mercredi
22
mai 2019

A l'encontre

La Brèche

Algérie. Un vendredi test contre Bouteflika

Publié par Alencontre le 15 - mars - 2019

Par RFI

Beaucoup de monde dans les rues en Algérie aujourd’hui encore, dans plusieurs grandes villes du pays comme Oran et Constantine, mais aussi bien sur à Alger, où la mobilisation semble avoir été au moins aussi forte que la semaine dernière.

Signe que le retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika et le report de la présidentielle du 18 avril n’auront pas suffit à apaiser la colère de la rue, comme les vendredi précédents, la mobilisation ne s’est pas limitée à la capitale. Les Algériens se sont aussi massivement mobilisés à Oran, Constantine, Béjaia ou encore Tizi-Ouzou.

A Alger, boulevard Mohamed 5, place de la Grande Poste, place Maurice-Audin … c’est une marée humaine qui a envahi tout l’après-midi les lieux emblématiques de la capitale. Les slogans se sont adaptés aux annonces de lundi : « On voulait des élections sans Bouteflika on se retrouve avec Bouteflika et SANS élections », ou encore « Boutef, la colle qui colle très fort ». Slogan aussi contre le président français qui s’est exprimé cette semaine sur la situation, avec cette pancarte « Macron occupe toi de tes « gilets jaunes » ».

Des logos détournés, des caricatures, les Algériens se sont illustrés une fois de plus par leur grande imagination, reflet de leur colère. En fin de journée, des dérapages ont été signalés dans au moins un quartier d’Alger, jets de pierre contre gaz lacrymogène.

Toute la journée, les manifestants ont veillé à ce que les marches restent pacifiques. Des appels avaient été lancés également pour que les marcheurs évitent de se diriger vers la présidence de la République pour éviter tout affrontement. Plusieurs vidéos ont circulé montrant des manifestants saluant les forces anti-émeute, vidéo de policiers esquissant un sourire au contact des manifestants. (RFI, le 15 mars 2019, 19h21)

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Ali Benflis: «L’origine du problème en Algérie est la crise de légitimité du pouvoir politique»

Entretien avec l’ancien premier ministre algérien Ali Benflis conduit par Christophe Ayad

Ancien premier ministre et secrétaire général du FLN sous le premier mandat d’Abdelaziz Bouteflika, entre 2000 et 2003, Ali Benflis a rompu avec lui de manière spectaculaire pour se présenter à l’élection présidentielle de 2004, où il est arrivé en deuxième position avec 6,42 % des voix.

A nouveau candidat en 2014, il est encore deuxième (12,18 %). A chaque fois, il dénonce des fraudes massives. En 2015, il lance son propre parti, l’Avant-Garde des libertés. En 2019, il dépose sa candidature en vue de la présidentielle du 18 avril, avant de la retirer le 3 mars en pleine vague de protestation.

Que pensez-vous du retrait de la candidature de M. Bouteflika et du report de la présidentielle ?

C’est une victoire en demi-teinte, inachevée. Le peuple algérien a mis le régime sur la défensive, mais les annonces du 11 mars sont une nouvelle manœuvre. Le pouvoir doit écouter le peuple. Or, le peuple demande le départ du régime en place.

L’origine du problème est la crise de légitimité du pouvoir politique. Il faut donc restaurer cette légitimité par des élections libres, réellement propres et honnêtes. L’autorité qui sortira des urnes aura alors toute légitimité pour opérer les changements demandés par le peuple. A partir du moment où il y aura une légitimité, on trouvera les voies pour dépasser les problèmes institutionnels.

Vous soutenez donc la poursuite des manifestations ?

Tout à fait. Nous entrons dans la quatrième semaine de manifestations, et je tiens à souligner le très haut sens des responsabilités, de civisme et de maturité du peuple algérien. C’est un exemple pour le monde entier.

Vous n’avez pas confiance dans le pouvoir pour organiser une transition démocratique ?

