
Par Eisa Dafalla*
El-OBEID, SOUDAN — Masjid Maki avait déjà été déplacée une fois. Cette enseignante de 53 ans a fui la ville d’An-Nuhud avec son mari, Hussein Abd al-Baqi, âgé de 66 ans, et leurs trois enfants, fin mai 2025.
Lorsqu’ils sont arrivés à El-Obeid, la capitale de l’État du Kordofan du Nord, à environ 220 kilomètres d’An-Nuhud, ils ont loué une maison dans le quartier de Qubba, croyant à tort avoir trouvé un lieu sûr.
Le Soudan est en guerre depuis avril 2023, date à laquelle une lutte pour le pouvoir entre les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (RSF), commandé par le général Mohamed Hamdan « Hemedti » Dagalo, a dégénéré en un conflit ouvert qui, depuis, a dévasté le pays et fait des centaines de milliers de morts et de déplacés. [Voir sur l’origine et les développements d’une révolution puis d’une guerre civile l’article et la Brochure publiés sur ce site le 26 mai 2026. De même que les nombreuses contributions publiées sous la rubrique Soudan sur le site A l’Encontre]
Depuis le 9 juin 2026, des frappes de drones attribuées aux RSF ont touché El-Obeid à plusieurs reprises, tuant plus de 40 personnes et en blessant des dizaines, selon l’équipe locale d’intervention d’urgence. La plupart des stations-service de la ville ont été détruites. La centrale électrique a été touchée.
Les pompes à eau, qui dépendent de l’électricité pour fonctionner et ne disposent d’aucune alimentation solaire de secours, se sont arrêtées. Les fours à pain sont à l’arrêt. Les marchés ferment dès qu’un drone survole la ville, car les commerçants n’osent plus acheminer leurs marchandises en ville, ce qui fait grimper les prix de tout, des denrées alimentaires aux médicaments pour les maladies chroniques.
***
Fin juin, Masjid faisait à nouveau ses valises.
« Les civils ne devraient pas avoir à attendre que la mort et la guerre s’abattent sur une ville assiégée qui est au bord de l’effondrement », a-t-elle déclaré à Drop Site News.
Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont publié une déclaration le 20 juin, mettant en garde contre le risque imminent d’atrocités de masse et exigeant que les Forces de soutien rapide (RSF) cessent immédiatement leur assaut sur la ville. Cinq jours plus tard, l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Soudan a fait part de son inquiétude face à l’escalade de la violence dans la ville d’El-Obeid et ses environs, avertissant qu’une nouvelle escalade militaire pourrait mettre des milliers de civils en danger et aggraver la crise humanitaire déjà dévastatrice au Soudan.
L’envoyé a établi un parallèle avec des crises antérieures au Soudan, où les violences contre les civils avaient déclenché des catastrophes humanitaires à grande échelle. « Malheureusement, la situation nous rappelle un peu les événements antérieurs au Darfour et aux alentours d’El-Fasher, et nous rappelle qu’il existe des risques immédiats pour la population civile », a-t-il déclaré.
El-Fasher est tombée aux mains des Forces de soutien rapide (RSF) à l’issue d’un siège prolongé fin 2025. Dernier bastion majeur de l’armée au Darfour, la ville a subi des mois d’encerclement avant que sa chute ne déclenche des massacres, des violences sexuelles généralisées et la destruction systématique des infrastructures civiles, notamment des hôpitaux.
***
Les Forces de soutien rapide (RSF) trouvent leur origine dans les milices Janjaweed qui ont commis un génocide au Darfour au début des années 2000. Aujourd’hui, les RSF sont armées et soutenues par les Émirats arabes unis qui, malgré le tollé international, ont appuyé ce groupe dans sa guerre contre le gouvernement central soudanais.
La mission d’enquête de l’ONU a qualifié les violences à El-Fasher d’« opération planifiée et organisée présentant les caractéristiques propres au génocide ». Avant la fin du siège, les civils à l’intérieur de la ville en étaient réduits à survivre en se nourrissant d’aliments pour animaux et de coques d’arachides.
El-Obeid suit désormais une trajectoire étonnamment similaire, après un long siège qui a provoqué une crise humanitaire catastrophique entre 2023 et 2025, selon les habitants et les observateurs. Située dans le Kordofan du Nord et constituant une artère vitale reliant la capitale Khartoum à la région du Darfour, la ville est encerclée, bombardée et poussée vers un effondrement humanitaire – les Forces de soutien rapide (RSF) déployant les mêmes tactiques d’encerclement que celles utilisées contre El-Fasher.
