars 2019

A l'encontre

La Brèche

RCD : «Des résultats qui étonnent et détonnent»

Publié par Alencontre le 10 - janvier - 2019

Le «vainqueur» déclaré par la Céni est à droite (sur la photo) Félix Antoine Tshisekedi; au centre Emmanuel Ramazani Shadary
(candidat de J. Kabila) et à gauche (sur la photo) Martin Fayulu

Rédaction A l’Encontre

Après l’annonce des résultats surprenants de l’élection présidentielle par la Céni (Commission électorale nationale indépendante) en plein milieu de la nuit du 9 au 10 janvier 2019, on attend maintenant la réaction des observateurs internationaux et nationaux dont celle – très attendue – de la Cenco (Eglise catholique). Celle-ci avait déployé plus de 40’000 observateurs sur le terrain et avait annoncé il y a quelques jours «connaître le nom du vainqueur». Sans le nommer, son porte-parole avait déclaré qu’il «était de l’opposition».

Mercredi soir le 9 janvier, les trois principaux réseaux d’observateurs nationaux avaient averti qu’ils veilleraient à ce que les résultats de la Céni soient conformes aux leurs. On attend maintenant qu’ils confirment ou non les résultats officiels.

De fortes suspicions pèsent en effet sur les résultats dévoilés cette nuit par la Céni. Tout d’abord parce que l’annonce a pris énormément de temps. Ensuite parce que la plupart des témoignages revenant du terrain donnaient Martin Fayulu «largement en tête». Mais aussi parce qu’il y a eu beaucoup de tractations en coulisses avec le parti du président sortant (et hors mandat depuis deux ans) Joseph Kabila. Et puis le fait que les trois favoris trustent 97,24 % des suffrages (le taux de participation était de 47,56 %) et ne laissent que des miettes (2,76 %) aux dix-huit autres candidats qui s’étaient présentés pose également question.

Précisons enfin que ces résultats sont provisoires et que des recours vont plus que probablement être déposés, notamment parce que 1,6 million d’électeurs ont été privés d’élection dans trois régions pour des raisons d’insécurité. Les résultats définitifs devraient être publiés vers le mois de mars. D’ici là, Joseph Kabila reste président de la République démocratique du Congo. (Sur base des agences de presse)

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Fayulu: «Un putsch électoral»

L’opposant Martin Fayulu a dénoncé jeudi dans une interview à Radio France Internationale (RFI) un «putsch électoral», quelques heures après qu’un autre opposant, Félix Tshisekedi, a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en RDC.

«Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes», a déclaré M. Fayulu, arrivé deuxième à l’élection présidentielle selon les résultats provisoires proclamés dans la nuit par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

«C’est un véritable putsch électoral, c’est incompréhensible», a dit M. Fayulu, crédité par la Céni de 34,8% des voix contre 38,57% à M. Tshisekedi, proclamé comme le successeur du président sortant Joseph Kabila.

Le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, est arrivé en troisième position avec 23,8%, selon la Céni.

«C’est une vilaine escroquerie de M. Nangaa [le président de la Céni] et de son camp politique», a accusé M. Fayulu, faisant référence à Corneille Nangaa, le chef de la Céni.

«On a volé la victoire du peuple congolais, et le peuple congolais n’acceptera jamais que sa victoire lui soit volée», a affirmé M. Fayulu.

Il a appelé «tous ceux qui ont observé les élections» de «nous dire la vérité, de publier les résultats». «On ne peut pas se taire, c’est une escroquerie, c’est une blague qu’on ne peut pas aujourd’hui accepter», a-t-il insisté. (Source: idem)

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«Des résultats finaux… provisoires»

«L’opposant» Félix Tshisekedi a récolté plus de 7 millions de voix, a annoncé la Commission électorale nationale indépendante.

Plus de dix jours après les élections en République démocratique Du Congo, les résultats provisoires de l’élection présidentielle sont tombés.

À la tête de la Coalition pour le Changement, le candidat d’opposition Félix Tshisekedi est ressorti vainqueur de ce scrutin, selon l’annonce de la Céni, ce jeudi peu après 3h du matin. L’homme a récolté plus de 7 millions de voix, selon les résultats provisoires de l’élection du 30 décembre.