Ce pouvoir est usé. Il a disposé de quatre mandats successifs, mais n’a pas su bâtir une légitimité politique. Il a été un bon élève des colonisateurs en bourrant les urnes et en falsifiant les procès-verbaux de vote. Même le corps électoral, on ne sait pas s’il est composé de 19, 20 ou 25 millions de citoyens.

Le ministre de l’intérieur [Noureddine Bedoui], qui vient d’être récompensé en étant nommé premier ministre, est l’architecte de la fraude électorale, de la loi sur les partis politiques et de la commission pour la supervision des élections, dont tous les membres sont nommés par le président. Il a fait la tournée des wilayas [départements] en disant : il faut réélire le président, sinon ce sera le chaos.

Plus ce pouvoir demeure, plus il alimente la contestation. Ce qui se passe aujourd’hui est une violation de la Constitution. La seule situation permettant le report des élections est l’état de guerre. Or ce n’est pas le cas.

Allez-vous participer à la conférence nationale qui a été annoncée le 11 mars ?

Pas du tout. Nous nous sommes réunis avec un certain nombre de partis d’opposition mercredi pour rejeter le message du président de la République sur la forme comme sur le fond. Nous sommes avec le peuple qui désavoue ce pouvoir.

Vous n’avez pas confiance en Lakhdar Brahimi, chargé d’organiser la conférence nationale ?

Ce n’est pas une question de personne. Derrière le report des élections et derrière cette conférence, il y a des forces extraconstitutionnelles qui se sont accaparé les pouvoirs du président depuis deux ou trois ans. Ces forces voulaient un cinquième mandat. Comme elles n’y sont pas parvenues, elles ont prolongé le quatrième.

Quelles sont ces forces extraconstitutionnelles ? Qui gouverne vraiment le pays ?

On ne sait même pas si le président exerce ses fonctions ni où il est. Depuis sa maladie, ces forces extra­constitutionnelles se sont emparées du pouvoir. Ce sont les cinq ou six personnes qui ont bénéficié de 80 % des gros marchés publics.

Peut-on les nommer ?

Je ne citerai personne, mais les Algériens savent très bien de qui il s’agit. Grâce à l’argent, ces personnes ont pris le pouvoir politique en nommant des ministres et des préfets, en achetant des médias.

Est-ce que l’armée et ses chefs font partie de ces forces extraconstitutionnelles ?

Pas du tout. L’armée nationale populaire, tout comme la police et la gendarmerie, est composée de jeunes, qui traversent les mêmes difficultés que le peuple algérien. D’ailleurs, l’armée exerce une sorte d’accompagnement des manifestations qui ne dit pas son nom pour éviter des débordements. Je ne peux pas imaginer un instant que l’armée puisse aller à l’encontre des aspirations du peuple algérien.

Pourtant, le chef d’état-major, Gaïd Salah, a défendu le cinquième mandat…

Je ne l’ai jamais entendu faire cela. Le peuple et l’armée sont ensemble pour la défense de l’Algérie.

Et les frères du président, quel rôle jouent-ils ?

Je vise l’entourage proche du président, ceux qui détiennent l’argent sale et les chaînes de télévision qui insultent tout ce qui ne va pas dans le sens du pouvoir. Heureusement, les Algériens ont pris leur destin entre leurs mains.

On n’a pas l’impression que les Algériens aient confiance dans l’opposition pour opérer une transition.

La population est déçue par un peu tout le monde, c’est son droit le plus absolu. Certains reprennent le discours qu’ils entendent dans les médias [proches] du pouvoir [sur l’opposition]. Il faut savoir qu’aucun opposant n’a droit de cité dans les médias d’Etat.

Vous avez eu de hautes responsabilités et connu ce système de l’intérieur. Quelle est la raison de votre rupture ?

