
Par Valerie Wilson
[L’EPI –The Economic Policy Institute, un think tank historiquement lié aux syndicats et au Parti démocrate – développe une conception analytique de la classe ouvrière qui obéit aux critères dominants de la sociologie aux Etats-Unis, soit, en gros, le niveau de revenu, le diplôme scolaire et le type d’emploi («cols blancs», «cols bleus»).
Cette approche est évidemment différente de celle partant des rapports sociaux de production, soit des rapports des producteurs aux moyens de production, donc de qui les possède, de qui les contrôle. Ce qui détermine des rapports de domination et d’exploitation. Ce qui, en aucune mesure, n’implique une homogénéité du «prolétariat salarié», de la classe ouvrière. Ce que souligne Ricardo Antunes – dans le long entretien que nous avions publié le 30 octobre sur ce site – en éclairant l’éventail des différenciations et leurs dynamiques au sein du «Travail» provoquées par les mutations-crises du système productif capitaliste et par sa gestion.
Le rapport de l’EPI – ici sa présentation sous forme de résumé – offre une description actuelle de la classe ouvrière aux Etats-Unis, selon les critères adoptés par l’EPI. Elle permet toutefois d’appréhender, certes à la surface, les changements advenus au cours des dernières décennies. – Réd A l’Encontre]
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La classe ouvrière est un concept qui revêt une importance politique considérable. Il n’existe toutefois aucune définition officielle de ce terme, et les idées reçues selon lesquelles la classe ouvrière serait majoritairement blanche sont dépassées.
Au cours des 50 dernières années, l’augmentation de la participation des femmes au marché du travail et l’immigration ont entraîné une présence accrue des femmes, des Hispaniques et des Américains d’origine asiatique dans la population active. Les nouvelles données ci-dessous, issues d’un rapport de l’EPI (The Economic Policy Institute) à paraître, montrent que la classe ouvrière est plus diversifiée que jamais, quelle que soit la manière dont on la définit.
Lorsqu’on la définit en fonction du niveau d’études, la classe ouvrière est composée à près de la moitié de travailleurs issus des minorités ethniques.
La définition traditionnelle de la classe ouvrière englobe les travailleurs et travailleuses n’ayant pas obtenu de diplôme universitaire ou équivalent. Selon cette définition, en 1979, la classe ouvrière était composée à plus de 80% de Blancs. Aujourd’hui, les travailleurs de couleur représentent collectivement près de la moitié de la classe ouvrière.
La classe ouvrière par race et origine ethnique
- 52% de Blancs
- 26,8% d’Hispaniques
- 15,1% de Noirs
- 4,7% d’AAPI (Asian American and Pacific Islander: Américain d’origine asiatique et insulaire du Pacifique)
- 1,4% d’Amérindiens
La classe ouvrière par sexe
- 56,4% d’hommes
- 43,6% de femmes
Lorsqu’on la définit en fonction des revenus, la classe ouvrière présente une diversité similaire
La classe ouvrière pourrait raisonnablement inclure davantage de diplômés de l’enseignement supérieur et de «cols blancs» traditionnels qu’on ne le pensait auparavant. En effet, la hausse salariale liée à l’obtention d’un diplôme universitaire est moins importante qu’auparavant, et le sous-emploi – associé aux disparités salariales liées à la race et au genre – peut faire en sorte que la situation économique des diplômés issus des minorités ethniques et des femmes s’apparente davantage à celle de certaines personnes non diplômées.
Selon cette définition plus large, la classe ouvrière peut être considérée comme les 75% des ménages étatsuniens les plus modestes, indépendamment du niveau d’études ou du type d’emploi. Cela correspond à un revenu familial inférieur à 150 000 dollars par an.
Selon cette définition, la classe ouvrière reste tout aussi diversifiée en termes de race et d’origine ethnique. Si les hommes constituent toujours la majorité de la classe ouvrière, une part plus importante de femmes répond à cette définition, compte tenu des salaires plus faibles dans les emplois occupés principalement par des femmes diplômées de l’enseignement supérieur.
La classe ouvrière par origine ethnique et race
- 53,1% de Blancs
- 24% d’Hispaniques
- 15,2% de Noirs
- 6,5% d’Asiatiques et d’îles du Pacifique (AAPI)
- 1,2% d’Amérindiens
La classe ouvrière par genre
- 52,5% d’hommes
- 47,5% de femmes
Quelle que soit la manière dont on la définit, la classe ouvrière d’aujourd’hui est diversifiée en termes de race, d’origine ethnique et de genre. L’amélioration des conditions économiques de la classe ouvrière d’aujourd’hui nécessite des politiques qui répondent aux besoins de tous ces travailleurs. (Article publié sur le site d’Economic Policy Institute, le 30 octobre 2026; traduction par rédaction de alencontre.org)
Source: Analyse par l’auteur des microdonnées mensuelles de base regroupées de l’Enquête sur la population actuelle (Current Population Survey) de 2024–2025, issues des extraits de microdonnées de l’EPI, version 2026.8.13, https://microdata.epi.org.

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