«Ayant obtenu 7’051’013 suffrages valablement exprimés, soit 38,57%, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo M. Tshisekedi Tshilombo Félix», a déclaré le président de la Céni, Corneille Nangaa. Ce résultat sans précédent en RDC peut encore faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle.

Au terme d’une très longue attente, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a déclaré M. Tshisekedi vainqueur avec 38,57% des voix, devant l’autre tête de l’opposition divisée, Martin Fayulu, avec 34,8%. Celui-ci a aussitôt contesté le résultat et dénoncé un «putsch électoral» Le dauphin de Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, arrive loin derrière avec 23,84%.

Prévus initialement pour le 6 janvier, les résultats provisoires ont finalement été publiés ce jeudi 10 janvier 2019 par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). (Source: idem)

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RDC. «Le vainqueur officiel», l’opposant de père en fils…

Par Camille Magnard

On connaît depuis quelques heures le résultat de l’élection présidentielle du 30 décembre, en République démocratique du Congo. Jusqu’au bout la commission électorale aura repoussé le moment d’annoncer ces résultats, écrit Hubert Leclercq dans la Libre Afrique. Même cette nuit, il a fallu subir pendant deux longues heures la litanie des résultats des législatives, circonscription par circonscription, avant d’entendre enfin ce que tout le pays attendait depuis 10 jours: le nom du nouveau président de RDC.

Et pas n’importe quel nom: Tshisekedi Félix, autant dire, Tshisekedi-fils, tant le vainqueur est aussi pour les Congolais l’héritier d’une longue tradition d’opposition aux clans Mobutu puis Kabila. Son père Etienne, nous rappelle Hubert Leclercq, avait été battu lors de l’élection de 2011; Félix fait mieux et signe une «revanche» éclatante. Sa victoire, il l’a d’ailleurs attendue dans la résidence familiale de Kinshasa, là même où son père s’était retranché il y a 7 ans quand il avait refusé sa défaite et tenté d’organiser la rébellion.

Dans le portrait que Radio Okapi consacre (déjà) au cinquième président élu de la RDC, on lit que Félix Tshisekedi a eu «une enfance marquée par la relégation et les nombreux emprisonnements de son père», du temps du Maréchal dictateur Mobutu. Parmi les premiers mots, qu’il a prononcés cette nuit, on retiendra ceux-ci, lu sur le site Cas-Info: «Je n’avais jamais pensé devenir le symbole de l’aboutissement du combat de mon père», déclare donc le désormais président Félix Tshisekedi . On notera tout de même, dans sa biographie, qu’il a attendu la mort de son géniteur, à l’été 2017, pour revenir pleinement dans l’arène politique congolaise.

Mais laissons là l’hérédité et les combats passés, car «une nouvelle ère démarre en RDC», commente sur Radio Okapi le politologue congolais Félicien Kabamba. Une ère «d’alternance politique», rien que ça c’est une «expérience nouvelle» pour le pays. Le dauphin désigné du président sortant, Emmanuel Shadary, n’arrive qu’en troisième position, nous indique MediaCongo, et loin derrière ses deux opposants. Le rejet des autorités sortantes est très clair, mais l’information principale c’est que ces autorités, pour une fois, ont accepté de reconnaître leur défaite.

Une réserve tout de même, que l’on retrouve dans Jeune Afrique: Les résultats annoncés cette nuit sont officiels, mais encore provisoires. Il peut encore y avoir des recours devant la Cour constitutionnelle pour contester la victoire de Tshisekedi.

D’ailleurs la contestation se fait déjà entendre, sur les ondes de RFI avec l’autre candidat de l’opposition, arrivé second: Martin Fayulu, qui qualifie la victoire de Tshisekedi de «ridicule», de «putsch électoral». «On a volé la victoire au peuple congolais qui ne va pas se laisser faire», dit-il encore.

Vous l’avez compris, en matière d’alternance politique, tout ne change finalement pas si vite en RDC. (France Culture, Revue de presse internationale, 7h35, 10 janvier 2019)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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