J’ai quitté le gouvernement le 5 mai 2003, car j’étais en conflit avec le président qui voulait faire passer une loi donnant la quasi-propriété du sous-sol algérien à des multinationales étrangères. Nous étions en conflit sur l’indépendance de la justice : il voulait une justice aux ordres, alors que je défendais la bonne gouvernance. Depuis, j’ai lutté pour mes convictions et lui pour son pouvoir personnel.

Comment jugez-vous l’attitude de la France dans cette crise ?

Les Algériens sont réfractaires à toutes les ingérences étrangères, encore plus quand elles viennent de la France pour des raisons historiques. Se féliciter des mesures annoncées [le 11 mars] alors qu’elles sont massivement rejetées par le peuple a été perçu comme un soutien au pouvoir actuel.

Les Algériens ont encore en mémoire les maladresses de responsables français : Chirac qui félicite Bouteflika en 2004, alors que le Conseil constitutionnel n’avait pas encore proclamé les résultats entachés de fraude ; Hollande qui fait un faux témoignage en déclarant que Bouteflika était en bonne santé après un soi-disant entretien. Les Algériens ont à l’esprit l’Irak, la Syrie, la Libye ; il faut les laisser régler leurs problèmes. (Entretien publié dans Le Monde, en date du 15 mars 2019, à 15h14)

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Marée humaine en Algérie pour le quatrième vendredi de manifestation contre le pouvoir

C’est le premier vendredi de contestation depuis l’annonce par Abdelaziz Bouteflika du report sine die de l’élection présidentielle en Algérie.

Priorité à la foule, pas aux voitures

Une foule impressionnante a manifesté vendredi 15 mars à Alger et dans plusieurs villes d’Algérie, contre le pouvoir en place. C’est le quatrième vendredi de contestation et le premier depuis que le président Abdelaziz Bouteflika a reporté l’élection présidentielle, prolongeant sine die son mandat au-delà de son terme prévu, le 28 avril.

Le nombre exact de manifestants est difficile à établir, ni les autorités ni les protestataires ne communiquant de chiffres. Mais la mobilisation est au moins similaire à celle du vendredi précédent, jugée exceptionnelle par les médias et analystes algériens.

Hommes, femmes et enfants ont commencé à marcher en début d’après-midi, dans une ambiance festive, dans les rues et ruelles du centre de la capitale, autour du carrefour de la Grande-Poste, bâtiment emblématique du cœur d’Alger, et la foule continue d’affluer. La mobilisation est également « très forte » et comparable à celle de la semaine passée à Oran, deuxième ville d’Algérie, selon un journaliste d’un média algérien sur place. « La principale artère du centre-ville est noire de monde », selon celui-ci. Idem à Constantine, la troisième ville du pays. D’importantes mobilisations sont aussi signalées dans d’autres villes d’Algérie, selon les réseaux sociaux.

Une dizaine de camionnettes et un hélicoptère

Agé de 82 ans, affaibli par les séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC), qui l’empêche de s’adresser aux Algériens depuis 2013 et rend ses apparitions publiques rares, le président Abdelaziz Bouteflika est la cible d’une contestation massive, jamais vue depuis son élection à la tête de l’Etat, il y a vingt ans.

Face aux manifestations réclamant depuis le 22 février qu’il renonce à un cinquième mandat, le chef de l’Etat a retiré sa candidature et repoussé la présidentielle prévue le 18 avril, jusqu’à l’issue d’une prochaine conférence nationale devant réformer le pays et élaborer une nouvelle constitution, prolongeant sine die son mandat au-delà de son expiration, le 28 avril.

« On voulait des élections sans Bouteflika, on se retrouve avec Bouteflika sans élection », s’insurge une pancarte, résumant le sentiment des contestataires depuis l’annonce du président. « Quand on dit “non au cinquième mandat”, il nous dit “alors on garde le quatrième” », indique une autre. « Hé, ho, enlevez le clan [au pouvoir], on sera heureux », chantent, à pleins poumons, les manifestants – hommes, femmes et enfants, de tous âges.