Des frappes de drones ont détruit des dépôts de carburant, des stations d’eau et des infrastructures civiles. L’accès à l’aide humanitaire a été sévèrement restreint, et les avertissements concernant une famine et des pertes civiles massives se multiplient à mesure que la menace d’une offensive terrestre à grande échelle s’intensifie.
Une ville à court d’eau
Selon les habitants, la crise de l’eau est devenue la menace immédiate la plus grave pour leur survie quotidienne. La majeure partie de l’eau disponible à El-Obeid est désormais extraite à l’aide de pompes manuelles. Or, comme elle est salée et impropre à la consommation, elle a contribué à la propagation de maladies gastro-intestinales et rénales tant parmi les habitants que parmi les personnes déplacées, d’après les habitants et les organisations humanitaires.
Pour obtenir de l’eau, il faut faire la queue pendant de longues heures pour des quantités limitées. Un baril d’eau coûte désormais jusqu’à 30 000 livres soudanaises — environ 10 dollars —, une somme hors de portée de la plupart des familles, et bien plus encore pour la population déplacée, qui est arrivée avec peu ou rien après avoir tout laissé derrière elle.
« Les perturbations de l’approvisionnement en eau, en électricité et en carburant à El-Obeid affectent considérablement tant les communautés déplacées que les communautés d’accueil. L’accès limité à l’eau accroît les risques liés à la survie et les préoccupations en matière de santé publique, en particulier dans les sites [d’accueil des personnes déplacées] surpeuplés pendant la saison des pluies. Les coupures d’électricité affectent les communications et l’accès à l’information, tandis que les pénuries de carburant limitent encore davantage la capacité des personnes à se déplacer vers des zones plus sûres si elles choisissent de le faire », a déclaré Assadullah Nasrullah, chargé de communication du HCR (Agence des Nations Unies pour les réfugiés) au Soudan, dans un communiqué envoyé par e-mail à Drop Site.
Mohammed Abd al-Baqi, 32 ans, membre de l’équipe d’intervention d’urgence d’El-Obeid, le dit sans détour : « Il y a une crise de l’eau, une crise de l’électricité, une crise du pain, et des vies sont perdues chaque jour. C’est là la plus grande catastrophe. La situation humanitaire est extrêmement difficile et nécessite une intervention urgente, ne serait-ce que pour atténuer la crise de l’eau. »
Obscurité, soif et faim
L’attaque de drone contre la principale sous-station électrique d’El-Obeid le mois dernier a coupé l’alimentation électrique de toute la ville. Les pompes étant à l’arrêt et les stations-service détruites ou abandonnées, les générateurs dont dépendent les boulangeries ne peuvent plus être ravitaillés en carburant.
« Le prix d’une seule miche a atteint environ 350 livres soudanaises », selon Ismail Ibrahim, 36 ans, militant local de la ville, qui a calculé ce que cela représente pour une famille : « Environ 30 000 livres par jour pour l’eau, 20 000 autres pour le pain, sans compter les autres besoins. »
Khalid Daw al-Bayt, 46 ans, commerçant en électronique au marché d’El-Obeid, a décrit le rythme de la peur qui a bouleversé le commerce. « Des drones apparaissent dans le ciel à des heures irrégulières, de jour comme de nuit, parfois en essaims, avec trois sorties ou plus en une seule journée. Chaque apparition suffit à fermer le marché. Les commerçants n’osent pas apporter leurs marchandises dans une ville où elles risquent d’être réduites en cendres. Ce qui reste sur les étals se fait de plus en plus rare et coûte de plus en plus cher de jour en jour. L’électricité est partiellement revenue dans le quartier du marché depuis trois jours, mais les quartiers résidentiels sont toujours privés d’électricité. »
***
Les transports sont pratiquement paralysés. Face à la pénurie de carburant, les habitants se déplacent à pied ou en tuk-tuk, à des tarifs doublés. Les institutions gouvernementales ne fonctionnent que partiellement.
Ismail Ibrahim a déclaré qu’« environ 95 % des habitants d’El-Obeid dépendent d’un emploi dans la fonction publique, ce qui les place parmi les plus vulnérables économiquement face à une crise qui a à la fois érodé leurs salaires par l’inflation et détruit les marchés où ils les dépensaient ».
