mardi
10
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Algérie. «Le hirak maintient la pression»

Publié par Alencontre le 28 - septembre - 2019


Manifestation à Alger à 16h20, le 27 septembre

Par Madjid Makedi

Plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahi le centre-ville dès le début de l’après-midi pour dire non à «un 5e mandat déguisé», dont les contours commencent à se dessiner avec l’annonce des noms des candidats à la candidature, dont l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, et le président du parti Talaie El Hourriyet (Avant-garde des libertés), Ali Benflis.

Un tsunami populaire! Le hirak se montre toujours déterminé à faire barrage à la présidentielle du 12 décembre prochain.

En dépit de toutes les manœuvres des tenants du pouvoir, le mouvement populaire reste soudé et plus que jamais engagé à faire aboutir sa révolution. Il s’oppose «au fait accompli» et rejette aussi les prétendants à ce scrutin.

En effet, la capitale, Alger, était hier au rendez-vous pour le 32e vendredi de la mobilisation. Septième mois de la révolution pacifique.

Plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahi le centre-ville dès le début de l’après-midi pour dire non à «un 5e mandat déguisé», dont les contours commencent à se dessiner avec l’annonce des noms des candidats à la candidature, dont l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, et le président du parti Talaie El Hourriyet, Ali Benflis. Comme ce fut le cas lors du 31e vendredi, la foule des manifestants était aussi compacte.

Malgré l’absence des moyens de transport, bus et train, qui ont été contraints de suspendre leurs dessertes sur Alger hier, les marcheurs, toujours engagés, ont malgré tout réussi à rejoindre le centre-ville. Il y en a même qui se sont déplacés à pied sur plusieurs dizaines de kilomètres pour participer à la manifestation.

Brandissant l’emblème national, des banderoles et des pancartes portant des slogans hostiles au pouvoir en place et à sa feuille de route, les manifestants ont afflué des quatre coins d’Alger pour rejoindre les places de la Grande-Poste et Audin, où étaient rassemblés déjà les premiers contestataires dès le début de la matinée.

Vers 13h45, plusieurs processions de manifestants, composées de femmes, d’hommes, de vieux, de jeunes et d’enfants, se sont ébranlées à partir des places du 1er Mai et des Martyrs pour arpenter les principaux boulevards et rues d’Alger.

«Le peuple est le seul président»

Les protestataires adoptent de nouveaux slogans en rapport avec le contexte du moment. Considérant la candidature des anciennes figures du système comme une volonté d’aller vers «un 5e mandat sans Bouteflika», les manifestants reviennent aux mots d’ordre lancés au début du hirak. «Makench el khamsa, djibou el BRI, zidou sa3iqa!» (Pas de 5e mandat déguisé, faites appel à la BRI et aux forces spéciales), lance la foule.

Reproduisant les images du printemps dernier, lorsque le mouvement populaire était au sommet de sa mobilisation, les participants à la marche d’hier n’ont pas manqué de fustiger les candidats déclarés, particulièrement ceux qui sont présentés comme de sérieux prétendants, en l’occurrence Abdelmadjid Tebboune et Ali Benflis.

«La Benflis, la Tebboune, hada echaab houwa errais !» (Ni Benflis ni Tebboune, le Président c’est le peuple), scandent-ils. La foule reprend aussi en chœur les slogans rejetant la tenue d’une élection présidentielle sous la houlette des mêmes figures de l’ancien régime, dont le Premier ministre, Noureddine Bedoui, et le chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah. «3amrou el istimarat fi El Imarat!» (Remplissez vos formulaires de souscription aux Emirats), «Makenche intikhabat ya el issabat!» (Pas d’élections espèce de bande), «Makench el vot, wallah ma n’dirouh, Bedoui, Bensalah lazem itirou!» (Pas d’élections, elles n’auront pas lieu. Bedoui et Bensalah doivent partir), lancent-ils, en exigeant la mise en place d’«une véritable période de transition démocratique».

«Libérez les détenus!»

A la Grande-Poste et à la place Audin, comme à la rue Hassiba Ben Bouali, le boulevard Amirouche et la rue Asselah Hocine, les marcheurs ont aussi scandé des slogans hostiles au chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, et aux généraux qui s’affairent, selon eux, à reconstituer le système. «Echaab yourid el istiqlal!» (Le peuple veut l’indépendance), affirme encore la foule qui n’a cessé de prendre de l’ampleur au fil des heures.