Comme les semaines précédentes, l’emblème national – vert et blanc, frappé du croissant et de l’étoile rouges – est omniprésent : drapeaux de toutes tailles, brandis ou portés en cape, écharpe, casquette… Le drapeau algérien est également largement déployé aux balcons des immeubles. Une dizaine de camionnettes de la police sont garées à proximité du rassemblement, mais les policiers n’interviennent pas. Comme presque chaque jour depuis trois semaines, un hélicoptère tournoie au-dessus du centre-ville. La police a bloqué les rues conduisant au siège du gouvernement et au Parlement.

De nombreux manifestants expliquent à l’AFP être venus dès la veille à Alger, où ils ont passé la nuit chez des parents ou amis, craignant de ne pouvoir rejoindre la capitale en raison de barrages ou en l’absence de bus. « On savait qu’ils allaient fermer les routes, alors on a passé la nuit » à Alger, indique Mokrane, un maçon de 43 ans venu de Tizi-Ouzou, grande ville de la région de Kabylie, à environ 100 km à l’est de la capitale. Naïma, 45 ans, a fait 350 km de route pour venir la veille de Jijel afin de protester contre le « quatrième mandat prolongé ». Lamia, enseignante de 30 ans, est venue de Bouira (80 km au sud-est d’Alger) pour manifester contre cette « mascarade anticonstitutionnelle ».

« Vous faites semblant de nous comprendre, on fait semblant de vous écouter », indiquent des pancartes de manifestants devant la Grande Poste, en réponse aux efforts déployés toute la semaine par le pouvoir pour tenter de convaincre que le chef de l’Etat avait répondu à la colère des Algériens.

« Je marche, tu marches… ils partent »

En manifestant en nombre mardi et mercredi, étudiants et universitaires, puis enseignants et lycéens, ont déjà fait savoir clairement qu’ils estimaient que le message de la rue – le système actuel dans son ensemble doit partir – n’était pas passé. Et toute la semaine, les appels à manifester massivement pour un quatrième vendredi consécutif ont été relayés par les réseaux sociaux, avec des mots-dièses explicites : « #Ils_partiront_tous »« #Partez ! »… Avec souvent une touche d’humour : une image conjugue ainsi le mois de mars sur le modèle du verbe « marcher » « Je marche, tu marches […], ils partent. »

Un responsable de la police rejoint les manifestant.e.s

La conférence de presse conjointe, jeudi, du nouveau premier ministre, Nourredine Bedoui, qui a remplacé lundi le très impopulaire Ahmed Ouyahia, et du vice-premier ministre, Ramtane Lamamra, un diplomate chevronné, a peiné à convaincre. Au lieu d’apaiser la colère, vive mais toujours pacifique, elle a semblé au contraire la renforcer. « Dégagez ! », titre en « une », vendredi, l’édition du week-end du quotidien francophone El Watan, qui reprend un slogan de la contestation et qui estime que M. Bedoui a « esquivé les vraies questions » durant son exposé devant les médias.

« Macron, occupe-toi de tes “gilets jaunes” »

Nouveauté, de nombreuses pancartes à Alger fustigent la France, ancienne puissance coloniale, et notamment son président, Emmanuel Macron, qui a « salué la décision du président Bouteflika » de ne pas se présenter à un cinquième mandat, tout en appelant à une « transition d’une durée raisonnable »« C’est le peuple qui choisit, pas la France », indique une grande banderole. Certains slogans ironiques s’adressent directement au président français : « Macron, tu es trop petit pour l’Algérie d’aujourd’hui »« Macron, occupe-toi de tes gilets jaunes »

Les manifestants portent plusieurs pancartes rappelant les cent trente-deux ans de domination coloniale française, entre 1830 et 1962, année de l’indépendance du pays, conquise au prix de huit ans de guerre sanglante. « La France, 132 ans ça suffit, halte à l’ingérence », indique une pancarte. « L’Elysée, stop ! On est en 2019, pas en 1830 », date de la conquête de l’Algérie par la France, souligne une autre.