Les groupes armés qui sillonnent la ville ont engendré des dangers supplémentaires, notamment des vols à main armée visant des civils et des tirs aveugles sur les marchés, dans les ruelles et les zones résidentielles, faisant des victimes parmi la population civile, en particulier dans les quartiers proches des sites militaires.
« Aujourd’hui, le citoyen d’El-Obeid n’a aucun recours », a déclaré Ismail Ibrahim. « Il vit sous la pression de toutes parts. Les RSF ont assiégé la ville à l’aide d’artillerie et d’armes lourdes, avant de passer au ciblage direct des infrastructures civiles : hôpitaux, écoles, sources d’eau, installations électriques, stations-service – y compris les camions-citernes tentant de rejoindre la ville. Au moins six stations-service ont été touchées par des drones, certaines alors que des civils faisaient la queue dans leurs véhicules pour faire le plein. Des voitures ont pris feu. Des personnes ont trouvé la mort. »
Les camps ne sont pas sûrs non plus. Un camp de déplacés au nord de la ville a été touché lorsqu’un drone a pris pour cible un véhicule militaire voisin transportant un lance-roquettes Katyusha. Les munitions se sont dispersées, et des déplacés figuraient parmi les morts et les blessés.
Ahmed Tom a noté que les drones cibleraient désormais les camions-citernes d’eau potable, l’un des rares moyens restants permettant aux habitants de se procurer de l’eau propre.
Le fardeau qui pèse sur les femmes et les enfants
Masjid Maki a décrit le fardeau particulier qui pèse sur les femmes, en particulier celles déplacées du Kordofan du Sud et de l’Ouest, dans leur lutte pour se procurer de la nourriture et de l’eau potable. Elle a évoqué l’effondrement des cliniques mobiles que les organisations humanitaires géraient auparavant, privant ainsi les femmes enceintes et les mères allaitantes de l’accès aux soins de santé de base.
« La plupart des enfants souffrant de malnutrition dans les centres d’accueil d’El-Obeid ont moins de cinq ans. Ils ont besoin d’eau potable, de soins médicaux et d’une alimentation thérapeutique. La plupart des enfants ne vont plus à l’école et vivent dans un état de peur permanente – le simple bruit d’un drone au-dessus de leurs têtes suffit à les plonger dans la panique – et les séquelles psychologiques sont visibles. Les espaces sûrs où ils pouvaient jouer ont disparu. »
Masjid Maki a tout perdu à An-Nuhud, y compris ses économies, lorsque les forces des RSF ont pris la ville et que sa maison a été pillée. Aujourd’hui, confrontée à un deuxième déplacement, elle a décrit la situation des familles d’El-Obeid qui n’ont absolument pas les moyens de partir. Celles qui en ont les moyens sont déjà parties à Khartoum ou dans d’autres villes.
« La plupart des familles ne prennent plus qu’un repas par jour, voire pas du tout. La plupart des organisations humanitaires qui opéraient dans la région ont suspendu ou considérablement réduit leur aide. Les personnes déplacées récemment arrivées des environs d’El-Obeid n’ont pratiquement reçu aucun soutien », a-t-elle déclaré.
« L’aide humanitaire à elle seule ne peut pas suivre le rythme de l’escalade du conflit », a indiqué à Drop Site Sheldon Yett, représentant de l’UNICEF au Soudan. « Les enfants ont besoin de protection. Les infrastructures civiles doivent être épargnées. L’accès humanitaire doit être facilité. Par-dessus tout, les enfants soudanais ont besoin que cesse la violence qui continue de les priver de leur sécurité, de leur éducation et de leur avenir. »
Ahmed Tom a qualifié de « certaine irresponsabilité » la réponse officielle à la crise : « Le gouverneur de l’État a publié des communiqués affirmant que la situation est normale, que les autorités maîtrisent la situation et que les services seront bientôt rétablis. Ces déclarations ne reflètent pas la réalité et les habitants ne leur font pas confiance ». Beaucoup ont décidé de quitter définitivement l’État.
Ahmed Tom a également signalé une évolution inquiétante : des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent un responsable de la mobilisation s’adressant à un groupe de femmes et les exhortant à prendre les armes, alors qu’on les voyait tenir des armes. Cette incitation à armer les civils, a averti Ahmed Tom, ne ferait qu’accroître le danger auquel ils sont confrontés.