Outre les slogans opposés aux élections et aux tenants du pouvoir en place, les manifestants réclament aussi, avec force, la libération des détenus d’opinion et politiques, dont le coordinateur de l’UDS (Union démocratique et sociale), Karim Tabbou, libéré mercredi avant d’être renvoyé à la prison sur décision du procureur près le tribunal de Sidi M’hamed, d’Alger. «Karim Tabbou echaab ihabou!» (Tabbou est aimé par le peuple). (Article publié dans El Watan en date du 28 septembre 2019)

*****

Marée humaine à Tizi Ouzou

Par Hafid Azzouzi

Le rejet de l’élection présidentielle du 12 décembre prochain a été réaffirmé, encorne une fois, hier, par les participants à la grandiose marche qui a eu lieu dans la ville de Tizi Ouzou, à l’occasion du 32e vendredi de protestation pour le départ du système.

«Non au scrutin de la honte!», «Non à la mascarade électorale!», «Le peuple marche la tête haute et le pouvoir marche sur la tête!», «Pas d’élections avec un système mafieux!», «La période de désignation des présidents est finie!», tels sont, entre autres, les slogans scandés, à gorges déployées, par les manifestants qui ont entamé, comme chaque semaine, leur marche devant le portail principal du campus universitaire de Hasnaoua où les premières grappes humaines commençaient à affluer à partir de 12h30.

Malgré un soleil de plomb, le 32e vendredi de protestation a été imposant d’autant plus qu’il a drainé une marée humaine qui a déferlé sur la capitale du Djurdjura.

Les participants à cette action ont exprimé, en outre, leur détermination farouche à maintenir la pression sur les décideurs jusqu’à la satisfaction des revendications du mouvement populaire. «Nous n’allons pas cesser de marcher jusqu’au départ de tous les symboles du système !», lance un marcheur, à l’aide d’un mégaphone.

Les manifestants qui se sont scindés en plusieurs carrés compacts ont également stigmatisé Gaïd Salah, Bensalah et Bedoui dont le départ est réclamé par la foule composée notamment de jeunes, de femmes et même de personnes âgées. Les slogans écrits sur les pancartes brandies les marcheurs concordent avec les mots d’ordre du mouvement. «Pour une Algérie belle et prospère», «Attention au recyclage des hommes du passé. L’expérience 1999 à 2019 est à méditer. Place aux jeunes de la nouvelle génération», lit-on sur un carton porté par un enfant venu avec ses parents. «Etat civil et non militaire», est-il aussi écrit sur un autre étendard mis en avant par un manifestant.

La foule a réclamé, encore une fois, la libération des détenus du mouvement populaire qui croupissent dans les geôles du pouvoir. Au-devant de chaque carré pratiquement, on remarque des pancartes avec les portraits des détenus comme Karim Tabbou, Lakhdar Bouregaâ, Fodil Boumala et Samir Benlarbi.

Nous avons également aperçu un autre carré composé essentiellement de citoyens de la daïra de Tigzirt (ville côtière de Kabylie) qui crient, à tue-tête, «Libérez les détenus, libérez l’Algerie!». Ils participent, chaque vendredi, tout en déployant une banderole portant les photos d’Amar Acherfouche arrêté à Alger pour avoir brandi le drapeau amazigh.

D’ailleurs, depuis son arrestation, les citoyens de la région de Tigzirt n’ont cessé d’exiger sa libération à travers des actions de terrain. Jeudi, une marche a eu lieu, comme chaque semaine, dans la ville de Tigzirt. La mobilisation pour obtenir la libération des détenus du mouvement s’intensifie.

Mercredi dernier, les habitants de Tifra, village du détenu Amar Acherfoun, ont tenu une assemblée générale. «L’initiative de cette rencontre est l’œuvre de la jeunesse du village qui veut se réapproprier les traditions ancestrales de solidarité dans ce village aux 57 martyrs. Les citoyens de Tifra sont déterminés à crier haut et fort pour dénoncer l’arbitraire dont sont victimes les détenus du mouvement, à l’image d’Amar Acherfouche», nous a-t-il été souligné par les habitants de Tifra, hier, lors de la marche de Tizi Ouzou. Celle-ci s’est déroulée dans un climat pacifique et dans une ambiance marquée par une solidarité exemplaire. (Article publié dans El Watan, en date du 28 septembre 2018)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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