D’autres dénoncent une présumée collusion entre Paris et le pouvoir algérien. « Résistance à l’alternance désignée par la France », peut-on lire sur une grande banderole. « Non à un système béni par la France ! », dénonce une pancarte. « FLN = réseau de lobbying de la France », indique une autre en anglais, en référence au Front de libération nationale (FLN), au pouvoir depuis l’indépendance de l’Algérie.

« La France nous a fait beaucoup de tort » en saluant la prolongation du mandat du président Bouteflika, affirme Mounira, 77 ans, enseignante universitaire à la retraite. « Les autres pays suivent souvent la position de la France sur l’Algérie », explique-t-elle, dénonçant de la part de Paris « une vision biaisée des manifestations et de l’Algérie ». (Le Monde/AFP, le 15 mars 2019, 17h30)

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Chronologie 1962-2018 par RFI
5 juillet 1962 : proclamation de l’indépendance de l’Algérie après 132 ans de colonisation française et 7 ans de guerre de libération.
1963 : Ahmed Ben Bella est élu président de la République.
1965 : un coup d’Etat porte Houari Boumédiène au pouvoir.
1976 : Houari Boumédiène est élu président. Il meurt deux ans plus tard.
1979 : Chadli Bendjedid est élu président. Il est réélu en 1983.
1988 : émeutes de la jeunesse à Alger, qui font près de deux cents morts. Chadli Bendjedid est élu pour un troisième mandat.
1989 : nouvelle Constitution instaurant le multipartisme. Création du Front islamique du Salut (FIS), dirigé par Abassi Madani.
1992 : le processus électoral est interrompu en janvier après la large victoire du FIS aux élections législatives de décembre 1991. Chadli Bendjedid est contraint à la démission. Création d’un Haut Comité d’Etat présidé par Mohamed Boudiaf, qui sera assassiné en juin. La dissolution du FIS, en mars, provoque la radicalisation des islamistes et précipite le pays dans la violence.
1994 : Liamine Zeroual devient chef d’Etat. Mise en place du Conseil national de transition.
1995 : Liamine Zeroual remporte la première élection présidentielle pluraliste du pays.
1999 : Abdelaziz Bouteflika est élu président. Adoption après référendum de la loi sur la « Concorde civile » prévoyant l’amnistie des islamistes impliqués dans les violences qui ont fait plus de 100 000 victimes depuis 1992.
2002 : victoire du FLN aux élections législatives.
2004 : réélection de Bouteflika.
2005 : le projet de « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » est approuvé par référendum.
2009 : Bouteflika est réélu pour un troisième mandat.
2011 : émeutes en janvier contre la hausse des prix et les inégalités sociales.
2012 : le 10 mai, victoire du FLN aux élections législatives.

2013
16 janvier : prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas (sud-est du pays) par un commando islamiste appartenant à la katiba de Mokhtar Belmokhtar. L’armée algérienne donne l’assaut : 38 otages et 29 assaillants tués.
27 avril : le président Bouteflika est hospitalisé d’urgence à Paris à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Il est de retour en Algérie le 16 juillet.

