
Par Leon Holly
Le choc provoqué par la victoire électorale de l’AfD en Saxe-Anhalt reste profondément ressenti dans la société de la République fédérale. Toutefois, dans les réactions immédiates, on n’a guère entendu, ni du côté des responsables politiques ni dans les pages culturelles, autre chose que ce que l’on a déjà entendu mille fois. Un pare-feu (Brandmauer)? Maintenant plus que jamais! Interdire l’AfD? Maintenant plus que jamais! Les bénéficiaires de l’aide sociale? Peut-être les tourmenter un peu moins (SPD) ou, au contraire, les tourmenter encore davantage (Philipp Amthor, député CDU pour le Mecklenbourg-Poméranie).
Dans un sondage largement cité, deux tiers des personnes jugeant leur situation financière mauvaise ont voté pour l’AfD. Le géographe régional Tim Leibert s’exprime dans le magazine Surplus sur la «combinaison typiquement est-allemande» associant précarité à une population en déclin et vieillissante. Mais l’Est, en tant que laboratoire d’essai du néolibéralisme allemand, n’est qu’un indicateur des évolutions qui se produiront également ailleurs en Allemagne. Et les partis bourgeois n’ont aucune réponse à apporter.
Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que les citoyens et les citoyennes aspirent de plus en plus à une alternative à la politique dominante. Ils sont de plus en plus nombreux à voir cette alternative dans l’AfD. Die Linke a semblé vouloir confirmer ce point de vue pendant la campagne électorale, lorsqu’il s’est déclaré ouvertement et résolument prêt à apporter son soutien à tous les partis, y compris la CDU, afin de former une majorité – au nom du «sauvetage de la démocratie».
Mais cette formule du «sauvetage de la démocratie» sonne creux aux oreilles de ceux et celles qui ne croient pas pouvoir exercer une réelle influence sur leur propre vie dans le système représentatif actuel de la République fédérale. Et ce, pour une bonne raison: lors des élections qui ont lieu tous les quatre ans, ils peuvent certes choisir leurs dirigeants parmi les candidat·e·s proposés par les élites des partis. Mais les changements fondamentaux dans le pays (réarmement, migration, démantèlement social) s’opèrent sans le vote ni l’intervention des simples citoyens et citoyennes.
Ainsi, à Berlin, où la population s’est prononcée par référendum en faveur de l’expropriation des groupes immobiliers, les partis ont ignoré cette décision. Le «sauvetage de la démocratie» ne sonne alors plus que comme un code pour désigner le maintien de l’ordre établi. Un parti socialiste, comme se qualifie lui-même Die Linke, doit se décider: veut-il être une véritable alternative ou être l’aile gauche de la CDU?
Les travailleurs et travailleuses au centre
Une opposition socialiste devrait plutôt commencer par affirmer clairement que l’AfD n’est pas une alternative. Avec son programme d’austérité, elle ne peut que renforcer l’hémorragie de l’Est, dont elle tire profit sur le plan politique. Au-dessus des véritables contradictions sociales (entre employeurs et salariés, entre propriétaires et locataires), l’AfD brosse le tableau d’une nation et d’une communauté populaire. «L’Allemagne doit procéder à des expulsions!», dit-elle. Elle entend par là: «Un peu plus que ce que font déjà aujourd’hui les partis bourgeois et l’UE!»
Cependant, ceux qui souhaitent une alternative ne doivent pas se contenter de changer les partis qui administrent l’État. Peut-être que les électeurs de l’«Alternative» s’en rendront compte eux aussi au bout de quelques législatures (selon certaines spéculations). Mais d’ici là, ce sont de véritables néonazis qui gouverneront l’Allemagne. Si l’on veut éviter cela, une chose doit changer: le système.
Seul un socialisme démocratique offre une véritable alternative pour l’Allemagne. Il place la majorité de la population – la classe laborieuse – au cœur de sa politique. Il permet aux travailleurs et travailleuses de décider eux-mêmes des questions concernant leurs entreprises. Il reconnaît que les crises sociales et écologiques du capitalisme sont inhérentes au système et ne peuvent être résolues qu’avec une politique raisonnable allant au-delà de la logique du profit.
C’est précisément en Allemagne de l’Est qu’une véritable opposition socialiste pourrait voir le jour. Elle pourrait dire à la population méprisée ce que l’AfD ne peut pas dire: que la RDA a produit certains acquis socialistes dont les gens peuvent être fiers. Et que la RFA a commis une erreur en absorbant l’Est corps et âme après la chute du Mur.
«Il n’y a pas d’alternative», disait Margaret Thatcher. «Tout est possible», pouvait-on lire sur les affiches électorales de l’AfD en Saxe-Anhalt. Sur ce point, ce parti a raison – mais pas dans son sens. Ce qui est possible et nécessaire, c’est une synthèse entre socialisme, liberté sociale et démocratie radicale. Telle est la véritable alternative – et la seule pour laquelle il vaut la peine de se battre.
(Opinion publiée par la TAZ le 10 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre. L’approche de Leon Holly participe d’un débat très multiforme dans la gauche. Il renvoie, simultanément, à l’appréhension de l’histoire de la RDA et à la brutalité socio-économique imposée à la société issue de «l’Allemagne de l’Est»par les décisions de l’Agence fiduciaire de droit public (Treuhandanstalt)… dont la direction était aux mains de membres des sommets du patronat ouest-allemand.)

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