Ismail Ibrahim s’est fait l’écho de cette demande de transparence, appelant les autorités à dire la vérité à la population, sur l’ampleur du danger, sur l’état réel des services, sur ce qui arrive réellement aux civils dont elles ont la charge. Il a fait remarquer qu’« El-Obeid est une plaque tournante stratégique reliant plusieurs États et villes de l’ouest du Soudan, et que sa chute aux mains des RSF constituerait un gain militaire majeur et pourrait prolonger considérablement la guerre, notamment parce que la ville abrite un aéroport international qui servirait de point d’approvisionnement crucial ».
Masjid Maki sait ce qui est arrivé à El-Fasher. Elle connaît le schéma. J’espère qu’El-Obeid ne subira pas le même sort » (Article publié le 3 juillet 2026 par Drop Site News, en collaboration avec Egab; traduction rédaction A l’Encontre)
Eisa Dafalla, journaliste soudanais couvrant le Darfour.
*****
Les FSR préparent un massacre imminent à El-Obeid (2)

Par l’équipe de Sudfa
El-Obeid, principale ville du Nord-Kordofan, est assiégée par les FSR depuis des semaines. Le siège menace plus de 600 000 habitants et des centaines de milliers de déplacé·es. Sa chute redéfinirait l’équilibre des forces. Un nouvel “El-Fasher” se prépare, mais le monde détourne les yeux.
La ville d’El-Obeid, principale agglomération du Nord-Kordofan, est assiégée depuis plusieurs semaines par les Forces de soutien rapide (FSR). Elles bombardent quotidiennement la ville, ciblant des zones fréquentées par les civil·es et faisant des dizaines de mort·es et de blessé·es. Selon des rapports, les FSR auraient déplacé des combattants, dont un grand nombre de mercenaires venus du Soudan du Sud, du Tchad, de la Centrafrique et de Colombie, depuis le Darfour vers El-Obeid, dans l’optique de mener une attaque imminente sur la ville.
Les civil·es et déplacé·es ciblé·es par les FSR
El-Obeid accueille des centaines de milliers de déplacé·es venus du Kordofan-Occidental, du Sud-Kordofan et du Darfour, en plus de ses habitant·es, dont le nombre dépasse les 600 000. Des bombardements quotidiens visent des zones de rassemblement civil, notamment les marchés et les infrastructures de services. Le siège, depuis plusieurs mois, a donc plongé la ville dans une grave crise économique, aggravant une situation humanitaire déjà très précaire. Les FSR mènent depuis plusieurs mois des attaques terrestres et par drones dans les villages autour de la ville, faisant des dizaines de morts.
Parmi ces attaques, les FSR ont frappé un cortège funèbre, tuant quatre personnes et en blessant plusieurs autres au cimetière de Dalil (le 10 juin) ; une station-service (le 10 juin) ; des maisons dans les quartiers d’Al-Muwazzafeen et d’Al-Matar (secteur de l’aéroport), ainsi que dans les zones autour du quartier général de la 5e Division d’infanterie de l’armée soudanaise, faisant treize morts parmi les civil·es (le 11 juin); et un camion transportant des denrées alimentaires à l’entrée sud de la ville, tuant le conducteur (le 11 juin), parmi d’autres cibles civiles.
À la suite des frappes de drones et des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux concernant une attaque imminente des FSR, des habitant·es ont commencé à fuir la ville. Les craintes d’une répétition du scénario d’El-Fasher s’intensifient.
El-Fasher a été assiégée pendant plus d’un an et demi par les FSR avant de tomber sous leur contrôle. Les organisations de la société civile avaient alerté pendant des mois sur la famine qui régnait dans la ville et le danger de mort dans lequel se trouvaient les habitant•es, sans que leur appel ne soit écouté par les médias internationaux. La prise de la ville par la milice FSR en octobre 2025 s’est accompagnée de massacres et de tueries de masse contre les habitant·es, parmi les pires atrocités commises depuis le début de la guerre. On estime qu’en à peine quelques jours plus de 60 000 personnes ont été tuées. Les images des bourreaux filmant en live leurs massacres ont alors fait prendre conscience au monde entier de l’atrocité des méthodes des FSR.
Depuis la chute d’El-Fasher, qui à permis à la milice de contrôler l’ensemble du Darfour, le front de la guerre entre les FSR et les forces armées soudanaises (SAF) s’est déplacé vers l’est, vers la région du Kordofan, qui a été soumise depuis plus de six mois à des attaques et des bombardements continus.