2014
22 février : le président Abdelaziz Bouteflika dépose, malgré ses soucis de santé, sa candidature pour un 4ème mandat à la présidentielle du 17 avril, après des semaines de suspens et de conflit au sein de la hiérarchie militaire sur son maintien au pouvoir. Cette annonce soulève des vagues de protestations. Un mouvement citoyen de contestation politique, Barakat (« Ca suffit ») mène la contre-campagne. Il réclame une transition et une nouvelle constitution pour créer une seconde république.
19 mars : le député d’opposition et défenseur des droits de l’Homme, Mostefa Bouchachi, démissionne en accusant l’Assemblée nationale d’être un « outil docile » du pouvoir.
17 avril : 1er tour de l’élection présidentielle. Le scrutin est émaillé de violences en Kabylie, à l’est d’Alger, où plus de 70 personnes ont été blessées dans des heurts entre des gendarmes et des jeunes. Au pouvoir depuis 15 ans, affaibli par la maladie, M. Bouteflika, 77 ans, a été réélu sans surprise par 81,53 % des voix dès le premier tour. Son principal rival Ali Benflis a recueilli 12,18 % des suffrages, tandis que le taux de participation a été de 51,7 %.
28 avril : Abdelaziz Bouteflika prête serment pour un quatrième mandat, avec de grandes difficultés d’élocution, et nomme son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal, Premier ministre.
24 juillet : crash du vol AH 5017 d’Air Algérie, qui faisait la liaison Ouagadougou-Alger, avec 116 personnes à bord.
23 août : le footballeur camerounais Albert Ebossé, 24 ans, est tué par un projetcile lancé par un supporteur, à l’issue de la défaite à domicile de son équipe, JS Kabylie, face à l’USM Alger (2-1), lors la 2e journée du championnat d’Algérie.
24 septembre : le groupe Jund al-Khilafa, lié à l’Etat Islamique (EI), annonce la décapitation de l’otage français Hervé Gourdel, un guide de haute montagne de 55 ans enlevé le 21, en représailles aux frappes françaises en Irak.
12 octobre : les juges antiterroristes français Marc Trevidic et Nathalie Poux se rendent en Algérie pour une autopsie des têtes des sept moines de Tibéhirine, assassinés en 1996.
15 octobre : plusieurs centaines de policiers se sont massés devant le siège de la présidence à Alger au lendemain de marches inédites dans la capitale et à Ghardaïa (sud) pour réclamer l’amélioration de leurs conditions socio-professionnelles.
27 novembre : l’Unesco inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel le rituel et les cérémonies de la Sebeïba dans l’oasis de Djanet.
23 décembre : des soldats des forces spéciales algériennes abattent Gouri Abdelmalek, chef du groupe islamiste responsable de l’enlèvement et de la décapitation du Français Hervé Gourdel en septembre.

2015
14 mai : remaniement au sein du gouvernement : 13 portefeuilles changent de titulaires.
19 mai : le ministère de la Défense annonce avoir abattu 22 terroristes à une cinquantaine de kilomètres d’Alger.
25 mai : la présidence annonce une série de changements de direction dans des grandes entreprises publiques du pays.
2 juillet : annonce des conclusions des experts français qui ont participé à l’exhumation des têtes des sept moines de Tibéhirine à l’automne dernier :  leur mort est semble-t-il antérieure à ce qu’ont toujours dit les autorités algériennes. Et leur décapitation est manifestement intervenue après leur mort.
9 juillet : des violences communautaires font 22 morts et des dizaines de blessées, dans le sud de l’Algérie, en deux jours. Des affrontements qui opposent Mozabites et Arabes depuis le début du mois dans la région de Ghardaïa.
26 juillet : les patrons de la sécurité intérieure, de la sécurité présidentielle et de la garde républicaine sont remplacés.
27 août : le général Abdelkader Aït-Ouarab, dit Hassan, ancien patron des services de renseignement, est arrêté. Il est remis en liberté le 31. Mais est condamné le 26 novembre à cinq ans de prison ferme.
13 septembre : le général Mediène, chef du renseignement, appelé «général Toufik», un des personnages les plus influents du pays, est mis à la retraite par le président Bouteflika, remplacé par le général Athmane Tartag.
30 septembre : Hocine Benhadid, général à la retraite, est interpellé, quelques jours après avoir donné une interview à une web-radio au cours de laquelle il critiquait ouvertement les proches d’Abdelaziz Bouteflika ainsi que le chef d’état-major.
6 novembre : 19 personnalités dont d’anciens ministres, demandent audience au président de la République, Abdelaziz Bouteflika, inquiets de l’état actuel du pays et de l’état de santé du président. Mais leur demande reste sans réponse.

2016
7 février : le Parlement adopte la réforme de la Constitution (499 voix pour, 2 contre et 16 abstentions), initiée par le président Abdelaziz Bouteflika il y a cinq ans, au moment des révolutions arabes.
5 juin : le Premier ministre annonce que les candidats au baccalauréat devraient repasser une partie des épreuves. Un nouvel examen partiel sera organisé dans deux semaines car plusieurs sujets ont fuité. Plus d’une cinquantaine de personnes ont été interpellées.
9 juin : 20 ans après les faits, l’enquête sur l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibéhirine avance, avec des prélèvements des têtes des religieux rapatriés en France par la juge d’instruction française Nathalie Poux. Ils avaient été effectués en octobre 2014 lors de l’exhumation des crânes, en présence de juges et d’experts français.
27 juin : le ministre de la Justice Tayeb Louh annonce que les responsables du meurtre du guide français de haute montagne Hervé Gourdel, kidnappé en septembre 2014 dans les montagnes du Djurdjura en Kabylie, ont été tués par l’armée.
29 septembre : les autorités annoncent de nouvelles expulsions de migrants subsahariens. Pour la première fois, ce sont des migrants sénégalais et guinéens qui sont concernés.
21 novembre : pour la 3e fois en un mois, des fonctionnaires de l’éducation, de la santé et des administrations publiques sont en grève. Les syndicats autonomes demandent l’annulation d’un projet de réforme des retraites.
11 décembre décès du journaliste Mohamed Tamalt, 42 ans, critique du pouvoir et condamné en juillet à deux ans de prison pour «offense au président de la République». Il avait entamé une grève de la faim le 27 juin, jour de son arrestation, selon l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Amnesty International demande une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de sa mort.

2017
2 janvier : des protestations dans quelques villes de Kabylie contre la loi de finances 2017 et la hausse de prix se sont étendues vers d’autres villes jusqu’à toucher la banlieue d’Alger. Très vite, les protestations virent aux émeutes.
4 mai : élections législatives, remportées sans surprise par le FLN. La répartition des sièges entre partis au pouvoir, islamistes, oppositions et indépendants reste similaire. Mais le taux d’abstention est de plus de 62 %.
24 mai : le président Abdelaziz Bouteflika nomme Abdelmadjid Tebboune Premier ministre. Ancien ministre de l’Habitat depuis 2012, il remplace Abdelmalek Sellal, en poste depuis 2012.
28 mai : la présidence de la République annonce avoir limogé le tout nouveau ministre du Tourisme, Messaoud Benagoun, 35 ans, le plus jeune ministre du gouvernement. On lui reproche de ne pas avoir un casier judiciaire vierge.
Début juillet : depuis le début du mois, un groupe de jeunes femmes d’Annaba, une ville côtière du nord-est de l’Algérie, organise de grandes baignades collectives. Objectif : se réapproprier l’espace public et changer les mœurs.
10 juillet : les déclarations sur les migrants subsahariens qui arrivent dans le pays se suivent. A son tour, le ministre des Affaires étrangères s’attaque aux étrangers clandestins quelques jours après des propos polémiques d’un conseiller du président, Ahmed Ouyahia, qui associait les migrants à la drogue et la criminalité. Abdelkader Messahel va plus loin. Lors d’un atelier international sur le terrorisme, le ministre a parlé d’une «menace pour la sécurité nationale».
15 août : le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune est démis de ses fonctions et remplacé par Ahmed Ouyahia, un proche de la présidence, un homme fort du régime. Cette destitution intervient alors que le Premier ministre tentait de réduire l’emprise des importations sur l’économie.
9 septembre : six personnalités, de l’université et des médias, dans une tribune publiée dans la presse francophone, appellent au départ du président Abdelaziz Bouteflika à cause de son état de santé.
30 septembre : des dizaines de migrants d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale arrêtés il y a une semaine sont expulsés d’Algérie, sans que l’on sache où ils sont désormais. Si les autorités n’ont donné aucune explication sur les raisons de ces expulsions, il s’agit bien d’un changement de la politique migratoire d’Alger.
8 octobre : deux anciens ministres et un général en retraite demandent, dans un communiqué, que le président Bouteflika ne se représente pas à un cinquième mandat en 2019. A leurs yeux, il n’est plus en mesure de diriger le pays.
20 octobre : le Maroc décide le rappel de son ambassadeur à Alger après des propos du chef de la diplomatie algérienne, lors d’un forum consacré à l’investissement en Afrique, Abdelkader Messahel a accusé les banques marocaines de blanchir l’argent du haschich sur le continent. Le ministre s’en est également pris à la Royal Air Maroc.
1er décembre : des boulangers augmentent le prix du pain, sans l’autorisation de l’Etat qui subventionne le produit. Au moins une quarantaine de boulangers sont poursuivis en justice.
4 décembre : mettre le numérique au service de la citoyenneté, c’est la promesse d’un nouveau mouvement d’opposition, Ibtykar. Si les membres font un constat assez sombre de l’implication des Algériens dans la vie politique, ils comptent sur des applications mobiles pour les pousser à se réinvestir et à se faire entendre.
10 décembre : la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) publie un rapport annuel sur les libertés publiques dans le pays. Du droit de manifester aux droits des travailleurs, en passant par les kidnappings d’enfants, l’ONG fait un bilan qu’elle juge inquiétant.
23 décembre : le Premier ministre Ahmed Ouyahia annonce la signature avec les syndicats officiels et le patronat d’une charte de partenariat public-privé. Ce texte permet entre autre l’ouverture du capital de certaines PME publiques, autrement dit des privatisations.