El-Obeid : les enjeux stratégiques d’une ville clé
El-Obeid occupe une position stratégique majeure, et sa prise redéfinirait l’équilibre des forces sur le terrain. Elle est située à la croisée de plusieurs axes routiers essentiels reliant le centre à l’ouest du Soudan. Depuis que l’armée a réussi à lever le premier siège et à reprendre le contrôle de la ville au début de l’année dernière, la ville est devenue un centre logistique et militaire majeur pour les forces armées et les unités qui les soutiennent.
Aujourd’hui, El-Obeid constitue le principal centre de commandement et de coordination de l’armée pour une future contre-offensive visant à reprendre le Darfour aux FSR. Elle abrite le commandement de la cinquième division d’infanterie. La milice cherche à s’emparer de cette ville-clé afin de couper les lignes d’approvisionnement de l’armée vers le Sud-Kordofan et l’État du Nil Bleu, deux théâtres d’intenses opérations militaires ces derniers mois. Elles espèrent également compromettre les plans de l’armée qui cherche à mener une contre-offensive en direction du Darfour.

Le contrôle d’El-Obeid permettrait aux FSR de se redéployer dans les régions du centre, notamment au Sennar et dans l’État de Gezira, qu’elles avaient quittées au début de l’année dernière. Cette avancée pourrait ouvrir la voie à une progression vers Khartoum, la capitale, relativement proche. Si elles succédaient, cela mettrait en péril l’ensemble du pays, alors même que l’État soudanais à commencé à réinstaller ses administrations à Khartoum après la reprise de la capitale par l’armée au printemps 2025.
Le contrôle d’El-Obeid ouvrirait également la voie à une expansion des FSR vers le nord et l’est, notamment en direction d’Al-Dabba et de Merowe des zones proches de la frontière soudano-égyptienne, ainsi que de Port-Soudan, ville portuaire sur la mer Rouge où le gouvernement et le commandement militaire soudanais ont établi leur centre de fonctionnement depuis le début de la guerre. La prise d’El-Obeid constituerait ainsi un retournement stratégique en faveur des FSR qui pourrait à nouveau plonger l’ensemble du pays dans le chaos.
Un siège qui menace la sécurité alimentaire du Soudan
Proche de l’État de Gezira, une région fertile considérée comme le grenier du Soudan, El-Obeid abrite l’un des plus grands marchés de produits agricoles et de bétail du Soudan. La ville est également connue comme la capitale de la zone de production de la gomme arabique. El-Obeid constitue donc un important centre de commerce et d’exportation des ressources agricoles, essentiel pour la sécurité alimentaire du pays. Ce marché risque d’être perturbé en cas de prise de la ville par les FSR, car de nombreux commerçants pourraient être contraints de partir, par crainte des vols et des pillages, comme cela s’est déjà produit par le passé dans d’autres villes.
Le siège d’El-Obeid aggrave la famine à laquelle le Soudan fait face. Selon l’ONU, environ 20 millions de Soudanais·es, soit plus de 40 % de la population, sont confrontés à une faim aiguë, et le pays subit la plus grande crise humanitaire au monde.
En imposant un siège prolongé à El-Obeid, en aggravant les conditions de vie dans la ville. et en épuisant les capacités de l’armée, notamment par la coupure des lignes d’approvisionnement militaire, la milice FSR cherche à provoquer un affaiblissement progressif des forces armées afin d’imposer leur contrôle administratif, militaire et politique au Darfour et au Kordofan.
Ce scénario dramatique est probable, compte tenu des informations qui continuent d’affluer de la ville, des messages et avertissements diffusés par les FSR, et de la stratégie qu’elles semblent adopter pour s’en emparer.
Ainsi, un nouvel “El-Fasher” est en train de se préparer à El-Obeid, depuis déjà des semaines voire des mois. Comme dans les semaines qui ont précédé les massacres d’El-Fasher, le monde détourne les yeux. Pourtant, les Soudanais·es dans le monde entier alertent sur les réseaux sociaux sur l’imminence des attaques. Est-ce qu’une fois encore, il faudra attendre que les massacres annoncés aient lieu pour qu’une réaction internationale se fasse entendre ? Tout semble bien organisé pour qu’une fois de plus, les vies soudanaises soient sacrifiées par l’inaction complice du système médiatique et des acteur·ices politiques international·es. (Publié sur le site Sudfa Media le 1er juillet 2026, article réalisé collectivement par l’équipe de Sudfa)

Soyez le premier à commenter