2018
7 janvier : l’Algérie interdit l’importation de quelque 900 produits, des téléphones portables aux appareils électroménagers en passant par certaines denrées alimentaires. Une mesure destinée à réduire son déficit commercial, creusé par la baisse des prix des hydrocarbures.
25 janvier : des centaines de migrants subsahariens sont arrêtés dans la capitale au cours des dernières quarante-huit heures. Aux mois de septembre et d’octobre dernier, plus d’un millier de personnes avaient été expulsées au Niger lors d’une grande vague d’arrestations.
27 janvier : le pape François signe le décret de béatification reconnaissant le martyr des sept moines français de Tibéhirine et Mgr Claverie, évêque d’Oran. Au total, dix-neuf catholiques tués dans les années 90, en Algérie, sont concernés.
8 février la France étend l’accès aux pensions d’invalidité des victimes de la guerre d’Algérie. Jusqu’alors, ces avantages étaient réservés aux seules victimes françaises blessées en Algérie. Le Conseil constitutionnel a décidé d’élargir le droit aux pensions à toutes les victimes, quelle que soit leur nationalité.
25 avril l’Algérie récupère 30 000 archives de la guerre d’indépendance. Ces documents qui appartiennent à la Croix-Rouge ont été transmis aux Archives nationales algériennes.
28 mai : les autorités réagissent aux critiques sur les expulsions de migrants. Après un premier communiqué d’un groupe associations algériennes, puis un deuxième communiqué cette fois de l’ONU, Alger dénonce des critiques «inacceptables» et affirme que les expulsions se font dans le respect de la dignité et des droits humains.
26 juin : le chef de la police Abdelghani Hamel est démis de ses fonctions par la présidence de la République. Ce proche d’Abdelaziz Bouteflika avait, dans la matinée, dénoncé des tentatives de corruption dans une enquête sur un trafic de cocaïne, s’en prenant à d’autres corps des services de sécurité. Son limogeage semble s’expliquer par le contexte d’une lutte des clans pour la succession du président. Quelques jours plus tard, d’autres responsables des forces de sécurité sont aussi licenciés, sans explications officielles, mais avec toujours un lien avec l’affaire de la saisie de cocaïne dans le port d’Oran.
15 juillet : les arrestations liées à l’affaire de la saisie de 701 kilos de cocaïne dans le port d’Oran continuent. Plusieurs magistrats ont été révoqués par le Conseil supérieur de la magistrature.

 

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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